« Le cannabis sur ordonnance », diffusé par La Chaîne parlementaire, le 3 décembre dernier, débute par un film du réalisateur Raphaël Hitier à la gloire, sans équivoque, du cannabis thérapeutique. Ainsi, le cannabis permettrait de traiter les tumeurs cérébrales des souris et sans doute d’autres tumeurs humaines.
Il vante l’intérêt du cannabidiol dans certaines épilepsies de l’enfant (données mieux documentées, mais loin d’être une révolution thérapeutique). Votre serviteur apparaît brièvement, par deux reprises d’enregistrements anciens : l’une où il rappelle le titre d’un communiqué de l’Académie nationale de médecine : « Le cannabis – un faux médicament, une vraie drogue » ; l’autre où il fait remarquer que, cinq ans après qu’un médicament comportant du THC (Sativex®) a obtenu l’autorisation de mise sur le marché, il n’est toujours pas disponible (prix élevé pour un « service médical rendu » jugé insignifiant par la commission ad hoc). Le film présente le défilé parisien de la « journée mondiale du cannabis » (habituellement un vrai canna-« bide »), pris sous un angle faisant croire que, par un prompt renfort, les défileurs étaient trois mille en arrivant au port. Il présente aussi un congrès sur « le cannabis thérapeutique » se déroulant tous les ans à Strasbourg, organisé par un sidéen pratiquant une automédication par des extraits de cannabis de sa préparation, qui « lui ont sauvé la vie ».
Arrive le débat, animé par un journaliste de la chaîne, Jean-Pierre Gratien, en faveur du cannabis dit « thérapeutique », qu’il exprime déjà patent par son choix des débatteurs invités : Nicolas Authier (professeur de pharmacologie), qui préside la commission spécialisée temporaire chargée d’apprécier les potentialités thérapeutiques du cannabis, Jean-Baptiste Moreau, éleveur creusois, député, porte-parole de LREM, vice-président de la mission de l’Assemblée nationale, sur le « cannabis thérapeutique », Marc Lévêque, neurochirurgien marseillais spécialisé dans la prise en charge de la douleur. Il fut le seul à exprimer des doutes et à déplorer le « buzz » fait autour du cannabis antalgique, indiquant entre pouce et index la ténuité de son effet, cette focalisation d’attention injustifiée détournant de développements sérieux pour s’attaquer à la douleur.
Que retenir de ce débat ?
Que le député Moreau patauge dans un conflit d’intérêts qui l’invalide pour vice-présider la mission de l’Assemblée nationale sur le cannabis thérapeutique. Il veut « développer une filière cannabis dans la Creuse et [s] ’y prépare avec plusieurs amis ». L’expérimentation qui va démarrer devant faire appel à du cannabis d’origine étrangère, il estime urgent de développer une filière française pour le produire. Cette expérimentation sur 3.000 patients fait qu’un tel développement est inutile et prématuré. Que deviendrait cette filière si l’expérimentation n’était pas convaincante ? Mais il sait, avant qu’elle ne commence, qu’elle le sera.
Dans ce même esprit, Authier parle de « cannabis thérapeutique ». Il déclare que cette étude coûtera 30 millions d’euros ; les conclusions semblant déjà acquises, ne devrait-on en faire l’économie ? Cet abus de langage d’Authier l’invalide pour diriger une étude (menée dans des conditions dénoncées par l’Académie de pharmacie) dont il tire les conclusions avant son démarrage. Comment ne peut-il réaliser qu’il s’est embarqué dans une croisière dont la première escale est le « cannabis thérapeutique », suivie de celle du « cannabis de confort » et qui se terminera par celle du « cannabis récréatif »? C’est le programme qu’a présenté Moreau et qui correspond aux trois volets officiels de la mission parlementaire constituée, à cet effet, en janvier 2020.
Si la croisière s’arrêtait à la première escale, Authier affirmerait que les indications du cannabis correspondrait à « une niche » concernant 80.000 patients. Alors qu’on produit, en Inde ou en Chine, des médicaments essentiels (paracétamol, corticoïdes…) pour des millions de nos concitoyens, voilà que, pour 3.000 patients (qui devront peut-être y renoncer) ou, si l’expérimentation était probante, pour 80.000 patients, on développerait une filière française du cannabis : un chanvre indien shit in France.
Ont évidemment été oubliés, dans ce « débat », les méfaits graves et multiples du cannabis, dont ceux qui, il y a déjà un demi-siècle, l’avaient fait rejeter de la pharmacopée française.
