Recherche

Catégorie

Accueil

Le cannabis, une drogue douce mais pas pour le cœur !

Dr Yohann Bohbot | 01 Avril 2025

La consommation de cannabis augmente partout dans le monde, portée par une légalisation de plus en plus répandue et une acceptation sociale grandissante. Souvent perçu comme une substance récréative ou ayant des bienfaits thérapeutiques, ses effets sur le cœur restent encore mal connus. Une étude récente, présentée au congrès de l’American College of Cardiology 2025 et publiée dans JACC: Advances, apporte un nouvel éclairage en montrant un lien clair entre l’usage du cannabis et un risque accru d’infarctus du myocarde, en particulier chez les jeunes adultes en bonne santé (1).

Une étude rétrospective à partir des données du TriNeTx

Cette étude a analysé les données de plus de 4,6 millions de sujets de moins de 50 ans disponibles sur un réseau mondial de données de recherche en santé, afin de comparer les consommateurs de cannabis à des non-utilisateurs, tous exempts de comorbidités significatives à l’inclusion. Grâce à une méthodologie d’appariement par score de propension, les auteurs ont limité les biais potentiels liés aux facteurs de risque cardiovasculaires classiques tels que l’hypertension, le diabète ou le tabagisme. 

Les résultats sont sans appel : les consommateurs de cannabis présentent un risque d’infarctus du myocarde multiplié par six par rapport aux non-utilisateurs. De plus, la consommation de cannabis est associée à des taux plus élevés d’événements cardiovasculaires majeurs, d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques et d’insuffisance cardiaque, avec une mortalité globale également accrue (risque relatif multiplié par 7 !).

Un lien fort entre cannabis et maladies cardiovasculaires

L’étude suggère ainsi un lien fort entre consommation de cannabis et atteintes cardiovasculaires. Elle rejoint d’autres travaux (2, 3) qui ont montré que le cannabis peut entrainer un stress oxydatif, favoriser l’inflammation vasculaire et la dysfonction endothéliale, autant de mécanismes pouvant précipiter un événement coronarien aigu. 

La principale limite de l’étude réside dans le manque de précisions sur la quantité consommée, la fréquence et le mode de consommation du cannabis. De plus, les données étant issues de dossiers médicaux électroniques, il existe un risque d’erreurs de classification entre consommateurs et non-consommateurs, ce qui pourrait influencer les résultats.

Avec la légalisation qui progresse dans de nombreux pays, il devient essentiel d’informer les consommateurs sur les dangers notamment au niveau cardiovasculaire. Des études supplémentaires seront indispensables pour mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués et évaluer l’impact des différentes formes de cannabis, qu’il soit naturel ou synthétique.

En attendant, cette étude rappelle une réalité : même une substance d’origine naturelle peut avoir des effets graves sur la santé, et sa consommation ne devrait pas être banalisée !

Source

Des gendarmes déguisés en « tenues en bois » interpellent un homme qui cultivait du cannabis dans une forêt

Matthieu Heyman

Un officier de police, en janvier 2025 (image d'illustration).
Un officier de police, en janvier 2025 (image d’illustration). – BFM DICI

Un homme a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir cultivé du cannabis au milieu de la forêt domaniale de Vierzon. Pour l’interpeller, les gendarmes se sont déguisés et se sont « cachés dans les buissons ».

C’est une mission d’infiltration rarement menée par les forces de l’ordre. Des gendarmes se sont déguisés pour interpeller un homme qui cultivait du cannabis au milieu de la forêt domaniale de Vierzon sur la commune de Saint-Laurent dans le Cher.

Pour cela, le quadragénaire a été condamné ce mercredi 26 mars à un an de prison avec sursis et 1.000 euros d’amende. Le fruit d’une enquête de plusieurs mois, débutée à l’été 2023.

Des agents de l’Office national des forêts mènent alors des contrôles dans la forêt lorsqu’il découvre « une plantation clandestine », comme l’explique Alexis Hachette, responsable de l’unité territoriale de Vierzon, à France 3. « Il avait coupé une vingtaine de chênes pour que ses pieds de cannabis profitent mieux du soleil », se souvient-il, déplorant que l’individu « a détruit 30 ans d’investissement ».

« Et un jour, il est arrivé »

L’ONF alerte alors la gendarmerie. Ces derniers installent alors des pièges photographiques. Mais les premiers éléments ne permettent pas d’identifier immédiatement le suspect. Ce n’est qu’au printemps dernier que l’enquête reprend.

« C’est à cette période que les plants commencent à pousser, donc on a rouvert le dossier et remis des pièges photo », raconte un enquêteur.

Les gendarmes réussissent alors à l’identifier et pour l’interpeller, ils décident de le surprendre sur le vif.

La cour des comptes étrille les politiques de santé contre l’addiction des jeunes

Par RCI Web et Naïza Rippon 21/03/2025

    La cour des comptes étrille les politiques de santé contre l'addiction des jeunes

230 000 jeunes sont touchés par les addictions au cannabis. Les 12 à 15 ans sont particulièrement exposés aux risque d’addiction. Un jeune sur 10 s’estime dépendant aux drogues illicites ou à l’alcool.

Des chiffres inquiétants mais qui sont certainement bien plus élevés. Face à cette réalité, la cour des comptes qui a scruté les politiques publiques en la matière conclut que la stratégie sanitaire et médico-sociale est insuffisante

 Elle identifie deux raisons à cette insuffisance :

  • le manque de volontarisme
  • l’absence de dispositif adapté aux jeunes  

Autre constat cinglant de la cour des comptes : l’accompagnement et le soin des personnes souffrant d’addiction sont inadaptés. Les places disponibles dans les établissement de soin par exemple ne sont pas suffisantes.

L’instance relève également que l’évaluation chiffré du seul dispositif de consultation pour les jeunes consommateurs n’est pas assez soutenue. 

Un constat alarmant alors que de nouvelles substances psychoactives inondent régulièrement le territoire.

Quelles recommandations ?

La cour des comptes somme donc l’Etat d’actualiser sa stratégie globale de prévention et d’accompagnement de lutte contre les drogues. Elle recommande aux pouvoirs publics de déployer sur l’ensemble du territoire le dispositif « consultations jeunes consommateurs »

Il s’agit aussi de fixer des objectifs chiffre du suivi  du dispositif. Le lancement d’une grande campagne de communication d’ampleur pour prévenir la consommation de drogue et d’alcool fait également partie des suggestions des magistrats.

Une mesure choc figure aussi dans le rapport : augmenter le prix des boissons alcoolisés.

Enfin pour mieux évaluer l’ampleur de la consommation d’alcool et de drogue chez les jeunes, la cour des comptes préconise une étude épidémiologique pour mieux adapter l’offre médico-sociale

Pour rappel, la France est  l’un des pays d’Europe les plus concernés par la consommation de drogue et d’alcool. Les derniers chiffres datant de 2021 révélait que 2,6 % des 18-24 ans déclaraient consommer quotidiennement de l’alcool, soit le taux le plus élevé de la zone euro

Pour le cannabis, la tendance est la même. La consommation de drogue en France figure parmi les plus importantes en Europe .

