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Grossesse : pourquoi les pères ne doivent pas boire d’alcool trois mois avant la conception d’un bébé

Une étude révèle que la consommation d’alcool par le père avant la conception peut affecter la santé du fœtus. Cela augmente les risques de malformations et de complications.

Une échographie de foetus (photo d’illustration)

On le martèle depuis des années : grossesse et alcool ne font pas bon ménage. Et pour cause, cela peut engendrer une malformation chez le fœtus.  Jusque-là, la prévention visait plutôt la mère. Pourtant, le père a aussi sa part de responsabilité. C’est ce que souligne Bérénice Roy-Doray, professeure en génétique à l’Université de la Réunion et directrice du Centre Ressources TSAF de la Réunion, explique 20 Minutes.  

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Certains enfants, qu’elle recevait en consultation, présentaient des troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) alors que leur mère n’avait pas consommé une goutte d’alcool pendant sa grossesse. Des documents scientifiques sont venus corroborer ses analyses : si le père boit avant la conception de son enfant, cela risque bien d’impacter la santé de ce dernier. 

Les conséquences peuvent être graves, même s’il s’agit d’une consommation faible car cela altère la qualité et la quantité des spermatozoïdes. 

Risque de mort « in utero » et d’accouchement prématuré

« Si le père consomme de l’alcool avant la conception, cela va donner lieu à des anomalies d’expression de gènes, notamment ceux impliqués dans la croissance et le développement du bébé et de son cerveau », confie la spécialiste à nos confrères. Les risques de fausse couche, de mort in utero, d’accouchement prématuré et, par la suite, de développer des malformations sont donc largement augmentés. À lire aussi

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Pierre Palmade

Les infos de 6h – Pierre Palmade : le choc des proches des victimes après sa libération sous bracelet électronique

En France, « la fréquence des TSAF est estimée à 1% des naissances, soit environ 8.000 enfants par an », indique le site Vivre avec le SAF.

Pas irréversible

Pour éviter de porter atteinte à la santé de sa progéniture, il est donc recommandé, pour le père et la mère, de ne plus boire d’alcool trois mois avant le lancement du « projet bébé »,  le renouvellement complet du stock de spermatozoïdes étant de cette durée. 

« Si les femmes devront poursuivre cette abstinence jusqu’à la naissance de l’enfant, voire l’allaitement, les hommes pourront, eux, reprendre dès la découverte de la grossesse », précise Denis Lamblin, pédiatre à la retraite et président de l’association SAF France, auprès de 20 Minutes.

Drogues, sexe, écrans ou sport : un traitement de choc contre la dépendance

Par Stéphane Demorand

lundi 21 avril 2025

Les principales addictions avec substances concernent le tabac, l’alcool, le cannabis, les psychostimulants, les opiacés (héroïne, morphine) et les amphétamines.  - Credit:Sandra Baker / Alamy Stock Photo / https://www.alamy.com / Alamy Stock Photo
Les principales addictions avec substances concernent le tabac, l’alcool, le cannabis, les psychostimulants, les opiacés (héroïne, morphine) et les amphétamines. – Credit:Sandra Baker / Alamy Stock Photo / https://www.alamy.com / Alamy Stock Photo

En lisant le livre Addictions (éditions Marabout) du Pr Amine Benyamina, une évidence s’impose à nous : nous souffrons peut-être tous d’une addiction. Son livre, riche et documenté, nous concerne tous et chacun d’entre nous serait bien avisé de se le procurer. Amine Benyamina est chef de service d’addictologie à l’hôpital Paul Brousse (94), il est aussi le président de la Fédération française d’addictologie. Le natif d’Oran (Algérie) livre ses combats contre les addictions mais aussi contre les puissants lobbys et la rigidité de l’administration.