Les urologues, qui se sont réunis lors du 114ème congrès de l’Association française d’urologie (AFU, du 18 au 20 novembre 2020), se demandent si le cannabis ne pourrait être responsable de cancers urologiques. A l’inverse, certains cannabinoïdes pourraient avoir des effets bénéfiques sur le bas-appareil urinaire.
« Des méta-analyses suggèrent, que la probabilité de cancer testiculaire, qui a doublé de fréquence entre les années 1980 et 2010, pourrait être multipliée par deux après consommation de cannabis », a rapporté le Pr Éric Lechevallier, chef du service d’urologie à l’hôpital de la Conception à Marseille. Le surrisque paraît concerner plus particulièrement des tumeurs germinales non séminomateuses, qui ont un certain potentiel d’agressivité. « Les études sont plus controversées pour le cancer de vessie. Mais, la consommation de cannabis fumé semble favoriser la production de substances oncogènes, qui se retrouvent à l’intérieur de la vessie ». Par ailleurs, certains cannabinoïdes semblent altérer les cellules à l’origine de la spermatogénèse. Et, le cannabis diminue probablement, malgré ses effets psychostimulants, les capacités érectiles, au vu d’échographies Doppler mettant en évidence une vasodilatation diminuée de l’artère pénienne.
« Les travaux de recherche sont cependant difficiles, car le cannabis comporte 500 substances en proportion variable selon la plante et il se consomme sous des formes différentes : joint le plus souvent en association avec du tabac, mais aussi avec une pipe à eau, ou bien plus rarement sous forme de pâtisseries ou space-cakes, de tisanes », a rapporté le Dr Alice Descheneau, psychiatre et chef du service addictions au groupe hospitalier Paul Guiraud de Villejuif. Il est aussi délicat de savoir, dans les études, si la consommation était ponctuelle ou régulière. Quoi qu’il en soit, la consommation de cannabis est une réalité en France et il est conseillé de l’évaluer au cabinet. « En 2017, on estimait qu’entre 11 % des 18 à 64 ans, soit environ 15 % des hommes et 7 % des femmes ont consommé du cannabis, des pourcentages assez stables depuis quelques années. Les premiers usages réguliers (10 fois par mois) se voient actuellement dès 15 ans et concernent à cet âge autour de 6 % des garçons et de 3 % des filles », a mentionné le Dr Descheneau. Cannabis thérapeutique : l’Académie de pharmacie déplore le manque de rigueur scientifique de l’expérimentation en cours
« Le cannabis intervient sans doute par des mécanismes complexes à la fois au niveau du système nerveux central et par une action toxique directe sur les tissus cibles », a précisé le Pr Lechevallier. « Cependant, certains cannabinoïdes agissant sur des récepteurs présents au niveau du bas-appareil urinaire pourraient avoir des effets bénéfiques. Ainsi, leurs effets antalgiques pourraient être potentiellement intéressants dans le syndrome douloureux vésical ». D’autres exercent des effets myorelaxants sur le détrusor, possiblement bénéfiques dans les incontinences par hyperactivité détrusorienne des patients atteints de sclérose en plaques.
114ème congrès de l’Association française d’urologie (AFU), qui a eu lieu du 18 au 20 novembre 2020. D’après les communications de A. Descheneau (Villejuif) et É. Lechevallier (Marseille).
Un livre largement considéré aux Etats Unis et au Royaume-Uni comme un ouvrage fondateur sur l’alcool et l’addiction vient d’être traduit en français. William Porter, dans son livre L’Alcool Expliqué, fait des déclarations surprenantes sur l’alcool
L’alcool expliqué est le manuel indispensable sur l’alcool et l’alcoolisme. Il explique comment l’alcool affecte les êtres humains sur les plans chimique, physiologique et psychologique, depuis les premiers verres jusqu’à l’alcoolisme chronique.
L’alcool est un dépresseur chimique, ce qui signifie qu’il inhibe l’activité nerveuse. Lorsque les humains boivent de l’alcool, leur cerveau se régule : il sécrète des stimulants pour contrer les effets sédatifs de l’alcool. Lorsque l’alcool s’estompe, cette stimulation excessive persiste, ce qui rend le buveur anxieux et tendu.
Cette anxiété, cette tension sont en réalité un sevrage : une sensation désagréable qui se produit lorsque l’effet d’une drogue s’estompe. On peut y remédier rapidement : en prenant une nouvelle dose de cette drogue. Le moyen le plus rapide de soulager cette stimulation excessive est donc de le mettre sous sédation avec une nouvelle dose d’alcool.
