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Salles de shoot, ce que l’on ne vous dit pas et pourquoi il faut dire « non » par Serge Lebigot

La loi de modernisation de notre système de santé promulguée le 26 janvier 2016 prévoit l’expérimentation de salles dites « de consommation à moindre risque ». Deux salles sont d’ores et déjà programmées : l’une à Paris et l’autre à Strasbourg.

Dans la capitale, Madame Marisol Touraine, ministre de la Santé, a trouvé à ses côtés deux fervents défenseurs d’un tel projet : M. Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement et l’association Gaïa qui sera gestionnaire de la salle parisienne. Le lieu d’implantation est aujourd’hui retenu : rue Ambroise Paré dans un local de l’hôpital Lariboisière, à deux pas de la Gare du Nord, haut lieu de trafic et transit en tous genres. Sa date d’ouverture est prévue pour l’automne 2016.

La situation à Paris

La décision d’implanter cette salle dans un quartier où vivent et travaillent familles avec enfants en bas âge, adolescents, personnes âgées, commerçants et artisans, a été prise par M. Féraud sans aucune concertation, aucun dialogue affirment les résidents de cette partie du 10e. C’est ce que les habitants du quartier de La Chapelle lui avaient déjà très vivement reproché lorsqu’il s’était agi d’une installation à leurs portes. Grâce à leur mobilisation, ils ont fait reculer le maire.

« Aujourd’hui, c’est rue Ambroise Paré ! Et M. Féraud ne tient compte d’aucune de nos doléances et d’aucun de nos arguments contre cette implantation, nous sommes face à un déni de démocratie caractérisé » déclare en colère ce riverain, père de deux enfants scolarisés à l’école du coin.

Et il n’est pas le seul à contester ce fait accompli, puisque la pétition contre ce projet a déjà réuni près de 800 signataires et qu’un collectif s’est constitué pour défendre les intérêts des citoyens : « M. Féraud et l’association Gaïa ont à cœur la santé physique et mentale des toxicomanes, soit. Mais qu’en est-il de notre droit le plus élémentaire à la sérénité et à la sécurité, dans un quartier déjà particulièrement délaissé par les pouvoirs publics ? » s’interroge ce commerçant. À quoi ajoute une membre du collectif : « L’implantation de la salle dans l’enceinte de Lariboisière ne signifie pas du tout qu’elle sera placée sous le contrôle médical de cet hôpital. Au contraire, une partie du personnel de l’établissement est hostile au projet, mais comme fonctionnaires, ils sont tenus par le devoir de réserve. C’est donc un faux-semblant destiné à leurrer les habitants du quartier sur la prétendue sécurité médicale de la salle ».

Sécurité justement : « qu’en sera-t-il des moyens de la police, alors que celle-ci est appelée à d’autres missions de première importance suite aux attentats de 2015 ? » interroge cette habitante qui fait état des nombreuses agressions physiques graves, commises par des toxicomanes contre des habitants du quartier. Rien n’est clair ni garanti sur ce point. Pire, souligne ce membre du collectif : un document de l’association Gaïa indique explicitement qu’il est prévu « un agent de sécurité de sécurité si budget ». Toujours selon ce document : la salle sera ouverte 7 jours sur 7 à raison de 7 heures par jour et sera encadrée par 4 éducateurs, 1 infirmier, 1 assistante sociale et un médecin en vacation à mi-temps, pour un accueil anonyme de 400 passages de toxicomanes par jour, dans un espace d’injection de 10 places et un espace d’inhalation de 4 places. Au vu de ces chiffres, l’inquiétude et la colère des riverains ne peut que monter.

En outre, ceux-ci contestent aussi le fait que cette salle sera mitoyenne de la maternité de l’hôpital Lariboisière : « comment peut-on concevoir un tel projet ! Mettre côte à côte une maternité et une salle de shoot, il faut le faire ! » s’indigne une jeune femme, elle-même enceinte. L’association Gaïa a eu beau organiser une réunion d’information pour rassurer les riverains voire pour les associer à son action, elle a pu mesurer que l’adhésion qu’elle souhaitait obtenir était très loin d’être acquise. « Sans compter l’action menée par cette association en faveur des toxicomanes dans deux autres structures qu’elle gère depuis plusieurs années ne permet absolument pas de penser que son action est efficace.