Amine Benyamina décrit avec délicatesse le lien singulier tissé avec ses patients, mélange de distance dans l’acte psychiatrique et de cette proximité qui ouvre la discussion, voire la confession, nécessaire à la thérapie. Il évoque ses craintes sur l’évolution des drogues toujours plus nombreuses et la multiplication des drogues de synthèse dont la composition évolue très vite, ce qui conduit à une profonde modification du type d’addiction.

Il invoque le fléau de la polyconsommation chez les jeunes adultes qui combinent parfois différents produits et pratiquent la sexualité sous substances. Il s’inquiète enfin de la nouvelle tendance qui est la consommation de psychostimulants tels que la cocaïne, le crack ou encore certaines substances de synthèse, consommation qui s’associe à des troubles psychiatriques tels que la dépression, les idées suicidaires.

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Le saviez-vous ? Certains animaux sauvages consomment de l’alcool volontairement !

De nombreuses espèces animales sauvages ingèrent de l’alcool, de manière volontaire, dans leur environnement naturel. Fruits fermentés, nectar alcoolisé, sève… cette consommation n’est pas toujours accidentelle, et les effets peuvent être étonnamment proches de ceux ressentis par l’homme.


Comportement animal : ces animaux ont une organisation sociale fascinante !

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Vous avez peut-être déja vu une vidéo d’un singe titubant après avoir vidé une noix de coco fermentée ou d’un éléphant visiblement euphorique dans un champ de fruits trop mûrs ? Si ces scènes peuvent prêter à sourire, elles révèlent un comportement animal bien réel : certains animaux consomment de l’alcool de façon délibérée. Pourquoi le font-ils ? Quels effets cela a-t-il sur leur comportement et leur santé ? Est-ce un phénomène isolé ou plus répandu qu’on ne l’imagine ? Voici ce que dit la science sur ce sujet fascinant et méconnu.

Quels animaux consomment volontairement de l’alcool dans la nature ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la consommation d’alcool chez les animaux sauvages est loin d’être exceptionnelle. Plusieurs espèces ont été observées en train de consommer des substances fermentées riches en éthanol, parfois avec insistance. Les primates, notamment les chimpanzés, les singes vervets ou encore les orangs-outans, sont les plus célèbres pour ce comportement. En Afrique de l’Ouest, des chimpanzés ont été filmés en train de boire du vin de palme recueilli dans des feuilles ou des récipients laissés par les humains. Une étude publiée dans Royal Society Open Science en 2015 confirme que ces chimpanzés semblent rechercher activement ce breuvage naturellement alcoolisé.

Les éléphants, eux aussi, ont la réputation d’aimer les fruits fermentés. Même si cette idée a longtemps été considérée comme une légende urbaine, plusieurs observations montrent qu’ils peuvent ingérer de grandes quantités de marula trop mûrs, un fruit dont la fermentation naturelle peut produire un taux d’alcool assez élevé. D’autres espèces, comme les lémuriens de Madagascar, les chauves-souris frugivores, ou encore certains oiseaux, consomment également des nectars fermentés ou des baies avariées. Le cas des chauves-souris égyptiennes, étudié dans PNAS en 2018, est particulièrement intéressant : ces dernières peuvent tolérer des taux d’éthanol très élevés, ce qui suggère une adaptation biologique à ce type d’alimentation.

Pourquoi ces animaux consomment-ils de l’alcool ?

La première hypothèse avancée par les scientifiques est d’ordre énergétique. Les fruits fermentés sont souvent plus caloriques, car la fermentation transforme les sucres simples en alcool, qui reste une source d’énergie. Pour des animaux qui doivent parcourir de longues distances pour se nourrir, cette énergie facilement disponible peut être un atout non négligeable.

Une autre explication repose sur la théorie de la coévolution entre les animaux frugivores et les plantes. Les fruits mûrs et fermentés émettent une forte odeur d’éthanol, qui peut servir de signal olfactif pour attirer les animaux et assurer la dispersion des graines. Les chercheurs Robert Dudley et Kim Hockings soutiennent dans plusieurs publications que l’attirance pour l’éthanol est un trait évolutif chez les primates, y compris l’humain, hérité d’ancêtres arboricoles se nourrissant de fruits fermentés.