Tout le monde souffre de sevrage alcoolique. La seule question est de savoir à quel point un buveur en souffre. Au fil du temps, le cerveau devient de plus en plus à même de contrer l’effet sédatif de l’alcool, de sorte que les buveurs sont capables de boire davantage : ils ont d’ailleurs besoin de boire plus pour obtenir la même sensation de relaxation. C’est ce qu’on appelle la tolérance. Lorsque l’alcool se dissipe, le sevrage est d’autant plus difficile.
La sensation de détente et de gratification n’est autre que le soulagement d’un sevrage entraîné par les boissons précédentes. C’est ici que se situe le « plaisir » de boire chez les buveurs réguliers.
Le sevrage commence généralement environ 5 heures après le dernier verre. C’est pourquoi de nombreux buveurs se réveillent au milieu de la nuit, anxieux et incapables de se rendormir.
Lorsque les humains sont détendus et font la fête, leur cerveau libère des endorphines qui les rendent heureux et euphoriques. Cela n’a rien à voir avec l’alcool. L’alcool crée simplement la sensation d’être désorienté, comme anesthésié.
Personne n’est à l’abri de l’addiction à l’alcool. Le point de basculement de la dépendance à l’alcool survient lorsque votre subconscient associe la prise d’une nouvelle dose de drogue au soulagement du sevrage. C’est à ce moment qu’une personne cherche instinctivement à boire un verre de plus lorsque l’effet du précédent s’estompe.
La base scientifique de la dépendance à l’alcool dans une langue simple et facile à comprendre
Le livre explique la base scientifique de la dépendance à l’alcool, dans une langue simple et facile à comprendre. Il permet au buveur, à tous les buveurs, de comprendre exactement les effets de l’alcool.
Pour la première fois, ce livre permet de prendre une décision éclairée sur sa propre consommation. Il fournit également de nouvelles indications intéressantes sur la manière d’arrêter de boire en donnant au lecteur une compréhension complète du fonctionnement de l’alcool, et comment il peut inverser son emprise.
Devant le nombre de fausses nouvelles concernant les vaccins, il nous a paru important de communiquer ce texte important et clair du Professeur Buisson (NDR)
Paris, décembre 2020 – Alors que les perspectives d’arrivée d’un vaccin contre la Covid-19 se précisent et que l’hypothèse du démarrage d’une campagne de vaccination d’ici fin décembre ou début 2021 pour les personnes prioritaires, notamment dans les EHPAD, est envisagée, de nombreuses questions se posent. Le professeur Yves Buisson, médecin épidémiologiste et président de la cellule COVID-19 de l’Académie nationale de médecine nous permet d’y voir plus clair. JIM.fr : La Commission européenne a signé six accords auprès de firmes pharmaceutiques afin de réserver des candidats vaccins développés sur des plates-formes différentes : ARN messager (Moderna, Pfizer-BioNTech, CureVac), vecteur viral non-réplicatif (AstraZeneca, Johnson & Johnson), protéine recombinante (Sanofi-GSK). Avez-vous une idée, reposant sur des hypothèses scientifiques, des risques que poserait l’injection d’ARN messager ?
Pr Yves Buisson : Pour l’instant, nous n’avons connaissance d’aucun élément inquiétant. Sur le plan théorique nous savons que l’ARN messager est une molécule très fragile. Lorsque l’ARN messager est transcrit à partir du génome viral ou à partir de notre ADN cellulaire normal, qu’il est passé dans les ribosomes et a été traduit, il ne survit qu’un temps extrêmement court, quelques minutes semble-t-il avant d’être très rapidement dégradé dans le cytoplasme cellulaire. Quelles conséquences néfastes pourrait avoir cet ARN messager ?
La possibilité de rétro-transcription suivie d’intégration dans le génome cellulaire a été évoquée. Un tel évènement semble totalement improbable compte-tenu du fait de la très courte survie de la molécule d’ARN messager dans la cellule. Les effets adverses communiqués dans les essais de phase 3 relatent des réactions classiques qui peuvent être observées avec n’importe quel type de vaccins. Ce sont des réactions locales et générales non spécifiques : douleur au point d’injection, maux de tête, fébricule, fatigue… mais aucun évènement grave qui puisse être imputé à une molécule d’ARN enveloppée dans une nanoparticule lipidique.
La prudence impose de dire qu’il faudra un recul beaucoup plus long pour détecter des effets indésirables plus rares qui n’auraient pas encore été observés après deux mois, c’est évident. Je pense que des effets indésirables majeurs auraient déjà été observés et pour l’instant ils ne semblent pas avoir été mentionnés.
JIM.fr : L’injection d’un adénovirus de chimpanzé (vaccin Oxford) comme vecteur comporte-t-il d’éventuels risques ?
