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La Lettre du C N P E R T (N°96)

Président Pr. J.-P. Goullé
S’il faut être attentif à l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il est majeur de nous préoccuper de l’état des enfants que nous lui léguerons

Editeur en chef Pr. J.-P. Tillement Mai 2025

EDITORIAL
Fin 2024, j’ai été contacté par les Cahiers français, revue bimestrielle gérée par la Direction de l’information légale et administrative (DILA), rattachée aux services du Premier ministre. Cette revue aborde les grands sujets qui nourrissent le débat public. Illustrés par des infographies et de nombreuses photographies, ses articles courts et ses fiches pratiques permettent de mieux comprendre les questions de société, d’économie et de politique.

Chaque numéro s’organise autour d’un dossier composé de six à huit articles qui analysent en profondeur une thématique. D’autres rubriques analyse d’une loi, d’une politique publique, points de vue de deux experts, éclairage sur une notion, un concept, traitement d’un événement historique et ses répercussions) complètent le numéro.

L’objet de la saisine du numéro 444 de mars-avril 2025 des Cahiers français, pour laquelle j’ai été sollicité, publiée dans cette lettre N°96 du CNPERT, rapporte le point de vue de deux experts à propos de la légalisation du cannabis : pour ou contre ?

Les deux experts sont chacun chargés d’exposer les arguments sur lesquels ils fondent et motivent leur avis en réponse à quatre questions. J’ai ainsi développé les raisons qui s’opposaient à la légalisation récréative du cannabis. Ce sont les réponses à ces quatre questions qui sont reprises dans cette lettre.

En effet, une telle légalisation serait une erreur sanitaire grave, ainsi que vient d’ailleurs de le rappeler l’Académie de médecine dans son récent communiqué*
Jean-Pierre Goullé

  • La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé
    publique –
  • Académie nationale de médecine, communiqué du 9 avril 2025.
  • Question 1 – Certains de nos voisins (Canada, Allemagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Belgique,
    République Tchèque, Italie) ont opté pour un assouplissement de la législation concernant le cannabis.
    Quels bilans peut-on tirer de ces politiques ?
    Parmi les pays qui ont choisi de revenir sur la prohibition de la consommation de cannabis,
    certains en autorisent l’usage, d’autres l’ont dépénalisé voire légalisé, comme le Canada
    (2018) ou l’Allemagne (2024). Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions en ce qui
    concerne la politique allemande en la matière.

  • En santé publique, volet primordial à prendre en compte, rappelons que les nombreux
    troubles et maladies liés à la consommation de la drogue sont parfaitement connus et
    qu’aucun traitement médicamenteux ne permet de les prendre en charge (1). Une
    étude canadienne montre, de plus, que le risque de développer des troubles
    psychotiques est multiplié par onze chez les 12 à 19 ans (2). Des atrophies cérébrales sont
    aussi consécutives à sa consommation (3).

  • Les accidents du travail sont plus nombreux chez les 20 à 34 ans. Plus grave, le
    tétrahydrocannabinol, l’un des principes actifs du cannabis, peut toucher la descendance du
    consommateur en âge de procréer (1). Enfin la légalisation n’a pas permis de faire baisser
    les autres toxicomanies, au contraire. Le nombre de décès par opioïdes qui était au
    Canada de 107 par million d’habitants en 2017, a atteint 210 en 2021 (4). En outre, si la
    régulation du marché a fait diminuer la part illicite du cannabis, le trafic et l’usage de
    toutes les autres drogues se sont accrus.
    Concernant les coûts et méfaits de la consommation de cannabis, ils s’élèvent à 2,4
    milliards de dollars canadiens (4).
    Sur le plan économique, l’argument de la perception de nouvelles taxes, utilisées
    comme source de recettes fiscales, est d’abord discutable sur le plan de la
    déontologie politique : peut-on accepter des rentrées fiscales par la mise sur le marché
    d’un nouveau produit dangereux ? La perception de taxes sur le tabac et sur l’alcool,
    produits historiquement légaux, se justifie pour des motifs de santé publique, en
    permettant une baisse des usages attestée par toutes les expertises nationales ou
    internationales, mais elle ne se justifie pas pour de nouvelles drogues interdites. Les
    défenseurs de la légalisation du cannabis n’ont aucun modèle économique robuste sur
    lequel s’appuyer. En cas de régulation par l’État, les frais liés à la mise en place d’un
    dispositif public de culture, de transformation, de distribution et de contrôle du cannabis
    seraient considérables, et l’équilibre entre les gains et les coûts pour les finances publiques
    serait sans doute défavorable, si l’on ajoute en particulier les coûts sociaux, comme pour
    l’alcool et le tabac. Ainsi, au Canada, suite à la légalisation du cannabis, le bilan de 2018 à
    2022 montre que les taxes n’ont couvert que 37,2% du coût de fonctionnement du
    programme de réglementation du cannabis (5). Au Colorado, les taxes ne couvrent que
    25% des coûts de la légalisation.
    Pr Jean-Pierre Goullé

  • Références
    1- http://www.em-consulte.com/revue/LPMFOR/1/3 et http://www.em-consulte.com/revue/LPMFOR/1/4.
    2- McDonald AJ, Kurdyak P, Rehm J, et al. Agedependent association of cannabis use with risk of
    psychotic disorder. Psychol Med. 2024 Aug;54(11):2926-2936.
    3- Navarri X, Robertson DN et al. Cells and molecules underpinning cannabis-related variations in cortical thickness during adolescence. J Neurosci. 2024 Oct
    9;44(41):e2256232024.
    4- La stratégie canadienne sur les drogues + autres substances. L’approche du gouvernement du Canada à l’égard des méfaits liés à la consommation de substances et de la crise des surdoses. Santé Canada, octobre 2023.
    5- Rapport sommaire pour l’examen de 2021-2022 du cadre de recouvrement des coûts liés au cannabis.
    Santé Canada, août 2023. http://www.canada.ca > 2021- 2022-rapport sommaire.
    Question 2 – En quoi les politiques répressives actuelles sont-elles faillibles ?
    En France, le cadre de la politique de lutte contre les drogues illicites est, en effet, fixé
    par la Loi du 31 décembre 1970, qui déploie un arsenal juridique parmi les plus répressifs
    d’Europe. Mais, chacun sait – en premier lieu les réseaux criminels – qu’elle n’est pas appliquée ; affirmer que la France mène une politique répressive constitue donc une contrevérité. Dans une enquête conduite sur les pratiques judiciaires dans les pays de l’Union européenne, l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), devenu en juillet 2024 l’Agence de l’Union
    européenne sur les drogues (EUDA), a apporté la preuve de sa non-application.
  • En effet, l’OEDT constate que la France et les Pays-Bas sont les deux nations les plus
    laxistes des pays membres de l’UE en matière de sanctions pour la détention de grandes quantités de cannabis ou d’héroïne.
  • La figure montre les peines d’emprisonnement moyennes qui sont appliquées par les différents pays pour la possession d’un kg de cannabis ou d’héroïne (1) ; or quand il s’agit d’une telle quantité, ce
    n’est manifestement pas pour un usage personnel. L’Observatoire souligne
    également que les peines moyennes appliquées varient de manière considérable parmi les pays de l’UE.
    L’OEDT constate que, pour la possession d’un kg de cannabis destiné à la vente, la Grèce, la Slovaquie et la Lituanie, sont les plus sévères en matière d’application des peines, conduisant à une condamnation moyenne de dix ans de prison. Pour la possession d’une même quantité en France
    ou aux Pays-Bas, entre autres, les peines d’emprisonnement pouvant être suspendues, elles ne figurent pas sur ce graphique.

