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octobre 2023

San Francisco veut s’inspirer de Zurich pour gérer sa crise

Une délégation zurichoise s’est récemment rendue dans la ville californienne pour discuter avec les autorités, dépassées par les problèmes de drogues.

Jigme GarneDavid Sarasin

Publié aujourd’hui

Depuis quelque temps, la scène de la drogue s'étend à San Francisco.
Depuis quelque temps, la scène de la drogue s’étend à San Francisco.GETTY IMAGES

L’une des villes les plus riches des États-Unis, San Francisco, s’enfonce dans la misère de la drogue. L’une des villes les plus riches d’Europe, Zurich, a surmonté son traumatisme lié aux stupéfiants dans les années 1990 et devient aujourd’hui un modèle pour San Francisco.

Une délégation zurichoise – composée de la police, des services sociaux, du Département de la santé et de la politique (dont la maire Corine Mauch) – est rentrée la semaine dernière de San Francisco. Le thème de ce voyage de plusieurs jours était la politique en matière de drogue. Le programme prévoyait 20 réunions et diverses visites auprès d’ONG, d’établissements de santé et de la police de San Francisco. Florian Meyer faisait également partie de la délégation suisse. Il dirige à Zurich divers centres de contact et d’accueil ainsi que le centre d’information sur les drogues de la ville des bords de la Limmat.

Florian Meyer, quelle image s’est présentée à vous à San Francisco?

Une image bouleversante. San Francisco compte plusieurs milliers de personnes gravement dépendantes qui consomment en pleine rue. Le commerce se fait également au grand jour. Rue après rue, arrière-cour après arrière-cour, on tombe sur d’innombrables toxicomanes avec des plaies parfois ouvertes. Ils étaient allongés sur le sol, dans une position tordue et face contre terre. Pour beaucoup d’entre eux, je n’étais même pas sûr qu’ils soient encore en vie. Parfois, à quelques mètres de là, des enfants jouent sur des places de jeu et dans des cours d’école clôturées.

San Francisco ne compte que deux fois plus d’habitants et d’habitantes que Zurich, mais le nombre de personnes gravement dépendantes est bien plus élevé.

Les scènes ouvertes de la drogue ont toujours un fort effet d’attraction. De nombreux toxicomanes viennent de toute la Californie et d’autres régions des États-Unis. On nous a dit que la situation à Oakland, de l’autre côté de la baie, était encore plus désastreuse. Les médias se concentrent sur San Francisco, mais des scènes de la drogue de cette ampleur existent désormais dans de nombreuses grandes villes américaines.

Quelles en sont les causes?

Les causes sont multiples. La diffusion de l’opioïde fentanyl a certainement été un gamechanger. L’un des problèmes est que les pipes utilisées circulent au sein d’un même groupe. Si un consommateur de crack sans tolérance aux opioïdes attrape une pipe contenant des restes de fentanyl, le risque d’overdose est grand. Une fois, à midi, lorsque nous nous sommes rendus au poste de police du quartier de Tenderloin, les agents avaient déjà ramassé six morts dans la rue ce matin-là.

L'opioïde fentanyl rend les gens rapidement dépendants.
L’opioïde fentanyl rend les gens rapidement dépendants. GETTY IMAGES

Comment le gouvernement de San Francisco s’y prend il?

Il existe des offres médicales pour les personnes dépendantes, et en ce moment, la ville mise davantage sur la répression qu’auparavant. Le travail effectué a surtout pour objectif d’éloigner complètement les gens de la drogue. Les personnes qui ne sont pas abstinentes sont, par exemple, exclues des programmes de logement. Résultat: la ville compte 8000 sans-abri. La réduction des risques est beaucoup moins au centre des préoccupations.

Pourquoi pas?

Même les ONG sont plutôt sceptiques. Elles ne veulent pas soutenir la consommation de drogues. Les gens ignorent que dans les salles de consommation comme celles de Zurich, il s’agit de bien plus que de la consommation. Les personnes gravement dépendantes y sont stabilisées socialement et médicalement dans le but de les orienter et de les soutenir lorsqu’elles souhaitent devenir abstinentes.

Il existait un centre de contact et d’accueil à San Francisco, mais il a été fermé au bout de neuf mois par manque de financement.

Le problème est que les lois fédérales interdisent de telles structures. À New York, deux salles de consommation de drogues ont été ouvertes il y a deux ans, après la visite d’une délégation américaine à Zurich. Or, il est délicat de le faire en dépit des lois fédérales. Les ONG craignent des plaintes et des amendes élevées.

Florian Meyer, responsable des centres de contact et d'accueil à Zurich, échange avec des spécialistes de la drogue du monde entier.
Florian Meyer, responsable des centres de contact et d’accueil à Zurich, échange avec des spécialistes de la drogue du monde entier.Jonathan Labusch

La ville de San Francisco veut-elle désormais instaurer des salles de consommation sur le modèle zurichois?

Notre travail a suscité un très grand intérêt, car Zurich est perçu comme un modèle de bonnes pratiques. Les professionnels du domaine des addictions veulent garder le contact avec nous. Le plan est désormais d’organiser des réunions en ligne régulières. Nous sommes toutefois conscients qu’un modèle qui fonctionne chez nous ne peut pas être simplement appliqué à une autre ville.

Pourquoi pas?