Pr Yves Buisson : Il y a peut-être plus de risques de réactogénicité mais c’est une technologie qui a déjà été utilisée. L’adénovirus de chimpanzé n’est pas infectieux pour l’homme car il n’est pas capable de se répliquer dans la cellule humaine. Il est utilisé comme vecteur pour présenter la protéine S du SARS-CoV-2. Il est possible que des éléments de ce virus modifié génétiquement entraînent des effets indésirables, probablement mineurs, mais l’essentiel est qu’aucune réaction grave n’a été signalée jusqu’à présent.
Un vaccin viral inactivé est un pari peut-être risqué face à un coronavirus, mais la Chine, qui a ses propres règles, a une bonne expérience vaccinale
JIM.fr : Pourquoi ne s’oriente-on pas vers un vaccin à virus inactivé comme le font les Chinois ? C’est une technologie simple, ancienne et prouvée et qui poserait moins de problèmes d’acceptabilité par la population…
Pr Yves Buisson : L’acceptabilité de la population chinoise n’est pas l’acceptabilité de la population française. Parmi plusieurs plates-formes différentes, les Chinois ont adopté la technologie classique du vaccin viral inactivé. Il faut voir leurs résultats. Je n’ai aucune notion du taux d’efficacité de ce vaccin et de ses effets adverses. Le risque théorique qui a été soulevé en utilisant le SARS-CoV-2, soit inactivé, soit atténué, ce qui est encore plus à risque, c’est de solliciter une réponse immunitaire qui ne serait pas adaptée. C’est-à-dire d’obtenir la production d’anticorps facilitants. L’ensemble de la particule virale est utilisée et différents antigènes vont susciter la production d’anticorps. Parmi ces anticorps, il y a ceux qui vont reconnaître la partie active de la protéine S (spicule), le domaine de liaison RBD qui reconnaît le récepteur cellulaire ACE. Mais d’autres anticorps vont reconnaître des structures différentes et au lieu d’avoir un rôle protecteur contre la pénétration des virus dans la cellule, ils peuvent au contraire la faciliter et favoriser l’infection. C’est un risque qui a été observé sur modèle animal quand on a précédemment essayé de créer des vaccins contre d’autres coronavirus. Et ce risque est aussi à prendre en compte avec le SARS-CoV-2 si on utilise une préparation antigénique qui n’est pas suffisamment purifiée. C’est la raison pour laquelle les plates-formes qui utilisent la technologie des protéines recombinantes, préparées sur Baculovirus (EBVS) par exemple ou intégrées dans un vecteur viral comme l’adénovirus, ont choisi de présenter à nos cellules immunitaires un antigène extrêmement bien défini. Il est localisé sur la partie réactive de la protéine S, incluant le domaine de liaison RBD contre lequel les anticorps vont avoir un rôle protecteur. Si une préparation antigénique présente toutes les protéines de surface du coronavirus, on encourt beaucoup plus de risques de solliciter des anticorps facilitants.
Nous avons déjà connu ce problème avec le vaccin contre la dengue. Les anticorps facilitants sont un écueil que les équipes qui ont développé ces vaccins ont tenté d’éviter. La Chine a un processus de fabrication et de validation qui lui est propre en s’affranchissant de l’homologation internationale par l’OMS. C’est le cas d’autres vaccins comme celui contre l’hépatite E. En occident, nous n’avons toujours pas de vaccin contre l’hépatite E car les firmes ont estimé que ce n’était pas assez rentable. Les Américains avaient développé un vaccin contre l’hépatite E, mais ils se sont arrêtés car ils ne voyaient pas d’issue commerciale. De leur côté, les Chinois qui ont énormément de cas d’hépatite E ont développé le leur, très efficace bien qu’il n’ait pas été validé par l’OMS. La Chine l’utilise très largement et le distribue dans d’autres pays.
D’une façon générale, le processus de validation des vaccins chinois est bien moins exigeant que le processus de validation par la FDA ou par l’agence européenne des médicaments.
JIM.fr : Sur quels critères les autorités vont-elles choisir tel ou tel vaccin ?
Pr Yves Buisson : Les dossiers de fin de phase 3 présentés aussi bien à la FDA qu’à l’agence européenne des médicaments comportent deux critères essentiels : l’efficacité et l’innocuité. Ce sont ces deux critères qui seront d’abord analysés. Après, un certain nombre de points vont être examinés de plus près comme par exemple l’immunogénicité : est-elle suffisante et aussi bonne chez les personnes âgées, chez les personnes à risque de formes graves, chez les enfants ? Si un vaccin protège bien contre les formes graves de la COVID-19, il sera destiné en priorité aux personnes à risque. Il faut donc s’assurer que, dans ces populations-là, le vaccin est aussi efficace que pour une personne immunocompétente en bonne santé.