Enfin, certaines observations laissent penser que les animaux peuvent consommer de l’alcool pour ses effets psychoactifs. Chez les singes vervets de l’île de Saint-Kitts, on a observé des préférences individuelles : certains boivent jusqu’à l’ivresse, d’autres avec modération, et certains pas du tout. Cela laisse penser à une recherche active de sensations, comparable à certains comportements humains.

L’alcool a-t-il les mêmes effets sur les animaux que sur les humains ?

Les effets de l’alcool sur les animaux sont très proches de ceux qu’il produit chez l’humain. Altération de la coordination, baisse de la vigilance, euphorie passagère, voire comportements désinhibés, ont été documentés dans de nombreuses études. Par exemple, les singes vervets ivres peuvent devenir bagarreurs, tomber ou avoir des difficultés à se déplacer. Des oiseaux ivres, comme certaines merles en Australie, finissent parfois par tomber des arbres.

Cependant, la tolérance varie beaucoup selon les espèces. Certaines, comme les chauves-souris, semblent peu affectées même par des taux élevés d’alcool dans le sang. D’autres, en revanche, présentent des symptômes d’ivresse plus marqués. Ainsi certains lémuriens peuvent être « bourrés » après avoir consommé des nectars fermentés riches en éthanol.

Les risques sont donc bien réels : troubles de l’orientation, augmentation de la prédation, ou même empoisonnement. Il est important de noter que l’alcool n’a aucun rôle nutritif essentiel pour ces animaux, et que ses effets secondaires peuvent, dans certains cas, compromettre leur survie.

La consommation d’alcool par les animaux est-elle un phénomène naturel ou influencé par l’humain ?

Il est parfois difficile de démêler ce qui est naturel de ce qui est anthropisé dans le comportement des animaux face à l’alcool. Dans de nombreux cas, la présence de boissons alcoolisées résulte directement de l’activité humaine : déchets, fruits abandonnés, cultures fermentées à l’air libre. Les singes vervets de Saint-Kitts, par exemple, ont développé leur penchant pour l’alcool en pillant les cocktails laissés sur les plages par les touristes. C’est donc un comportement acquis, amplifié par leur proximité avec l’homme.

Mais dans la nature, les comportements similaires sont bien attestés sans intervention humaine. Cela soutient l’idée que la recherche d’éthanol est un comportement ancestral, sans lien direct avec les sociétés humaines. La difficulté pour les chercheurs est d’observer ces comportements dans des contextes entièrement naturels, loin des activités humaines. Les pièges photographiques, les analyses de fèces ou encore les prélèvements sanguins permettent peu à peu de mieux comprendre ces dynamiques.

Il faut également mentionner que le changement climatique pourrait accentuer ce phénomène, en augmentant la fermentation naturelle des fruits dans certaines régions plus chaudes. Cela pourrait rendre la consommation d’alcool plus fréquente, avec des effets encore mal connus sur la faune sauvage.

Alcool au volant : attention à cette fausse croyance avec le café

Par Marie Lizak

Vous avez consommé de l’alcool avant de prendre le volant ? Méfiez-vous du café, qui ne fera pas baisser votre alcoolémie.

EN BREF

  •  En 2021, l’alcool était impliqué dans près de 30% des accidents mortels sur la route, multipliant par dix-huit le risque d’accident mortel.
  •  Le café et d’autres méthodes comme la douche froide n’accélèrent pas l’élimination de l’alcool et peuvent induire en erreur sur l’aptitude à conduire.
  •  Pour éviter les accidents, désigner un conducteur sobre ou utiliser des transports alternatifs est crucial après avoir consommé de l’alcool.