  • Ces trois pays qui appliquent les sanctions les plus sévères sont aussi parmi les plus « vertueux » en matière de consommation de cette drogue. Comme le montre le bulletin statistique 2024 de l’OEDT, la prévalence d’usage de cannabis, 20 jours sur 30, parmi les 15-64 ans est comprise entre 0,1 t 0,3%
    dans les trois pays cités ci-dessus ; alors qu’en France elle est près de dix fois plus élevée (1,8%) (2). Quant à la prévalence de cet usage parmi les 15-34 ans, elle est comprise entre 0,1 et 0,2% dans les trois pays ; en France, elle est près de vingt fois plus élevée (3,1%). Notons qu’avec
    respectivement 2,1% et 2,7%, ces pourcentages sont, aux Pays-Bas,comparables à ceux de la France. Il semble donc que la sévérité des sanctions influe sur les niveaux de consommation. Cette situation
    paradoxale, entre une loi répressive et sa non-application, a conduit nos députés à voter en 2018 la création d’une amende forfaitaire de 200 euros pour sanctionner l’usage illicite de stupéfiants. Apprenant que dans plus de la moitié des cas elle n’est pas réglée, le président de la République s’en est ému et a requis une plus grande rigueur, immédiatement contestée par un collectif
    d’associations favorables à la légalisation de toutes les drogues.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Références
    1- Rapport européen sur les drogues. Tendances et évolutions, 2017. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies.
    https://www.euda.europa.eu/edr2017_en.
    2- Prevalence of drug use > frequency of cannabis use

All adults (aged 15-64). Agence de l’Union européenne sur les drogues.
https://www.euda.europa.eu/data/stats2023/gps_en#displayTable:GPS-552-1

Question 3 – Quels sont lesavantages et les inconvénients d’un assouplissement de la législation
concernant la consommation de cannabis ? Quels effets la dépénalisation ou plus encore la
légalisation du cannabis aurait-elle, concernant notamment la lutte contre le trafic illégal, le risque
sanitaire, l’effet sur la consommation des plus jeunes ?
Un « cannabis d’État » d’un coût dissuasif et modérément dosé en THC ne supporterait pas la concurrence avec celui proposé par les réseaux criminels qui, leurs revenus baissant,
commercialiseraient d’autres drogues.

Ils ont d’ailleurs déjà anticipé un éventuel manque à gagner, la cocaïne inondant massivement
l’Europe et la France. Avec les mêmes arguments que pour le cannabis, viendra la légalisation de toutes les drogues, comme en Oregon ou en Colombie Britannique, avec le résultat catastrophique que l’on connaît (triplement des overdoses mortelles entre 2019 et 2022, toxicomanes laissés dans la 4 rue, livrés à eux-mêmes…) qui impose à ces deux États de faire machine arrière.
L’usage du cannabis progresse partout où il est dépénalisé/légalisé. Aux U.S.A., sa
consommation quotidienne, chiffrée entre 1979 et 2022 (1), montre que le nombre des usagers quotidiens de cannabis a dépassé celui des usagers de l’alcool pour la première fois en 2022 ; ils sont 20 fois plus nombreux en 2022 qu’en 1992. Les niveaux de consommation sont corrélés à ceux de la
politique mise en œuvre, avec une baisse pendant les périodes où elle est répressive et une augmentation pendant les phases de politique libérale.
Les adultes abdiqueraient leur exemplarité vis-à-vis des jeunes.
Les adolescents ne consommant pas de cannabis le justifient par son interdiction et/ou sa toxicité. Légaliser annihilerait ces barrières ; vouloir interdire sa vente aux mineurs reproduira l’échec observé avec le tabac et l’alcool.

Le cannabis est six fois plus toxique que le tabac (qui tue 75.000 fumeurs par an) (2). Il est responsable d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, et il multiplie par deux le risque de cancer
bronchopulmonaire.
Ses effets sur le cerveau ont des conséquences sanitaires multiples : frappant en période de maturation cérébrale (12 à 24 ans), le cannabis induit des psychoses, une vulnérabilité à la schizophrénie (100.000 cas
lui sont imputables), à l’anxiété, aux troubles dépressifs et suicidaires, aux déficits cognitifs, à l’altération du développement neuropsychique, à l’hyperactivité avec déficit de l’attention, aux toxicomanies. Il affecte la mémoire à court terme ─ qui permet de former une mémoire à long terme ─,
d’acquérir une culture. Consommé entre 12 et 19 ans, il a des effets particulièrement délétères. Drogue du syndrome amotivationnel, il participe à notre rang déplorable (27e) dans le classement du
programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Il incite à se tourner vers d’autres drogues et aux polytoxicomanies. Il est impliqué chaque année dans près de 600 accidents mortels de
la route
. Ses effets perdurent bien au-delà de la présence du THC dans l’organisme.
Induisant des modifications épigénétiques, il affecte l’expression de divers gènes, transmissible à la progéniture de ses consommateurs.
Notre insuffisance à gérer les méfaits de l’alcool et du tabac, nous interdit d’ajouter, aux drames que ceux-ci provoquent, ceux du cannabis. Sa légalisation serait une grave erreur et ses auteurs ne pourraient exciper du caractère imprévisible des méfaits qui surviendraient, car ils sont désormais connus.
Enfin, sa consommation va totalement à l’encontre de l’objectif « zéro tabac » visé par nos autorités.
Pr Jean-Pierre Goullé
Références