Au contraire, le rapport 2014 de Gaïa, disponible sur son site, fait clairement apparaître les risques qui guettent les habitants avec l’ouverture de cette salle » objecte cette membre du collectif. Voilà pour les éléments de contexte à Paris.

Mais qu’en est-il sur le fond ? Qu’en est-il du principe même de l’ouverture de ce type de salles pudiquement appelées « salles de consommation à moindre risque » (SCMR) ?

Une définition biaisée

Tout d’abord, en clair et en langage moins châtié il s’agit de salles de shoot : la définition est d’emblée biaisée, car l’indication qu’il s’agit de drogues illicites (cannabis, cocaïne, crack, héroïne, autres opiacées, etc.) est passée totalement sous silence.

Des données fragmentaires recueillies de manière sélective

Les organisations ou intervenants favorables ou acquis d’avance à l’ouverture des salles de shoot ne s’appuient que sur des données fragmentaires recueillies de manière sélective. Ils ne mentionnent jamais les arguments développés par les opposants en France (Associations de parents, Académie de médecine, Ordre des médecins, Ordre des pharmaciens, etc..), ou dans des congrès sur la drogue à l’étranger, dont les actes sont pourtant le plus souvent disponibles. Les expériences faites à l’étranger (Pays-Bas, Allemagne, Sydney, Vancouver, Genève, etc..) sont présentées sous un jour favorable, alors que les critiques négatives sont systématiquement passées sous silence. Il existe pourtant des documents contestant ou réfutant les conclusions des rapports officiels consacrés à ces « structures ». C’est le cas notamment à Sydney, où le local de Kings Cross suscite de sévères critiques.

L’argument sanitaire

Il est particulièrement grave et pervers d’affirmer qu’une salle de shoot permet de diminuer le risque d’infection d’hépatite B et C ou de VIH pour les toxicomanes. En France, le rapport de l’INSERM publié en 2010 le confirme « on ne peut tirer de conclusions sur une influence spécifique des salles d’injection sur l’incidence du VIH ou du VHC (hépatite C) »

C’est donc un leurre. La consommation dans les salles de shoot ne remplacera pas la consommation « sauvage ». Elle s’y ajoutera, contribuant ainsi à un accroissement de la consommation. De fait, cette salle ne sera pas ouverte 24h/24h. Le toxicomane n’a pas d’horaire de bureau pour consommer sa drogue, il ne planifie pas ses injections ou inhalations. Il se pique ou inhale quand il en éprouve le besoin. Ce besoin, chez le cocaïnomane, est si compulsif qu’il nécessite jusqu’à trente injections par jour. Donc la majorité des shoots se feront hors contrôle.

Le nombre de seringues abandonnées dans les rues ou halls d’immeubles ne va donc pas diminuer, à moins d’installer des salles de shoot tous les 200 mètres et de les tenir ouvertes jour et nuit. De plus, il n’existe aucun lien avéré entre la présence de salles de shoot et la réduction du nombre d’overdoses. À Zürich, qui compte plusieurs salles de shoot depuis les années 1990, le nombre d’overdoses est passé de 45 en 1999 à 63 en 2005 par exemple. À Sydney, basé sur les chiffres des overdoses publiés par le centre d’injection médicalement supervisé (MSIC) le taux d’overdoses dans la salle de shoot s’avère 36 fois plus élevé que dans les rues de King Cross (quartier où est installée la salle).