Source

La Lettre du C N P E R T

Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies
S’il faut être attentif à l’état de la planète que nous Lettre N°95 léguerons à nos enfants, il est majeur de nous préoccuper de l’état des enfants que nous lui léguerons Editeur en chef Pr. J.-P. Tillement

Président Pr. J.-P. Goullé
Mars 2025
EDITORIAL
L’opération « mois de janvier sobre » ou « dry january » se déroule dans l’hexagone depuis
2020 : c’est donc la sixième édition en 2025.Elle connaît chaque année un succès croissant, puisqu’en 2024, ce défi a été suivi par près de 4,5 millions de personnes selon une étude qui a été publiée en décembre 2024 et qui est résumée dans cette lettre N°95. Il est regrettable que l’opération « mois
de janvier sobre » n’ait pas reçu de soutien officiel. Le retrait du gouvernement du lancement initial a privé la campagne du financement nécessaire à la publicité, notamment via un site Web dédié et une
application pour smartphone, indispensables la diffusion, afin d’améliorer la sensibilisation à la consommation de boissons alcooliques, mais aussi la participation du plus grand nombre à cette
campagne. En France, le marché des boissons rafraîchissantes sans alcool, terme
consacré, est très réglementé. Il est régi parle décret 92-307 en date du 31 mars 1992.

Letitre alcoométrique doit être inférieur ou égal à 1,2% par volume, soit 12 g d’alcool pur pour
un litre – pour celles qui atteignent ce chiffre, l’équivalent d’une « unité alcoolique » (10 g) –
on devrait donc plutôt parler de teneur réduite en alcool. Le marché de ces boissons se
développe considérablement, qu’il s’agisse de bières, de cocktails ou encore de vins.
Davantage de produits sont proposés aux consommateurs, qui peuvent ainsi déguster
une boisson dont le goût, les arômes et les sensations sont assez similaires à ceux d’une
boisson alcoolique traditionnelle.

En France, le marché a augmenté de 13% en 2021 et il connaît chaque année une progression
d’environ 10%. Au niveau mondial, le marché des boissons pauvres en alcool ou qui n’en
contiennent pas, a connu une hausse de 7% entre 2021 et 2022. Le chiffre d’affaires s’établissait à 11 milliards de dollars en 2022, contre 8 milliards en 2018.

Il est certain que les habitudes de consommation évoluent : aujourd’hui de plus en plus de personnes se tournent vers des boissons non alcooliques pour des raisons personnelles,professionnelles, religieuses, de santé, mais aussi de mode de vie. Dans ce numéro, deux résumés sont consacrés à l’alcool. Le premier, par le Dr Alexis Demas, fait la synthèse d’une étude française publiée récemment sur le « dry january ». Le second, par le Pr Jean-Paul Tillement, dresse le bilan de l’alcoolisme en France en 2023.
Jean-Pierre Goullé
Le « Dry January » en France : Undéfi d’un mois pour un impact durable sur la consommationd’alcool
Depuis son lancement au Royaume-Uni en 2013, la campagne « Dry January » (ou Janvier sobre) a gagné du terrain dans de nombreux pays, dont la France. L’objectif ?
Encourager les participants à s’abstenir detoute consommation d’alcool pendant unmois, dans l’espoir d’adopter une relation plus modérée et consciente avec cette substance.
Une récente étude française, publiée dans 2 Frontiers in Public Health, a examiné la prévalence et les caractéristiques des participants à cette campagne en France.
Un engouement croissant pour le « Dry January ».
L’étude a été menée via une enquête en ligne réalisée, entre le 8 et le 17 janvier 2024, auprès d’un échantillon représentatif de 5 000 adultes français. Parmi les 4 075 répondants ayant consommé de l’alcool au cours de l’année précédente, 61% connaissaient la campagne « Dry January » et 12% y
participaient, soit environ 4,5 millions de Français en extrapolant à la population adulte
totale.

Ces chiffres témoignent d’une sensibilisation importante du public français à cette initiative, bien que la participation effective reste minoritaire. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où la consommation d’alcool en France demeure parmi les plus élevées en Europe, avec des préoccupations croissantes en matière de santé publique.

Qui participe au « Dry January » ?
L’étude révèle que la participation à « DryJanuary » concerne une large diversité de profils, bien que certaines tendancesémergent :

  • un niveau socio-économique plus élevé : les personnes issues de milieux socioprofessionnels plus favorisés sont davantage informées sur l’existence de la campagne ;
  • une disparité géographique : la sensibilisation à la campagne est moins répandue dans l’Est de la France ;
  • une variation selon l’âge : les jeunes adultes sont plus enclins à participer, tandis que la participation diminue progressivement avec l’âge ;
  • contrairement aux attentes, aucun lien significatif n’a été trouvé entre la participation et le genre des personnes ou leur statut socio-professionnel.
    Un engagement motivé par une prise de conscience des risques.
    Les résultats de l’étude montrent que les participants au « Dry January » sont plus enclins à percevoir leur propre consommation d’alcool comme risquée. Beaucoup d’entre eux expriment des préoccupations pour leur santé et leur capacité à réguler leur consommation. Fait notable : les personnesayant une consommation à risque ou présentant des troubles liés à l’alcool sont
    plus susceptibles de tenter l’expérience du « Dry January ».
  • Cependant, l’analyse des scores AUDIT-C (outil d’évaluation du risque lié à l’alcool) n’a pas permis de démontrer une corrélation claire entre participation et consommation à haut risque. Un autre
    élément intéressant de l’étude est que les participants ayant pour objectif une réduction
    de leur consommation plutôt qu’une abstinence totale sont plus susceptibles d’avoir une consommation problématique. De même, ceux qui s’inscrivent officiellement sur les plateformes dédiées au « Dry January » montrent des indicateurs plus préoccupants quant à leur rapport à l’alcool.
    Une stratégie efficace pour la santé publique L’intérêt du « Dry January » va bien au-delà
    du simple défi d’un mois. Des recherches antérieures ont montré que cette expérience
    peut entraîner une réduction de la consommation d’alcool sur le long terme, en aidant les participants à mieux identifier leurs habitudes et à les ajuster. Cette étude française confirme que la campagne attire des individus soucieux de reprendre le contrôle sur leur consommation, notamment
    ceux qui ressentent un certain malaise face à leur rapport à l’alcool. Toutefois, pour maximiser l’impact du « Dry January », ilserait pertinent de mieux cibler certainescatégories de la population encore peu touchées par la sensibilisation, comme les personnes plus âgées et celles vivant dans
    certaines régions sous-représentées.
  • Conclusion
    Le « Dry January » en France connaît un succès croissant, avec un public principalement composé de consommateurssoucieux de leur rapport à l’alcool. Cettecampagne représente un outil potentiel de
    prévention et d’éducation à la santé publique, en particulier pour les individus présentant 3 des consommations à risque.
  • Si les motivations et impacts varient selon les participants, cette initiative semble constituer un levier efficace pour questionner et modifier, sur le long terme, les comportements liés à l’alcool.

  • Dr Alexis Demas
    Référence : Lespine LF, et al. Prevalence and characteristics of participants in Dry January 2024:
    findings from a general population survey in France.
    Front Public Health. 2024 Dec 2:12:1466739.