Prenez par exemple la police qui, à Zurich, est impliquée dans le travail sur les drogues et défend une position commune avec les services sociaux. Lorsque nos représentants de la police ont expliqué lors d’une table ronde qu’ils toléraient le microtrafic dans les salles de consommation afin que le trafic ne se fasse pas dans la rue, les spécialistes américains ont été étonnés. Aux États-Unis, cette coopération transversale n’existe pas. La police là-bas a une histoire très différente de la nôtre.

Avez-vous aussi pu retenir quelque chose que San Francisco fait mieux que Zurich?

Les compétences des personnes qui ont elles-mêmes un passé d’addiction et qui sont aujourd’hui abstinentes sont très bien utilisées. Il y a beaucoup d’anciens toxicomanes qui ont une autre approche dans le travail social de proximité. Nous avons par ailleurs beaucoup appris sur les expériences de la ville avec le fentanyl, au cas où cette substance se propagerait chez nous.

Vous avez un exemple ?

Nous avons vu comment sont utilisées les bandelettes de test pour le fentanyl et, plus récemment, celles pour la xylazine, un tranquillisant pour chevaux connu sous le nom de Tranq. Nous avons également vu l’importance du Narcan, un antidote pour les overdoses au fentanyl. Ce médicament est distribué à tous les consommateurs de San Francisco et est, par exemple, déposé dans les boîtes à journaux. Ce qui était nouveau pour moi, c’est qu’à San Francisco, le fentanyl est principalement fumé et non pas injecté.

Y a-t-il une possibilité d’empêcher préventivement la propagation du fentanyl en Suisse?

Non. Si des contrebandiers veulent introduire du fentanyl sur le marché suisse, il n’est, en principe, pas possible de les en empêcher. Mais si cela devait arriver, il ne faudrait pas craindre la même évolution qu’aux États-Unis, car notre position est très différente.

Chez nous, les personnes dépendantes aux opioïdes suivent des thérapies de substitution. Les personnes qui achètent des opioïdes sur le marché noir seraient en revanche en danger. Il serait également dangereux que le fentanyl soit mélangé à d’autres substances. Jusqu’à présent, nous ne connaissons qu’un seul cas de ce type à Bâle: il y a deux mois, le drug checking a révélé la présence de fentanyl, qu’un client avait acheté sur le darknet. Il pensait qu’il s’agissait d’héroïne.

C’était un cas isolé?

Si des substances mélangées à du fentanyl apparaissaient dans nos centres de contact et d’accueil, il y aurait des overdoses, car le fentanyl est très puissant. Nous nous en apercevrions donc relativement vite.

À Zurich, une scène ouverte de la drogue a vu le jour cet été au parc Bäckeranlage. Quelle est la situation actuelle?

La situation s’est calmée. On peut donc en conclure que les moyens mis en œuvre par le travail social de proximité et de la police portent leurs fruits et que les gens consomment davantage dans nos établissements ou à domicile.

Le cas du parc Bäckeranlage était-il une exception?

Non, pas fondamentalement. Avec environ 40 personnes, la scène était un peu plus importante qu’ailleurs. Mais il y aura toujours des personnes qui consomment dans l’espace public et il y aura toujours des formations de groupes. Cela ne devient problématique que lorsque les groupes deviennent trop importants et qu’il n’existe pas d’offres pour eux.

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Après 5 ans de légalisation : des milliers de visites aux urgences en plus en raison du cannabis

The young person smoking medical marijuana joint outdoors. The young man smoke cannabis blunt, close-up.

MISE À JOUR Lundi, 16 octobre 2023 22:42

La légalisation du cannabis il y a cinq ans a eu pour conséquences de faire bondir les visites aux urgences, ont relevé des médecins dans un commentaire publié par le journal de l’Association médicale canadienne la semaine dernière.

En révisant les études parues au Canada depuis la légalisation de la marijuana le 17 octobre 2018, les auteurs ont noté que l’usage du cannabis n’a guère évolué au pays, mais que la drogue douce a tout de même un impact important sur le milieu hospitalier.

Des milliers de patients aux urgences

Notamment, une étude menée en Ontario et en Alberta a permis de constater une hausse de 20 % du nombre de cas d’empoisonnement et de troubles liés au cannabis. Une autre étude, menée en Ontario, met en lumière une multiplication par 13 du nombre d’admissions à l’urgence de personnes avec le syndrome d’hyperémèse cannabinoïde, qui se traduit par des nausées et vomissements causés par le cannabis.

Grossesses, enfants, accidents

Le nombre de femmes enceintes qui ont exposé leur fœtus au cannabis pendant leur grossesse a aussi doublé, tandis que le nombre de visites à l’hôpital pour des enfants qui ont ingéré du cannabis a triplé.

Pour autant, les auteurs ont noté des avantages à la légalisation de la drogue, particulièrement dans les palais de justice où le nombre de dossiers liés au cannabis a largement diminué – de 73 % pour les femmes et de 83 % pour les hommes.

«En analysant les faits après cinq ans de légalisation, on constate que le succès des objectifs de la politique est mitigé, avec des bénéfices dans le système de justice qui semblent plus tangible qu’en santé», ont noté les médecins en appelant à continuer à suivre les impacts de la Loi sur le cannabis.

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Bientôt à Marseille, une salle de shoot proche de trois écoles !