  1. Caulkins JP. Changes in self-reported cannabis use in the United States from 1979 to 2022. Addiction. 2024 Sept;119(9):1648-1652.
  2. Bonaldi C, Boussac M, Nguyen-Thanh V. Estimation du nombre de décès attribuables au tabagisme, en France de 2000 à 2015. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2019;15:278-284.
    Question 4 – Quel degré d’encadrement est, à vos yeux, la meilleure stratégie pour
    réguler la consommation et garder un contrôle sur les pratiques : répression plus ferme dépénalisation, comme solution intermédiaire ? autorisation de consommation du
    cannabis pour tout usage, récréatif et thérapeutique ? légalisation du cannabis pour un usage thérapeutique uniquement ?
    Pour les raisons exposées précédemment, il ne faut pas dépénaliser, ni légaliser l’usage de cannabis, mais maintenir son interdiction.
    La France doit enfin mettre en œuvre une politique ambitieuse pour limiter et réduire la consommation d’une drogue dangereuse 5 pour la santé, politique axée sur plusieurs volets :
  • dispenser une prévention précoce, portant sur les dangers des drogues, intégrée dans le système éducatif, depuis l’école primaire et jusque dans les structures d’enseignement supérieur. Rappelons, à cet égard, que l’OEDT a décerné un carton rouge à la France, le mauvais élève de l’Europe,
    dénonçant un grave déficit d’information en milieu éducatif, en raison du manque d’interventions fléchées dans les programmes ;
  • promouvoir des actions collectives de sensibilisation aux dommages multiples (sanitaires, sociaux et sociétaux) causés par les drogues, à destination prioritairement des parents, des femmes enceintes, des jeunes adultes, des professionnels de santé, des enseignants, des entreprises, et des milieux
    politiques ;
  • mettre en place des campagnes d’information, ciblant particulièrement les jeunes adultes en âge de procréer, sur les risques de transmission à la descendance de l’appétence aux drogues via des mécanismes épigénétiques ;
  • développer les programmes d’activités sociales, culturelles et sportives afin de limiter le risque de consommation de drogue, comme le démontre expérimentalement la
    capacité d’un environnement « enrichi » à réduire l’attrait pour les drogues ;
  • assurer une prise en charge médicale adaptée pour les sujets présentant une addiction ;
  • organiser en milieu éducatif un repérage médical de consommation de produits
    addictifs chez l’adolescent ;
  • maintenir une répression, pour limiter l’usage comme cela a été montré dans d’autres pays. L’idée selon laquelle les politiques répressives sont coûteuses et que la légalisation réduit l’usage et assèche le marché noir, en soulageant les forces de l’ordre et le système judiciaire, constitue une
    contrevérité. Malgré sa légalisation depuis 2016, la Californie reste « submergée » par des dizaines de milliers de fermes illégales.
    En 2024, jamais il n’avait été mobilisé autant de moyens policiers pour mener de vastes opérations de démantèlement et mettre un terme aux actions violentes du crime organisé. De surcroît, la légalisation présente le risque accru de consommation chez les jeunes et un accès facilité à d’autres drogues encore plus dangereuses.
    La légalisation de médicaments purs issus du cannabis est un fait non contesté. Elle fait suite aux essais cliniques conduits selon les règles en vigueur pour les deux spécialités qui ont bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché (CBD pour l’un et CBD + THC pour l’autre). La prescription de cannabis dit «thérapeutique » est programmée en 2025, dans les cinq indications d’une
    expérimentation « d’exception » qui a cependant dérogé à toutes les exigences méthodologiques imposées à tout médicament, comme l’ont dénoncé dans un communiqué les Académies de médecine et de pharmacie.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Analyse d’article : « Brain Function Outcomes of Recent and Lifetime Cannabis Use ».(1)
  • Contexte et objectifs
    La généralisation de la légalisation du cannabis à l’échelle mondiale s’est traduite par une augmentation de sa consommation, accompagnée d’une augmentation de la concentration en THC dans les produits commercialisés. Malgré une perception souvent banalisée de ses effets, le cannabis
    n’est pas anodin et peut altérer durablement le fonctionnement cérébral. L’objectif de cette
    étude était d’examiner l’impact de sa consommation – à la fois récente et cumulée sur l’ensemble de la vie – sur l’activation cérébrale lors de diverses tâches cognitives.
    Pour ce faire, les auteurs se sont appuyés sur les données du « Human Connectome
    6
    Project », qui offrent un ensemble complet d’IRM fonctionnelles et d’informations sur l’usage de cannabis.
    Méthodologie
    Cette étude américaine transversale a inclus 1003 jeunes adultes âgés de 22 à 36 ans (âge
    moyen de 29 ans), dont 470 hommes et 533 femmes. Ils ont été classés en trois groupes
    en fonction de leur consommation au cours de leur vie :
  • non-utilisateurs : moins de 10 joints (73,4% de la cohorte)
  • consommateurs modérés : entre 11 et 999 joints (17,8%)
  • gros consommateurs : plus de 1000 joints, ou diagnostic de dépendance (8,8%)
    De plus, un test urinaire réalisé le jour même de l’examen IRM a permis d’identifier les
    consommateurs récents. La positivité y était définie par une concentration du métabolite
    THC-COOH supérieure à 50 ng/mL, indiquant une consommation au cours des 10 derniers
    jours.
    Les participants ont effectué sept tâches lors de l’IRM fonctionnelle, évaluant différents
    domaines cognitifs : mémoire de travail, traitement des récompenses, émotions, langage, fonctions motrices, raisonnement relationnel et théorie de l’esprit. Pour chacune de ces tâches, les chercheurs ont extrait l’activation moyenne des régions cérébrales activées par la tâche.
  • Des modèles de régression à effets mixtes ont été utilisés pour analyser les associations entre la consommation de cannabis (tant récente que cumulative) et l’activation cérébrale, tout en ajustant pour des variables démographiques et cliniques (âge, sexe, niveau d’éducation, revenu, consommation d’alcool et de nicotine, ainsi que l’âge du premier usage de cannabis).
    Résultats
    Ils ont révélé que l’usage intense de cannabis sur l’ensemble de la vie était associé à une
    diminution significative de l’activation cérébrale lors de la tâche de mémoire de travail. En particulier, les régions impliquées – l’insula antérieure, le cortex préfrontal médian et le cortex préfrontal dorsolatéral – présentaient une activité réduite chez les gros
    consommateurs par rapport aux nonutilisateurs. En ce qui concerne l’usage récent de cannabis, celui-ci a été associé à une baisse de l’activation cérébrale lors des tâches de mémoire de travail et motrices, ainsi qu’à une moins bonne performance comportementale. Cependant, ces associations n’ont pas été retrouvées aux corrections pour le taux de fausse découverte, suggérant que les effets aigus sont moins robustes ou plus variables que ceux liés à l’exposition cumulative.

  • Discussion et implications
    Ainsi, l’usage chronique et intense de cannabis est associé à une altération durable de l’activation cérébrale, en particulier dans des régions riches en récepteurs CB1, telles
    que le cortex préfrontal. Cette réduction de l’activation pourrait être interprétée comme
    une adaptation neuronale à l’exposition prolongée au THC, ce qui concourt aux
    résultats d’études antérieures montrant une réduction de l’épaisseur corticale, dans ces
    zones, chez les consommateurs réguliers de cannabis. Par ailleurs, l’association observée
    entre l’usage récent de cannabis et la performance cognitive (notamment sur la tâche de mémoire de travail) suggère que son sevrage avant des activités cognitives exigeantes pourrait améliorer la performance.