Il y a également la notion de rappel. La plupart des vaccins parvenus en phase 3 comportent un rappel à 28 jours. Il faut savoir si ce rappel est bien supporté, s’il induit une remontée des taux d’anticorps suffisante et pour combien de temps.
La durée de protection n’est pas connue pour l’instant. La courbe de réponse anticorps peut être anticipée par des modélisations lorsqu’on connaît le taux minimum d’anticorps protecteurs. La concentration d’anticorps mesurée dans le sang après l’injection de rappel permet de prévoir, compte tenu d’une cinétique de décroissance et avec une marge d’erreur modérée, si un taux d‘anticorps protecteur sera maintenu pendant six mois, un an ou plus. Mais ce n’est qu’à posteriori que la durée réelle de l’immunité protectrice pourra être confirmée.
Des inconnues multiples
Est-ce que ces vaccins vont solliciter les lymphocytes mémoire ? Dans le cas où il n’y a plus d’anticorps détectable dans le sérum, si une personne est de nouveau en contact avec le coronavirus, bénéficiera-t-elle d’une mémoire immunitaire et d’une remontée immédiate des anticorps ou pas ? S’agissant des coronavirus on peut craindre que non lorsque l’on observe ce qui se passe dans les conditions naturelles. Cette propriété serait un avantage à considérer parmi les vaccins qui seront proposés. Il reste, à l’évidence, un certain nombre d’inconnues, mais nous sommes en période pandémique et il y a urgence à pouvoir vacciner. Si les agences chargées de délivrer des autorisations de mises sur le marché constatent une bonne efficacité protectrice et une innocuité satisfaisante, je pense que ce sera suffisant pour délivrer ces vaccins dans des délais très brefs. Mais cela n’exclut pas une vigilance renforcée pendant la phase 4. JIM.fr : Pourquoi prendre une décision alors qu’aucune publication scientifique n’a à ce jour été faite ? Le Président Macron a même parlé d’une disponibilité du vaccin dès fin décembre.
Pr Yves Buisson : Ça peut être plus long car non seulement aucune publication n’a été faite à ce jour mais l’agence européenne des médicaments peut demander des informations complémentaires. Pour l’instant les déclarations faites à ce jour sont très encourageantes, mais on ne peut pas s’en contenter ; il faut un dossier complet et rigoureux.
JIM.fr : Une conservation du vaccin de Pfizer à -72°C est-elle compatible avec une campagne de vaccination efficace en France ? Savez-vous vers quoi s’orientent les modalités logistiques pour la distribution et l’administration du vaccin dans le plan de vaccination ?
Pr Yves Buisson : La stratégie vaccinale devra s’adapter à la thermo stabilité du vaccin et donc organiser une chaîne de froid compatible. Il est certain que si nous n’avons que ce vaccin, cela va réduire la possibilité de multiplier les lieux de vaccination en France. Nous serons obligés d’organiser un circuit de stockage, de distribution et des centres de vaccination permettant de maintenir cette chaîne du froid. Les doses collectives qui seront décongelées devront être administrées dans un délai relativement bref. Il va falloir s’organiser pour vacciner le maximum de personnes en un minimum de temps tout en évitant le gaspillage. Il semble que le vaccin de Moderna puisse se conserver à -20 °C. Nous avions déjà eu ce type d’expérience notamment avec le vaccin Amaril qu’il fallait conserver à -20 °C dans des centres agréés de vaccination contre la fièvre jaune. Il est maintenant stabilisé et peut se conserver au réfrigérateur. Conserver des vaccins à température négative constitue un handicap pour une vaccination de masse.
D’autres vaccins, comme cela semble être le cas du vaccin d’AstraZeneca, pourront se conserver à température positive entre 2 et 8 °C, ce qui autorise des circuits de distributions plus larges dans les cabinets médicaux, les pharmacies, les hôpitaux, les centres de vaccination…
L’arrivée échelonnée de vaccins différents n’interdit pas la stratégie du boost
JIM.fr : Comment va s’organiser le plan de vaccination avec l’arrivée probablement simultanée de différents vaccins ?