Sarah-Louise Guille 16 octobre 2023

Au 110, boulevard de la Libération, dans le IVe arrondissement : c’est à cette adresse que Marseille verra l’ouverture d’une salle de shoot. Ce projet, dans les tuyaux depuis des années, a été validé en ce mois d’octobre 2023.

La salle de shoot fut d’abord une volonté de la municipalité de Jean-Claude Gaudin, puis une promesse de campagne de Michèle Rubirola, avant d’être un projet porté par Benoît Payan et Michèle Rubirola – toujours elle – en tant qu’adjointe à la santé. Le feuilleton aura donc été long mais, après des ouvertures annoncées et reportées, la salle de shoot marseillaise devrait bien voir le jour, comme confirmé dans un communiqué rédigé par la Fédération Addiction : 

« Le comité de pilotage de la Halte soins addictions (HSA), constitué de la préfecture de région PACA et des Bouches-du-Rhône, de l’agence régionale de santé PACA, de la ville de Marseille, du tribunal judiciaire de Marseille et de l’AP-HM, a confirmé la proposition de l’association ASUD Mars Say Yeah d’implanter la HSA au 110, boulevard de la Libération. »

Gestion confiée à une association militante

Anciennement appelée salle de consommation à moindre risque (SCMR), elle est désormais nommée Halte soins addictions (HSA). In fine, c’est la même chose. Il s’agit d’un « espace de réduction des risques par usage supervisé et d’accès aux soins », comme défini par l’arrêté du 26 janvier 2022 publié au Journal officiel le 23 février 2022. De son côté, l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) précise que ces structures « permettent aux usagers de drogues de les consommer dans des conditions plus sûres, par injection ou par inhalation ».

En somme, un lieu où les toxicomanes peuvent se rendre pour se droguer et être aidés. Sa gestion sera confiée, comme prévu, à l’association ASUD Mars Say Yeah dont le but est de « changer l’image des usagers de drogues dans la société et à leurs propres yeux. Changer la loi qui pénalise l’usage simple et privé des adultes. Transformer les « toxicos » en citoyens comme les autres, bénéficiaires de droits et de devoirs. » Tout un programme !

Dans une ville gangrenée par le trafic de drogue et qui vit au rythme des règlements de comptes entre gangs, pas sûr que l’idée soit louable. Le 26 juin dernier, lors d’un déplacement dans la cité phocéenne, Emmanuel Macron semblait vouloir s’attaquer aux consommateurs pour toucher les trafiquants. Dans une interview accordée à La Provence, le président de la République appelait une « réponse plus efficace au délit d’usage de stupéfiants ».

Comment, dans ces conditions, peut-on confier le projet à une association qui milite pour la dépénalisation du cannabis et souhaite « mettre fin aux sanctions pour simple consommation de drogues » ? Et comment l’État peut-il allouer un budget de un million d’euros par an à ce projet, sachant cela ? Encore une belle incohérence.

Ouvrir la structure discrètement

Par ailleurs, rappelons que cette Halte soins addictions a mis du temps à aboutir : son installation était controversée. En 2019, Martine Vassal, présidente du conseil départemental et de la Métropole, s’était dite « opposée à l’ouverture programmée d’une salle de shoot subventionnée, à deux pas de l’hôpital de la Conception et du centre-ville ». Les riverains étaient également très réticents à l’idée qu’une telle structure s’installe dans leur quartier.

Cette-fois ci, ce n’est plus dans le Ve arrondissement mais dans le IVe, plus loin de l’hôpital de la Conception mais toujours aussi proche du centre-ville et très proche du centre de jeunesse Timon-David (88 m), des écoles Saint-Vincent-de-Paul (150 m) et Saint-Joseph-la-Madeleine (260 m) et de la crèche Les Mirabelles (170 m).

Résultat : les riverains ne sont pas les mêmes, mais ils sont toujours aussi inquiets. Sur le groupe Facebook du Comité d’intérêt de quartier (CIQ), Marion Fabre, mère de famille, ne comprend pas cette décision : « C’est hallucinant de vouloir mettre ça dans une rue où il y a trois écoles (dont collèges et lycées) et une crèche ! » 

Elle n’est pas la seule à avoir été choquée par cette annonce. Thibault M. Imhoff, administrateur de la page, dénonce une « décision unilatérale pour ne pas dire arbitraire, sans aucune concertation ni consultation citoyennes, sans prévenir – à défaut d’impliquer – les associations de parents d’élèves, les directeurs d’établissements scolaires avoisinants, les associations de commerçants ou le CIQ. » 

Rien de très étonnant puisque Béatrice Stambul, alors présidente de l’association ASUD Mars Say Yeah, annonçait, en 2019, qu’elle procéderait de la sorte : « Il est sûrement préférable d’ouvrir la structure sans faire trop de bruit, pour ne pas éveiller des protestations d’office. »

Outrés, les habitants du quartier n’entendent pas en rester là. Ils doivent se réunir, ce lundi 16 octobre au soir, pour débattre du projet mais aussi, sans doute, pour voir comment s’y opposer. À ce jour, l’espoir est encore permis puisque le ministre de la Santé et de la Prévention, Aurélien Rousseau, n’a pas entériné cette décision.

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Alcool : Six minutes suffisent aux cellules du cerveau pour réagir

Illustration. Des boissons alcoolisées dans un bar.