  • La durée exacte nécessaire pour observer une récupération reste cependant incertaine,
    bien que des études antérieures suggèrent que les effets résiduels pourraient persister
    entre 2 et 4 semaines. Ces résultats ont d’importantes implications pour la santé
    publique, dans un contexte où le cannabis est de plus en plus perçu comme inoffensif. Ils
    soulignent la nécessité d’informer les consommateurs sur les risques potentiels liés à une consommation fréquente et régulière, notamment en ce qui concerne les fonctions
    cognitives essentielles telles que la mémoire de travail. L’étude présente certaines limites,
    notamment son caractère transversal, qui empêche toute inférence causale, ainsi que le
    fait que l’échantillon concerne de jeunes adultes, limitant la généralisation des résultats à d’autres groupes d’âge.
  • De plus, des informations importantes telles que la dose habituelle de THC, sa puissance, la voie d’administration et la durée précise depuis la dernière consommation n’ont pu être
    recueillies. Les auteurs recommandent des études longitudinales de grande envergure
    pour déterminer les effets du cannabis sur le fonctionnement cérébral et pour définir la
    durée pendant laquelle les effets négatifs persistent après l’arrêt de la consommation.
    Ils suggèrent également d’explorer plus en détail les mécanismes neurobiologiques
    sous-jacents aux altérations de l’activation cérébrale, notamment via des études portant
    sur la densité des récepteurs CB1.
  • Conclusion
    Cette étude montre que l’usage intense de cannabis au cours de la vie est associé à une
    diminution de l’activation cérébrale lors de tâches de mémoire de travail chez les jeunes
    adultes. Les effets aigus de l’usage récent semblent également influencer la performance cognitive, bien que de manière moins marquée. Ces résultats renforcent l’idée que la consommation chronique de cannabis peut avoir des répercussions durables sur des fonctions cognitives cruciales, ce qui doit être pris en compte dans les politiques de santé publique et dans les recommandations destinées aux consommateurs.
    Dr Alexis Demas
    (1) Référence : Gowin JL, Ellingson JM, Karoly HC, et al. Brain function outcomes of recent and lifetime cannabis use. JAMA Netw Open. 2025 Jan 2;8(1):e2457069.
    Modifications structurales du cerveau d’enfants nés d’une mère tabagique.
    Une étude (USA), (1) portant sur le développement cognitif du cerveau de l’adolescent, a suivi l’évolution de la structure cérébrale d’enfants, recrutés sur un registre national, à la recherche d’anomalies morphométriques en relation avec une exposition tabagique maternelle. L’intérêt de l’étude est multiple : tient notamment au nombre important de sujets initialement recrutés (11148), et aux deux évaluations cérébrales successivement effectuées, d’abord entre 9 et 10 ans puis entre 11et 12 ans, avec IRM et tests cognitifs à chaque évaluation.
    L’interprétation de l’imagerie a retenu les variations des volumes sous-corticaux et du
    contraste entre matière grise et matière blanche. On observe une diminution globale,
    statistiquement significative, des volumes cérébraux sous-corticaux chez les enfants
    nés de mère tabagique. Cette diminution est observée principalement sur le lobe frontal,
    mais aussi sur les lobes temporaux et pariétaux, sur les ventricules latéraux et sur le
    noyau caudé. Le rapport (contraste) matière grise/matière blanche est également diminué.
    Les conclusions des auteurs sont prudentes. Il n’est pas possible de conclure à la toxicité
    du seul tabac, car de nombreuses covariables ─ origine ethnique, conditions alimentaires et environnementales, statut social et d’éventuelles prises de drogue ─participent probablement aussi aux modifications observées. Cependant, le rôle toxique de la nicotine est probable ; on sait qu’elle provoque un amincissement du cortex et, expérimentalement, chez l’animal, une altération de la synthèse de myéline. La diminution du rapport de contraste entre matières grise et blanche est plus difficile à interpréter : elle peut signifier une dissociation de leurs mécanismes respectifs d’activation, des changements microstructuraux de la myéline (déjà décrits), une détérioration neuronale. Néanmoins, cette étude plaide pour un rôle toxique du tabac pour le fœtus chez la femme enceinte, et donc pour lui suggérer l’abstinence tabagique.

  • Pr Jean-Paul Tillement
    (1) Référence : Puga TB, Doucet GE, Thiel GE, et al. Prenatal tobacco exposure, brain subcortical volumes and gray-white matter contrast. JAMA Netw Open.
    2024;7(12):e2451786.


    Politiques de santé contre l’addiction des jeunes : le carton rouge de la Cour des comptes
    Dans son rapport 2025 (1), les magistrats de la Cour des comptes critiquent sévèrement
    les politiques nationales de santé contre l’addiction des jeunes. Ce constat n’est
    malheureusement pas nouveau. En effet, dès 2006, l’Académie de médecine avait organisé
    une journée et produit un rapport intitulé « désamorcer le cannabis dès l’école ».
    Force est de constater que malgré ses nombreuses alertes et rapports produits depuis 20 ans, l’Académie n’a toujours pas été entendue. Le constat des sages de la Cour des comptes est sévère, et il faut espérer que leur travail soit pris en compte et ne vienne pas grossir la pile des nombreux rapports restés lettre morte. Les magistrats rappellent que les jeunes constituent un public particulièrement sensible aux risques liés à la consommation d’alcool et de drogues illicites. En effet, leur cerveau, qui n’atteint sa pleine maturité que vers l’âge de 25 ans, est particulièrement vulnérable aux conduites addictives, surtout dès 12 ans, âge des premières expérimentations.
    La Cour rappelle un contexte de consommation précoce des drogues, favorable au développement d’une addiction :
  • un jeune sur dix s’estime dépendant aux drogues illicites ou à l’alcool ;
  • commencer à consommer de l’alcool au début de l’adolescence multiplie par dix le risque de devenir alcoolodépendant à l’âge adulte, par rapport à une initiation plus tardive, vers l’âge de 20 ans ;
  • 46,3% des jeunes âgés de 18 à 24 ans en 2023 disent avoir consommé, au moins une fois dans leur vie, du cannabis, et 3,5 % affirment en faire un usage quotidien ;
  • 230.000 jeunes de 18 à 24 ans seraient concernés par une addiction au cannabis.
    La consommation de drogues illicites et d’alcool par les jeunes, leur banalisation parfois, et les
    effets coûteux des addictions sur les plans sociaux et économiques, sont un enjeu majeur de santé publique, et ce d’autant plus que la situation reste préoccupante en France. La réussite des politiques de prévention et de lutte contre ce fléau, mises en œuvre dans les pays du Nord, montre
    que la lutte contre les addictions peut être conduite plus efficacement. Elle passe par une politique ambitieuse de prévention et de soin, conçue pour mobiliser toute la société, afin de préserver l’avenir des jeunes de 12 à 25 ans.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Référence : Les addictions des jeunes aux drogues illicites et à l’alcool : un enjeu de prévention et de prise en charge – Rapport de la Cour des comptes,19 mars 2025.

Il se faisait livrer, par drone, cigarettes, téléphones et cannabis… à la prison

Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 avril 2025, deux drones destinés à approvisionner une cellule de la maison d’arrêt de Vannes (Morbihan), étaient repérés. Ce mercredi 30 avril 2025, le tribunal a condamné un vingtenaire à dix-huit mois de prison.