Pr Yves Buisson : Si on veut vacciner rapidement la population à risque et la population exposée (je pense aux soignants), il faudra que l’on puisse disposer rapidement de plusieurs vaccins de différents fabricants. Il va falloir adapter les stratégies de vaccination à la nature des vaccins qui auront été commandés. Parmi les candidats vaccins actuels, ceux qui, je l’espère, vont être agréés et utilisés, seront des vaccins de première génération. Ensuite, d’autres vont sortir qui, peut-être, seront meilleurs, ou aussi bons, ou complémentaires. Nous pouvons très bien imaginer, car cela se développe dans les concepts de vaccinologie, que l’on sollicite le système immunitaire avec un premier vaccin et que l’on prolonge ou renforce l’immunisation avec des rappels utilisant d’autres préparations vaccinales. Avec le temps, nous pourrons voir quelles sont les associations qui confèrent l’immunité la plus solide et la plus durable. Les meilleures stratégies de vaccination vont progressivement se dessiner en fonction de la population à vacciner, de l’âge, des comorbidités, de la grossesse éventuelle et du statut immunitaire antérieur.
Quel impact de la vaccination sur la circulation du virus ?
JIM.fr : Quel serait l’impact épidémiologique de la vaccination sur la transmission du virus ?
Pr Yves Buisson : C’est une très bonne question que nous nous posons tous. Il est certain que les vaccins en tête de course sont des vaccins qui protègent contre la maladie. Ils suscitent une immunité humorale, c’est-à-dire l’apparition d’anticorps IgG et IgM dans le sang pour contrer la dissémination du virus dans l’organisme. Par contre, ces vaccins ne sont pas faits pour susciter une immunité de muqueuse qui implique une réponse cellulaire et la production d’IgA, notamment dans les sécrétions muqueuses respiratoires. Une immunité muqueuse vaccinale permettrait d’éviter l’infection et aurait donc un impact épidémiologique certain. Ces types de vaccins, encore en développement pré-clinique, seraient administrés par instillation nasale ou par inhalation d’aérosols. Le point délicat est la dose précise d’antigènes à délivrer : alors que la quantité d’antigènes injectés dans une dose de vaccin intramusculaire est déterminée avec précision, cette quantification est plus aléatoire dans un aérosol ou des gouttes nasales. Mais lorsque ces difficultés seront surmontées, nous aurons peut-être une deuxième génération de vaccins qui aura un impact épidémiologique beaucoup plus fort en évitant l’infection. En attendant, les vaccins disponibles auront peut-être aussi un impact épidémiologique, mais moins important, dans la mesure où les IgG circulantes passent également dans les sécrétions de muqueuses et peuvent avoir un effet. Nous pouvons aussi postuler qu’une personne immunisée ne développant pas la maladie aura une charge virale réduite et sera moins contagieuse. C’est de la prospective et il faudra très vite mener des études pour vérifier qu’une population vaccinée élimine moins de virus dans ses excrétas qu’une population non vaccinée. Il est possible, par l’analyse des eaux usées, de savoir en temps réel le niveau de circulation du virus dans une collectivité. JIM.fr : Comment vaincre la défiance des populations ? Pr Yves Buisson : Le mieux est de prendre le temps d’expliquer en quoi consiste la vaccination, ses avantages et ses inconvénients, tout en restant très transparent. En France, nous avons un bon système de pharmacovigilance, en l’occurrence de vaccinovigilance. Il repose sur la déclaration de tous les effets indésirables pouvant être imputables à l’administration d’un vaccin. Qui peut faire cette déclaration ? Toute personne impliquée dans l’acte vaccinal, c’est-à-dire la personne vaccinée, ou ses parents si c’est un enfant, le médecin qui a prescrit ou pratiqué la vaccination ou l’infirmière qui a injecté la dose. Les effets indésirables considérés comme graves font l’objet d’une enquête systématique extrêmement poussée pour confirmer ou écarter le lien entre la vaccination et l’effet indésirable. Il faut que le grand public sache que cela existe et que c’est un moyen de contrôle permanent de la sécurité vaccinale. Si une vaccination de masse de la population française contre le SARS-CoV-2 est entreprise, il va falloir qu’un système de vaccinovigilance soit spécifiquement dédié à cette vaccination, avec des moyens de fonctionnement en temps réel et la possibilité de transmettre toutes les informations au jour le jour.
L’hésitation vaccinale peut être dépassée par la transparence et l’efficacité
Si une véritable transparence est démontrée dans ce domaine, on suscitera la confiance. Les personnes à très haut risque dans les EHPAD (les résidents et le personnel) seront très certainement vaccinées en priorité (c’est le sens des recommandations de la HAS publiées hier, ndlr). Si l’incidence de la Covid-19 chute rapidement dans les EHPAD à l’issue des campagnes de vaccination, la population sera moins encline à l’hésitation vaccinale. Parmi les « vaccinosceptiques », il y a les irréductibles, contre la vaccination quoi qu’il arrive, qui ne représentent pas plus de 5 % de la population, et beaucoup d’indécis. Tout le monde peut être hésitant face à un vaccin d’un type complètement nouveau et qui n’a jamais été essayé chez l’Homme. Si on démontre qu’il n’y a aucun risque et que c’est très efficace, les Français finiront par lever leurs hésitations.