Des boissons alcoolisées dans un bar. Pexels / Pixabay.com

Six minutes seulement après avoir consommé une quantité d’alcool équivalente à trois verres de bière ou deux verres de vin, entraînant un taux d’alcoolémie de 0,05 à 0,06 pour cent, des changements se sont déjà produits dans les cellules du cerveau.

Ce sont des chercheurs de l’Hôpital universitaire d’Heidelberg (Allemagne) qui l’ont démontré au début des années 2000 à l’aide de la spectroscopie par résonance magnétique (SRM). Auparavant, les seules données disponibles provenaient d’essais sur des animaux.

Le métabolisme des cellules cérébrales est affecté

Comme l’expliquait alors le Dr Armin Bille,r du groupe de travail sur le métabolisme cérébral du département de neuroradiologie de cet hôpital : “Notre étude apporte la preuve d’une utilisation alternative de l’énergie lors de l’ingestion d’alcool, c’est-à-dire que le cerveau utilise un produit de dégradation de l’alcool au lieu du glucose pour répondre à ses besoins énergétiques”.

Cela indique probablement que l’alcool déclenche des changements dans la composition des membranes cellulaires.

Pas de différence homme/femme

Huit hommes et sept femmes ont participé à cette étude. Dans un scanner IRM, ils ont consommé l’alcool à l’aide d’une longue paille dans le but d’atteindre un taux d’alcoolémie de 0,05 à 0,06 %.

Dans la machine, les noyaux des atomes du tissu cérébral ont été stimulés par une impulsion à haute fréquence et le signal transmis lors du retour à l’état initial a été reçu. et analysé. Cette étude n’a révélé aucune différence entre les résultats obtenus chez les hommes et les femmes – les cerveaux des hommes et des femmes ont réagi de la même manière à la consommation d’alcool.

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«Smaart», une app qui aide les jeunes à boire moins

Clémence Lamirand – Publié: le 13.10.2023

L'application devrait aussi servir à comparer sa consommation à celle des autres. Car la comparaison permet de réfléchir à ce que l'on boit soi-même.
L’application devrait aussi servir à comparer sa consommation à celle des autres. Car la comparaison permet de réfléchir à ce que l’on boit soi-même. Thomas M Barwick

«L’alcool et toi, ça donne quoi?» C’est par cette question sur sa page d’accueil que l’application Smaart interpelle les jeunes. Son objectif: lancer une réflexion autour de leurs habitudes de consommation d’alcool. «La conscientisation de sa consommation est cruciale, introduit le Pr Nicolas Bertholet, médecin adjoint au Service de médecine des addictions du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Il est important que les jeunes se questionnent: j’en suis où? Et par rapport aux autres? L’idée est vraiment de déclencher une prise de conscience, qui pourra générer si besoin des changements de comportement. L’application ne dit pas ce qu’il faut faire, elle suggère de réaliser un bilan.»

Les concepteurs de l’application Smaart, le Service de médecine des addictions du CHUV, accompagné par des étudiants de l’Université de Lausanne (UNIL), l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’Hospitality Business School (EHL) et la Haute École de santé Vaud (HESAV), souhaitent aussi que leur application serve à comparer sa consommation à celle des autres.

Se comparer pour moins consommer

Car la comparaison permet de réfléchir à sa propre consommation. «Plus nous buvons, plus nous pensons que les autres boivent beaucoup, explique le médecin lausannois, et plus nous pensons que les autres boivent, plus nous buvons.» Ce phénomène peut faire entrer les jeunes dans un cercle vicieux et mener à une consommation toujours plus importante. D’où les notions essentielles d’évaluation et de comparaison.

L’application propose également de monitorer sa consommation, afin d’observer son évolution et de calculer son alcoolémie un soir de fête. Il est aussi possible de se challenger, pourquoi pas entre amis, en se fixant des objectifs de consommation. Ceux-ci réalisés, on est virtuellement récompensé. «Cette application, nous l’avons voulue très ludique, raconte le Pr Bertholet. Il est, par exemple, possible de prendre ses amis en photo et l’appli choisit au hasard celui qui ne boira pas d’alcool et conduira!»

Des informations sur la santé

Du contenu permet aussi de s’informer, par exemple sur les différents types de boissons et leurs degrés d’alcool ou sur le nombre de verres recommandés, et de savoir vers quel professionnel se tourner en cas de difficultés. L’application parle santé et conséquences néfastes de l’alcool sur l’organisme. Mais toujours sur un ton décalé, parfaitement adapté à sa cible (les 15-25 ans).

«À la fin du bilan, par exemple, on donne un équivalent en hamburgers», sourit le Pr Bertholet. Une comparaison qui plaît aux plus jeunes, mais qui rappelle aussi et surtout, on a parfois tendance à l’oublier, que les boissons alcoolisées sont souvent sucrées et toujours très caloriques, et donc mauvaises pour la santé. «Ce paramètre peut d’ailleurs inciter ceux qui surveillent leur poids à se motiver pour limiter leur consommation», souligne le médecin lausannois.

Une indispensable prévention des risques

L’alcool engendre aussi des comportements à risque – et c’est peut-être le critère le plus impactant à prendre en compte face aux jeunes. Après une soirée très arrosée, le risque d’accident, de violence, de passage à l’acte suicidaire ou encore d’agression sexuelle est en effet nettement augmenté.