L’argument de l’ordre public

Pense-t-on vraiment éviter les rassemblements de toxicomanes et de dealers autour de la Gare du Nord, dans les rues commerçantes ou d’habitation, comme le promettent la main sur le cœur nos responsables politiques tels Marisol Touraine et Rémi Féraud, et l’association Gaïa ? La réalité est connue : tout endroit qui facilite ou qui autorise la consommation de stupéfiants est un puissant signal pour les dealers. Ils accourront des environs, compris au sens large. Les expériences faites à Genève de ce point de vue sont significatives. Les toxicomanes se rendent inévitablement là où se trouvent les dealers. Le résultat est programmé : une augmentation de la population de toxicomanes et de dealers à proximité immédiate de la salle de shoot. Ils hanteront les rues, les halls et caves d’immeubles proches. Résultats garantis : criminalité en hausse, agressions, vols, insécurité, bagarres, règlements de comptes.

Une salle de shoot revient ainsi à être une zone de non-droit où la consommation de drogues illicites est liée, dans les parages immédiats, au trafic de drogues. Comme toute initiative qui « positive » la consommation de stupéfiants, la facilite et la banalise, c’est un puissant signal pour les trafiquants. Un local d’injection complique le travail de la police. S’il observe un « deal », le policier ne peut plus recueillir le témoignage du client pour confondre le trafiquant, car la consigne donnée aux forces de l’ordre est de ne pas « stresser » les consommateurs dans la salle de shoot et dans ses parages.

Une légalisation de fait des stupéfiants

Madame Touraine et ses amis font totalement l’impasse sur les documents et prises de position de l’ECAD (European Cities Against Drugs), organisation qui regroupe de nombreuses grandes villes européennes. Résolument opposée à l’ouverture de « shootoirs », l’ECAD relève dans une contribution consacrée aux salles de shoot que « si et lorsque des autorités décident tacitement ou expressément que la police ne doit pas intervenir contre les atteintes à la loi sur les stupéfiants dans une salle de shoot ou à proximité (ce qui sera bien le cas à Paris et à Strasbourg), la légalisation de la consommation de drogues est un fait… Dans la pratique, les salles de shoot sont des espaces où les lois sur les stupéfiants, en vigueur partout ailleurs dans la société, sont nulles et non avenues ».

Une infraction aux traités internationaux

D’un point de vue juridique, l’existence de salles de shoot constitue aussi une infraction aux traités internationaux relatifs au contrôle des drogues, en particulier à l’article 4 de la Convention de 1961 qui fait obligation aux États de veiller à limiter exclusivement aux fins médicales et scientifiques, la production, la fabrication, l’exportation, l’importation, la distribution, le commerce, l’emploi et la détention des stupéfiants. Dans son Rapport 2005 paru le 1er mars 2006, l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), à Vienne, rappelle comme il le fait chaque année que les salles de shoot contreviennent à ce principe fondamental des traités relatifs au contrôle des drogues puisqu’ils « facilitent l’utilisation illicite de substances placées sous contrôle international ».

Les efforts de prévention compromis

À juste titre les parents et tous ceux qui d’une manière ou d’une autre sont chargés d’exercer l’autorité sur les plus jeunes, leur disent et leur répètent que la consommation de stupéfiants est mauvaise, dégradante, dangereuse, mortelle. Et voilà que les autorités publiques font en sorte de la faciliter, de la rendre « confortable ». Quelle incohérence dans les messages ! Le premier pilier, celui de la prévention, sera ébranlé par un message aussi incohérent. Ajoutons que les professionnels des thérapies axées sur l’abstinence estiment que l’installation confortable des toxicomanes dans leur dépendance leur enlève toute motivation pour entreprendre un sevrage et un traitement de réhabilitation.

Dans un contexte social français particulièrement tendu, en raison de décisions ou projets de loi initiés par nos gouvernants, qui ne recueillent pas l’adhésion des citoyens et n’ont pas fait l’objet de concertation véritable avec les partenaires sociaux et les associations citoyennes, les pouvoirs publics seraient bien inspirés de prendre le temps de l’écoute et de la réflexion avant de mettre en œuvre ce projet de salle de shoot aventureux et risqué.

Serge Lebigot est l’auteur de : Cannabis : ce que les parents doivent savoir ; Le dossier noir du cannabis ; Salles de shoot : ce qu’ils refusent de vous dire. Son site web.