Un collectif de citoyens un peu tardif
JIM.fr : Que pensez-vous du collectif de citoyens, évoqué par le Président Macron, pour suivre le plan de vaccination ? Pr Yves Buisson : Je pense que le collectif de citoyens aurait pu être sollicité plus tôt, pour éviter des décisions ineptes, comme les fermetures de petits commerces qui n’ont été justifiées par aucun argument scientifique. Dans ce cas, le bon sens populaire aurait été bien utile. Faire appel au collectif citoyen en espérant que cela va servir à vaincre l’hésitation vaccinale… peut-être. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire. Je ne sais pas. Si cela peut être utile, tant mieux. JIM.fr : L’Europe a réservé plus de 1,9 milliards de doses. Et pour le premier trimestre 2021, la France aurait préacheté 90 millions de doses via la CE selon Les Echos. N’en a-t-on pas trop commandé vue la défiance de la population ?
Pr Yves Buisson : Je pense qu’il sera très facile de retourner une partie des hésitants qui demandent à voir avant de se décider. Si ce vaccin est aussi efficace qu’on nous le promet, nous allons revenir à la situation pré-épidémique au bout de quelques mois, résultat extraordinaire à tous les plans, médical, social, économique… Ce sera un moteur très puissant pour convaincre les hésitants. Encore une fois, c’est la qualité des premiers résultats et la transparence de l’information qui permettront de vaincre l’hésitation. Et je la connais bien cette hésitation. J’ai beaucoup bagarré contre ceux qui dénonçaient les risques liés à la vaccination contre l’hépatite B. Cela a été très difficile de revenir en arrière car on s’y est mal pris : on a mal communiqué. Je crois qu’il faut tirer les leçons du passé et ne pas répéter ces erreurs pour les vaccins qui vont arriver contre la Covid-19 s’ils confirment leur efficacité. Si 5 % d’irréductibles ne se font pas vacciner, ce n’est pas grave car cela n’empêchera pas d’arrêter l’épidémie.
JIM.fr : Savez-vous si ces doses ont été pré-payées ? Pr Yves Buisson : Je ne sais pas mais des sommes ont été sans doute versées par les Etats car les essais de phase 3 coûtent des montants vertigineux. Les laboratoires qui sont en tête dans la course sont ceux qui ont bénéficié de financements importants par les États. Et malheureusement, la France n’est pas dans les premiers investisseurs.
« Si les vaccins à ARN messager tiennent leurs promesses, nous assisterons à une révolution dans le domaine de la vaccinologie »
JIM.fr : Des moyens détournés de rendre la politique vaccinale obligatoire, comme par exemple une obligation qui serait imposée par les compagnies aériennes, pourraient-ils être mis en place ? Pr Yves Buisson : C’est possible. Certains métiers, comme les professions de santé, comportent des obligations vaccinales. Les soignants doivent se faire vacciner contre l’hépatite B par exemple. Dans le principe, cela ne me choque pas du tout si l’on veut vraiment lutter contre cette épidémie au niveau mondial. Ce n’est pas le seul programme vaccinal français qui réussira à en venir à bout. Il faut que tous les pays s’y mettent. Les risques de transmission par les voyageurs sont extrêmement importants et il serait plus intéressant d’exiger que les voyageurs internationaux soient systématiquement vaccinés plutôt que d’exiger qu’ils fassent un test.
JIM.fr : La vaccinologie entre-t-elle dans une nouvelle étape ?
Pr Yves Buisson : Je suis l’histoire des vaccins depuis longtemps ; si les vaccins à ARN messager tiennent leurs promesses, nous assisterons à une véritable révolution dans le domaine de la vaccinologie. Une page sera tournée. Cela va ouvrir des possibilités considérables non seulement vis-à-vis de la Covid-19, mais aussi vis-à-vis d’un certain nombre de maladies infectieuses pour lesquelles on a du mal à développer une protection vaccinale et même, au delà, en cancérologie. Cela semble une voie très prometteuse. Personnellement je suis très optimiste ; j’ai peut-être tort, mais j’ai envie d’y croire.
La plateforme FranceTV Slash a lancé une nouvelle série documentaire animée sur le rapport à l’alcool et aux dépendances des jeunes âgés de 18 à 30 ans cliquez pour voir les vidéos sur « Rien qu’un verre !
