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Date

9 octobre 2017

Le cannabis, facteur de risque de l’AVC chez le jeune adulte

Le cannabis provoque des anomalies des vaisseaux intracérébraux qui pourraient souvent être à l’origine de l’accident vasculaire cérébral chez les moins de 55 ans.

Le cannabis reste la drogue la plus consommée en Europe

Le cannabis reste la drogue la plus consommée en Europe (51,4 millions d’hommes et 32,4 millions de femmes y ont goûté au moins une fois).

Bien qu’ils ne représentent qu’une faible partie (10%) des accidents vasculaires cérébraux totaux, en 20 ans, les AVC chez le sujet jeune – moins de 55 ans – ont augmenté de 25 %. Avec des conséquences dramatiques en terme de vie professionnelle ou sociale. Fait troublant : souvent, aucune cause n’est établie formellement. Le Dr Valérie Wolff, responsable de l’unité neurovasculaire des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, en a conclu que certains facteurs de risque ne devaient pas être suffisamment recherchés. Zoom sur ses travaux à l’occasion de la Journée Mondiale de l’AVC qui aura lieu le 29 octobre 2017, et pour laquelle Sciences et Avenir est associée à la Société Française Neurovasculaire dans le cadre de sa campagne de sensibilisation du grand public sur la prévention.

Un rétrécissement des vaisseaux réversible

Son équipe a donc décidé de réaliser une étude sur tous les sujets jeunes qui avaient eu un AVC et étaient pris en charge par l’unité neurovasculaire de Strasbourg. Les résultats, publiés en 2011 dans la revue Stroke, ont montré que, sur 48 jeunes, 13 étaient consommateurs de cannabis et 10 d’entre eux présentaient des anomalies des vaisseaux intracérébraux. Concrètement, il s’agissait d’un effet de vasoconstriction, c’est-à-dire un rétrécissement de la lumière des vaisseaux. Avec une particularité peu commune : cette vasoconstriction était réversible 3 à 6 mois après l’arrêt de la consommation. Par exemple, le tabac, facteur de risque avéré, entraîne la formation de plaques d’athérome sur les vaisseaux de gros calibre (dépôt de lipides et de fibrose dans la paroi de l’artère). Cela peut aboutir à une obstruction de l’artère puis à une défaillance de la circulation sanguine appelée AVC ischémique*. Le mécanisme est similaire mais cela n’est pas réversible. Les chercheurs s’interrogent encore sur l’effet spécifique joué par le cannabis sur la paroi.

*Il existe deux types d’AVC : les AVC ischémiques (80 %) liés à une occlusion d’une artère et les AVC hémorragiques (20 %) dus à la rupture d’une artère.

Pour le médecin, la prévention est fondamentale. En effet, le cannabis est la première drogue consommée dans le monde. En France, 1,2 millions de personnes en prennent régulièrement et 550 000 quotidiennement. « Le cannabis est à l’origine de complications cérébrales et cardiaques« , explique-t-elle. « Il devrait systématiquement être recherché à l’interrogatoire en cas d’AVC en particulier chez le sujet jeune« .

THC. En attendant, un protocole de recherche clinique, concernant l’inter-région de l’Est de la France, pour confirmer le lien entre la consommation de cette drogue et la survenue d’AVC chez les jeunes adultes a été validé. Et l’équipe strasbourgeoise va également évaluer des jeunes sains – qui n’ont pas fait d’AVC donc – consommateurs de cannabis afin de voir si les rétrécissements des vaisseaux intracérébraux sont également présents. A noter que les cannabinoïdes de synthèse, en vente libre aux Etats-Unis, auraient les mêmes effets que le cannabis naturel. « Commercialisés en 2011 aux Etats-Unis, les cannabinoïdes synthétiques sont la 2e drogue la plus utilisée par les jeunes. Il y a eu treize cas rapportés d’AVC« , alarme le Dr Wolff. Le médecin souligne également que les anomalies retrouvées concernaient les patients consommateurs de résine de cannabis dans l’étude, contrairement aux consommateurs d’herbe. Pourquoi cette différence ? Le taux de THC qui est beaucoup plus important dans la résine (20% vs 1 à 2 %) ? Les autres produits utilisés pour « couper » la résine ? « Nous travaillons actuellement sur un modèle animal pour savoir si c’est le THC ou d’autres produits annexes qui sont responsables des sténoses« , explique Valérie Wolff.

Source

Cannalex

Une analyse comparée des expériences de régulation du cannabis
(Colorado, État de Washington, Uruguay)
Rapport final synthétique / Octobre 2017
Une étude de l’INHESJ en partenariat avec l’OFDT
pour le compte du CSFRS 

Téléchargez le rapport

Le cannabis et les consommateurs ont changé

Il faut mettre l’accent sur la prévention des 15-24 ans.