Les chiffres de la Sécurité routière parlent d’eux-mêmes : un conducteur en état d’ébriété a un risque de provoquer un accident mortel multiplié par dix-huit. En 2021, près de 30% des accidents mortels sur la route étaient liés à l’alcool. Ce constat accablant montre à quel point l’alcool au volant représente un danger majeur pour la sécurité de tous les usagers  de la route. Et il est alors évidemment essentiel de faire tomber les mythes liés à la consommation d’alcool et à ses prétendus remèdes.

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Le cannabis, très mauvais pour le cœur ? Deux nouvelles études le suggèrent

Deux nouvelles études américaines pointent un possible lien entre la consommation de cannabis et un risque cardiovasculaire accru, même pour des adultes en bonne santé. Des résultats à prendre avec prudence, mais qui pourraient avoir des implications cliniques importantes.Par Julie De Coucy 

Le 12 avril 2025 à 17h06

Près de 5 millions de personnes consomment du cannabis, selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. LP/Jean-Nicholas Guillo
Près de 5 millions de personnes consomment du cannabis, selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. LP/Jean-Nicholas Guillo

Alors que le cannabis reste la substance illicite la plus consommée en France, avec près de 5 millions d’usagers en 2023, selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), deux nouvelles études américaines alertent sur ses effets possibles sur la santé cardiovasculaire.

La première étude, publiée dans JACC : Advances, s’appuie sur une vaste cohorte de plus de 4,6 millions de patients. Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de personnes âgées de moins de 50 ans, sans antécédents cardiovasculaires, sur une période de plus de trois ans. Résultat : les consommateurs de cannabis présentaient un risque multiplié par six de crise cardiaque, par quatre d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique, et par trois de décès d’origine cardiovasculaire.

La seconde, une méta-analyse regroupant les données de 12 travaux antérieurs et portant sur plus de 75 millions de personnes, a révélé une augmentation de 50 % du risque d’infarctus chez les usagers de cannabis.

« Des résultats à interpréter avec prudence »

Mais face à ces résultats, les auteurs restent prudents : ces recherches sont rétrospectives, ce qui signifie qu’elles ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet. « Nous devons interpréter les résultats avec prudence », souligne dans un communiqué le Dr Ibrahim Kamel, auteur principal de l’étude rétrospective. Par ailleurs, plusieurs biais persistent, notamment l’absence de données précises sur la durée ou la quantité de consommation, mais aussi sur la prise simultanée d’autres substances car le cannabis est souvent consommé avec d’autres substances, comme la cocaïne, « qui ne sont pas comptabilisées. »

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces effets : le cannabis pourrait perturber le rythme cardiaque, augmenter les besoins en oxygène du muscle cardiaque ou provoquer un dysfonctionnement des vaisseaux sanguins. Une étude présente dans la méta-analyse indique que le risque d’infarctus serait maximal dans l’heure suivant la consommation.


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Ces travaux renforcent l’idée que le cannabis ne serait pas sans danger pour le cœur, même chez les jeunes adultes en bonne santé. Pour le Dr Kamel, l’interrogatoire sur la consommation de cannabis devrait devenir aussi systématique que celui sur le tabac lors des consultations médicales.

« Les patients doivent être transparents avec leur médecin » et se rappeler qu’il est important pour eux de « connaître toute l’histoire » afin d’avoir une meilleure prise en charge.

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« L’escalade des drogues »

Pr. Jean Costentin

 D’aucuns, y a plus d’une quarantaine d’années, ont décidé qu’il n’y avait pas « d’escalade des drogues ». Ils ne manquaient pas de taxer ceux qui en étaient convaincus d’être des demeurés, ne connaissant ni la littérature ni « la vraie vie ».

Leurs raisons profondes (qui déjà n’échappaient pas à quelques-uns, dont je suis) ont été bientôt éclairées par leurs revendications récurrentes et bientôt intenses, de légaliser le cannabis ; revendication qu’ils étendent maintenant à toutes les drogues.

