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« L’escalade des drogues »

Pr. Jean Costentin

 D’aucuns, y a plus d’une quarantaine d’années, ont décidé qu’il n’y avait pas « d’escalade des drogues ». Ils ne manquaient pas de taxer ceux qui en étaient convaincus d’être des demeurés, ne connaissant ni la littérature ni « la vraie vie ».

Leurs raisons profondes (qui déjà n’échappaient pas à quelques-uns, dont je suis) ont été bientôt éclairées par leurs revendications récurrentes et bientôt intenses, de légaliser le cannabis ; revendication qu’ils étendent maintenant à toutes les drogues.

 Admettre l’escalade des drogues devrait évidement empêcher cette légalisation ; c’est pourquoi,  contre les évidences et les démonstrations qui s’accumulent, des addictologues  regroupés dans une intersyndicale gardienne de cette doxa donnent de la voix. Reconnaissons leur un certain pragmatisme, car une légalisation de toutes les drogues ferait de leur profession la toute première des spécialités médicales.

Pourtant les faits sont têtus et les arguments qui valident l’escalade des drogues sont désormais irréfragables.

Autrefois, l’escalade des drogues, se cantonnait au brelan : café, tabac, alcool. Progressivement, la variété et la valeur des cartes se sont accrues, s’y ajoutant le cannabis (et ses 1.500.000 usagers réguliers) majoré maintenant par les nouveaux cannabinoïdes ; puis les drogues stimulantes : le chlorhydrate de cocaïne et son dérivé sous forme base, le « crack » ; l’ecstasy (MDMA), les cathinones, les amphétamines ; puis les morphiniques (codéine,  tramadol, morphine, méthadone, buprénorphine) dont les puissances sont maintenant décuplés avec les fentanyloïdes, les nitazènes, l’héroïne etc… S’est amplifié le stéréotype d’une administration plus fréquente, de doses plus élevées et de produits toujours plus forts.

Les ELSA (équipes de liaison et de soins en addictologie, au nombre de 356 sur toute la France) prennent en charge les conduites addictives liées en majorité à l’alcool, au tabac et au cannabis. Sur une file active de près de 200.000 toxicomanes, « elles voient une augmentation des consommations de protoxyde d’azote ainsi que de cocaïne et constatent une augmentation remarquable du nombre de poly consommateurs. C’est ainsi que 54% de cette file active serait poly consommatrice (dixit C. Defives, adjointe à la cheffe du bureau prise en charge en santé mentale et populations vulnérables). Ces poly consommations sont évidemment l’illustration d’une escalade !

Le commun dénominateur mécanistique de toutes les drogues, réside dans l’intensification de la transmission dopaminergique dans le noyau accumbens/striatum ventral ; avec pour corollaire une stimulation redoublée  des récepteurs D2 de la dopamine dans cette structure. Toutes les drogues augmentent la concentration de dopamine en face de ces récepteurs ; elles accroissent, ce faisant, la probabilité de leur stimulation.

Cette augmentation peut procéder : d’une intensification de l’activité électrique des neurones méso-accumbiques, qui libèrent cette dopamine  (à la façon du THC du cannabis, ou des agents morphiniques et opioïdes) ; ou bien d’une mobilisation de ses stocks granulaires (comme le font les agents amphétaminiques) ; ou encore d’une inhibition de la reprise/recapture de la dopamine présente dans la fente synaptique, par  inhibition de son transporteur (comme les agents cocaïniques). La stimulation intense des récepteurs D2 suscite une sensation de plaisir. Quand elle décline,  il lui fait place un déplaisir, un syndrome de manque, d’abstinence, avec le besoin tyrannique de la ressusciter.

Nombre de drogues induisent un phénomène de tolérance, qui correspond, au fil de l’usage, à un amoindrissement du plaisir recherché. Pour pallier cette atténuation le consommateur passe de l’usage / l’us à l’abus. Il accroit les doses et/ou la fréquence de ses consommations. Il s’engage dans une course-poursuite, dans laquelle le besoin caracole en tête et la consommation , même accrue, se laisse distancer. Les producteurs de drogues augmentent la teneur de leurs principes actifs ou jouent d’autres expédients. C’est l’accroissement du degré alcoolique des vins, bières et spiritueux ;  l’accroissement aussi du taux de THC dans les cannabis en circulation (multiplié d’un facteur 8 au cours du dernier demi-siècle) ; c’est l’avènement de nouveaux produits et de nouveaux modes d’administration. Pour le cannabis ce sont : les cannabinoïdes de synthèse ; «l’huile de cannabis » ; la  pipe à eau ; la cigarette électronique utilisant des recharges d’huile de cannabis ; le « dabbing » volatilisant par la chaleur des extraits très concentrés en THC. Pour le tabac c’est l’ajout de substances engendrant des molécules inhibitrice des Mono Amines Oxydases/MAO pour s’opposer à l’inactivation de la dopamine, ou encore de dérivés de la nicotine plus puissants qu’elle. Pour les opioïdes et opiacés, c’est le développement de molécules exceptionnellement puissantes (fentanyloïdes, nitazènes). Pour la cathinone, c’est la synthèse de dérivés multiples (telle la 3MMC ). Il en va de même pour les amphétamines. Toutes ces nouvelles substances, avec la pusillanimité du langage euphémisé des addictologues, sont désignées « nouvelles substances psychoactives » = N.S.P. ; que nous recommandons d’appeler « nouvelles drogues de synthèse » = N.D.S.

Quand, du fait de la tolérance, malgré l’accroissement des doses et de la fréquence d’administration, la drogue ne tient plus ses promesses, et que la transmission dopaminergique accumbique n’atteint plus le niveau lui permettant d’induire le plaisir escompté, le consommateur, sans abandonner la drogue dont les effets s’épuisent, en ajoute une autre. Elle connaitra bientôt, à son tour, ce même phénomène de tolérance, qui incitera à l’ajout d’une troisième drogue…. C’est là l’explication de ces poly toxicomanies devenues, on l’a vu, si communes.

Un autre phénomène vient s’ajouter au précédent. Il est lié chez le consommateur de cannabis aux effets épigénétiques produits par son THC ;  ces effets modifient l’expression de certains de ses gènes. Parmi d’autres conséquences s’instaure une appétence accrue de ses consommateurs pour d’autres drogues.

Des expériences effectuées chez le rat montrent que leur traitement par le THC, précédent de beaucoup (afin que le THC soit complétement éliminé) l’administration d’héroïne (dans une étude) ou de cocaïne (dans une autre) modifiait divers effets de ces deux drogues, se traduisant par un accroissement de leur appétence pour ces drogues, sous tendu par différentes modifications de l’expression de différents gènes.

Sherm et coll.  Cannabinoid exposure in rat adolescent reprograms the initial behavioral, molecular and epigenic responses to cocaine. Proc Natl Acad Sci USA 2020; 117: 9991-1002.  