Le cannabis en France, c’est 700 000 usagers quotidiens, 5 millions de Français qui en ont fumé au cours de l’année 2016 et 17 millions de personnes de 11 à 64 ans qui l’ont expérimenté au moins une fois dans leur vie. Selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), non seulement le niveau d’usage actuel du cannabis en France continue d’être très élevé, mais surtout, il est en hausse chez les adolescents: près d’un jeune de 17 ans sur deux a déjà consommé du cannabis (47,8 %), contre quatre sur dix (41,5 %) en 2011. Et pour près d’un jeune sur dix (9,2 %), cette consommation atteint des niveaux de fréquence plus élevés qu’autrefois: au moins dix prises dans le mois (ils n’étaient que 6,5 % dans ce cas en 2011).

Pour le Pr Amine Benyamina, chef du service d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif, président de la Fédération française d’addictologie et co-auteur de Comment l’alcool détruit la jeunesse: la responsabilité des lobbys et des politiques(Éd. Albin Michel), «les statistiques de l’OFDT mettent également au jour une tendance encore plus inquiétante: la polyconsommation des adolescents, avec la présence quasi automatique de l’alcool, du cannabis, du tabac et parfois des psychostimulants. Même si tous les jeunes ne sont pas concernés par cette polyconsommation, elle n’a rien d’anecdotique».

Le gramme de résine vendu dans les années 1970 n’a plus rien à voir avec celui d’aujourd’hui. La teneur en THC est passée de 2 % à 3 % par gramme d’herbe à 10 % à 15 % en moyenne aujourd’hui

Dr Jean-François Delot, addictologue au sein de l’équipe de liaison et de soins en addictologie (ELSA territoriale Finistère sud)

Avis partagé par le Dr Jean-François Delot, addictologue au sein de l’équipe de liaison et de soins en addictologie (ELSA territoriale Finistère sud) et responsable de l’unité de tabacologie, appartenant au pôle de santé publique nouvellement créé au Centre hospitalier de Quimper-Concarneau: «Même le gramme de résine vendu dans les années 1970 n’a plus rien à voir avec celui d’aujourd’hui. En effet, la teneur en THC (tétrahydrocannabinol, NDLR), la molécule responsable des principaux effets psychoactifs du cannabis, est passée de 2 % à 3 % par gramme d’herbe à 10 % à 15 % en moyenne aujourd’hui (30 % pour le gramme de résine de cannabis et même davantage dans l’huile de chanvre). De quoi rendre beaucoup plus rapide l’addiction au cannabis.» À l’inverse, dans le cannabis qui se retrouve sur le marché, la part du cannabidiol (CBD) – une autre substance naturellement présente – n’a cessé de diminuer. Or, ce déséquilibre entre CBD et THC est cause de problèmes car le CBD diminue les conséquences psychologiques négatives du THC comme la dépendance, l’anxiété ou les psychoses. Moins il y en a, plus le produit consommé est potentiellement dangereux.

Enfin, les motivations de ceux qui expérimentent le cannabis ont changé elles aussi: «Dans les années 1970, c’était surtout la curiosité intellectuelle qui poussait à expérimenter cette drogue», estime le Pr Benyamina. «Aujourd’hui, outre l’effet de mode, le cannabis est consommé pour faire comme les autres, parfois dans un but festif, mais aussi souvent pour gérer le stress, trouver le sommeil, parce que c’est facile d’en avoir (le trafic est très organisé), parce qu’on se sent seul, parce que c’est interdit, etc. Or, ce cannabis utilisé comme “béquille” est celui dont il est le plus difficile à se passer», remarque le Dr Delot.

Pour toutes ces raisons, la consommation des 15-24 ans est la plus problématique. Elle intervient en pleine maturation du cerveau, à un âge où les acquisitions scolaires sont importantes. Selon une récente étude à laquelle l’Inserm a participé, comparativement aux non- consommateurs de cannabis, les consommateurs précoces ont une probabilité plus élevée de ne pas dépasser le niveau du baccalauréat. Non pas tellement à cause du risque de «bad trip»: la prise unique à l’origine d’hallucinations acoustico-verbales avec modification de la perception du monde extérieur pouvant aller jusqu’à la crise de paranoïa existe, mais elle est heureusement assez rare.

«Fumé, le cannabis est aussi dangereux que le tabac pour la gorge et pour les poumons» Dr Delot

Hormis le risque bien réel d’accident du fait de la perte d’attention en cas de consommation ponctuelle, c’est donc surtout la consommation chronique qui pose problème. «Fumé, le cannabis est aussi dangereux que le tabac pour la gorge et pour les poumons», rappelle le Dr Delot. Il joue également sur l’immunité, la fertilité, l’érection, sur le risque de survenue d’un cancer de la vessie à un jeune âge et, enfin, sur le plan cérébral, il provoque des troubles de la mémoire avec une perte de motivation. Quant au risque de psychose, il est très médiatisé mais pas si fréquent. «Cependant, plus le contact avec les drogues survient à un jeune âge et plus le risque de développer un ou plusieurs de ces problèmes, augmente», insiste le Pr Benyamina.

C’est aussi pourquoi, lorsque des parents surprennent leur ado en train de fumer un joint, il est essentiel d’amorcer le dialogue. Mais les parents peuvent se tourner vers un professionnel, dans les consultations jeunes consommateurs (CJC).

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