Des comportements qui sont directement reliés au fait que l’alcool limite la réflexion et réduit notamment les capacités de discernement et la perception des situations dangereuses. En effet, 20% des décès chez les hommes de 15-30 ans seraient attribuables à l’alcool (10% chez les femmes). D’où la nécessité de mettre en place des projets de prévention variés, surtout chez une population qui se rend rarement chez le médecin.

«C’est pour ces personnes qui consomment mais ne souffrent pas de comportements addictifs que l’application a été créée.» Pr Nicolas Bertholet, médecin adjoint au Service de médecine des addictions du CHUV

Avec des consommations excessives répétées, le risque est aussi de tomber dans une dépendance à l’alcool, contre laquelle il n’est pas facile de lutter. «Il est différent de boire pour faire face à des sentiments douloureux ou à une anxiété que pour faire la fête, souligne le Pr Bertholet. Les enjeux ne sont pas les mêmes. Sans addiction, on dispose d’une marge de manœuvre pour moins boire.

C’est d’ailleurs pour ces personnes qui consomment mais ne souffrent pas de comportements addictifs que l’application a été créée.» Une application qui, pour ses concepteurs, est un outil de plus parmi d’autres déjà disponibles pour lutter contre la surconsommation d’alcool chez les jeunes.

«Elle n’est pas une baguette magique, conclut l’expert. Il est très important de disposer d’une variabilité de dispositifs, car cela augmente les chances que chacun trouve celui qui lui convient pour réussir à réduire sa consommation.»

Une étude à la conclusion «très positive»

Une étude sur l’efficacité de l’application Smaart, qui souhaite prévenir la consommation d’alcool à risque chez les jeunes, a été menée auprès de 1770 personnes sur douze mois. Elle a suivi le volume total d’alcool consommé et le nombre de jours de consommation excessive (4 verres ou plus par jour pour les femmes et 5 pour les hommes) des participants, une moitié ayant accès à l’appli, l’autre non.

Parmi ceux qui ont eu la possibilité de la télécharger, 80% l’ont installée sur leur smartphone. Certains l’ont beaucoup utilisée, d’autres très peu. En moyenne, ils l’ont consultée 20 fois durant les douze mois. À la fin de l’année de suivi, les personnes du groupe «appli» ont moins consommé d’alcool chaque semaine que le groupe contrôle.

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« Il n’y a de trafic de drogues que s’il y a des consommateurs »

Professeur Jean Costentin, Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)

Il n’y a de trafic de drogues que s’il y a des consommateurs. Ce truisme d’une grande banalité, même s’il paraît niais ne peut être nié, et moins encore contesté. Faut-il qu’il dérange, pour que certains s’élèvent contre cet élémentaire au bon sens ?

Exprimant ce constat commun, le ministre de l’Intérieur, monsieur G. Darmanin, affirme sa résolution de réduire le désastre des toxicomanies, en renforçant les actions contre les trafiquants et les dealers ; et d’ajouter qu’il faut aussi s’en prendre aux consommateurs.

Au cours des cinq décennies écoulées depuis la loi de 1970 prohibant la consommation des drogues, dont celle du cannabis, nombre de politiques ont, d’une façon démagogique, progressivement affadi les sanctions qui visaient les consommateurs ; cette loi, jamais appliquée, prévoyait des sanctions pouvant aller jusqu’à 3.500 € d’amende et même un emprisonnement d’une année, avec inscription au casier judiciaire.

La justice, qui revendique le droit de ne pas appliquer systématiquement les sanctions prévues par la loi, a le plus souvent renoncé à poursuivre les contrevenants que lui présentait la police (classement sans suite) ; sans infliger une sanction intermédiaire entre ce tout et ce rien.

L’Éducation nationale a fait une impasse totale sur la prévention des toxicomanies de l’école jusqu’à l’université.

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (MILDT, devenue MILDECA) a eu à sa tête des présidents qui militaient insidieusement pour la légalisation du cannabis (Nicole Maestracci, Didier Jayle, Danièle Jourdain-Menninger) à l’instar du directeur de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (J.-M. Costes).

Aucune campagne télévisée digne de ce nom n’a été développée contre le cannabis. Au mieux des messages rares, brefs et abscons, auxquels faisaient bientôt suite de longues émissions télé qui banalisaient le cannabis et où la parole n’était donnée qu’à des défenseurs de la légalisation du cannabis (J.-P. Couteron, W. Lowenstein, A. Benyamina…).

Et immanquablement survint ce qui avait été si systématiquement préparé : la France promue tout premier consommateur de cannabis en Europe ; la drogue s’infiltrant en tous points du territoire national ; une crétinisation galopante ; une multiplication des pathologies psychiatriques; une guerre des gangs pour la maîtrise des territoires de deal avec 220.000 dealers ; des zones de non droit (« territoires perdus de la République ») ; une très importante économie souterraine ; une accidentalité routière et professionnelle élevée et, de connaissance plus récente et aux conséquences très graves, le développement des effets épigénétiques du cannabis.