 Lecca et coll. Adolescent cannabis  exposure increases heroin reinforcement in rats genetically vulnerable to addiction. Neuropharmacology, 2020 ;166:107974.

Une des recommandations que je faisais de façon insistante aux jeunes cannabinophiles qui me consultaient à la demande de leurs parents : « Tu es déjà incapable de te détacher du tabac ainsi que tu cannabis, alors que tu ne les consomme que depuis peu d’années. Surtout ne t’approche pas d’autres drogues, elles te happeraient. Le cannabis a ouvert très grand la porte par laquelle elles s’engouffreraient ».Je complétais par une métaphore, empruntée à la teinturerie.

Sur une fibre de coton un colorant se fixe mal. Son traitement préalable par l’alun de chrome, « le mordançage » permet au colorant de pénétrer en profondeur et de s’y fixer intensément et durablement.  « Au départ, tu n’étais pas ou n’étais que peu appétent pour les drogues, mais tu as forcé cette résistance avec le tabac et sa nicotine ; ce qui a facilité ton attrait pour le cannabis et son THC. Il t’a rendu beaucoup plus apte à devenir dépendant  d’autres drogues.  Si tu t’en approches et y succombera, en s’ajoutant aux méfaits du cannabis, elles te détruiront ».

Prrofesseur J Costentin

La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique

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Académie nationale de médecine

9 Avril 2025

La légalisation de l’usage « récréatif » du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique

De manière récurrente, l’idée d’une légalisation de l’usage récréatif du cannabis réapparait dans le débat politique, avec comme argument que cet usage ne poserait, en pratique, pas de problème en matière de santé publique.

Or, depuis 2021[1] et 2023[2], dates auxquelles l’Académie nationale de médecine s’était déjà exprimée, les données médicales récemment publiées confirment au contraire les problèmes survenus dans les pays ayant procédé à une telle légalisation :

– Augmentation entre 12 et 22 % du nombre d’hospitalisations dues au cannabis chez les adultes comme en Ontario[3], et multiplication par 3 de celui chez les enfants de 0 à 9 ans après empoisonnement par absorption de produits à base de cannabis au Canada[4] ;

– Multiplication par 2 de la proportion d’automobilistes hospitalisés après un accident de la route avec un résultat positif au dépistage du THC (Canada avant et après la légalisation[5]) ;

– Augmentation par un facteur 3 du nombre de patients psychotiques au Canada. La proportion de nouveaux cas de schizophrénie associés à un usage de cannabis est passée de 3,7 % avant la légalisation à 10,3 % après la légalisation, les jeunes hommes de 19 à 24 ans étant les plus vulnérables. Le risque de développer des troubles psychotiques a été, par ailleurs, multiplié par 11 chez les 12 à 19 ans[6];

– Contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport parlementaire n°974 du 17 février 2025, la modification de la législation ne permettrait pas un accès aux traitements de substitution des usagers à risques, un tel traitement n’existant toujours pas ni pour le cannabis, ni d’ailleurs pour la cocaïne.

De même, les données de la littérature permettent de s’inscrire en faux par rapport aux autres allégations des promoteurs de la légalisation :

– Une augmentation et non une baisse de la consommation et un maintien du marché illicite

La prévalence de la consommation du cannabis a augmenté après la légalisation, aussi bien au Canada qu’aux USA. Aux USA, où l’on dispose déjà d’un assez grand recul, le nombre de consommateurs a été multipliée par 20, passant de 0,9 million en 1992, avant la légalisation, à 17,7 millions après sa légalisation dans de nombreux États. Le nombre de consommateurs quotidiens de cannabis dépasse désormais celui de l’alcool[7].

Dans les pays où le cannabis a été légalisé, le marché noir n’a pas disparu. Le cannabis légal sera toujours plus cher que l’illégal, dénué de toute taxe. Il s’est même réorganisé vers des drogues à effets sanitaires plus importants (Uruguay, USA, Canada[8]).

– Le contrôle d’un taux minimal de THC dans le cannabis n’a pas été obtenu

Comme cela a été démontré en Uruguay où le taux du cannabis légal est passé de 2 % lors de la légalisation à 15 % aujourd’hui[9]. Comment faire consommer du cannabis faiblement dosé à des utilisateurs habitués à des taux de 15 ou 20 % ?

– Il est paradoxal de proposer une légalisation pour faire de la prévention et même la financer

Légaliser le cannabis pour faire de l’éducation et de la prévention aux plus jeunes notamment en insistant sur ses méfaits, est illogique alors que permettre à un adulte de se le procurer librement rendra inévitablement plus incitative sa consommation par les plus jeunes.

L’Académie nationale de Médecine,

Considérant :

– La situation actuelle de la France en matière de consommation de cannabis ;

– La démonstration du risque sanitaire de sa légalisation au vu de la littérature scientifique publiée dans les pays où elle a déjà eu lieu ;

– L’échec de cette politique en matière de consommation ;

Recommande :

– de poursuivre et d’amplifier les programmes de prévention et d’information sur la toxicité de cette drogue, dès le plus jeune âge, afin de faire diminuer l’importante consommation en France, la première en Europe, ce qu’une légalisation ne pourrait qu’accentuer.

CONTACT PRESSE : Virginie Gustin +33 (0)6 62 52 43 42 virginie.gustin@academie-medecine.fr

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Cannabis et cannabinoïdes : ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut faire

Publié le 8 avril 2025

Le réseau de prévention des addictions (RESPAAD) annonce la publication du « Vadémécum Cannabis et cannabinoïdes – Ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut faire » à destination des professionnels de la relation d’aide et du secteur médico-social.

Rédigé dans le cadre du projet Cannabinoscope, financé par l’Institut national du Cancer (INCa) et l’Institut pour la Recherche en Santé Publique (IReSP) et coordonné conjointement avec la Faculté de pharmacie de Paris-Saclay et le laboratoire de recherche SESSTIM de l’université Aix-Marseille, cet ouvrage « Vadémécum cannabis et cannabinoïdes » a bénéficié du soutien d’un groupe de travail constitué d’experts.

Structuré autour de plusieurs chapitres regroupant des informations épidémiologiques, historiques, biologiques, médicales ou encore pharmacologiques, cet ouvrage, aussi riche qu’unique, s’adresse aux professionnels de santé et de la relation d’aide, aux professionnels du secteur médico-social et à toute personne intéressée par le sujet. Le guide est dès à présent disponible à la commande depuis votre espace adhérent ou, sur demande, à l’adresse commande@respadd.org

Le cannabis, une drogue douce mais pas pour le cœur !