Samedi 26 avril 2025, deux drones destinés à approvisionner une cellule de la maison d’arrêt de Vannes (Morbihan), étaient repérés. Ce mercredi 30 avril 2025, le tribunal a condamné un vingtenaire à dix-huit mois de prison.
Samedi 26 avril 2025, deux drones destinés à approvisionner une cellule de la maison d’arrêt de Vannes (Morbihan), étaient repérés. Ce mercredi 30 avril 2025, le tribunal a condamné un vingtenaire à dix-huit mois de prison. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Il est près de minuit, ce dimanche 27 avril 2025, lorsque les policiers de Vannes (Morbihan) sont requis à la maison d’arrêt. Un drone ouvreur survole la prison, pendant qu’un second intervient pour approvisionner une des cellules. Il fait nuit et ils ont du mal à repérer le propriétaire, mais à la troisième livraison, réalisée en quelques secondes, du drone doté d’un fil suspendu à une quinzaine de mètres, le destinataire de la transaction est repéré. Dans la cellule, le jeune homme tente de balancer certains objets récupérés, à l’arrivée des surveillants, comme des cigarettes, deux adaptateurs, trois smartphones, 72 gr de cannabis et de l’herbe. Dans sa poche, deux téléphones qui vont permettre de faciliter le trafic, alors que la responsabilité de son co-détenu est vite écartée. Pour les empêcher d’intervenir, l’homme menace :  Si vous rentrez, j’ai une kalachnikov dans la main ».

Il nargue les surveillants

Finalement maîtrisé, l’homme est très énervé, gesticule mais accepte de les suivre aux douches. Au passage, il tente d’arracher un tuyau. Au petit matin, il n’est pas calmé et nargue ses surveillants d’un  Vous gagnez 2 000 € par mois, c’est ce que je fais en une soirée . Sur le chemin de la cellule disciplinaire, il continue de se débattre et trouve le moyen de mettre le feu à la couverture de la salle. Le départ de feu est maîtrisé, mais le jeune menace toujours.  Tu as intérêt à me transférer, sinon je te tue »,hurle-t-il à l’encontre d’un surveillant avant de simuler une tentative de suicide avec un cordon de son short. Il continue de donner les coups dans les portes.

Lire aussi : Contre les drones, les prisons passent à la vitesse supérieure

« J’ai fait de la provoc »

 C’est monté crescendo. J’ai été forcé à le faire », finit-il par confesser en expliquant la pression qu’il subit. Il était chargé de récupérer ces objets, qu’il devait ensuite remettre à des détenus.  J’ai des problèmes depuis le début de mon incarcération.  Et s’il est à peu près le seul à subir cette pression, c’est  parce qu’ils savent que je ne les dénoncerai pas », continue celui qui a fini par obtenir son transfert à la maison d’arrêt de Rennes. Quant à la kalachnikov ?  Je venais de passer à la fouille, et on me dit montrez, moi, vos mains, j’ai fait de la provoc », confie le détenu, incarcéré pour 14 mois pour trafic de stupéfiants. Quant aux menaces de mort,  Je m’entends bien avec eux et s’ils le disent, c’est que c’est vrai . Des menaces qui ne sont pas anodines, pour l’avocate qui représentent les quatre surveillants, marqués psychologiquement et qui ont demandé que leurs noms n’apparaissent pas.

« Je suis un petit jeune paumé »

Pour ses faits  inadmissibles  qu’il souhaite condamner avec la plus grande sévérité, le procureur Maxime Antier évoque la lutte à mener contre la facilitation du trafic en prison et les atteintes l’administration pénitentiaire, dont il faut protéger ceux qui l’incarnent. À ce titre, il requiert deux ans ferme.  Je ne suis pas un narcotrafiquant mais un petit jeune paumé »,plaide le jeune homme. En répression, le tribunal a condamné Islam Magamadov à dix-huit mois de prison avec maintien en détention, associé à une interdiction de séjour dans le Morbihan pendant cinq ans.

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« Avant, il y avait le cannabis, aujourd’hui la cocaïne est partout » : quand la drogue s’invite dans le monde du rugby amateur

Publié le 29/04/2025

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l’essentielDepuis quelques saisons, le comité départemental de rugby de l’Ariège a pris l’initiative d’organiser des rencontres autour du thème de la lutte contre les addictions dans le rugby. Après La Tour-du-Crieu il y a quelques semaines, c’est à Foix que les représentants des clubs étaient conviés à une nouvelle soirée d’information mais, surtout, d’échanges.

Objectif, parler sans tabou, faire un état des lieux et essayer de trouver des chemins pour, sinon stopper, du moins limiter les effets dévastateurs de ces addictions (alcool et drogue surtout). « Vous êtes en première ligne ». Frédérick Dédieu le répète, les dirigeants, bénévoles, éducateurs sont les premiers à pouvoir tirer la sonnette d’alarme. Addiction ou dépendance, le gendarme Guillaume Picard (Maison de protection des familles de l’Ariège) pose le débat.

« Même un verre, c’est quelques grammes d’alcool dans le sang ». Anthony Martineau, chef État-major départemental au sein de la police nationale en Ariège, passe ensuite la seconde. « Les problématiques du rugby, on les retrouve partout, dans toutes les strates de la société. » En Ariège, le problème des addictions est pris à bras-le-corps. « On va faire des contrôles inopinés, avant, pendant et après les matches. Mais il y a également un souci, les parents. On a du mal à les toucher. Il n’y a pas de solutions miracles, il faut explorer toutes les pistes. Vous, en tant qu’encadrants, entraîneurs, dirigeants, vous avez une responsabilité. »

« C’est aux jeunes eux-mêmes d’agir »

Le dialogue s’installe, sans frein. On se dit les choses. Maire de Saverdun, ex-président de l’UA Saverdun, Philippe Calléja intervient en tant que médecin. « Celui qui consomme des produits interdits, il triche. La levée de l’inhibition est un sujet. L’exemplarité à aussi une valeur. Ce n’est pas facile de parler à nos jeunes. L’important, c’est d’avoir le courage de parler de ces addictions. Il faut les affronter. Il faut éduquer. Et éduquer, c’est la répétition. On ne doit jamais se décourager. On a raison, il faut s’en persuader. Notre combat d’éducation est légitime. Il faut une hygiène de vie. »

Évidemment, l’alcool est en première ligne. La fameuse « troisième mi-temps » est encouragée mais doit être encadrée (« la bière sans alcool, c’est très bien »). Mais un nouveau fléau s’est invité depuis plusieurs saisons. « La drogue s’est multipliée, s’inquiète Philippe Calléja. Tout le monde s’en fout car il y en a partout. Entendre utiliser l’expression drogue douce, c’est une monstruosité. Avant, il y avait le cannabis, aujourd’hui la cocaïne est partout. C’est une réalité, ça a tout envahi. Les sportifs cherchent l’effet boost, intensif. C’est peut-être ça le plus dangereux. Il faut protéger notre rugby du monde extérieur. »

« Ne vous découragez pas, on va y arriver »

Le constat est terrible mais l’espoir est là. C’est le message qu’a voulu passer la représentante de l’association EPESS, Mylène Bacon. « Ne vous découragez pas, on va y arriver. Tous les messages de prévention sont importants. C’est aux jeunes eux-mêmes d’agir, il faut que ça vienne d’eux. Les jeunes savent communiquer, l’humain est riche. Il faut ouvrir le dialogue, insiste la députée Martine Froger. La répression n’est pas la solution. Je pense qu’il y a une responsabilisation chez les jeunes. Parler est un éternel recommencement. »

« On a une jeunesse pleine de ressources, poursuit Jean-Philippe Dargent, sous-préfet de Foix. Elle n’attend que d’être sollicitée. Elle attend qu’on l’amène sur le bon chemin. Vous, dirigeants, encadrants, bénévoles, vous avez un rôle de stimulateurs. » Le combat va se poursuivre. La mise en place de chartes de comportement dans chaque club est à l’étude. « On doit écouter les jeunes et ne pas leur imposer les choses », termine Frédérick Dedieu. La lutte contre les addictions se poursuit.