  • L’alcoolisme en France en 2023, le ilan de l’OFDT comme chaque année, l’OFDT présente le
    bilan analytique de l’alcoolisme en France en trois volets : l’offre d’alcool, ses usagers et les
    conséquences encourues.
    Le volume d’alcool pur mis en vente en 2023 est d’environ 6 millions d’hectolitres, répartis
    en vins (52%), bières (25%), spiritueux (21%), le reste étant d’autres boissons, type cidre,
    porto…, moins consommées. Rapporté à la population française, ce volume correspond à
    l’absorption de 10,35 L d’alcool pur par habitant (de 15 ans et plus) et par an, soit 2,27
    verres standard d’alcool (boisson alcoolique) par jour. Il est en légère diminution par rapport
    à 2022 : s’agit-il d’une modification de comportement ? Toutes les taxations des boissons alcooliques sont en hausse, mais elles se répercutent surtout sur les plus concentrées (spiritueux), ce qui pourrait expliquer au moins en partie la diminution globale constatée. En revanche, elle favorise
    les boissons qui le sont moins, vins et bières en augmentation.
  • Qui boit ? L’enquête, exclusivement statistique, utilise les réponses anonymes de personnes interrogées. Elle distingue les usagers selon leur âge et selon leur sexe.
    S’agissant des jeunes, elle montre que, à 17 ans, un adolescent sur cinq n’a pas bu d’alcool. Pour les autres, la consommation est rarement quotidienne mais fonction des circonstances, en particulier des fêtes et réunions. Les API, alcoolisations ponctuelles importantes (« binge drinkings ») sont plus
    fréquentes chez les garçons : ils déclarent aussi plus souvent un usage régulier mais globalement le nombre de verres consommés par mois (5 à 9) par les garçons et par les filles sont proches (25% pour les deux sexes).
    Chez l’adulte, les niveaux d’usage sont en baisse. Si neuf adultes sur dix déclarent consommer de l’alcool, seul un sur trois (37%) en fait un usage hebdomadaire et 7% un usage quotidien. Si les consommations tendent à diminuer ou restent stables, il n’en reste pas moins que les conséquences de l’alcoolisme restent effroyables : 41.000 décès par an, 30.000 chez les hommes, 11.000 chez les femmes, soit respectivement 11% et 4% de la mortalité des personnes de 15 ans et plus. Ceci inclut 16.000 décès par cancer, 9.900 décès par maladie cardiovasculaire, 6.800 par maladie digestive,
    5.400 par une cause externe, accident, suicide et plus de 3.000 par atteinte neuropsychiatrique. Les alcooliques se soignent plus : 150.000 ont consulté les Centres de Soin, d’Accompagnement et de
    Prévention en Addictologie (CSAPA) ; 77% sont des hommes. L’hospitalisation représente 105 séjours pour 10.000 habitants, avec une majorité d’hommes (73%) d’âge moyen de 56 ans. Ces indicateurs sont en hausse : les Français se soignent plus et probablement mieux. Les 5 médicaments utilisés sont l’acamprosate, le disulfiram, le nalméfène, la naltrexone et le baclofène.
    L’observation la plus optimiste reste la diminution des accidents de la route liés à l’alcool, significative puisqu’elle est deux fois plus importante en proportion que l’ensemble de la mortalité routière. Elle est due aux dépistages et aux contrôles d’alcoolémie. La mortalité due à l’alcool reflète les inégalités sociales : elle frappe les personnes au chômage ou sans activité, mais aussi le milieu
    rural où, paradoxalement, ces personnes qui se déplacent le moins meurent plus souvent
    durant leurs trajets quotidiens (note personnelle : ils roulent probablement très, voire trop vite).
    Pr Jean-Paul Tillement
    4
    Référence : Douchet M.A. La consommation d’alcool et ses conséquences en France en 2023. Notes de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), novembre 2024,1-10.
    Le tabac : Combien ?
    Le tabac tue. C’est entendu. Mais combien ? Les 75.000 morts annuelles en France
    (55.000 hommes et 20.000 femmes soit 3 décès par an et par bureau de tabac) ne sont
    guère parlants car ils sont dispersés, sous des diagnostics divers, et ne tiennent pas
    dans le champ de vision. C’est un peu mieux si l’on dit que les 8.000.000 de décès annuels
    dans le monde équivalent à 44 Airbus A380 de 500 places qui s’écrasent chaque jour.
    C’est plus impressionnant, mais ce qui l’est plus encore, c’est qu’au bout de 6 jours la
    comparaison ne tient plus, car les 241 A380 construits sont tous détruits, entre le lundi et
    le samedi, ce qui contraint à un repos dominical…
    Dès 2004, la « British Doctor Study », sur une cohorte de médecins suivis de 1951 à 2001
    (arrêt de l’étude faute de fumeurs survivants), montrait qu’à tous les âges la survie des
    fumeurs était diminuée de 10 ans par rapport à celle des non-fumeurs, que la survie des anciens fumeurs était intermédiaire, d’autant plus proche de celle des non-fumeurs que l’arrêt était précoce, mais qu’à tous les âges, l’arrêt diminue cet écart.
    Une nouvelle étude (1) augmente la perception individuelle du risque en indiquant
    que les fumeurs actifs de 35, 45, 55, 65 et 75 ans perdent en moyenne 9,1 – 8,3 – 7,3 – 5,9
    et 4,4 années de vie s’ils n’arrêtent pas de fumer. A l’inverse, ceux qui arrêtent à ces
    âges gagnent, respectivement, 8,0 – 5,6 – 3,4 1,7 et 0,7 années de vie.
  • A tout âge, l’arrêt du tabac prolonge la vie et si « mieux vaut tard que jamais le plus tôt est le mieux ». Une autre façon d’estimer les ravages du tabac, de façon saisissante, est d’estimer la perte d’espérance de vie par cigarette fumée (2), soit 17 min pour les hommes, 22 min pour les femmes. Il faut 5 min pour fumer une cigarette qui fait perdre 4 fois plus de temps d’espérance de vie.
    Enfin, imaginons que le tabac disparaisse chez les personnes nées entre 2006 et 2010
    (la Nouvelle-Zélande l’avait programmé avant qu’un changement de gouvernement ne
    changeât la donne), d’ici 2095, 40% des cancers du poumon seraient évités, soit 1,2
    million de décès (3).
    Le tabac est la première cause évitable de décès avec un décès par million de cigarettes vendues. La plus efficace des mesures à prendre est l’augmentation du prix hors inflation du tabac, de manière répétée (au mieux tous les ans, au pire tous les deux ans) et dissuasive (au mieux 10% ; au pire 5%). La preuve de l’efficacité de cette mesure
    est le « screaming test », les « hurlements » de l’industrie du tabac (ou de ses porte-voix) ;
    ceux que l’on entend depuis l’augmentation du 1er février 2025, témoignent que l’on est
    dans la bonne direction.
    Pr Gérard Dubois
    Références
    1- Mendez D, Warner KE. The benefits of quitting smoking at different ages. Am J Prev Med. 2024 Nov;67(5):684-688.
    2- Jackson SE, Jarvis MJ, Robert R. The price of a cigarette: 20 minutes of life? Addiction 2024 Dec
  1. doi: 10.1111/add.16757 (Online ahead of print). 3- Rey-Brandariz J, Rumgay H, Ayo-Yusuf O, et al.
    Estimated impact of a tobacco-elimination strategy on lung-cancer mortality in 185 countries: a populationbased birth-cohort simulation study. Lancet Public
    Health 2024 Oct; 9(10): e745–e754.
    Drogues illicites en France : niveaux d’usage en 2023
    Alors que l’usage de drogues illicites ne cesse de progresser dans notre pays, les niveaux de
    consommation sont préoccupants. En effet, l’Observatoire français des drogues et
    toxicomanies (OFDT) a dévoilé récemment les résultats de son enquête 2023 sur ces
    consommations. La précédente enquête comparable, remontant à 2017, a montré en
    6 ans une nette hausse des usages. La présente étude a été réalisée à partir d’un
    échantillon représentatif de 15.000 personnes 5
    agées de 18 à 75 ans de France métropolitaine.
    Le cannabis
    C’est la drogue illicite la plus consommée depuis 30 ans, consommation évaluée par le
    baromètre de Santé publique France depuis En 2023, pour la première fois, son
    niveau d’expérimentation concerne une personne sur deux. Parmi les 18-64 ans, il
    progresse de 12,7% en 1992 à 50,4% en Avec 58% des hommes contre 44% des
    femmes, l’expérimentation de la drogue est préférentiellement masculine. Pendant cette
    même période, son usage au cours de l’année écoulée est passé de 4,4% à 10,8%.
    Quant à l’usage régulier (au moins 10 fois au cours du dernier mois), il s’établit à 3,4% en
    2023, soit 1,4 millions d’usagers, dont 900.000 consommateurs quotidiens,
    majoritairement des hommes (3,2% contre 1,4% de femmes).
    On assiste à une banalisation rampante de l’usage de cette drogue, ainsi que le regrette
    notre ministre de la santé, le Dr Yannick Neuder dans son entretien au « Journal du
    dimanche » en date du 30 septembre 2023 : « La dédiabolisation du cannabis est à
    l’œuvre dans un silence assourdissant » avait-il déclaré. Seule lueur d’espoir dans ce
    bilan français accablant, le constat d’une consommation en nette baisse chez les plus
    jeunes, relevé dans plusieurs enquêtes récentes.
    Rappelons que la dernière enquête menée aux États-Unis, publiée en 2024 dans la revue
    « Addiction », montre que le nombre de consommateurs quotidiens ou quasiquotidiens (21 jours par mois) de cannabis, a été multiplié par 20 en 30 ans, leur nombre progressant ainsi de 900.000 en 1992 à près de 18 millions en 2022, et dépassant même pour la première fois celui des
    consommateurs quotidiens d’alcool en 2022.