Dr Yohann Bohbot | 01 Avril 2025

La consommation de cannabis augmente partout dans le monde, portée par une légalisation de plus en plus répandue et une acceptation sociale grandissante. Souvent perçu comme une substance récréative ou ayant des bienfaits thérapeutiques, ses effets sur le cœur restent encore mal connus. Une étude récente, présentée au congrès de l’American College of Cardiology 2025 et publiée dans JACC: Advances, apporte un nouvel éclairage en montrant un lien clair entre l’usage du cannabis et un risque accru d’infarctus du myocarde, en particulier chez les jeunes adultes en bonne santé (1).

Une étude rétrospective à partir des données du TriNeTx

Cette étude a analysé les données de plus de 4,6 millions de sujets de moins de 50 ans disponibles sur un réseau mondial de données de recherche en santé, afin de comparer les consommateurs de cannabis à des non-utilisateurs, tous exempts de comorbidités significatives à l’inclusion. Grâce à une méthodologie d’appariement par score de propension, les auteurs ont limité les biais potentiels liés aux facteurs de risque cardiovasculaires classiques tels que l’hypertension, le diabète ou le tabagisme. 

Les résultats sont sans appel : les consommateurs de cannabis présentent un risque d’infarctus du myocarde multiplié par six par rapport aux non-utilisateurs. De plus, la consommation de cannabis est associée à des taux plus élevés d’événements cardiovasculaires majeurs, d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques et d’insuffisance cardiaque, avec une mortalité globale également accrue (risque relatif multiplié par 7 !).

Un lien fort entre cannabis et maladies cardiovasculaires

L’étude suggère ainsi un lien fort entre consommation de cannabis et atteintes cardiovasculaires. Elle rejoint d’autres travaux (2, 3) qui ont montré que le cannabis peut entrainer un stress oxydatif, favoriser l’inflammation vasculaire et la dysfonction endothéliale, autant de mécanismes pouvant précipiter un événement coronarien aigu. 

La principale limite de l’étude réside dans le manque de précisions sur la quantité consommée, la fréquence et le mode de consommation du cannabis. De plus, les données étant issues de dossiers médicaux électroniques, il existe un risque d’erreurs de classification entre consommateurs et non-consommateurs, ce qui pourrait influencer les résultats.

Avec la légalisation qui progresse dans de nombreux pays, il devient essentiel d’informer les consommateurs sur les dangers notamment au niveau cardiovasculaire. Des études supplémentaires seront indispensables pour mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués et évaluer l’impact des différentes formes de cannabis, qu’il soit naturel ou synthétique.

En attendant, cette étude rappelle une réalité : même une substance d’origine naturelle peut avoir des effets graves sur la santé, et sa consommation ne devrait pas être banalisée !

Source

Des gendarmes déguisés en « tenues en bois » interpellent un homme qui cultivait du cannabis dans une forêt

Matthieu Heyman

Un officier de police, en janvier 2025 (image d'illustration).
Un officier de police, en janvier 2025 (image d’illustration). – BFM DICI

Un homme a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir cultivé du cannabis au milieu de la forêt domaniale de Vierzon. Pour l’interpeller, les gendarmes se sont déguisés et se sont « cachés dans les buissons ».

C’est une mission d’infiltration rarement menée par les forces de l’ordre. Des gendarmes se sont déguisés pour interpeller un homme qui cultivait du cannabis au milieu de la forêt domaniale de Vierzon sur la commune de Saint-Laurent dans le Cher.

Pour cela, le quadragénaire a été condamné ce mercredi 26 mars à un an de prison avec sursis et 1.000 euros d’amende. Le fruit d’une enquête de plusieurs mois, débutée à l’été 2023.

Des agents de l’Office national des forêts mènent alors des contrôles dans la forêt lorsqu’il découvre « une plantation clandestine », comme l’explique Alexis Hachette, responsable de l’unité territoriale de Vierzon, à France 3. « Il avait coupé une vingtaine de chênes pour que ses pieds de cannabis profitent mieux du soleil », se souvient-il, déplorant que l’individu « a détruit 30 ans d’investissement ».

« Et un jour, il est arrivé »

L’ONF alerte alors la gendarmerie. Ces derniers installent alors des pièges photographiques. Mais les premiers éléments ne permettent pas d’identifier immédiatement le suspect. Ce n’est qu’au printemps dernier que l’enquête reprend.

« C’est à cette période que les plants commencent à pousser, donc on a rouvert le dossier et remis des pièges photo », raconte un enquêteur.

Les gendarmes réussissent alors à l’identifier et pour l’interpeller, ils décident de le surprendre sur le vif.

La cour des comptes étrille les politiques de santé contre l’addiction des jeunes

Par RCI Web et Naïza Rippon 21/03/2025

    La cour des comptes étrille les politiques de santé contre l'addiction des jeunes

230 000 jeunes sont touchés par les addictions au cannabis. Les 12 à 15 ans sont particulièrement exposés aux risque d’addiction. Un jeune sur 10 s’estime dépendant aux drogues illicites ou à l’alcool.

Des chiffres inquiétants mais qui sont certainement bien plus élevés. Face à cette réalité, la cour des comptes qui a scruté les politiques publiques en la matière conclut que la stratégie sanitaire et médico-sociale est insuffisante

 Elle identifie deux raisons à cette insuffisance :

  • le manque de volontarisme
  • l’absence de dispositif adapté aux jeunes  

Autre constat cinglant de la cour des comptes : l’accompagnement et le soin des personnes souffrant d’addiction sont inadaptés. Les places disponibles dans les établissement de soin par exemple ne sont pas suffisantes.

L’instance relève également que l’évaluation chiffré du seul dispositif de consultation pour les jeunes consommateurs n’est pas assez soutenue. 

Un constat alarmant alors que de nouvelles substances psychoactives inondent régulièrement le territoire.

Quelles recommandations ?

La cour des comptes somme donc l’Etat d’actualiser sa stratégie globale de prévention et d’accompagnement de lutte contre les drogues. Elle recommande aux pouvoirs publics de déployer sur l’ensemble du territoire le dispositif « consultations jeunes consommateurs »

Il s’agit aussi de fixer des objectifs chiffre du suivi  du dispositif. Le lancement d’une grande campagne de communication d’ampleur pour prévenir la consommation de drogue et d’alcool fait également partie des suggestions des magistrats.

Une mesure choc figure aussi dans le rapport : augmenter le prix des boissons alcoolisés.

Enfin pour mieux évaluer l’ampleur de la consommation d’alcool et de drogue chez les jeunes, la cour des comptes préconise une étude épidémiologique pour mieux adapter l’offre médico-sociale

Pour rappel, la France est  l’un des pays d’Europe les plus concernés par la consommation de drogue et d’alcool. Les derniers chiffres datant de 2021 révélait que 2,6 % des 18-24 ans déclaraient consommer quotidiennement de l’alcool, soit le taux le plus élevé de la zone euro

Pour le cannabis, la tendance est la même. La consommation de drogue en France figure parmi les plus importantes en Europe .