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La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique

De manière récurrente, l’idée d’une légalisation de l’usage récréatif du cannabis réapparait dans le débat politique, avec comme argument que cet usage ne poserait, en pratique, pas de problème en matière de santé publique.

Or, depuis 2021[1] et 2023[2], dates auxquelles l’Académie nationale de médecine s’était déjà exprimée, les données médicales récemment publiées confirment au contraire les problèmes survenus dans les pays ayant procédé à une telle légalisation :

– Augmentation entre 12 et 22 % du nombre d’hospitalisations dues au cannabis chez les adultes comme en Ontario[3], et multiplication par 3 de celui chez les enfants de 0 à 9 ans après empoisonnement par absorption de produits à base de cannabis au Canada[4] ;

– Multiplication par 2 de la proportion d’automobilistes hospitalisés après un accident de la route avec un résultat positif au dépistage du THC (Canada avant et après la légalisation[5]) ;

– Augmentation par un facteur 3 du nombre de patients psychotiques au Canada. La proportion de nouveaux cas de schizophrénie associés à un usage de cannabis est passée de 3,7 % avant la légalisation à 10,3 % après la légalisation, les jeunes hommes de 19 à 24 ans étant les plus vulnérables. Le risque de développer des troubles psychotiques a été, par ailleurs, multiplié par 11 chez les 12 à 19 ans[6];

– Contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport parlementaire n°974 du 17 février 2025, la modification de la législation ne permettrait pas un accès aux traitements de substitution des usagers à risques, un tel traitement n’existant toujours pas ni pour le cannabis, ni d’ailleurs pour la cocaïne.

De même, les données de la littérature permettent de s’inscrire en faux par rapport aux autres allégations des promoteurs de la légalisation :

– Une augmentation et non une baisse de la consommation et un maintien du marché illicite

La prévalence de la consommation du cannabis a augmenté après la légalisation, aussi bien au Canada qu’aux USA. Aux USA, où l’on dispose déjà d’un assez grand recul, le nombre de consommateurs a été multipliée par 20, passant de 0,9 million en 1992, avant la légalisation, à 17,7 millions après sa légalisation dans de nombreux États. Le nombre de consommateurs quotidiens de cannabis dépasse désormais celui de l’alcool[7].

Dans les pays où le cannabis a été légalisé, le marché noir n’a pas disparu. Le cannabis légal sera toujours plus cher que l’illégal, dénué de toute taxe. Il s’est même réorganisé vers des drogues à effets sanitaires plus importants (Uruguay, USA, Canada[8]).

– Le contrôle d’un taux minimal de THC dans le cannabis n’a pas été obtenu

Comme cela a été démontré en Uruguay où le taux du cannabis légal est passé de 2 % lors de la légalisation à 15 % aujourd’hui[9]. Comment faire consommer du cannabis faiblement dosé à des utilisateurs habitués à des taux de 15 ou 20 % ?

– Il est paradoxal de proposer une légalisation pour faire de la prévention et même la financer

Légaliser le cannabis pour faire de l’éducation et de la prévention aux plus jeunes notamment en insistant sur ses méfaits, est illogique alors que permettre à un adulte de se le procurer librement rendra inévitablement plus incitative sa consommation par les plus jeunes.

L’Académie nationale de Médecine,

Considérant :

– La situation actuelle de la France en matière de consommation de cannabis ;

– La démonstration du risque sanitaire de sa légalisation au vu de la littérature scientifique publiée dans les pays où elle a déjà eu lieu ;

– L’échec de cette politique en matière de consommation ;

Recommande :

– de maintenir l’interdiction en France de la vente et de la consommation du cannabis, compte tenu de tous ses effets toxiques ;

– de poursuivre et d’amplifier les programmes de prévention et d’information sur la toxicité de cette drogue, dès le plus jeune âge, afin de faire diminuer l’importante consommation en France, la première en Europe, ce qu’une légalisation ne pourrait qu’accentuer.

CONTACT PRESSE : Virginie Gustin +33 (0)6 62 52 43 42 virginie.gustin@academie-medecine.fr

ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE, 16 rue Bonaparte – 75272 Paris cedex 06

Site : http://www.academie-medecine.fr / Twitter : @Acadmed

– Communiqué bi-académique de médecine et pharmacie du 7 avril 2021 : Consultation citoyenne sur le cannabis « récréatif » : un choix politique en conflit évident avec la santé publique.

– Communiqué de l’Académie de médecine du 23 octobre 2023 : La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis serait une grave erreur sanitaire.

– Myran DT, Pugliese M, Tanuseputro P, et al. The association between recreational cannabis legalization, commercialization and cannabis-attributable emergency department visits in Ontario, Canada: an interrupted time-series analysis. Addiction 2022; 117:1952-60

– Myran DT, Tanuseputro P, Auger N, et al. Pediatric hospitalizations for unintentional cannabis poisonings and all-cause poisonings associated with edible cannabis product legalization and sales in Canada. JAMA Health Forum 2023; 4:e225041

– Brubacher JR, Chan H, Erdelyi S, et al. Cannabis legalization and detection of tetrahydrocannabinol in injured drivers. N Engl J Med 2022; 386:148-56

– Myran DT et al., Changes in incident schizophrenia diagnoses associated with cannabis use disorder after cannabis legalization. JAMA Netw Open, 2025; 8(2) : e2457868

– Caulkins JP, Changes in self-reported cannabis use in the United States from 1979 to 2022. Addiction, 2024; 119(9) : 1648-1652.

– Gonzalez-Nieto P et al., Not just fentanyl: Understanding the complexities of the unregulated opioid supply through results from a drug checking service in British Columbia, Canada. Int J Drug Policy. 2025; 138:104751.

  https://latinamericareports.com/uruguayan-pharmacies-to-offer-cannabis-with-higher-thc-levels/9971/

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Grossesse : pourquoi les pères ne doivent pas boire d’alcool trois mois avant la conception d’un bébé

Une étude révèle que la consommation d’alcool par le père avant la conception peut affecter la santé du fœtus. Cela augmente les risques de malformations et de complications.

Une échographie de foetus (photo d’illustration)

On le martèle depuis des années : grossesse et alcool ne font pas bon ménage. Et pour cause, cela peut engendrer une malformation chez le fœtus.  Jusque-là, la prévention visait plutôt la mère. Pourtant, le père a aussi sa part de responsabilité. C’est ce que souligne Bérénice Roy-Doray, professeure en génétique à l’Université de la Réunion et directrice du Centre Ressources TSAF de la Réunion, explique 20 Minutes.  