Ces effets affectent ses consommateurs (très au-delà du séjour de son principe actif, le THC, dans leur organisme). Ils peuvent les transmettre à leur progéniture, avec pour conséquences une vulnérabilité : aux malformations congénitales, aux troubles anxieux et/ou dépressifs, à l’autisme, à la schizophrénie, aux addictions, à des déficits cognitifs, à des déficits de l’immunité…

Un ressaisissement est impératif et urgent. La cible doit être celle prônée par le ministre de l’Intérieur – les consommateurs, cible négligée par les politiques passées.

Oui mais, un collectif regroupant plusieurs associations dont AIDES, SOS Addiction, le syndicat de la magistrature, la Fédération Addictions, la ligue des droits de l’Homme, s’en prend au ministre de l’Intérieur (26 septembre) : déclarant « qu’il tente de cacher l’échec de sa politique des drogues en stigmatisant les consommateurs ». Le grand mot « stigmatisation » est lâché.

Responsabiliser n’est pas stigmatiser. Les consommateurs doivent être rappelés à leurs responsabilités qui, dans ce drame des toxicomanies, sont majeures, même si elles ne sont pas exclusives.

Ces associations « vent debout » contre ce rappel de bon sens du ministre de l’;Intérieur, devraient cesser de souffler sur les braises des toxicomanies. On attend d’elles un investissement fort dans la prévention ; or leur activité à cet égard est nulle voire même négative. Ne serait-ce en fait leur fonds de commerce qu’elles s’appliquent à préserver et même à amplifier ?

Qu’est-ce-que le « Pète ton crâne » (PTC) cette drogue « 200 fois plus puissante que le cannabis » retrouvée chez un ado de 14 ans dans l’Aube ?

Publié le 11/10/2023 Écrit par Camille Bluteau

Illustration d'une cigarette électronique
Illustration d’une cigarette électronique • © JULIO PELAEZ / MAXPPP

PTC : Pète ton crâne. Cette drogue de synthèse fait de plus en plus d’adeptes chez les jeunes. Dans l’Aube, un ado de 14 ans a été surpris en possession de cette dernière par ses parents. Son vendeur a été interpellé le 2 octobre 2023. Il sera jugé en janvier 2024 à Troyes.

En décembre 2022, les parents d’un adolescent de 14 ans portent plainte après avoir découvert que leur fils était en possession d’une fiole de produit pour cigarette électronique contenant du PTC, « Pète ton crâne », aussi appelé la Buddha Blue. Selon une étude publiée en 2018, près de 4% des jeunes moins de 17 ans l’auraient expérimenté au moins une fois.

Une drogue « 200 fois plus puissante que le cannabis »

C’est une drogue de synthèse, « 200 fois plus puissante que le cannabis », qui circule depuis quelque temps parmi les adolescents et que vendait un Troyen interpellé par la brigade de Lusigny-sur-Barse (Aube), le 2 octobre 2023. Selon la gendarmerie, il aurait fourni plus de 200 clients, dont plusieurs mineurs à qui il récupérait les pièces d’identité en caution. 

Les jeunes justement, ils sont les premiers ciblés par cette drogue qui « se vend aux abords des établissements scolaires ou sur internet à très bas prix », regrette Gwénolée Martinot, médecin addictologue et coordinatrice à l’Association Addiction France, à Troyes. « Elle provoque de nombreux effets secondaires : de la psychotrope, des malaises, des vomissements, de la paranoïa, des idées suicidaires, un taux d’agressivité plus important… » énumère-t-elle. « En plus d’être plus forte que le cannabis, les effets peuvent durer jusqu’à 24 heures après la prise », précise-t-elle.

Une substance indétectable 

« Impossible à discerner à l’œil nu, indolore et incolore », cette substance qui se présente sous forme de poudre ou de liquide. Elle est majoritairement utilisée dans des cigarettes électroniques. « Les jeunes, ce qu’ils cherchent, c’est avoir des effets. Ils cherchent la prise de risque, mais ils en deviennent dépendants. Certains se réveillent la nuit pour vapoter », commente l’addictologue.

Dans son centre d’addictologie, Gwénolée Martinot reçoit principalement « des jeunes entre 14 et 25 ans grand maximum ». « Le syndrome de sevrage est très fort. Ils finissent par en trouver le manque ». Heureusement, la plupart des jeunes qui viennent la voir sont motivés à s’en sortir. « Ceux-là, ils n’ont pas réussi à arrêter eux-mêmes, ils sont sous emprise, se réveillent la nuit… Généralement, le sevrage se passe bien », explique-t-elle. Pour ceux qui n’y arrivent pas, elle fait de la prévention. « Notre challenge, c’est la motivation ».  

10 litres de PTC retrouvé chez le troyen

Du côté de Troyes, une enquête préliminaire a été diligentée après la découverte des gendarmes. Une perquisition réalisée à son domicile a permis la découverte « d’environ dix litres de liquide pour cigarette électronique ainsi que des résidus de poudre de cocaïne utilisés dans la fabrication de cette drogue de synthèse », précise la gendarmerie de l’Aube. 

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ET SI BOIRE DE L’ALCOOL N’ÉTAIT PLUS BIEN VU?

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©Getty/franckreporter

De quoi parle-t-on?

L’apéro est un rituel culturel très ancré en Suisse. Les personnes qui préfèrent du jus à un ballon de blanc sont souvent mal vues. Pourtant, les effets négatifs de l’alcool sur la santé sont bien connus. Le dénormaliser est-il la solution? 