Source

La Lettre du C N P E R T

Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies
S’il faut être attentif à l’état de la planète que nous Lettre N°95 léguerons à nos enfants, il est majeur de nous préoccuper de l’état des enfants que nous lui léguerons Editeur en chef Pr. J.-P. Tillement

Président Pr. J.-P. Goullé
Mars 2025
EDITORIAL
L’opération « mois de janvier sobre » ou « dry january » se déroule dans l’hexagone depuis
2020 : c’est donc la sixième édition en 2025.Elle connaît chaque année un succès croissant, puisqu’en 2024, ce défi a été suivi par près de 4,5 millions de personnes selon une étude qui a été publiée en décembre 2024 et qui est résumée dans cette lettre N°95. Il est regrettable que l’opération « mois
de janvier sobre » n’ait pas reçu de soutien officiel. Le retrait du gouvernement du lancement initial a privé la campagne du financement nécessaire à la publicité, notamment via un site Web dédié et une
application pour smartphone, indispensables la diffusion, afin d’améliorer la sensibilisation à la consommation de boissons alcooliques, mais aussi la participation du plus grand nombre à cette
campagne. En France, le marché des boissons rafraîchissantes sans alcool, terme
consacré, est très réglementé. Il est régi parle décret 92-307 en date du 31 mars 1992.

Letitre alcoométrique doit être inférieur ou égal à 1,2% par volume, soit 12 g d’alcool pur pour
un litre – pour celles qui atteignent ce chiffre, l’équivalent d’une « unité alcoolique » (10 g) –
on devrait donc plutôt parler de teneur réduite en alcool. Le marché de ces boissons se
développe considérablement, qu’il s’agisse de bières, de cocktails ou encore de vins.
Davantage de produits sont proposés aux consommateurs, qui peuvent ainsi déguster
une boisson dont le goût, les arômes et les sensations sont assez similaires à ceux d’une
boisson alcoolique traditionnelle.

En France, le marché a augmenté de 13% en 2021 et il connaît chaque année une progression
d’environ 10%. Au niveau mondial, le marché des boissons pauvres en alcool ou qui n’en
contiennent pas, a connu une hausse de 7% entre 2021 et 2022. Le chiffre d’affaires s’établissait à 11 milliards de dollars en 2022, contre 8 milliards en 2018.

Il est certain que les habitudes de consommation évoluent : aujourd’hui de plus en plus de personnes se tournent vers des boissons non alcooliques pour des raisons personnelles,professionnelles, religieuses, de santé, mais aussi de mode de vie. Dans ce numéro, deux résumés sont consacrés à l’alcool. Le premier, par le Dr Alexis Demas, fait la synthèse d’une étude française publiée récemment sur le « dry january ». Le second, par le Pr Jean-Paul Tillement, dresse le bilan de l’alcoolisme en France en 2023.
Jean-Pierre Goullé
Le « Dry January » en France : Undéfi d’un mois pour un impact durable sur la consommationd’alcool
Depuis son lancement au Royaume-Uni en 2013, la campagne « Dry January » (ou Janvier sobre) a gagné du terrain dans de nombreux pays, dont la France. L’objectif ?
Encourager les participants à s’abstenir detoute consommation d’alcool pendant unmois, dans l’espoir d’adopter une relation plus modérée et consciente avec cette substance.
Une récente étude française, publiée dans 2 Frontiers in Public Health, a examiné la prévalence et les caractéristiques des participants à cette campagne en France.
Un engouement croissant pour le « Dry January ».
L’étude a été menée via une enquête en ligne réalisée, entre le 8 et le 17 janvier 2024, auprès d’un échantillon représentatif de 5 000 adultes français. Parmi les 4 075 répondants ayant consommé de l’alcool au cours de l’année précédente, 61% connaissaient la campagne « Dry January » et 12% y
participaient, soit environ 4,5 millions de Français en extrapolant à la population adulte
totale.

Ces chiffres témoignent d’une sensibilisation importante du public français à cette initiative, bien que la participation effective reste minoritaire. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où la consommation d’alcool en France demeure parmi les plus élevées en Europe, avec des préoccupations croissantes en matière de santé publique.

Qui participe au « Dry January » ?
L’étude révèle que la participation à « DryJanuary » concerne une large diversité de profils, bien que certaines tendancesémergent :

  • un niveau socio-économique plus élevé : les personnes issues de milieux socioprofessionnels plus favorisés sont davantage informées sur l’existence de la campagne ;
  • une disparité géographique : la sensibilisation à la campagne est moins répandue dans l’Est de la France ;
  • une variation selon l’âge : les jeunes adultes sont plus enclins à participer, tandis que la participation diminue progressivement avec l’âge ;
  • contrairement aux attentes, aucun lien significatif n’a été trouvé entre la participation et le genre des personnes ou leur statut socio-professionnel.
    Un engagement motivé par une prise de conscience des risques.
    Les résultats de l’étude montrent que les participants au « Dry January » sont plus enclins à percevoir leur propre consommation d’alcool comme risquée. Beaucoup d’entre eux expriment des préoccupations pour leur santé et leur capacité à réguler leur consommation. Fait notable : les personnesayant une consommation à risque ou présentant des troubles liés à l’alcool sont
    plus susceptibles de tenter l’expérience du « Dry January ».
  • Cependant, l’analyse des scores AUDIT-C (outil d’évaluation du risque lié à l’alcool) n’a pas permis de démontrer une corrélation claire entre participation et consommation à haut risque. Un autre
    élément intéressant de l’étude est que les participants ayant pour objectif une réduction
    de leur consommation plutôt qu’une abstinence totale sont plus susceptibles d’avoir une consommation problématique. De même, ceux qui s’inscrivent officiellement sur les plateformes dédiées au « Dry January » montrent des indicateurs plus préoccupants quant à leur rapport à l’alcool.
    Une stratégie efficace pour la santé publique L’intérêt du « Dry January » va bien au-delà
    du simple défi d’un mois. Des recherches antérieures ont montré que cette expérience
    peut entraîner une réduction de la consommation d’alcool sur le long terme, en aidant les participants à mieux identifier leurs habitudes et à les ajuster. Cette étude française confirme que la campagne attire des individus soucieux de reprendre le contrôle sur leur consommation, notamment
    ceux qui ressentent un certain malaise face à leur rapport à l’alcool. Toutefois, pour maximiser l’impact du « Dry January », ilserait pertinent de mieux cibler certainescatégories de la population encore peu touchées par la sensibilisation, comme les personnes plus âgées et celles vivant dans
    certaines régions sous-représentées.
  • Conclusion
    Le « Dry January » en France connaît un succès croissant, avec un public principalement composé de consommateurssoucieux de leur rapport à l’alcool. Cettecampagne représente un outil potentiel de
    prévention et d’éducation à la santé publique, en particulier pour les individus présentant 3 des consommations à risque.
  • Si les motivations et impacts varient selon les participants, cette initiative semble constituer un levier efficace pour questionner et modifier, sur le long terme, les comportements liés à l’alcool.