 Admettre l’escalade des drogues devrait évidement empêcher cette légalisation ; c’est pourquoi,  contre les évidences et les démonstrations qui s’accumulent, des addictologues  regroupés dans une intersyndicale gardienne de cette doxa donnent de la voix. Reconnaissons leur un certain pragmatisme, car une légalisation de toutes les drogues ferait de leur profession la toute première des spécialités médicales.

Pourtant les faits sont têtus et les arguments qui valident l’escalade des drogues sont désormais irréfragables.

Autrefois, l’escalade des drogues, se cantonnait au brelan : café, tabac, alcool. Progressivement, la variété et la valeur des cartes se sont accrues, s’y ajoutant le cannabis (et ses 1.500.000 usagers réguliers) majoré maintenant par les nouveaux cannabinoïdes ; puis les drogues stimulantes : le chlorhydrate de cocaïne et son dérivé sous forme base, le « crack » ; l’ecstasy (MDMA), les cathinones, les amphétamines ; puis les morphiniques (codéine,  tramadol, morphine, méthadone, buprénorphine) dont les puissances sont maintenant décuplés avec les fentanyloïdes, les nitazènes, l’héroïne etc… S’est amplifié le stéréotype d’une administration plus fréquente, de doses plus élevées et de produits toujours plus forts.

Les ELSA (équipes de liaison et de soins en addictologie, au nombre de 356 sur toute la France) prennent en charge les conduites addictives liées en majorité à l’alcool, au tabac et au cannabis. Sur une file active de près de 200.000 toxicomanes, « elles voient une augmentation des consommations de protoxyde d’azote ainsi que de cocaïne et constatent une augmentation remarquable du nombre de poly consommateurs. C’est ainsi que 54% de cette file active serait poly consommatrice (dixit C. Defives, adjointe à la cheffe du bureau prise en charge en santé mentale et populations vulnérables). Ces poly consommations sont évidemment l’illustration d’une escalade !

Le commun dénominateur mécanistique de toutes les drogues, réside dans l’intensification de la transmission dopaminergique dans le noyau accumbens/striatum ventral ; avec pour corollaire une stimulation redoublée  des récepteurs D2 de la dopamine dans cette structure. Toutes les drogues augmentent la concentration de dopamine en face de ces récepteurs ; elles accroissent, ce faisant, la probabilité de leur stimulation.

Cette augmentation peut procéder : d’une intensification de l’activité électrique des neurones méso-accumbiques, qui libèrent cette dopamine  (à la façon du THC du cannabis, ou des agents morphiniques et opioïdes) ; ou bien d’une mobilisation de ses stocks granulaires (comme le font les agents amphétaminiques) ; ou encore d’une inhibition de la reprise/recapture de la dopamine présente dans la fente synaptique, par  inhibition de son transporteur (comme les agents cocaïniques). La stimulation intense des récepteurs D2 suscite une sensation de plaisir. Quand elle décline,  il lui fait place un déplaisir, un syndrome de manque, d’abstinence, avec le besoin tyrannique de la ressusciter.