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Certains enfants, qu’elle recevait en consultation, présentaient des troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) alors que leur mère n’avait pas consommé une goutte d’alcool pendant sa grossesse. Des documents scientifiques sont venus corroborer ses analyses : si le père boit avant la conception de son enfant, cela risque bien d’impacter la santé de ce dernier. 

Les conséquences peuvent être graves, même s’il s’agit d’une consommation faible car cela altère la qualité et la quantité des spermatozoïdes. 

Risque de mort « in utero » et d’accouchement prématuré

« Si le père consomme de l’alcool avant la conception, cela va donner lieu à des anomalies d’expression de gènes, notamment ceux impliqués dans la croissance et le développement du bébé et de son cerveau », confie la spécialiste à nos confrères. Les risques de fausse couche, de mort in utero, d’accouchement prématuré et, par la suite, de développer des malformations sont donc largement augmentés. À lire aussi

Pierre Palmade assiste à son procès au palais de justice de Melun, le 20 novembre 2024.

Pierre Palmade

Les infos de 6h – Pierre Palmade : le choc des proches des victimes après sa libération sous bracelet électronique

En France, « la fréquence des TSAF est estimée à 1% des naissances, soit environ 8.000 enfants par an », indique le site Vivre avec le SAF.

Pas irréversible

Pour éviter de porter atteinte à la santé de sa progéniture, il est donc recommandé, pour le père et la mère, de ne plus boire d’alcool trois mois avant le lancement du « projet bébé »,  le renouvellement complet du stock de spermatozoïdes étant de cette durée. 

« Si les femmes devront poursuivre cette abstinence jusqu’à la naissance de l’enfant, voire l’allaitement, les hommes pourront, eux, reprendre dès la découverte de la grossesse », précise Denis Lamblin, pédiatre à la retraite et président de l’association SAF France, auprès de 20 Minutes.

Drogues, sexe, écrans ou sport : un traitement de choc contre la dépendance

Par Stéphane Demorand

lundi 21 avril 2025

Les principales addictions avec substances concernent le tabac, l’alcool, le cannabis, les psychostimulants, les opiacés (héroïne, morphine) et les amphétamines.  - Credit:Sandra Baker / Alamy Stock Photo / https://www.alamy.com / Alamy Stock Photo
Les principales addictions avec substances concernent le tabac, l’alcool, le cannabis, les psychostimulants, les opiacés (héroïne, morphine) et les amphétamines. – Credit:Sandra Baker / Alamy Stock Photo / https://www.alamy.com / Alamy Stock Photo

En lisant le livre Addictions (éditions Marabout) du Pr Amine Benyamina, une évidence s’impose à nous : nous souffrons peut-être tous d’une addiction. Son livre, riche et documenté, nous concerne tous et chacun d’entre nous serait bien avisé de se le procurer. Amine Benyamina est chef de service d’addictologie à l’hôpital Paul Brousse (94), il est aussi le président de la Fédération française d’addictologie. Le natif d’Oran (Algérie) livre ses combats contre les addictions mais aussi contre les puissants lobbys et la rigidité de l’administration.

Amine Benyamina décrit avec délicatesse le lien singulier tissé avec ses patients, mélange de distance dans l’acte psychiatrique et de cette proximité qui ouvre la discussion, voire la confession, nécessaire à la thérapie. Il évoque ses craintes sur l’évolution des drogues toujours plus nombreuses et la multiplication des drogues de synthèse dont la composition évolue très vite, ce qui conduit à une profonde modification du type d’addiction.

Il invoque le fléau de la polyconsommation chez les jeunes adultes qui combinent parfois différents produits et pratiquent la sexualité sous substances. Il s’inquiète enfin de la nouvelle tendance qui est la consommation de psychostimulants tels que la cocaïne, le crack ou encore certaines substances de synthèse, consommation qui s’associe à des troubles psychiatriques tels que la dépression, les idées suicidaires.

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Le saviez-vous ? Certains animaux sauvages consomment de l’alcool volontairement !

De nombreuses espèces animales sauvages ingèrent de l’alcool, de manière volontaire, dans leur environnement naturel. Fruits fermentés, nectar alcoolisé, sève… cette consommation n’est pas toujours accidentelle, et les effets peuvent être étonnamment proches de ceux ressentis par l’homme.


Comportement animal : ces animaux ont une organisation sociale fascinante !

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Vous avez peut-être déja vu une vidéo d’un singe titubant après avoir vidé une noix de coco fermentée ou d’un éléphant visiblement euphorique dans un champ de fruits trop mûrs ? Si ces scènes peuvent prêter à sourire, elles révèlent un comportement animal bien réel : certains animaux consomment de l’alcool de façon délibérée. Pourquoi le font-ils ? Quels effets cela a-t-il sur leur comportement et leur santé ? Est-ce un phénomène isolé ou plus répandu qu’on ne l’imagine ? Voici ce que dit la science sur ce sujet fascinant et méconnu.

Quels animaux consomment volontairement de l’alcool dans la nature ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la consommation d’alcool chez les animaux sauvages est loin d’être exceptionnelle. Plusieurs espèces ont été observées en train de consommer des substances fermentées riches en éthanol, parfois avec insistance. Les primates, notamment les chimpanzés, les singes vervets ou encore les orangs-outans, sont les plus célèbres pour ce comportement. En Afrique de l’Ouest, des chimpanzés ont été filmés en train de boire du vin de palme recueilli dans des feuilles ou des récipients laissés par les humains. Une étude publiée dans Royal Society Open Science en 2015 confirme que ces chimpanzés semblent rechercher activement ce breuvage naturellement alcoolisé.

Les éléphants, eux aussi, ont la réputation d’aimer les fruits fermentés. Même si cette idée a longtemps été considérée comme une légende urbaine, plusieurs observations montrent qu’ils peuvent ingérer de grandes quantités de marula trop mûrs, un fruit dont la fermentation naturelle peut produire un taux d’alcool assez élevé. D’autres espèces, comme les lémuriens de Madagascar, les chauves-souris frugivores, ou encore certains oiseaux, consomment également des nectars fermentés ou des baies avariées. Le cas des chauves-souris égyptiennes, étudié dans PNAS en 2018, est particulièrement intéressant : ces dernières peuvent tolérer des taux d’éthanol très élevés, ce qui suggère une adaptation biologique à ce type d’alimentation.

Pourquoi ces animaux consomment-ils de l’alcool ?

La première hypothèse avancée par les scientifiques est d’ordre énergétique. Les fruits fermentés sont souvent plus caloriques, car la fermentation transforme les sucres simples en alcool, qui reste une source d’énergie. Pour des animaux qui doivent parcourir de longues distances pour se nourrir, cette énergie facilement disponible peut être un atout non négligeable.

Une autre explication repose sur la théorie de la coévolution entre les animaux frugivores et les plantes. Les fruits mûrs et fermentés émettent une forte odeur d’éthanol, qui peut servir de signal olfactif pour attirer les animaux et assurer la dispersion des graines. Les chercheurs Robert Dudley et Kim Hockings soutiennent dans plusieurs publications que l’attirance pour l’éthanol est un trait évolutif chez les primates, y compris l’humain, hérité d’ancêtres arboricoles se nourrissant de fruits fermentés.