  • Dr Alexis Demas
    Référence : Lespine LF, et al. Prevalence and characteristics of participants in Dry January 2024:
    findings from a general population survey in France.
    Front Public Health. 2024 Dec 2:12:1466739.

  • L’alcoolisme en France en 2023, le ilan de l’OFDT comme chaque année, l’OFDT présente le
    bilan analytique de l’alcoolisme en France en trois volets : l’offre d’alcool, ses usagers et les
    conséquences encourues.
    Le volume d’alcool pur mis en vente en 2023 est d’environ 6 millions d’hectolitres, répartis
    en vins (52%), bières (25%), spiritueux (21%), le reste étant d’autres boissons, type cidre,
    porto…, moins consommées. Rapporté à la population française, ce volume correspond à
    l’absorption de 10,35 L d’alcool pur par habitant (de 15 ans et plus) et par an, soit 2,27
    verres standard d’alcool (boisson alcoolique) par jour. Il est en légère diminution par rapport
    à 2022 : s’agit-il d’une modification de comportement ? Toutes les taxations des boissons alcooliques sont en hausse, mais elles se répercutent surtout sur les plus concentrées (spiritueux), ce qui pourrait expliquer au moins en partie la diminution globale constatée. En revanche, elle favorise
    les boissons qui le sont moins, vins et bières en augmentation.
  • Qui boit ? L’enquête, exclusivement statistique, utilise les réponses anonymes de personnes interrogées. Elle distingue les usagers selon leur âge et selon leur sexe.
    S’agissant des jeunes, elle montre que, à 17 ans, un adolescent sur cinq n’a pas bu d’alcool. Pour les autres, la consommation est rarement quotidienne mais fonction des circonstances, en particulier des fêtes et réunions. Les API, alcoolisations ponctuelles importantes (« binge drinkings ») sont plus
    fréquentes chez les garçons : ils déclarent aussi plus souvent un usage régulier mais globalement le nombre de verres consommés par mois (5 à 9) par les garçons et par les filles sont proches (25% pour les deux sexes).
    Chez l’adulte, les niveaux d’usage sont en baisse. Si neuf adultes sur dix déclarent consommer de l’alcool, seul un sur trois (37%) en fait un usage hebdomadaire et 7% un usage quotidien. Si les consommations tendent à diminuer ou restent stables, il n’en reste pas moins que les conséquences de l’alcoolisme restent effroyables : 41.000 décès par an, 30.000 chez les hommes, 11.000 chez les femmes, soit respectivement 11% et 4% de la mortalité des personnes de 15 ans et plus. Ceci inclut 16.000 décès par cancer, 9.900 décès par maladie cardiovasculaire, 6.800 par maladie digestive,
    5.400 par une cause externe, accident, suicide et plus de 3.000 par atteinte neuropsychiatrique. Les alcooliques se soignent plus : 150.000 ont consulté les Centres de Soin, d’Accompagnement et de
    Prévention en Addictologie (CSAPA) ; 77% sont des hommes. L’hospitalisation représente 105 séjours pour 10.000 habitants, avec une majorité d’hommes (73%) d’âge moyen de 56 ans. Ces indicateurs sont en hausse : les Français se soignent plus et probablement mieux. Les 5 médicaments utilisés sont l’acamprosate, le disulfiram, le nalméfène, la naltrexone et le baclofène.
    L’observation la plus optimiste reste la diminution des accidents de la route liés à l’alcool, significative puisqu’elle est deux fois plus importante en proportion que l’ensemble de la mortalité routière. Elle est due aux dépistages et aux contrôles d’alcoolémie. La mortalité due à l’alcool reflète les inégalités sociales : elle frappe les personnes au chômage ou sans activité, mais aussi le milieu
    rural où, paradoxalement, ces personnes qui se déplacent le moins meurent plus souvent
    durant leurs trajets quotidiens (note personnelle : ils roulent probablement très, voire trop vite).
    Pr Jean-Paul Tillement
    4
    Référence : Douchet M.A. La consommation d’alcool et ses conséquences en France en 2023. Notes de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), novembre 2024,1-10.
    Le tabac : Combien ?
    Le tabac tue. C’est entendu. Mais combien ? Les 75.000 morts annuelles en France
    (55.000 hommes et 20.000 femmes soit 3 décès par an et par bureau de tabac) ne sont
    guère parlants car ils sont dispersés, sous des diagnostics divers, et ne tiennent pas
    dans le champ de vision. C’est un peu mieux si l’on dit que les 8.000.000 de décès annuels
    dans le monde équivalent à 44 Airbus A380 de 500 places qui s’écrasent chaque jour.
    C’est plus impressionnant, mais ce qui l’est plus encore, c’est qu’au bout de 6 jours la
    comparaison ne tient plus, car les 241 A380 construits sont tous détruits, entre le lundi et
    le samedi, ce qui contraint à un repos dominical…
    Dès 2004, la « British Doctor Study », sur une cohorte de médecins suivis de 1951 à 2001
    (arrêt de l’étude faute de fumeurs survivants), montrait qu’à tous les âges la survie des
    fumeurs était diminuée de 10 ans par rapport à celle des non-fumeurs, que la survie des anciens fumeurs était intermédiaire, d’autant plus proche de celle des non-fumeurs que l’arrêt était précoce, mais qu’à tous les âges, l’arrêt diminue cet écart.
    Une nouvelle étude (1) augmente la perception individuelle du risque en indiquant
    que les fumeurs actifs de 35, 45, 55, 65 et 75 ans perdent en moyenne 9,1 – 8,3 – 7,3 – 5,9
    et 4,4 années de vie s’ils n’arrêtent pas de fumer. A l’inverse, ceux qui arrêtent à ces
    âges gagnent, respectivement, 8,0 – 5,6 – 3,4 1,7 et 0,7 années de vie.
  • A tout âge, l’arrêt du tabac prolonge la vie et si « mieux vaut tard que jamais le plus tôt est le mieux ». Une autre façon d’estimer les ravages du tabac, de façon saisissante, est d’estimer la perte d’espérance de vie par cigarette fumée (2), soit 17 min pour les hommes, 22 min pour les femmes. Il faut 5 min pour fumer une cigarette qui fait perdre 4 fois plus de temps d’espérance de vie.
    Enfin, imaginons que le tabac disparaisse chez les personnes nées entre 2006 et 2010
    (la Nouvelle-Zélande l’avait programmé avant qu’un changement de gouvernement ne
    changeât la donne), d’ici 2095, 40% des cancers du poumon seraient évités, soit 1,2
    million de décès (3).
    Le tabac est la première cause évitable de décès avec un décès par million de cigarettes vendues. La plus efficace des mesures à prendre est l’augmentation du prix hors inflation du tabac, de manière répétée (au mieux tous les ans, au pire tous les deux ans) et dissuasive (au mieux 10% ; au pire 5%). La preuve de l’efficacité de cette mesure
    est le « screaming test », les « hurlements » de l’industrie du tabac (ou de ses porte-voix) ;
    ceux que l’on entend depuis l’augmentation du 1er février 2025, témoignent que l’on est
    dans la bonne direction.
    Pr Gérard Dubois
    Références
    1- Mendez D, Warner KE. The benefits of quitting smoking at different ages. Am J Prev Med. 2024 Nov;67(5):684-688.
    2- Jackson SE, Jarvis MJ, Robert R. The price of a cigarette: 20 minutes of life? Addiction 2024 Dec
  1. doi: 10.1111/add.16757 (Online ahead of print). 3- Rey-Brandariz J, Rumgay H, Ayo-Yusuf O, et al.
    Estimated impact of a tobacco-elimination strategy on lung-cancer mortality in 185 countries: a populationbased birth-cohort simulation study. Lancet Public
    Health 2024 Oct; 9(10): e745–e754.
    Drogues illicites en France : niveaux d’usage en 2023
    Alors que l’usage de drogues illicites ne cesse de progresser dans notre pays, les niveaux de
    consommation sont préoccupants. En effet, l’Observatoire français des drogues et
    toxicomanies (OFDT) a dévoilé récemment les résultats de son enquête 2023 sur ces
    consommations. La précédente enquête comparable, remontant à 2017, a montré en
    6 ans une nette hausse des usages. La présente étude a été réalisée à partir d’un
    échantillon représentatif de 15.000 personnes 5
    agées de 18 à 75 ans de France métropolitaine.
    Le cannabis
    C’est la drogue illicite la plus consommée depuis 30 ans, consommation évaluée par le
    baromètre de Santé publique France depuis En 2023, pour la première fois, son
    niveau d’expérimentation concerne une personne sur deux. Parmi les 18-64 ans, il
    progresse de 12,7% en 1992 à 50,4% en Avec 58% des hommes contre 44% des
    femmes, l’expérimentation de la drogue est préférentiellement masculine. Pendant cette
    même période, son usage au cours de l’année écoulée est passé de 4,4% à 10,8%.
    Quant à l’usage régulier (au moins 10 fois au cours du dernier mois), il s’établit à 3,4% en
    2023, soit 1,4 millions d’usagers, dont 900.000 consommateurs quotidiens,
    majoritairement des hommes (3,2% contre 1,4% de femmes).
    On assiste à une banalisation rampante de l’usage de cette drogue, ainsi que le regrette
    notre ministre de la santé, le Dr Yannick Neuder dans son entretien au « Journal du
    dimanche » en date du 30 septembre 2023 : « La dédiabolisation du cannabis est à
    l’œuvre dans un silence assourdissant » avait-il déclaré. Seule lueur d’espoir dans ce
    bilan français accablant, le constat d’une consommation en nette baisse chez les plus
    jeunes, relevé dans plusieurs enquêtes récentes.
    Rappelons que la dernière enquête menée aux États-Unis, publiée en 2024 dans la revue
    « Addiction », montre que le nombre de consommateurs quotidiens ou quasiquotidiens (21 jours par mois) de cannabis, a été multiplié par 20 en 30 ans, leur nombre progressant ainsi de 900.000 en 1992 à près de 18 millions en 2022, et dépassant même pour la première fois celui des
    consommateurs quotidiens d’alcool en 2022.