  2. Est-ce cela qui nous attend ? (Voir la lettre N°91 du CNPERT, juillet 2024).

  3. Les autres drogues illicites L’usage de drogues illicites autres que le cannabis n’a cessé de progresser dans notre pays depuis une vingtaine d’années. En effet, en 2023, 15% des adultes âgés de 18 à 64
    ans avaient expérimenté au moins une drogue autre que le cannabis, contre 10% en 2017, soit une augmentation de 50% au cours de ces 6 années. L’usage au cours de la dernière année connaît une hausse encore plus marquée que l’expérimentation, avec une croissance de 70% entre 2017 et 2023.
    En 2023, la cocaïne reste la drogue la plus consommée après le cannabis. Ce sont 9,4% des adultes qui l’ont expérimentée, soit 1.100.000 personnes (13,4% d’hommes et 5,5% de femmes). Avec 2,7% d’usagers au cours de la dernière année en 2023 contre 1,6% en 2017, leur nombre a augmenté de
    70% entre 2017 et 2023 et la prévalence d’usage a été multipliée par dix entre 1992 et La circulation massive de cette drogue dans notre pays et dans toute l’Europe constitue une préoccupation majeure pour les États. En effet, en France, le volume des saisies de cocaïne pour les 11 premiers mois de 2024 est de 47 tonnes, contre 23 tonnes sur l’année 2023.
    L’ecstasy ou MDMA, qui est une drogue stimulante comme la cocaïne, connaît entre
    2017 et 2023 une progression de son niveau 6 d’usage au cours de la dernière année
    équivalente à celle de la cocaïne (+80%)
  4. . Pr Jean-Pierre Goullé
    Référence : Spilka S, et al. Les niveaux d’usage des drogues illicites en France en 2023. Tendances N°164, OFDT, juin 2024,1-4.
    Le nourrisson, un utilisateur nouveau et insoupçonné des écrans Il est courant d’observer que des enfants, parfois très jeunes, sont exposés à des écrans dans leur environnement quotidien.
    Des études ont révélé que les nourrissons et les enfants français âgés de 0 à 3 ans passent
    en moyenne 30 minutes par jour devant des écrans jusqu’à l’âge de 12 mois, puis 50
    minutes de 24 à 29 mois et près d’une heure de 30 à 35 mois (Le Heuzey and TurbergRomain, 2015).
    Ces données sont considérablement supérieures aux recommandations établies par Santé Publique France dans le cadre du Plan National Nutrition Santé (PNNS).
  5. En effet, le PNNS préconise :
  • l’interdiction des écrans pour les enfants de moins de 2 ans ;
  • la limitation de l’exposition quotidienne à une heure pour les enfants entre 2 et 5 ans ;
  • la mise en place d’une limite journalière de deux heures, en dehors du temps scolaire,
    pour les enfants de six à onze ans.
    Par ailleurs, le rapport publié en 2018 de l’étude ELFE (Étude Longitudinale Française
    depuis l’Enfance) sur la relation entre les activités physiques et l’usage des écrans
    chez de très jeunes enfants (étude d’enfants âgés de 2 et 3,5 ans) a également souligné
    l’exposition précoce de ces enfants aux écrans. Les données chiffrées suivantes,
    issues des réponses des parents interrogés sur l’exposition aux écrans de leur enfant de
    2 ans et 3,5 ans, sont particulièrement éloquentes :
  • 10% des parents ont déclaré que leur enfant jouait quotidiennement sur un smartphone ;
  • 28% des parents ont déclaré que leur enfant de 2 ans jouait sur un ordinateur ou une
    tablette une à deux fois par semaine ;
  • 6,6% des parents indiquent que leur enfant jouait occasionnellement sur une console de
    jeux ;
  • 67,7% des parents déclarent que leur enfant regardait la télévision quotidiennement
    (Gassama et al., 2018).
    L’habitude de ces enfants aux écrans ayant été ancrée, il n’est pas surprenant de constater l’augmentation du phénomène chez les enfants de 3,5 ans : -13,1% des parents déclarent que leur enfant jouait au moins une fois par semaine sur un ordinateur, avec, dans l’ordre, l’utilisation de
    tablettes, smartphones, consoles de jeux vidéo ; -plus de 40% des parents déclarent que leur
    enfant regarde la télévision plus de 30 minutes par jour en semaine.
    Dans nos sociétés contemporaines, les écrans sont une préoccupation majeure pour tous les âges, y compris de façon inattendue, pour les nourrissons ! Les constats sont faits : à quand les prises de décision pour enrayer ce phénomène ?
    Les observations issues de travaux scientifiques rigoureux ont permis de mettre en évidence l’ampleur du phénomène. Il s’agit désormais de mettre en œuvre des politiques publiques pour enrayer cette tendance et faire passer les messages appropriés.