«Tu es malade? Enceinte? Sous traitement?» font partie des questions que les personnes amatrices d’apéritifs festifs posent facilement à celles qui préfèrent un soda à un verre de vin. Il faut dire qu’en Suisse, boire régulièrement de l’alcool est une pratique socialement bien vue. Ce sont donc souvent les abstinents, ponctuels ou réguliers, qui se font taquiner sur leur prétendu manque de convivialité. En caricaturant un peu: qui ne boit pas est rabat-joie.

Et pourtant, n’en déplaise aux amateurs de coups de blanc, mojito et digestifs, l’alcool nuit à la santé. «C’est une substance psychotrope dangereuse. Elle est responsable de pas moins de 1600 morts par an en Suisse. Chez les jeunes de 20 à 35 ans, c’est la première cause de mortalité, qu’elle soit liée à un accident causé par une trop grande consommation d’alcool, à des comportements agressifs en état d’ivresse ou à des suicides commis sous influence de l’alcool», explique le Dr Thierry Favrod-Coune, médecin adjoint responsable de l’Unité des dépendances aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). 

Alcool et tabac, même combat?

Substance dangereuse et pourtant légale, l’alcool pourrait-il devenir moins bien accepté par la société, un peu à l’image du tabac, qui s’affichait avant sans vergogne (publicités, sponsoring, films) et que l’on pouvait consommer partout? Grâce, entre autres, à son interdiction dans les lieux publics fermés, fumer n’est plus aussi anodin aux yeux du grand public. «L’exemple du tabac montre qu’il est possible de faire changer les mentalités et de passer d’une substance à la mode à un produit reconnu comme néfaste», poursuit le spécialiste.

La fumée passive et ses conséquences sur la santé des non-fumeurs ont toutefois joué un rôle important dans la mise au ban des cigarettes. Si l’alcool n’entraîne cependant pas de désagréments semblables pour les convives non-buveurs, le Dr Favrod-Coune n’est pas de cet avis: «L’alcool a aussi des conséquences sur autrui. Outre des coûts de la santé importants, il provoque notamment des accidents, des comportements agressifs, des incivilités. La moitié des infractions pénales sont perpétrées sous l’influence de l’alcool. Il est donc très important de dénormaliser sa consommation.» 

Normaliser l’abstinence

Nicole Egli Anthonioz, cheffe de projet au sein du secteur recherche d’Addiction Suisse, rajoute: «Dénormaliser, c’est bien, mais on peut aussi penser à normaliser l’abstinence. Certaines interventions structurelles aident à y parvenir, comme poser des restrictions dans les cantines d’entreprises, limiter les horaires de vente et augmenter l’âge légal, entre autres. Les alcopops, ces boissons sucrées semblables à des sodas alcoolisés, sont vendus aux plus de 18 ans et non au plus de 16 ans. Cette différence est importante, car plus on entame tôt la consommation d’alcool, plus on est à risque de développer des habitudes problématiques ultérieurement.» 

Moins tous les jours, mais plus en grande quantité

La consommation quotidienne d’alcool a chuté. En 1992, 30% des hommes buvaient tous les jours; en 2017, ils n’étaient plus que 15%. Une bonne nouvelle pourtant contrebalancée par une augmentation de la consommation à risque entre 2007 et 2017, dont la prévalence est respectivement passée de 13,8% de la population à 17,7%. Et cela malgré un changement de discours des professionnels de la santé. «Aujourd’hui, le message est clair: il n’y a aucun bénéfice à boire de l’alcool, même juste un verre par jour.

On ne peut en effet pas isoler les effets bénéfiques cardiovasculaires des tanins du vin, de ceux toxiques sur le corps dans son entier. La consommation d’alcool est responsable de plus de deux cents maladies! C’est une drogue au même titre que les autres. Il ne faut pas l’interdire, car cela ouvre la voie à un marché noir dangereux. En revanche, il faut réduire son accessibilité et cesser d’en faire la promotion», conclut le Dr Favrod-Coune.

Réfléchir à sa consommation pour mieux la gérer

Pour la majorité des gens, opter pour l’abstinence totale d’alcool n’est pas indispensable. Boire de temps en temps un verre n’est pas spécialement bon pour la santé, mais c’est un plaisir au même titre qu’une sucrerie qui n’est pas particulièrement indispensable à l’organisme. Il y a une distinction à faire entre une consommation jugée problématique (lorsqu’elle dépasse 10 unités d’alcool* par semaine pour un homme et 5 pour une femme) et une addiction. Cette dernière nécessite un diagnostic médical et n’est pas uniquement liée aux doses ingérées, mais à la dépendance physique et psychique (et donc au manque) à la substance. 

«Boire peut procurer du plaisir et cela ne doit pas être diabolisé. En revanche, prendre conscience des risques liés à sa propre consommation et réfléchir à la façon dont on boit est important. Est-ce tous les jours? Fait-on des excès ponctuels? Peut-on se priver facilement d’un verre? Quels sont les comportements adoptés sous l’emprise de l’alcool?

Des initiatives comme le Dry January (le mois sans alcool, initié en Grande-Bretagne, ndlr) sont intéressantes car elles obligent les personnes qui y participent à mieux se rendre compte de leur consommation et à trouver des alternatives», explique Nicole Egli Anthonioz, cheffe de projet au sein du secteur Recherche d’Addiction Suisse.