  2. Est-ce cela qui nous attend ? (Voir la lettre N°91 du CNPERT, juillet 2024).

  3. Les autres drogues illicites L’usage de drogues illicites autres que le cannabis n’a cessé de progresser dans notre pays depuis une vingtaine d’années. En effet, en 2023, 15% des adultes âgés de 18 à 64
    ans avaient expérimenté au moins une drogue autre que le cannabis, contre 10% en 2017, soit une augmentation de 50% au cours de ces 6 années. L’usage au cours de la dernière année connaît une hausse encore plus marquée que l’expérimentation, avec une croissance de 70% entre 2017 et 2023.
    En 2023, la cocaïne reste la drogue la plus consommée après le cannabis. Ce sont 9,4% des adultes qui l’ont expérimentée, soit 1.100.000 personnes (13,4% d’hommes et 5,5% de femmes). Avec 2,7% d’usagers au cours de la dernière année en 2023 contre 1,6% en 2017, leur nombre a augmenté de
    70% entre 2017 et 2023 et la prévalence d’usage a été multipliée par dix entre 1992 et La circulation massive de cette drogue dans notre pays et dans toute l’Europe constitue une préoccupation majeure pour les États. En effet, en France, le volume des saisies de cocaïne pour les 11 premiers mois de 2024 est de 47 tonnes, contre 23 tonnes sur l’année 2023.
    L’ecstasy ou MDMA, qui est une drogue stimulante comme la cocaïne, connaît entre
    2017 et 2023 une progression de son niveau 6 d’usage au cours de la dernière année
    équivalente à celle de la cocaïne (+80%)
  4. . Pr Jean-Pierre Goullé
    Référence : Spilka S, et al. Les niveaux d’usage des drogues illicites en France en 2023. Tendances N°164, OFDT, juin 2024,1-4.
    Le nourrisson, un utilisateur nouveau et insoupçonné des écrans Il est courant d’observer que des enfants, parfois très jeunes, sont exposés à des écrans dans leur environnement quotidien.
    Des études ont révélé que les nourrissons et les enfants français âgés de 0 à 3 ans passent
    en moyenne 30 minutes par jour devant des écrans jusqu’à l’âge de 12 mois, puis 50
    minutes de 24 à 29 mois et près d’une heure de 30 à 35 mois (Le Heuzey and TurbergRomain, 2015).
    Ces données sont considérablement supérieures aux recommandations établies par Santé Publique France dans le cadre du Plan National Nutrition Santé (PNNS).
  5. En effet, le PNNS préconise :
  • l’interdiction des écrans pour les enfants de moins de 2 ans ;
  • la limitation de l’exposition quotidienne à une heure pour les enfants entre 2 et 5 ans ;
  • la mise en place d’une limite journalière de deux heures, en dehors du temps scolaire,
    pour les enfants de six à onze ans.
    Par ailleurs, le rapport publié en 2018 de l’étude ELFE (Étude Longitudinale Française
    depuis l’Enfance) sur la relation entre les activités physiques et l’usage des écrans
    chez de très jeunes enfants (étude d’enfants âgés de 2 et 3,5 ans) a également souligné
    l’exposition précoce de ces enfants aux écrans. Les données chiffrées suivantes,
    issues des réponses des parents interrogés sur l’exposition aux écrans de leur enfant de
    2 ans et 3,5 ans, sont particulièrement éloquentes :
  • 10% des parents ont déclaré que leur enfant jouait quotidiennement sur un smartphone ;
  • 28% des parents ont déclaré que leur enfant de 2 ans jouait sur un ordinateur ou une
    tablette une à deux fois par semaine ;
  • 6,6% des parents indiquent que leur enfant jouait occasionnellement sur une console de
    jeux ;
  • 67,7% des parents déclarent que leur enfant regardait la télévision quotidiennement
    (Gassama et al., 2018).
    L’habitude de ces enfants aux écrans ayant été ancrée, il n’est pas surprenant de constater l’augmentation du phénomène chez les enfants de 3,5 ans : -13,1% des parents déclarent que leur enfant jouait au moins une fois par semaine sur un ordinateur, avec, dans l’ordre, l’utilisation de
    tablettes, smartphones, consoles de jeux vidéo ; -plus de 40% des parents déclarent que leur
    enfant regarde la télévision plus de 30 minutes par jour en semaine.
    Dans nos sociétés contemporaines, les écrans sont une préoccupation majeure pour tous les âges, y compris de façon inattendue, pour les nourrissons ! Les constats sont faits : à quand les prises de décision pour enrayer ce phénomène ?
    Les observations issues de travaux scientifiques rigoureux ont permis de mettre en évidence l’ampleur du phénomène. Il s’agit désormais de mettre en œuvre des politiques publiques pour enrayer cette tendance et faire passer les messages appropriés.