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Match Nicolas. Sarkosy contre Marisol Touraine, par le Professeur Costentin

 

Match Nicolas. Sarkosy (ancien président de la République) contre Marisol Touraine (actuelle ministre de la Santé), à propos du paquet neutre de cigarettes.                                                              

Deux à zéro, au bénéfice de la ministre !

Le paquet de cigarettes neutre est efficace pour en diminuer l’achat par les jeunes, comme cela a été montré en Australie. Cette heureuse disposition vient d’être adoptée dans le cadre de la loi Santé, votée en décembre, et promulguée au Journal Officiel du 27 janvier dernier.

L’opposition à cette mesure de salubrité publique, de Nicolas Sarkosy (au titre de président du parti « les Républicains » s’est exprimée «Un mot sur cette affaire de paquet neutre, parce que j’en ai entendu des bêtises dans ma vie. Des démagogies, j’en ai vu. Mais alors l’affaire du paquet neutre, elle est tout à fait liée à la journée qui nous occupe mes chers amis, parce que si nous acceptons le paquet de cigarettes neutre, dans six mois on vous proposera la bouteille de vin neutre et s’en sera fini de nos appellations, et s’en sera fini de nos terroirs, et s’en sera fini de la défense de notre savoir-faire!», puis de reprendre l’offensive contre «les intégristes» qui demanderont bouteille et fromage neutres. «C’est une bataille plus importante qu’on ne l’imagine (…) C’est la bataille de notre identité, c’est la bataille de notre histoire, c’est la bataille de nos terroirs. Et si nous cédons là, nous céderons sur tout».

Ce à quoi, le lendemain, la ministre de la santé répondait : «Les petites blagues, la veille de la journée mondiale de lutte contre le cancer, sont à la fois médiocres et déplacées»…..«Que je sache, ce n’est pas un produit du terroir un paquet de cigarettes, ça ne fait pas partie de l’art de vivre et de la production de nos savoir-faire». «Cela fait 80.000 morts par an et traiter ça à coup de petites phrases, de petites blagues, qui sont tout simplement indignes, alors qu’il y a dans notre pays trois millions de femmes et d’hommes qui sont ou ont été malades du cancer, je dis que ce n’est pas à la hauteur de ce qu’espère ce candidat à la primaire. Ce n’est pas en allant sur les estrades en essayant de glaner des voix dans la perspective de la primaire que l’on apparaît porteur de responsabilités en matière de santé publique».

Pourquoi deux à zéro, et non pas un à zéro seulement en faveur de la Ministre ?

D’abord parce que cette affligeante déclaration de N. Sarkosy, combat une mesure utile, même si on n’en attend pas de résultats extraordinaires. Cette déclaration va à l’encontre de l’indispensable éradication du tabac, chez nos jeunes, qui fument de plus en plus et de plus en plus tôt. En France, chaque année, le tabac est responsable de 78.000 décès et l’alcool de 49.000 autres (soit, chaque jour, 240 morts par le tabac et 130 pour l’alcool ; les morts de la route, dont on se préoccupe très légitimement, ne sont quotidiennement « que » de 14).

Deuxième bon point pour la Ministre, elle envisage, enfin, d’agir sur le levier du prix du tabac en faisant passer brutalement le prix du paquet de cigarette à 10 €uros. Les buralistes hurleront, couvrant la voix des victimes d’artérites, d’infarctus, d’angine de poitrine, d’accidents vasculaires cérébraux ; la voix affaiblie des victimes de bronchopneumopathie chronique obstructive ou de séquelles de la chirurgie du larynx, les vagissements de nourrissons hypotrophes, etc…

Professeur Jean Costentin

 

Quand le cannabis abîme la mémoire

Quels sont les effets de la consommation de cannabis à long terme sur les fonctions cognitives? Telle est la question que se sont posée les Drs Emilio Albanese et Reto Auer des universités de Genève et Lausanne. Leur étude, publiée dans la revue JAMA Internal Medecine*, a mis en évidence une diminution de la mémoire.