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Troubles de l’usage de l’alcool : des nouvelles pistes de traitement

Mardi 10 octobre 2023

Les troubles de l’usage de l’alcool ont un coût humain et social très important. Une récente étude dévoile les premiers résultats d’une thérapie génique chez l’animal. Si des nouveaux traitements innovants voient le jour, encore trop peu de patients sont correctement pris en charge.

Les troubles d’usage de l’alcool concernent 5 millions de personnes en France, à des degrés de sévérités variables. Côté arsenal thérapeutique, toute prise en charge commence avec une psychothérapie. Ensuite, pour les cas les plus sévères, il y a une pharmacothérapie associée, donc des médicaments. Cinq traitements sont ainsi couramment utilisés dans notre pays : trois visent à maintenir l’abstinence et deux réduisent la consommation d’alcool — parce que oui, toutes les stratégies thérapeutiques ne sont pas basées sur l’absence totale de la consommation d’alcool, on peut passer d’un objectif à l’autre.

Des nouvelles stratégies thérapeutiques

À côté de ces médicaments classiques, on cherche soit d’autres molécules comme des psychédéliques, ou carrément de nouvelles approches. C’est le cas de cette étude qui dévoilent les premiers résultats d’une thérapie génique, pour l’instant chez l’animal.

Une stratégie intéressante selon Mickaël Naassila, directeur du groupe de recherche sur l’alcool de l’Université de Picardie et de l’INSERM : « C’est une option très intéressante qu’on connaît depuis très longtemps, depuis les années 2000, il y a plus de 20 ans, qu’on a commencé à faire des expériences notamment chez l’animal et on joue maintenant très très bien comme ça en injectant des virus.  On peut aller comme ça surexprimer ou bien diminuer l’expression d’un gène codant une protéine d’intérêt dans une nourriture cérébrale bien ciblée. »

Et dans le cadre de cette étude en particulier, c’est un défaut de dopamine qui est corrigé : « L’hypothèse testée, qui est bien connue dans l’addiction à l’alcool, c’est une hypodopaminergie. Il y a un circuit cérébral de la récompense qui joue un rôle très important dans les effets plaisants, renforçants, mais aussi dans des choses beaucoup plus complexes, dans la motivation à consommer, ou dans les réponses à des stimuli extérieurs qui viennent déclencher la consommation. Donc il y a cette hypodopaminergie, et là, c’est exactement ce qu’ont testé les auteurs chez le singe, ils ont utilisé un virus, qui a la particularité d’aller s’intégrer dans le génome et d’aller ici exprimer une protéine qui est un facteur de croissance et qui a comme particularité d’aller booster, d’aller activer ces neurones dopaminergique. »

L’avantage de cette thérapie génique, par rapport à un médicament classique, c’est que cet état d’hypodopaminergie va être corrigé sur le long terme puisque le petit morceau de gène va s’exprimer de manière durable dans l’organisme. Résultats, les déficits en dopamine sont bien corrigés et ces singes, devenus accros à l’alcool, ne font pas de rechute pendant plusieurs mois. Pour l’instant, ce ne sont que des résultats chez le primate qui restent à confirmer chez l’humain.

Des traitements qui n’arrivent pas jusqu’aux patients

Le problème majeur dans ces traitements, ce n’est pas qu’on en manque — il y a plein qui fonctionne bien — mais en réalité, c’est qu’on ne les utilise pas suffisamment.

Mickaël Naassila : « Effectivement, c’est dramatique. On parle en France beaucoup de choses superficielles, mais sur l’alcool, on ne parle pas de choses essentielles. Les choses essentielles, c’est que c’est une des toutes premières causes d’hospitalisation en France. Donc dans les troubles de l’usage d’alcool, la consommation excessive et l’impact sur la santé est très fréquente. »

Seulement 10 à 20 % des personnes concernées par ces troubles de l’usage de l’alcool seront finalement soignées. « 20 % c’est très faible, c’est-à-dire que c’est une des maladies pour lesquelles vous avez le plus de chance, ou ici plus de risque, de ne pas être diagnostiqué et être pris en charge. Donc effectivement, on peut développer tous les meilleurs traitements du monde, si on ne repère pas cette problématique, si on ne forme pas tous les professionnels de santé au repérage et à la prise en charge de cette pathologie, on n’avancera pas du tout et on ne donnera pas accès au meilleur traitement à tous les patients. »

Un immense problème culturel

En cause, d’abord, un défaut de formation, on ne sait pas bien repérer ces troubles de l’usage de l’alcool. Ensuite, une stigmatisation encore très forte, les personnes qui en souffrent éprouvent de la honte et n’osent pas parler. Et troisième et dernière raison : un immense problème culturel.

En France, la consommation d’alcool est banalisée et cela se ressent dans les campagnes de prévention, dans lesquelles l’accent est mis non pas sur la substance, l’alcool, mais sur les comportements liés à son usage. Et ce qui crée la polémique aussi, ce sont celles qui ne verront pas le jour. Avant l’été, le ministère de la Santé a retoqué deux campagnes de prévention, dont l’une devait être diffusée pendant la Coupe du monde de rugby, et sans parler des pressions que subissent les décideurs politiques. C’est ici que la lutte contre les troubles de l’usage de l’alcool échappe un peu à la science et à la recherche.

Source : Radio France

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