  • Pr Yvan Touitou
    Résumé du rapport de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Tendances addictives) sur les
    traitements de substitution aux opiacés (12-2024) Ce rapport fait appel à de nombreuses études
    statistiques issues des services publics (dont la CNAM) et est illustré de figures claires qui
    montrent des évolutions sur la période 2012-
  1. Rappelons que les traitements des personnes dépendantes des opiacés/opioïdes sont organisés en France
    depuis près de 30 ans, avec – entre autres – la mise à la disposition de l’ensemble du corps
    médical de la buprénorphine haut dosage
    7
    (BHD), alternative recommandée face aux risques de surdose liés à l’autre médicament de substitution, la méthadone ; le double but initial était (i) de supprimer les risques de
    surdoses mortelles des injections IV d’héroïne et les risques infectieux (VIH et hépatites, liés aux échanges de seringues), et (ii) de permettre la réinsertion sociale des consommateurs. Ces traitements de substitution des opiacés (TSO) devaient aussi, à terme, permettre des sevrages
    secondaires, éventualité qui a été malheureusement oubliée depuis…Les TSO ont été récemment rebaptisés TAO (traitement par agonistes opioïdes) ce qui, de fait, élimine un protocole alternatif qui était d’introduire -après sevrage – un traitement par naltrexone per os, préventif d’une rechute.
    Les faits les plus importants rapportés par l’OFDT sont : (i) en 2023, 155 762 personnes
    en soins ambulatoires ont bénéficié d’un remboursement de TAO ; ce nombre total est
    stable ou en légère baisse, comportant toujours plus de trois-quarts de sujets masculins ; cette population serait plutôt ‘vieillissante’ (âge moyen 46 ± 10 ans) ; (ii) en revanche le pourcentage de patients sous méthadone continue d’augmenter (figure 1) atteignant 46,3% en 2023 (versus # 20% en 2000), sous forme de gélule dans 76,4% des cas. Cette augmentation s’observe surtout
    chez les patients les plus jeunes (et plus encore en Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie ou CSAPA – ou en prison), sachant que ce type de traitement est
    reconnu comme un facteur de mésusage…;(iii) la répartition départementale des « bénéficiaires » de TAO montre des disparités avec un paradoxal moindre pourcentage dans les régions autrefois les
    plus connues pour l’usage d’héroïne, telles que l’Ile France, la région PACA et autres zones de grandes métropoles. Néanmoins, on n’a pas de données sur la répartition des autres lieux d’administration des TAO : les CSAPA, les CARRUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour les Usagers de Drogues) et les lieux de détention (ensemble d’environ 20 000 sujets) qui pourraient être centrés sur les grandes métropoles ; (iv) les posologies
    quotidiennes utilisées sont majoritairement dans les zones recommandées (60 – 100 mg/j
    pour la méthadone et 8 – 24 mg/j pour la BHD), avec des dépassements des posologies pour respectivement 12% des sujets sous méthadone et 4% sous BHD. On notera que les prescriptions de Suboxone® (association de BHD + naloxone) ou de forme retard de la BHD, injectable (Buvidal®),
    restent très minoritaires, à respectivement 2,6% et < 1% ; (v) les prescriptions ambulatoires sont faites par 1 médecin (58%) ou 2 (28%), et les délivrances par 1 pharmacien (75%) ou 2 (18%) ; (vi) à noter que les prises en charge du complément à charge ne font appel à des financements
    personnels que dans 9,6% des cas, ce qui laisse entendre un très faible accès à l’emploi, sujet non exposé ; de même aucune donnée n’est rapportée pour la réinsertion familiale et le lieu de vie ; (vii) la délivrance de naloxone pour traiter les surdoses est croissante ; et (viii) la mortalité par « overdose » resterait basse : 300 cas/an dus aux TAO seuls ou en association (rapport DRAMES/CEIP, in :
    Therapies 2024 ; 79 : 297-306.) En conclusion : comme l’EUDA (European Union Drugs Agency) l’a souligné, la prise en charge par TAO est bonne en France (87% des usagers problématiques d’opioïdes), mais les mésusages et trafics liés au changement de type de TAO et la très faible
    réinsertion restent très problématiques et, de fait, sont occultés.
    Pr Antoine Coquerel
    Référence : Feng C. (2024) Traitements par agonistes opioïdes en France – Bilan 2024. Note de bilan. Paris, OFDT, 15 p.
    Une nouvelle piste dans le traitement des addictions ?
    Les « incrétines », qui sont des substances libérées par le tube digestif (iléon, colon) à l’arrivée du bol alimentaire, font baisser la glycémie, en stimulant la sécrétion d’insuline 8 par le pancréas. Parmi ces incrétines le GLP1 (glucagon-like peptide-1) et le GIP (glucosedependent insulinotropic polypeptide).
    La thérapeutique du diabète de type 2 (« diabète gras ») bénéficie depuis plusieurs
    années d’un traitement par des agonistes du récepteur du GLP-1 (AR-GLP-1) et de médicaments similaires agonistes du GIP.
    D’une façon pas encore expliquée, les agonistes de ces récepteurs semblent moduler le système de récompense impliqué dans la consommation des drogues. Une étude publiée récemment dans la revue Addiction, montre que ces agonistes diminuent, d’une façon statistiquement significative, les doses d’agents opioïdes ou encore d’alcool, consommées par les patients diabétiques qui en abusaient. Ce constat invite à amplifier ces recherches, dans le domaine des toxicomanies ; il laisse entrevoir des médicaments innovants qui font cruellement défaut dans ces addictions aux
    morphiniques, à l’alcool et à d’autres drogues
  2. Pr Jean Costentin
    Référence : Qeadan F, McCunn A, Tingey B. The association between glucose-dependent insulinotropic polypeptide and/or glucagon like peptide-1 receptor agonist prescriptions and substance-related outcomes in patients with opioid and alcohol use disorders: A real-world data analysis. Addiction. 2025 Feb;120(2):236-250.