La consommation de cannabis est devenue très commune. Addiction suisse estime ainsi qu’un quart de la population des 15 ans et plus a expérimenté la fumette. C’est la substance illicite la plus souvent consommée en Suisse. Dans la plupart des cas, ce sont surtout les jeunes qui sont concernés. Mais, alors que plusieurs villes en Suisse envisagent une forme de légalisation du cannabis, quel est l’effet d’une consommation quotidienne sur le long terme?

Pour répondre à cette question, les docteurs Emiliano Albanese et Reto Auer, des universités de Genève et Lausanne, ont analysé les données d’une étude américaine menée pendant vingt-cinq ans (lire encadré). Les participants, hommes et femmes, étaient âgés de 18 à 30 ans au début de l’étude.

Parmi les 3385 personnes sur lesquelles des données sur la fonction cognitive étaient disponibles, 2852 (84,3%) ont dit avoir consommé du cannabis. Seules 392 (11,6%) ont continué à en consommer régulièrement, soit environ une fois par jour, pendant les 25 années de l’étude.

Perte de mots

Trois fonctions cognitives ont été évaluées. La fonction exécutive, soit la faculté de répondre à une question en tenant compte du contexte plutôt que de manière automatique. L’attention et la vitesse de traitement de l’information. Et enfin la mémoire verbale à court et long terme. Les deux premiers tests n’ont pas montré d’association directe entre des déficits et la consommation de cannabis de longue durée. Or on sait que le cannabis a un effet sur ce type de performances. Mais après corrections de différentes variables, les chercheurs n’ont pas pu le démontrer.

Par contre, ce lien était évident pour l’évaluation de la mémoire verbale. Il s’agit d’un test neuropsychologique classique. La personne évaluée doit se souvenir d’une liste de quinze mots. Là, les consommateurs réguliers de cannabis ont été désavantagés. Ils perdent en moyenne un mot de plus que les autres par cinq années de consommation cumulée.

Une perte significative, en particulier autour de la cinquantaine, moment où la mémoire commence souvent à flancher. «C’est un peu comme si les consommateurs réguliers de cannabis étaient plus vieux de cinq ans que les autres. Or cela survient à un moment où la perte de mémoire progressive est tout à fait physiologique. Si bien que les adeptes du cannabis subissent un vrai désavantage par rapport aux autres. Il importe qu’ils en soient avertis», estime Emiliano Albanese.

La poule et l’œuf

Est-ce que l’on n’inverse pas les données du problème en disant que le cannabis provoque des dommages cognitifs? Les gens qui ont déjà un léger déficit cognitif sont-ils plus enclins à consommer du cannabis? Une hypothèse qui pourrait aussi expliquer les résultats de l’étude.

Pour répondre à cette objection, les chercheurs ont retrouvé les tests cognitifs plus généraux passés par les participants au début de l’étude, alors qu’ils étaient encore jeunes. Et ils ont pu démontrer qu’il n’y avait aucune relation entre la fonction cognitive et le choix de consommer du cannabis. Voilà donc une idée reçue qui a vécu!

Informer le consommateur

Au fond, qu’apporte cette étude? On savait déjà que la consommation aiguë de cannabis était problématique pour les fonctions cognitives. Mais cette étude est la première à montrer que c’est aussi le cas pour une consommation quotidienne, sur le long terme.

Jusqu’ici la discussion sur la légalisation du cannabis n’a pas pris en compte cette réalité.

«Du point de vue de la santé publique, il faut informer le consommateur de possibles dommages sur le cerveau lors d’une consommation continue. Ce n’est pas acceptable de ne pas en parler. De la même manière que l’on avertit les fumeurs sur les paquets de cigarettes du risque de cancer encouru. Pour le cannabis, on peut imaginer de légaliser la consommation mais il faut aussi bien renseigner les individus. Leur dire qu’ils devront faire face à des troubles cognitifs à un âge pas très avancé finalement, soit après 50 ans environ», commente Emiliano Albanese.