Nombre de drogues induisent un phénomène de tolérance, qui correspond, au fil de l’usage, à un amoindrissement du plaisir recherché. Pour pallier cette atténuation le consommateur passe de l’usage / l’us à l’abus. Il accroit les doses et/ou la fréquence de ses consommations. Il s’engage dans une course-poursuite, dans laquelle le besoin caracole en tête et la consommation , même accrue, se laisse distancer. Les producteurs de drogues augmentent la teneur de leurs principes actifs ou jouent d’autres expédients. C’est l’accroissement du degré alcoolique des vins, bières et spiritueux ;  l’accroissement aussi du taux de THC dans les cannabis en circulation (multiplié d’un facteur 8 au cours du dernier demi-siècle) ; c’est l’avènement de nouveaux produits et de nouveaux modes d’administration. Pour le cannabis ce sont : les cannabinoïdes de synthèse ; «l’huile de cannabis » ; la  pipe à eau ; la cigarette électronique utilisant des recharges d’huile de cannabis ; le « dabbing » volatilisant par la chaleur des extraits très concentrés en THC. Pour le tabac c’est l’ajout de substances engendrant des molécules inhibitrice des Mono Amines Oxydases/MAO pour s’opposer à l’inactivation de la dopamine, ou encore de dérivés de la nicotine plus puissants qu’elle. Pour les opioïdes et opiacés, c’est le développement de molécules exceptionnellement puissantes (fentanyloïdes, nitazènes). Pour la cathinone, c’est la synthèse de dérivés multiples (telle la 3MMC ). Il en va de même pour les amphétamines. Toutes ces nouvelles substances, avec la pusillanimité du langage euphémisé des addictologues, sont désignées « nouvelles substances psychoactives » = N.S.P. ; que nous recommandons d’appeler « nouvelles drogues de synthèse » = N.D.S.

Quand, du fait de la tolérance, malgré l’accroissement des doses et de la fréquence d’administration, la drogue ne tient plus ses promesses, et que la transmission dopaminergique accumbique n’atteint plus le niveau lui permettant d’induire le plaisir escompté, le consommateur, sans abandonner la drogue dont les effets s’épuisent, en ajoute une autre. Elle connaitra bientôt, à son tour, ce même phénomène de tolérance, qui incitera à l’ajout d’une troisième drogue…. C’est là l’explication de ces poly toxicomanies devenues, on l’a vu, si communes.

Un autre phénomène vient s’ajouter au précédent. Il est lié chez le consommateur de cannabis aux effets épigénétiques produits par son THC ;  ces effets modifient l’expression de certains de ses gènes. Parmi d’autres conséquences s’instaure une appétence accrue de ses consommateurs pour d’autres drogues.

Des expériences effectuées chez le rat montrent que leur traitement par le THC, précédent de beaucoup (afin que le THC soit complétement éliminé) l’administration d’héroïne (dans une étude) ou de cocaïne (dans une autre) modifiait divers effets de ces deux drogues, se traduisant par un accroissement de leur appétence pour ces drogues, sous tendu par différentes modifications de l’expression de différents gènes.

Sherm et coll.  Cannabinoid exposure in rat adolescent reprograms the initial behavioral, molecular and epigenic responses to cocaine. Proc Natl Acad Sci USA 2020; 117: 9991-1002.  

 Lecca et coll. Adolescent cannabis  exposure increases heroin reinforcement in rats genetically vulnerable to addiction. Neuropharmacology, 2020 ;166:107974.

Une des recommandations que je faisais de façon insistante aux jeunes cannabinophiles qui me consultaient à la demande de leurs parents : « Tu es déjà incapable de te détacher du tabac ainsi que tu cannabis, alors que tu ne les consomme que depuis peu d’années. Surtout ne t’approche pas d’autres drogues, elles te happeraient. Le cannabis a ouvert très grand la porte par laquelle elles s’engouffreraient ».Je complétais par une métaphore, empruntée à la teinturerie.

Sur une fibre de coton un colorant se fixe mal. Son traitement préalable par l’alun de chrome, « le mordançage » permet au colorant de pénétrer en profondeur et de s’y fixer intensément et durablement.  « Au départ, tu n’étais pas ou n’étais que peu appétent pour les drogues, mais tu as forcé cette résistance avec le tabac et sa nicotine ; ce qui a facilité ton attrait pour le cannabis et son THC. Il t’a rendu beaucoup plus apte à devenir dépendant  d’autres drogues.  Si tu t’en approches et y succombera, en s’ajoutant aux méfaits du cannabis, elles te détruiront ».

Prrofesseur J Costentin

La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique

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Académie nationale de médecine

9 Avril 2025

La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique

De manière récurrente, l’idée d’une légalisation de l’usage récréatif du cannabis réapparait dans le débat politique, avec comme argument que cet usage ne poserait, en pratique, pas de problème en matière de santé publique.