  • Pr Yvan Touitou
    Résumé du rapport de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Tendances addictives) sur les
    traitements de substitution aux opiacés (12-2024) Ce rapport fait appel à de nombreuses études
    statistiques issues des services publics (dont la CNAM) et est illustré de figures claires qui
    montrent des évolutions sur la période 2012-
  1. Rappelons que les traitements des personnes dépendantes des opiacés/opioïdes sont organisés en France
    depuis près de 30 ans, avec – entre autres – la mise à la disposition de l’ensemble du corps
    médical de la buprénorphine haut dosage
    7
    (BHD), alternative recommandée face aux risques de surdose liés à l’autre médicament de substitution, la méthadone ; le double but initial était (i) de supprimer les risques de
    surdoses mortelles des injections IV d’héroïne et les risques infectieux (VIH et hépatites, liés aux échanges de seringues), et (ii) de permettre la réinsertion sociale des consommateurs. Ces traitements de substitution des opiacés (TSO) devaient aussi, à terme, permettre des sevrages
    secondaires, éventualité qui a été malheureusement oubliée depuis…Les TSO ont été récemment rebaptisés TAO (traitement par agonistes opioïdes) ce qui, de fait, élimine un protocole alternatif qui était d’introduire -après sevrage – un traitement par naltrexone per os, préventif d’une rechute.
    Les faits les plus importants rapportés par l’OFDT sont : (i) en 2023, 155 762 personnes
    en soins ambulatoires ont bénéficié d’un remboursement de TAO ; ce nombre total est
    stable ou en légère baisse, comportant toujours plus de trois-quarts de sujets masculins ; cette population serait plutôt ‘vieillissante’ (âge moyen 46 ± 10 ans) ; (ii) en revanche le pourcentage de patients sous méthadone continue d’augmenter (figure 1) atteignant 46,3% en 2023 (versus # 20% en 2000), sous forme de gélule dans 76,4% des cas. Cette augmentation s’observe surtout
    chez les patients les plus jeunes (et plus encore en Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie ou CSAPA – ou en prison), sachant que ce type de traitement est
    reconnu comme un facteur de mésusage…;(iii) la répartition départementale des « bénéficiaires » de TAO montre des disparités avec un paradoxal moindre pourcentage dans les régions autrefois les
    plus connues pour l’usage d’héroïne, telles que l’Ile France, la région PACA et autres zones de grandes métropoles. Néanmoins, on n’a pas de données sur la répartition des autres lieux d’administration des TAO : les CSAPA, les CARRUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour les Usagers de Drogues) et les lieux de détention (ensemble d’environ 20 000 sujets) qui pourraient être centrés sur les grandes métropoles ; (iv) les posologies
    quotidiennes utilisées sont majoritairement dans les zones recommandées (60 – 100 mg/j
    pour la méthadone et 8 – 24 mg/j pour la BHD), avec des dépassements des posologies pour respectivement 12% des sujets sous méthadone et 4% sous BHD. On notera que les prescriptions de Suboxone® (association de BHD + naloxone) ou de forme retard de la BHD, injectable (Buvidal®),
    restent très minoritaires, à respectivement 2,6% et < 1% ; (v) les prescriptions ambulatoires sont faites par 1 médecin (58%) ou 2 (28%), et les délivrances par 1 pharmacien (75%) ou 2 (18%) ; (vi) à noter que les prises en charge du complément à charge ne font appel à des financements
    personnels que dans 9,6% des cas, ce qui laisse entendre un très faible accès à l’emploi, sujet non exposé ; de même aucune donnée n’est rapportée pour la réinsertion familiale et le lieu de vie ; (vii) la délivrance de naloxone pour traiter les surdoses est croissante ; et (viii) la mortalité par « overdose » resterait basse : 300 cas/an dus aux TAO seuls ou en association (rapport DRAMES/CEIP, in :
    Therapies 2024 ; 79 : 297-306.) En conclusion : comme l’EUDA (European Union Drugs Agency) l’a souligné, la prise en charge par TAO est bonne en France (87% des usagers problématiques d’opioïdes), mais les mésusages et trafics liés au changement de type de TAO et la très faible
    réinsertion restent très problématiques et, de fait, sont occultés.
    Pr Antoine Coquerel
    Référence : Feng C. (2024) Traitements par agonistes opioïdes en France – Bilan 2024. Note de bilan. Paris, OFDT, 15 p.
    Une nouvelle piste dans le traitement des addictions ?
    Les « incrétines », qui sont des substances libérées par le tube digestif (iléon, colon) à l’arrivée du bol alimentaire, font baisser la glycémie, en stimulant la sécrétion d’insuline 8 par le pancréas. Parmi ces incrétines le GLP1 (glucagon-like peptide-1) et le GIP (glucosedependent insulinotropic polypeptide).
    La thérapeutique du diabète de type 2 (« diabète gras ») bénéficie depuis plusieurs
    années d’un traitement par des agonistes du récepteur du GLP-1 (AR-GLP-1) et de médicaments similaires agonistes du GIP.
    D’une façon pas encore expliquée, les agonistes de ces récepteurs semblent moduler le système de récompense impliqué dans la consommation des drogues. Une étude publiée récemment dans la revue Addiction, montre que ces agonistes diminuent, d’une façon statistiquement significative, les doses d’agents opioïdes ou encore d’alcool, consommées par les patients diabétiques qui en abusaient. Ce constat invite à amplifier ces recherches, dans le domaine des toxicomanies ; il laisse entrevoir des médicaments innovants qui font cruellement défaut dans ces addictions aux
    morphiniques, à l’alcool et à d’autres drogues
  2. Pr Jean Costentin
    Référence : Qeadan F, McCunn A, Tingey B. The association between glucose-dependent insulinotropic polypeptide and/or glucagon like peptide-1 receptor agonist prescriptions and substance-related outcomes in patients with opioid and alcohol use disorders: A real-world data analysis. Addiction. 2025 Feb;120(2):236-250.

  3. Cannabis et schizophrénie Une imagerie PET scan (tomographie par émission de positrons) a permis de constater une réduction des synapses (éléments spécialisés dans la communication entre les
    cellules nerveuses/neurones) dans certaines régions du cerveau. Cette réduction a été observée à des stades très précoces de la schizophrénie chez des sujets jeunes. Elle était plus importante chez les consommateurs de cannabis. Cette raréfaction synaptique était reliée à l’importance des manifestations déficitaires de l’affection (symptomatologie négative) contre laquelle la thérapeutique est démunie.
    Pr Jean Costentin
    Référence : Blasco MB, et al. Synaptic density in early
    stages of psychosis and clinical high risk. JAMA
    Psychiatry 2025 Feb 1;82(2):171-180

Les blagounettes de la 95

  • Le taux limite d’alcoolémie pourrait revenir à 0,8 au lieu de 0,5 g/L, car à ce dernier taux les
    accidents de la route ont augmenté ; les hommes, après une ou deux bières, passant
    le volant à leur femme !
  • Incinéré serait ma toute dernière cuite alors que, inhumé, je puis avoir de temps en temps
    un petit vers dans le nez.
  • Masculin : il a bu ; féminin : elle abuse.
  • A propos du cannabis, diverses formes de scatologie (voire d’eschatologie)
  • Le shit, en Anglais, c’est de la merde ; le cannabis, un faux médicament et un vrai
    merdicament ; Stup et fiente.
  • Faisant une prise de sang à cet ivrogne, j’ai l’impression de faire les vendanges.
  • De chez moi au bar il y a 5 minutes, alors que du bar jusque chez moi il y a 1 h 30 !
  • Les néphaliques ou abstèmes : les nez phalliques l’ont si long qu’ils peuvent aller
    sniffer les dernières gouttes au fond du verre !
  • Bien à toi, et à la tienne.
  • Mieux vaut boire que voir le Macon Prisseyc
    .
    Inscrivez-vous au blog du CNPERT « drogaddiction.com ».
    Vous serez avisés des tout nouveaux messages que nous y introduisons, pour
    votre information sur les drogues et les toxicomanies.