En France, l’alcool fait partie de notre culture et la pression sociale à boire est souvent forte. Une personne qui ne boit pas d’alcool peut rapidement se retrouver “sur la touche”. De manière inconsciente, chacun peut entrer dans une routine où l’alcool devient de plus en plus présent et problématique… parce que c’est socialement acceptable de boire et que les prétextes, sont innombrables pour lever le verre.
Chaque épisode-thématique regroupe de vrais témoignages audios de jeunes âgés de 18 à 30 ans. Au micro de Julie Bonnemoy, ils racontent leurs expériences de consommation, leurs ressentis, leurs déboires et leurs prises de conscience. A l’image, l’univers graphique onirique d’Anaïs Caura permet de mettre en avant leurs propos.
Face au fléau de la toxicomanie la tendance dominante est à la « réduction des risques », une approche de santé publique qui accepte la consommation de drogue à grande échelle et essaye d’en atténuer les conséquences négatives. La « réduction des risques » a commencé avec l’échange de seringues et les cliniques de méthadone et prend aujourd’hui la forme des sites d’injection dits « sans risques », où les toxicomanes peuvent prendre des drogues sous la supervision de professionnels de la santé, qui sont censés intervenir en cas d’urgence.
La ville de Vancouver, au Canada, est souvent citée comme un exemple en la matière. Au cours des 30 dernières années, Vancouver a mis en œuvre l’intégralité des stratégies de « réduction des risques ».
Cependant, ce qui se passe à Vancouver peut difficilement être considéré comme une réussite. Le total des dépenses sociales dans le Downtown Eastside, le quartier de Vancouver « dédié » aux toxicomanes, s’élève maintenant à plus d’un million de dollars par jour et cependant les problèmes liés à la drogue n’ont fait que s’aggraver : sans-abris, incivilités, criminalité, surdoses, comme le montre une étude récemment publiée par l’Institut pour la Justice[1].
Le Downtown Eastside, est devenu un véritable piège mortel pour les toxicomanes de toute la Colombie-Britannique, qui s’y rendent pour se procurer de la drogue, faire une surdose, puis périr dans la rue. De 2005 à 2015, le nombre de toxicomanes sans domicile fixe ayant migré vers le Downtown Eastside depuis l’extérieur du quartier est passé de 17 à 52 % de la population totale et parallèlement, depuis 2008, le nombre de décès par surdose en Colombie-Britannique a augmenté de 151 %, les chiffres de Vancouver étant à l’origine d’une grande partie de cette augmentation.
Pourtant, le Downtown Eastside est l’un des quartiers les plus étudiés au monde. Un coup d’œil rapide à la littérature spécialisée révèle au moins 6 500 articles universitaires, articles de journaux et rapports scientifiques qui se concentrent sur la vie dans ce quartier. Par ailleurs, le quartier abriterait plus de 170 associations à but non lucratif vouées à aider les toxicomanes. Tout un vaste secteur socio-scientifique se consacre à la résolution des problèmes du Downtown Eastside, et proclame les bénéfices supposés de la « réduction des risques ».
Malheureusement, une grande partie de la littérature spécialisée qui apporte une caution à la « réduction des risques » est plus proche de l’activisme que de la science pure et dure. Selon une enquête récente de la RAND Corporation, près de 80 % de la littérature sur les sites d’injection supervisée est constituée d’études provenant de deux établissements seulement : Insite à Vancouver et le Centre d’injection médicalement supervisé, à Sydney, en Australie. Selon les conclusions des chercheurs de la RAND, ces études ne sont ni rigoureuses ni concluantes, et elles négligent souvent le potentiel de nuisances et d’effets de secondaires au niveau du reste de la population.
Surtout, la politique de « réduction des risques » repose sur l’idée que l’objectif de l’abstinence – le but traditionnel de la médecine et des politiques publiques en matière de toxicomanie – est irréaliste, voire oppressif. Selon les partisans de la « réduction des risques », le véritable objectif ne devrait pas être la guérison de l’addiction, mais le maintien de l’addiction, éventuellement à perpétuité, sous la supervision des pouvoirs publics.
Cette logique nous entraine tout droit vers le « Meilleur des mondes », avec la distribution officielle de Soma à tous ceux qui cherchent une échappatoire aux inévitables difficultés de l’existence.
Sous couvert de compassion, la politique de « réduction des risques » crée des mécanismes pervers qui dégradent la condition de ceux qu’elle est censée aider et qui amplifient les problèmes sociaux liés à la toxicomanie.
Laurent Lemasson Responsable des publications à l’Institut pour la Justice