Enfin, certaines observations laissent penser que les animaux peuvent consommer de l’alcool pour ses effets psychoactifs. Chez les singes vervets de l’île de Saint-Kitts, on a observé des préférences individuelles : certains boivent jusqu’à l’ivresse, d’autres avec modération, et certains pas du tout. Cela laisse penser à une recherche active de sensations, comparable à certains comportements humains.

L’alcool a-t-il les mêmes effets sur les animaux que sur les humains ?

Les effets de l’alcool sur les animaux sont très proches de ceux qu’il produit chez l’humain. Altération de la coordination, baisse de la vigilance, euphorie passagère, voire comportements désinhibés, ont été documentés dans de nombreuses études. Par exemple, les singes vervets ivres peuvent devenir bagarreurs, tomber ou avoir des difficultés à se déplacer. Des oiseaux ivres, comme certaines merles en Australie, finissent parfois par tomber des arbres.

Cependant, la tolérance varie beaucoup selon les espèces. Certaines, comme les chauves-souris, semblent peu affectées même par des taux élevés d’alcool dans le sang. D’autres, en revanche, présentent des symptômes d’ivresse plus marqués. Ainsi certains lémuriens peuvent être « bourrés » après avoir consommé des nectars fermentés riches en éthanol.

Les risques sont donc bien réels : troubles de l’orientation, augmentation de la prédation, ou même empoisonnement. Il est important de noter que l’alcool n’a aucun rôle nutritif essentiel pour ces animaux, et que ses effets secondaires peuvent, dans certains cas, compromettre leur survie.

La consommation d’alcool par les animaux est-elle un phénomène naturel ou influencé par l’humain ?

Il est parfois difficile de démêler ce qui est naturel de ce qui est anthropisé dans le comportement des animaux face à l’alcool. Dans de nombreux cas, la présence de boissons alcoolisées résulte directement de l’activité humaine : déchets, fruits abandonnés, cultures fermentées à l’air libre. Les singes vervets de Saint-Kitts, par exemple, ont développé leur penchant pour l’alcool en pillant les cocktails laissés sur les plages par les touristes. C’est donc un comportement acquis, amplifié par leur proximité avec l’homme.

Mais dans la nature, les comportements similaires sont bien attestés sans intervention humaine. Cela soutient l’idée que la recherche d’éthanol est un comportement ancestral, sans lien direct avec les sociétés humaines. La difficulté pour les chercheurs est d’observer ces comportements dans des contextes entièrement naturels, loin des activités humaines. Les pièges photographiques, les analyses de fèces ou encore les prélèvements sanguins permettent peu à peu de mieux comprendre ces dynamiques.

Il faut également mentionner que le changement climatique pourrait accentuer ce phénomène, en augmentant la fermentation naturelle des fruits dans certaines régions plus chaudes. Cela pourrait rendre la consommation d’alcool plus fréquente, avec des effets encore mal connus sur la faune sauvage.

Alcool au volant : attention à cette fausse croyance avec le café

Par Marie Lizak

Vous avez consommé de l’alcool avant de prendre le volant ? Méfiez-vous du café, qui ne fera pas baisser votre alcoolémie.

EN BREF

  •  En 2021, l’alcool était impliqué dans près de 30% des accidents mortels sur la route, multipliant par dix-huit le risque d’accident mortel.
  •  Le café et d’autres méthodes comme la douche froide n’accélèrent pas l’élimination de l’alcool et peuvent induire en erreur sur l’aptitude à conduire.
  •  Pour éviter les accidents, désigner un conducteur sobre ou utiliser des transports alternatifs est crucial après avoir consommé de l’alcool.

Les chiffres de la Sécurité routière parlent d’eux-mêmes : un conducteur en état d’ébriété a un risque de provoquer un accident mortel multiplié par dix-huit. En 2021, près de 30% des accidents mortels sur la route étaient liés à l’alcool. Ce constat accablant montre à quel point l’alcool au volant représente un danger majeur pour la sécurité de tous les usagers  de la route. Et il est alors évidemment essentiel de faire tomber les mythes liés à la consommation d’alcool et à ses prétendus remèdes.

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Le cannabis, très mauvais pour le cœur ? Deux nouvelles études le suggèrent

Deux nouvelles études américaines pointent un possible lien entre la consommation de cannabis et un risque cardiovasculaire accru, même pour des adultes en bonne santé. Des résultats à prendre avec prudence, mais qui pourraient avoir des implications cliniques importantes.Par Julie De Coucy 

Le 12 avril 2025 à 17h06

Près de 5 millions de personnes consomment du cannabis, selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. LP/Jean-Nicholas Guillo
Près de 5 millions de personnes consomment du cannabis, selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. LP/Jean-Nicholas Guillo

Alors que le cannabis reste la substance illicite la plus consommée en France, avec près de 5 millions d’usagers en 2023, selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), deux nouvelles études américaines alertent sur ses effets possibles sur la santé cardiovasculaire.

La première étude, publiée dans JACC : Advances, s’appuie sur une vaste cohorte de plus de 4,6 millions de patients. Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de personnes âgées de moins de 50 ans, sans antécédents cardiovasculaires, sur une période de plus de trois ans. Résultat : les consommateurs de cannabis présentaient un risque multiplié par six de crise cardiaque, par quatre d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique, et par trois de décès d’origine cardiovasculaire.

La seconde, une méta-analyse regroupant les données de 12 travaux antérieurs et portant sur plus de 75 millions de personnes, a révélé une augmentation de 50 % du risque d’infarctus chez les usagers de cannabis.

« Des résultats à interpréter avec prudence »

Mais face à ces résultats, les auteurs restent prudents : ces recherches sont rétrospectives, ce qui signifie qu’elles ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet. « Nous devons interpréter les résultats avec prudence », souligne dans un communiqué le Dr Ibrahim Kamel, auteur principal de l’étude rétrospective. Par ailleurs, plusieurs biais persistent, notamment l’absence de données précises sur la durée ou la quantité de consommation, mais aussi sur la prise simultanée d’autres substances car le cannabis est souvent consommé avec d’autres substances, comme la cocaïne, « qui ne sont pas comptabilisées. »

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces effets : le cannabis pourrait perturber le rythme cardiaque, augmenter les besoins en oxygène du muscle cardiaque ou provoquer un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins. Une étude présente dans la méta-analyse indique que le risque d’infarctus serait maximal dans l’heure suivant la consommation.


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Ces travaux renforcent l’idée que le cannabis ne serait pas sans danger pour le cœur, même chez les jeunes adultes en bonne santé. Pour le Dr Kamel, l’interrogatoire sur la consommation de cannabis devrait devenir aussi systématique que celui sur le tabac lors des consultations médicales.

« Les patients doivent être transparents avec leur médecin » et se rappeler qu’il est important pour eux de « connaître toute l’histoire » afin d’avoir une meilleure prise en charge.

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