Drogues : une chaîne meurtrière de responsabilités

image décorative portant la mention de texte : chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez

Hausse du nombre de consommateurs et développement du narcotrafic : le marché des stupéfiants concerne tous les pays du monde, y compris la France. Du trafiquant au consommateur, il constitue une chaîne meurtrière où les victimes se comptent par centaines. Du 9 février au 2 mars 2025, le ministère de l’Intérieur lance une vaste campagne de sensibilisation sur le sujet : « Chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez. »

Une offre en hausse, plus de consommateurs

En 2023, selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, 299 000 personnes ont été mis en cause par la Police nationale et la Gendarmerie nationale pour au moins une infraction à la législation sur les stupéfiants. 84% d’entre elles sont principalement concernées par l’infraction d’usage de stupéfiants, 33% par l’infraction de trafic.

Lire la suite

En 2024

«Le verre de vin rouge sain n’existe pas»

La Croix Bleue met à jour ses recommandations et ne parle plus de quantités maximales qui seraient admises comme ne présentant pas de risque.

par Yannick Weber 80395346

La Croix-Bleue ne recommande plus de quantité acceptable à boire.
La Croix-Bleue ne recommande plus de quantité acceptable à boire.Getty Images

Tout le monde l’a déjà entendu: «Les médecins, ils disent qu’un verre de vin rouge par jour, c’est bon pour le coeur». Et les autorités nous rassurent un peu aussi: jusqu’à deux verres d’alcool par jour pour un homme et un verre pour une femme, ça va encore. Que nenni, dit la Croix Bleue, organisation suisse de conseil en matière d’alcool. «Même de petites quantités d’alcool peuvent être nocives: on ne connaît pas de quantité d’alcool saine», dit son président Philip Hadorn dans un communiqué publié jeudi.

La Croix-Bleue a ainsi mis à jour ses recommandations. «Nous renonçons dès à présent aux quantités d’alcool à boire», dit-elle. Elle s’oppose ainsi à l’OFSP, qui dit toujours, par exemple, que «les hommes adultes en bonne santé ne devraient pas boire plus de deux verres de boissons alcooliques par jour», ou qu’une consommation chronique à risque est considérée comme telle dès 4 verres par jour pour les hommes et 2 pour les femmes.

Toxique à petite dose, mais toxique quand même

La Croix-Bleue prend le parti de l’OMS, qui a mis à jour ses données en 2023: «la consommation d’alcool n’est jamais sans danger pour la santé, quelle que soit la quantité consommée», disait l’organisation. Pour la Croix-Bleue, les aspects positifs de l’alcool ne suffisent pas. «Le vin rouge contient certes des substances qui protègent en soi les vaisseaux sanguins et donc aussi le cœur. Mais ces effets positifs sont contrebalancés par les effets négatifs, notamment le risque de cancer. C’est pourquoi le verre de vin rouge sain n’existe pas», dit-elle.

Même si certains recommandent de renoncer totalement à l’alcool, l’organisation suisse sait que c’est illusoire. Il y a alors des façons de consommer. Tout le monde, aujourd’hui, s’accorde à dire que les femmes enceintes, par exemple, ne devraient pas y toucher. Pour les autres, mieux vaut boire lentement, consommer beaucoup d’eau et d’autres boissons non alcoolisées, manger avant et pendant la consommation d’alcool, contrôler la quantité d’alcool consommée et fixer une quantité cible plus basse, recommande la Croix-Bleue.

L’alcool en chiffres

Selon l’OFSP et ses normes, en 2022, «14,7% de la population suisse a une consommation ponctuelle à risque, les hommes étant presque deux fois plus nombreux que les femmes à se trouver dans cette situation». Quant à l’OMS, elle relève que dans le monde, «2,6 millions de décès étaient attribuables à la consommation d’alcool en 2019, dont 2 millions d’hommes et 600’000 femmes». Géographiquement, c’est en Europe et en Afrique que le nombre de décès en proportion de la population est le plus élevé. Mais la bonne nouvelle, c’est que de nombreuses données montrent que la situation s’améliore petit à petit.

Source

Explosion des cas de schizophrénie chez les jeunes adultes au Canada : le lien troublant avec la légalisation du cannabis

13/02/2025

Une étude canadienne menée sur 16 ans et portant sur 13,5 millions de personnes vient de révéler une augmentation alarmante des cas de psychose et de schizophrénie chez les jeunes consommateurs de cannabis. Le nombre de diagnostics liés à la consommation de cette substance a pratiquement triplé entre 2006 et 2022, avec une augmentation particulièrement marquée chez les hommes âgés de 19 à 24 ans.

Ces chiffres accréditent les inquiétudes croissantes autour des effets du cannabis sur la santé mentale, alors que plusieurs pays, dont le Canada, laissent la place à une marchandisation accrue de cette drogue, souvent sous-estimée dans ses risques psychotropes.

Un risque accru de schizophrénie chez les jeunes consommateurs

L’étude, publiée dans la revue JAMA Network Open, a analysé les dossiers médicaux de millions de patients en Ontario afin d’évaluer le lien entre l’usage du cannabis et le développement de troubles psychotiques.

🔹 Le nombre de cas de schizophrénie liés au cannabis est passé de 3,7 % en 2006 à 10,3 % en 2022.
🔹 Chez les hommes âgés de 19 à 24 ans, la hausse est encore plus marquée : 18,9 % des nouveaux cas de schizophrénie dans cette tranche d’âge seraient désormais liés à une consommation excessive de cannabis.
🔹 Les femmes sont aussi concernées, bien que dans une moindre mesure, avec une augmentation de 1,8 % des cas liés au cannabis dans cette même tranche d’âge.

Le tétrahydrocannabinol (THC), le principal principe actif du cannabis, interfère avec la libération et la transmission de la dopamine, un neurotransmetteur essentiel dans le fonctionnement du cerveau. Des études ont déjà démontré que des niveaux anormaux de dopamine sont directement impliqués dans l’apparition de symptômes psychotiquesCette étude apporte des preuves supplémentaires du lien entre la consommation intensive de cannabis et l’augmentation du risque de psychose et de schizophrénie, expliquent les chercheurs.

La légalisation du cannabis : un tournant dans l’augmentation des cas

L’augmentation des troubles psychiatriques liés au cannabis coïncide avec la libéralisation progressive du marché du cannabis au Canada. En 2018, le gouvernement canadien a autorisé l’usage récréatif de cette drogue, suivant une première vague de déréglementation concernant le cannabis médical.