Or, depuis 2021[1] et 2023[2], dates auxquelles l’Académie nationale de médecine s’était déjà exprimée, les données médicales récemment publiées confirment au contraire les problèmes survenus dans les pays ayant procédé à une telle légalisation :

– Augmentation entre 12 et 22 % du nombre d’hospitalisations dues au cannabis chez les adultes comme en Ontario[3], et multiplication par 3 de celui chez les enfants de 0 à 9 ans après empoisonnement par absorption de produits à base de cannabis au Canada[4] ;

– Multiplication par 2 de la proportion d’automobilistes hospitalisés après un accident de la route avec un résultat positif au dépistage du THC (Canada avant et après la légalisation[5]) ;

– Augmentation par un facteur 3 du nombre de patients psychotiques au Canada. La proportion de nouveaux cas de schizophrénie associés à un usage de cannabis est passée de 3,7 % avant la légalisation à 10,3 % après la légalisation, les jeunes hommes de 19 à 24 ans étant les plus vulnérables. Le risque de développer des troubles psychotiques a été, par ailleurs, multiplié par 11 chez les 12 à 19 ans[6];

– Contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport parlementaire n°974 du 17 février 2025, la modification de la législation ne permettrait pas un accès aux traitements de substitution des usagers à risques, un tel traitement n’existant toujours pas ni pour le cannabis, ni d’ailleurs pour la cocaïne.

De même, les données de la littérature permettent de s’inscrire en faux par rapport aux autres allégations des promoteurs de la légalisation :

– Une augmentation et non une baisse de la consommation et un maintien du marché illicite

La prévalence de la consommation du cannabis a augmenté après la légalisation, aussi bien au Canada qu’aux USA. Aux USA, où l’on dispose déjà d’un assez grand recul, le nombre de consommateurs a été multipliée par 20, passant de 0,9 million en 1992, avant la légalisation, à 17,7 millions après sa légalisation dans de nombreux États. Le nombre de consommateurs quotidiens de cannabis dépasse désormais celui de l’alcool[7].

Dans les pays où le cannabis a été légalisé, le marché noir n’a pas disparu. Le cannabis légal sera toujours plus cher que l’illégal, dénué de toute taxe. Il s’est même réorganisé vers des drogues à effets sanitaires plus importants (Uruguay, USA, Canada[8]).

– Le contrôle d’un taux minimal de THC dans le cannabis n’a pas été obtenu

Comme cela a été démontré en Uruguay où le taux du cannabis légal est passé de 2 % lors de la légalisation à 15 % aujourd’hui[9]. Comment faire consommer du cannabis faiblement dosé à des utilisateurs habitués à des taux de 15 ou 20 % ?

– Il est paradoxal de proposer une légalisation pour faire de la prévention et même la financer

Légaliser le cannabis pour faire de l’éducation et de la prévention aux plus jeunes notamment en insistant sur ses méfaits, est illogique alors que permettre à un adulte de se le procurer librement rendra inévitablement plus incitative sa consommation par les plus jeunes.

L’Académie nationale de Médecine,

Considérant :

– La situation actuelle de la France en matière de consommation de cannabis ;

– La démonstration du risque sanitaire de sa légalisation au vu de la littérature scientifique publiée dans les pays où elle a déjà eu lieu ;

– L’échec de cette politique en matière de consommation ;

Recommande :

– de poursuivre et d’amplifier les programmes de prévention et d’information sur la toxicité de cette drogue, dès le plus jeune âge, afin de faire diminuer l’importante consommation en France, la première en Europe, ce qu’une légalisation ne pourrait qu’accentuer.

CONTACT PRESSE : Virginie Gustin +33 (0)6 62 52 43 42 virginie.gustin@academie-medecine.fr

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Cannabis et cannabinoïdes : ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut faire

Publié le 8 avril 2025

Le réseau de prévention des addictions (RESPAAD) annonce la publication du « Vadémécum Cannabis et cannabinoïdes – Ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut faire » à destination des professionnels de la relation d’aide et du secteur médico-social.