  3. Cannabis et schizophrénie Une imagerie PET scan (tomographie par émission de positrons) a permis de constater une réduction des synapses (éléments spécialisés dans la communication entre les
    cellules nerveuses/neurones) dans certaines régions du cerveau. Cette réduction a été observée à des stades très précoces de la schizophrénie chez des sujets jeunes. Elle était plus importante chez les consommateurs de cannabis. Cette raréfaction synaptique était reliée à l’importance des manifestations déficitaires de l’affection (symptomatologie négative) contre laquelle la thérapeutique est démunie.
    Pr Jean Costentin
    Référence : Blasco MB, et al. Synaptic density in early
    stages of psychosis and clinical high risk. JAMA
    Psychiatry 2025 Feb 1;82(2):171-180

Les blagounettes de la 95

  • Le taux limite d’alcoolémie pourrait revenir à 0,8 au lieu de 0,5 g/L, car à ce dernier taux les
    accidents de la route ont augmenté ; les hommes, après une ou deux bières, passant
    le volant à leur femme !
  • Incinéré serait ma toute dernière cuite alors que, inhumé, je puis avoir de temps en temps
    un petit vers dans le nez.
  • Masculin : il a bu ; féminin : elle abuse.
  • A propos du cannabis, diverses formes de scatologie (voire d’eschatologie)
  • Le shit, en Anglais, c’est de la merde ; le cannabis, un faux médicament et un vrai
    merdicament ; Stup et fiente.
  • Faisant une prise de sang à cet ivrogne, j’ai l’impression de faire les vendanges.
  • De chez moi au bar il y a 5 minutes, alors que du bar jusque chez moi il y a 1 h 30 !
  • Les néphaliques ou abstèmes : les nez phalliques l’ont si long qu’ils peuvent aller
    sniffer les dernières gouttes au fond du verre !
  • Bien à toi, et à la tienne.
  • Mieux vaut boire que voir le Macon Prisseyc
    .
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    Vous serez avisés des tout nouveaux messages que nous y introduisons, pour
    votre information sur les drogues et les toxicomanies.

Drogues : une chaîne meurtrière de responsabilités

image décorative portant la mention de texte : chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez

Hausse du nombre de consommateurs et développement du narcotrafic : le marché des stupéfiants concerne tous les pays du monde, y compris la France. Du trafiquant au consommateur, il constitue une chaîne meurtrière où les victimes se comptent par centaines. Du 9 février au 2 mars 2025, le ministère de l’Intérieur lance une vaste campagne de sensibilisation sur le sujet : « Chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez. »

Une offre en hausse, plus de consommateurs

En 2023, selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, 299 000 personnes ont été mis en cause par la Police nationale et la Gendarmerie nationale pour au moins une infraction à la législation sur les stupéfiants. 84% d’entre elles sont principalement concernées par l’infraction d’usage de stupéfiants, 33% par l’infraction de trafic.

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En 2024

«Le verre de vin rouge sain n’existe pas»

La Croix Bleue met à jour ses recommandations et ne parle plus de quantités maximales qui seraient admises comme ne présentant pas de risque.

par Yannick Weber 80395346

La Croix-Bleue ne recommande plus de quantité acceptable à boire.
La Croix-Bleue ne recommande plus de quantité acceptable à boire.Getty Images

Tout le monde l’a déjà entendu: «Les médecins, ils disent qu’un verre de vin rouge par jour, c’est bon pour le coeur». Et les autorités nous rassurent un peu aussi: jusqu’à deux verres d’alcool par jour pour un homme et un verre pour une femme, ça va encore. Que nenni, dit la Croix Bleue, organisation suisse de conseil en matière d’alcool. «Même de petites quantités d’alcool peuvent être nocives: on ne connaît pas de quantité d’alcool saine», dit son président Philip Hadorn dans un communiqué publié jeudi.

La Croix-Bleue a ainsi mis à jour ses recommandations. «Nous renonçons dès à présent aux quantités d’alcool à boire», dit-elle. Elle s’oppose ainsi à l’OFSP, qui dit toujours, par exemple, que «les hommes adultes en bonne santé ne devraient pas boire plus de deux verres de boissons alcooliques par jour», ou qu’une consommation chronique à risque est considérée comme telle dès 4 verres par jour pour les hommes et 2 pour les femmes.

Toxique à petite dose, mais toxique quand même

La Croix-Bleue prend le parti de l’OMS, qui a mis à jour ses données en 2023: «la consommation d’alcool n’est jamais sans danger pour la santé, quelle que soit la quantité consommée», disait l’organisation. Pour la Croix-Bleue, les aspects positifs de l’alcool ne suffisent pas. «Le vin rouge contient certes des substances qui protègent en soi les vaisseaux sanguins et donc aussi le cœur. Mais ces effets positifs sont contrebalancés par les effets négatifs, notamment le risque de cancer. C’est pourquoi le verre de vin rouge sain n’existe pas», dit-elle.

Même si certains recommandent de renoncer totalement à l’alcool, l’organisation suisse sait que c’est illusoire. Il y a alors des façons de consommer. Tout le monde, aujourd’hui, s’accorde à dire que les femmes enceintes, par exemple, ne devraient pas y toucher. Pour les autres, mieux vaut boire lentement, consommer beaucoup d’eau et d’autres boissons non alcoolisées, manger avant et pendant la consommation d’alcool, contrôler la quantité d’alcool consommée et fixer une quantité cible plus basse, recommande la Croix-Bleue.

L’alcool en chiffres

Selon l’OFSP et ses normes, en 2022, «14,7% de la population suisse a une consommation ponctuelle à risque, les hommes étant presque deux fois plus nombreux que les femmes à se trouver dans cette situation». Quant à l’OMS, elle relève que dans le monde, «2,6 millions de décès étaient attribuables à la consommation d’alcool en 2019, dont 2 millions d’hommes et 600’000 femmes». Géographiquement, c’est en Europe et en Afrique que le nombre de décès en proportion de la population est le plus élevé. Mais la bonne nouvelle, c’est que de nombreuses données montrent que la situation s’améliore petit à petit.

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