Les auteurs de l’étude soulignent que la prolifération des produits contenant des taux élevés de THC pourrait être une explication plausible à cette explosion des cas psychiatriques. Contrairement au cannabis d’antan, les produits actuellement disponibles sur le marché présentent des concentrations bien plus élevées en THC, augmentant considérablement le risque d’effets secondaires graves.« Les politiques publiques ont un impact majeur lorsqu’il s’agit de l’exposition à des produits de cannabis très concentrés », explique Jodi M. Gilman, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School.

Selon elle, les dangers du cannabis sur la santé mentale sont largement sous-estimés et l’on assiste aujourd’hui à un véritable “test en conditions réelles” sur des millions de consommateurs, qui sont exposés à des produits plus puissants que jamais.

Trois obstacles majeurs à une prise de conscience collective

Les chercheurs de l’étude identifient trois défis majeurs qui empêchent une reconnaissance claire des effets du cannabis sur la santé mentale :

1️⃣ Le délai d’apparition des troubles : Les effets négatifs du cannabis sur le cerveau ne sont pas toujours immédiats. Il peut falloir plusieurs années avant qu’un trouble psychotique ne se développe, rendant difficile l’établissement d’un lien direct avec la consommation.

2️⃣ La difficulté de retracer une consommation passée : Une grande partie des patients atteints de schizophrénie liée au cannabis ne sont pas diagnostiqués immédiatement. Retracer précisément leur consommation passée est donc un défi, ce qui limite la capacité à établir des statistiques précises.

3️⃣ La diversité des produits consommés : Le cannabis d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a 20 ans. Les formes ultra-concentrées, comme les huiles, les résines ou les e-liquides, présentent des niveaux de THC extrêmement élevés. Or, ces différences ne sont pas toujours prises en compte dans les études.

Un avertissement pour la France et l’Europe

Alors que plusieurs voix s’élèvent en France pour revendiquer une légalisation du cannabis, l’exemple canadien est un signal d’alarme. Loin d’être une simple « drogue douce », le cannabis moderne augmente clairement le risque de maladies psychiatriques chez les jeunes.

Cette étude met en lumière un enjeu majeur de santé publique, souvent éclipsé par les discours favorables à la légalisation. Loin de réduire les risques, une ouverture incontrôlée du marché du cannabis pourrait exposer des millions de jeunes à des troubles mentaux graves.

Face à ces constats, plusieurs questions restent en suspens :
➡️ Les défenseurs de la légalisation du cannabis prendront-ils en compte ces données ?
➡️ Les gouvernements adapteront-ils leurs politiques en fonction de ces nouvelles preuves scientifiques ?
➡️ Faut-il durcir la prévention contre les dangers du cannabis auprès des jeunes ?

Alors que le Canada semble aujourd’hui pris au piège de sa propre politique de libéralisation, la France ferait bien de ne pas suivre le même chemin sans une évaluation rigoureuse des risques réels pour la santé mentale de sa jeunesse.

Vapotage de cannabis de synthèse : des pratiques “plus risquées qu’on ne le pense »

Deux adolescents vapotent

Publié le 07 févr. 2025 par Hélène Bour

Suite à de nouveaux signalements, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) alerte quant à la dangerosité de la consommation de substances psychoactives via la cigarette électronique.À lire plus tardPartager

Buddha blues, PTC pour “Pète ton crâne”. La presse évoque régulièrement ces produits à base de cannabis de synthèse, et dont la consommation augmente chez les jeunes.

Ce jeudi 6 février, c’est l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui a tenu à tirer la sonnette d’alarme. Indiquant avoir reçu de nouveaux signalements de cas d’effets indésirables graves après consommation de substances psychoactives par vapotage (e-cigarette ou cigarette électronique), l’agence assure qu’il s’agit de pratiques “plus risquées qu’on ne le pense”.

Le mode de consommation par vapotage ne réduit pas les risques liés à l’usage de ces produits illicites. Il peut au contraire les augmenter, l’action des produits étant plus rapide”, avertit l’agence dans son point d’actualité (Source 1), ajoutant que les adolescents sont particulièrement concernés par ces pratiques.

Et l’agence de lister les risques graves pour la santé que présentent ces cannabinoïdes de synthèse (PTC ou Buddha Blue) : “troubles psychiatriques (épisodes délirants, hallucinations, idées suicidaires, attaque de panique), troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales), troubles cardiovasculaires (tachycardie, douleur thoracique), problèmes rénaux, addiction sévère avec syndrome de sevrage mais aussi malaises, amnésies, pertes de connaissance, voire convulsions”.

Une enquête qui se poursuit

L’ANSM indique avoir mobilisé les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) dès 2019, pour mener une enquête sur le vapotage de substances psychoactives (hors nicotine), enquête qui est toujours en cours.

“Sur les années 2021-2022, les résultats montrent une augmentation des signalements d’effets indésirables consécutifs à la consommation de substances psychoactives par cigarette électronique, notamment chez des mineurs. En 2024, de nouveaux cas d’intoxications au PTC ont été signalés chez des adolescents qui ont dû être hospitalisés après avoir vapé du PTC”, précise encore l’ANSM.

Mélanges et produits “fait maison” encore plus délétère

L’Agence avertit également quant à la dangerosité des mélanges, car les cannabinoïdes de synthèse, déjà dangereux en soi, sont parfois associés à d’autres substances, telles que des benzodiazépines de synthèse, ce qui augmente les risques d’intoxications et d’effets indésirables graves. “Attention aussi aux mélanges DIY (do-it-yourself). Il s’agit de la fabrication de compositions « maison » à partir du mélange d’e-liquides et composants. Ces mélanges sont dangereux car ils entraînent un risque plus élevé de surdosage de cannabinoïdes et d’interaction entre les substances”, prévient l’instance.

Les consommateurs d’e-liquides sont invités à la vigilance lors de l’achat de ces produits, et à éviter les mélanges “fait maison”. En cas de symptômes de type nausées, vomissements, malaise, amnésie, perte de connaissance, épisode délirant ou encore hallucinations après avoir vapoté, il faut contacter immédiatement les secours (15, 18 ou 112).

Source

Comment l’être humain a apprivoisé l’alcool : voyage depuis la préhistoire

Les premières traces d’une production d’alcool remontent à 13 000 ans. Elle était probablement liée à des rituels. Identifié comme un fléau social, surtout à partir du XIXe siècle, l’alcool est combattu par les sociétés de tempérance. Mais les récits d’ivresse accompagnent la mémoire des hommes.

La grande bacchanale avec une femme jouant du luth : un tableau de 1628 du peintre français Nicolas Poussin.
La grande bacchanale avec une femme jouant du luth : un tableau de 1628 du peintre français Nicolas Poussin. | PHOTO12 VIA AFP

Ouest-FrancePhilippe RICHARD. Publié le 31/01/2025 

Nul ne sait vraiment quand l’Homme a découvert l’alcool, ni comment il a commencé à en produire. La confrontation a dû être précoce, soulignent les spécialistes du Muséum d’Histoire naturelle. Certains grands singes consomment des fruits fermentés naturellement, et recherchent cette sensation d’ivresse.