Rédigé dans le cadre du projet Cannabinoscope, financé par l’Institut national du Cancer (INCa) et l’Institut pour la Recherche en Santé Publique (IReSP) et coordonné conjointement avec la Faculté de pharmacie de Paris-Saclay et le laboratoire de recherche SESSTIM de l’université Aix-Marseille, cet ouvrage « Vadémécum cannabis et cannabinoïdes » a bénéficié du soutien d’un groupe de travail constitué d’experts.

Structuré autour de plusieurs chapitres regroupant des informations épidémiologiques, historiques, biologiques, médicales ou encore pharmacologiques, cet ouvrage, aussi riche qu’unique, s’adresse aux professionnels de santé et de la relation d’aide, aux professionnels du secteur médico-social et à toute personne intéressée par le sujet. Le guide est dès à présent disponible à la commande depuis votre espace adhérent ou, sur demande, à l’adresse commande@respadd.org

Le cannabis, une drogue douce mais pas pour le cœur !

Dr Yohann Bohbot | 01 Avril 2025

La consommation de cannabis augmente partout dans le monde, portée par une légalisation de plus en plus répandue et une acceptation sociale grandissante. Souvent perçu comme une substance récréative ou ayant des bienfaits thérapeutiques, ses effets sur le cœur restent encore mal connus. Une étude récente, présentée au congrès de l’American College of Cardiology 2025 et publiée dans JACC: Advances, apporte un nouvel éclairage en montrant un lien clair entre l’usage du cannabis et un risque accru d’infarctus du myocarde, en particulier chez les jeunes adultes en bonne santé (1).

Une étude rétrospective à partir des données du TriNeTx

Cette étude a analysé les données de plus de 4,6 millions de sujets de moins de 50 ans disponibles sur un réseau mondial de données de recherche en santé, afin de comparer les consommateurs de cannabis à des non-utilisateurs, tous exempts de comorbidités significatives à l’inclusion. Grâce à une méthodologie d’appariement par score de propension, les auteurs ont limité les biais potentiels liés aux facteurs de risque cardiovasculaires classiques tels que l’hypertension, le diabète ou le tabagisme. 

Les résultats sont sans appel : les consommateurs de cannabis présentent un risque d’infarctus du myocarde multiplié par six par rapport aux non-utilisateurs. De plus, la consommation de cannabis est associée à des taux plus élevés d’événements cardiovasculaires majeurs, d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques et d’insuffisance cardiaque, avec une mortalité globale également accrue (risque relatif multiplié par 7 !).

Un lien fort entre cannabis et maladies cardiovasculaires

L’étude suggère ainsi un lien fort entre consommation de cannabis et atteintes cardiovasculaires. Elle rejoint d’autres travaux (2, 3) qui ont montré que le cannabis peut entrainer un stress oxydatif, favoriser l’inflammation vasculaire et la dysfonction endothéliale, autant de mécanismes pouvant précipiter un événement coronarien aigu. 

La principale limite de l’étude réside dans le manque de précisions sur la quantité consommée, la fréquence et le mode de consommation du cannabis. De plus, les données étant issues de dossiers médicaux électroniques, il existe un risque d’erreurs de classification entre consommateurs et non-consommateurs, ce qui pourrait influencer les résultats.

Avec la légalisation qui progresse dans de nombreux pays, il devient essentiel d’informer les consommateurs sur les dangers notamment au niveau cardiovasculaire. Des études supplémentaires seront indispensables pour mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués et évaluer l’impact des différentes formes de cannabis, qu’il soit naturel ou synthétique.

En attendant, cette étude rappelle une réalité : même une substance d’origine naturelle peut avoir des effets graves sur la santé, et sa consommation ne devrait pas être banalisée !

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