Des pépins de raisin vieux de 500 000 ans ont été trouvés sur des sites archéologiques, notamment français, mais rien n’atteste qu’ils ont servi à réaliser des boissons fermentées. Et la domestication de la vigne (comme des céréales) a eu lieu bien plus tard, entre -10 000 et -5 000 ans, dans le Croissant fertile (Proche et Moyen-Orient).

Une bière de riz

En Chine, des traces de bière de riz ont été identifiées dans des céramiques vieilles de 10 000 ans, sur le site archéologique de Shangsan. Selon les chercheurs américains de l’Institut de Stanford, à qui l’on doit cette découverte toute récente – décembre 2024 -, cette boisson fermentée devait jouer un rôle notable dans les cérémonies, et cette fonction psychoactive pourrait avoir joué un rôle dans le développement de la culture du riz dans la Chine ancienne.

Quelques années plus tôt, en 2018, un groupe d’archéologues, toujours menés par une équipe de Stanford, avait identifié les plus anciennes traces de brassage au monde, dans une grotte israélienne utilisée pour des rites funéraires il y a 13 000 ans. Cette découverte d’usage précoce de céréales fermentées contredisait la théorie, alors majoritaire, de l’apparition de la bière comme produit secondaire de la production de pain, il y a environ 5 000 ans.

Avant d’être un produit de consommation festive et séculière, il est probable que l’alcool, comme les autres produits psychotropes, ait été utilisé dans un cadre rituel. Ce qui n’exclut pas toujours la dimension festive. Déchiffré sur une tablette mésopotamienne découverte en Syrie, l’Hymne à Ninkasi, déesse suméro-akkadienne de la bière, suivi d’une véritable « chanson à boire », est ainsi un texte littéraire décrivant les étapes techniques du brassage. Il date d’il y a 4 000 ans mais pourrait être une reproduction de tablettes sumériennes plus anciennes.

Et si la modération était professée par de grands penseurs grecs antiques, comme Platon, la consommation immodérée de vin était au cœur des excès des fêtes dionysiaques (chez les Grecs) et des bacchanales (romaines, en l’honneur de Bacchus).

Rituel ou interdit

Un prêtre catholique célèbre la messe. | WIDEONET – STOCK.ADOBE.COM

L’usage du vin reste central dans la célébration catholique. Selon la Bible, lors de la Cène, Jésus aurait annoncé à ses apôtres que la nouvelle alliance avec Dieu serait consacrée par le sacrifice de son corps et par le sang versé. La Cène est rejouée lors de la célébration de l’Eucharistie. Sans remettre en cause l’usage du vin de messe, la Réforme rejette le principe de la transsubstantiation (que le vin consacré devienne vraiment le sang du Christ). Le vin est intégré dans de nombreux rituels de la religion juive et sa consommation elle-même ritualisée. L’alcool est, par contre, explicitement prohibé dans des sourates du Coran. Quant au bouddhisme, l’un de ses cinq principes, est, au-delà de l’alcool, de ne pas prendre de substance altérant l’esprit…

En Occident, les mouvements anti-alcooliques prolifèrent au XIXe siècle, avec une médicalisation et une psychiatrisation de l’alcoolisme (et l’apparition du mot : on parlait jusqu’alors d’ivrognerie). Mais aussi, à la même période, le développement d’un discours œnologique.

Dans un livre assez étonnant, L’ivresse de la Révolution, publié en 2021, le psychiatre et alcoologue Michel Craplet avait pointé le rôle de l’alcool dans les moments les plus extrêmes de la Révolution française. L’ivresse comme source de dérèglement social, sans qu’il atteigne les sphères révolutionnaires, est une des raisons de la création de sociétés de tempérance.

Société de tempérance

Une affiche de l’Union des Françaises contre l’alcool,
créée en 1916 et dissoute en 1940.
UNION DES FRANÇAISES CONTRE L’ALCOOL

Les premières apparaissent au XVIe siècle dans le Palatinat (un État de l’ouest de l’actuelle Allemagne). Elles se développent dans ce qui était encore les colonies britanniques d’Outre-Atlantique puis dans les nouveaux États américains, où un discours sur la Prohibition se développe à partir des années 1830.

En France, rappelle l’alcoologue Mickaël Naassila dans un ouvrage sorti début janvier (J’arrête de boire sans devenir chiant) : « La première association de tempérance antialcoolique de France a vu le jour à Amiens en 1835, fondée par le pasteur protestant Robert Wodrow.

Cette initiative marqua le début d’un mouvement social important, visant à lutter contre le fléau grandissant de l’alcoolisme, qui sévissait particulièrement parmi les classes populaires. À partir de cette première initiative, d’autres associations de tempérance se développèrent rapidement à travers le pays, notamment sous l’impulsion des Églises protestantes et de certains mouvements laïques. »

Mais le vin gardera longtemps en France (l’a-t-il perdu ?) une dimension symbolique, identitaire. La ration de « pinard » est versée quotidiennement aux Poilus de la Première Guerre mondiale. Elle est aussi promue par Vichy comme un élément de l’identité française. Et ce n’est qu’en 1956 que le président du Conseil, Pierre Mendès-France, interdit la distribution d’alcool aux enfants, dans les cantines des collèges.

Récits d’ivresse

L’imaginaire de l’alcool et de l’ivresse reste particulièrement riche. L’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe, qui a sorti plusieurs ouvrages sur l’ivresse, a basé tout son travail sur les récits : « Les récits d’ivresse émaillent de façon récurrente et secondaire, en tant que contexte événementiel banal et aléatoire, les romans, mémoires, témoignages judiciaires, descriptions cliniques, articles de presse et autres écrits. »

Elle constate dans un entretien de 2016 : « Le plus souvent, un même rapport au temps se dégage, comme une même phrase musicale : l’ivresse collective commence doucement, elle métamorphose le paysage sonore qui enfle et toute l’atmosphère du moment, elle monte en intensité jusqu’à une acmé qui souvent voit s’accroître les mobilités et les performances burlesques, parfois dangereuses, surtout lors des nuits festives de la jeunesse. Et tout retombe dans le sommeil de l’ivresse, plus profond que le sommeil ordinaire, qui fait « rouler sous la table » et tomber dans le fossé le buveur trop « gris » ou complètement « noir »». Au réveil, constate-t-elle, il est tentant pour le buveur d’attribuer ses actions en état d’ivresse à cet autre que soi qu’est le buveur ivre. Dans son Dico de la cuite, sorti en 2021, le journaliste nantais Stéphane Pajot, égrène lui aussi les termes imagés qui accompagnent le trop-boire.

Si la consommation de grandes quantités d’alcool est essentiellement profane, en France comme dans le monde, l’ivresse à fins rituelle existe encore. Dans un livre lui aussi publié en 2021, Boire avec les morts, l’anthropologue Céline Geffroy a étudié l’ivresse rituelle et collective de populations paysannes andines pour entrer en contact avec les morts : « C’est à travers la boisson alcoolisée que les hommes font entendre leurs requêtes auprès de ces entités non-humaines, car ce n’est qu’en état d’ébriété avancée que l’on peut dialoguer avec elles, qu’elles nous apparaissent en alter ego »…

Source

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