Cela complète aussi le constat d’une étude néozélandaise qui a évalué la relation entre la consommation continue de cannabis et l’intelligence entre 15 ans et 30 ans. Ses résultats ont montré une légère réduction du développement de l’intelligence chez les consommateurs réguliers.

Plus de THC, plus de dommages?

Aujourd’hui, le cannabis en circulation contient beaucoup plus de substances actives ou THC (tétrahydrocannabinol) que dans les années 80. Est-ce que cela voudrait dire que les consommateurs actuels, qui auront 50 ans dans dix ou vingt ans, courent un plus grand risque de dommages cognitifs que ceux qui ont été évalués dans l’étude?

«Pour notre étude, nous n’avons pas pu analyser bien sûr le cannabis consommé, commente le professeur. C’est de toutes façons difficile à évaluer. Il faudrait mesurer ces quantités avec des biomarqueurs. C’est infaisable sur plusieurs années et dans une large population. Mais on peut partir de l’hypothèse qu’une consommation d’un produit plus concentré pendant une période plus courte, a les mêmes effets sur les fonctions cognitives qu’une consommation sur le long terme avec des produits moins concentrés (gradient biologique). »

CARDIA

Les données sur la consommation de cannabis ont été récoltées dans une vaste étude de cohorte réalisée aux Etats-Unis, nommée CARDIA, et incluant 5115 personnes, hommes et femmes, noirs et blancs, entre 18 et 30 ans. Le but de CARDIA était d’évaluer le risque de développer une maladie cardiovasculaire chez les jeunes adultes. De nombreuses données ont été collectées, dont la consommation de cannabis. Un suivi qui a duré 25 ans (1986-2011). Des tests cognitifs ont également été réalisés au début de l’étude et à la fin.

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Drogue: Une molécule contre les effets du cannabis en test dès le mois de septembre

Un laboratoire bordelais lancera dans quelques mois un essai de phase 1 pour une molécule révolutionnaire dans le domaine de l’addiction au cannabis…

Historiquement, elle aurait dû s’appeler « 007 ». Mais pour des raisons de protocoles scientifiques, c’est finalement un autre nom de code, un peu moins vendeur, qui a été choisi : « AEF117 ». Une molécule pour l’heure cantonnée aux pipettes des labos avant, peut-être, d’aider des fumeurs de cannabis dans les années à venir. En France, un demi-million de personnes roulent quotidiennement leur joint à base d’herbe ou de ­résine, avec les conséquences désastreuses que cela engendre à long terme sur la cognition ou la motivation, notamment chez les jeunes.

Pour y remédier, une équipe de recherche de l’Inserm à Bordeaux dirigée par Pier Vincenzo Piazza a mis au point cette molécule révolutionnaire contrant l’effet de l’addiction au cannabis. Après des expériences fructueuses sur le rat, le chat et le singe, un premier essai de phase 1 sur des volontaires sains (humains, donc) sera lancé en septembre, avant deux autres essais de phase 1 sur des toxicomanes au cannabis.

« Bloquer la plus grosse partie des effets intoxiquant du cannabis »

Pour comprendre l’effet de cette molécule, il faut d’abord saisir l’action de cette drogue sur le cerveau. Quand on fume, le principe actif du cannabis, le THC, active des récepteurs et provoque l’intoxication. Celle-ci s’accompagne d’effets de plaisir, sensation de relaxation, problèmes de mémoire, etc. Quand les concentrations de THC sont très élevées, chez des fumeurs fortement intoxiqués, le cerveau développe un mécanisme de détente en produisant une hormone, appelée prégnénolone.

« Nous avons prouvé que cette hormone va se développer dans un endroit spécifique des récepteurs et bloquer la plus grosse partie des effets intoxicants du cannabis », poursuit Pier Vincenzo Piazza. En clair, la prégnénolone constitue un mécanisme naturel de défense contre les effets néfastes du cannabis en empêchant le THC d’activer pleinement les récepteurs cérébraux.

Les chercheurs ont donc administré à leurs cobayes de la prégnénolone externe – non produite par l’organisme – pour en augmenter le taux dans le cerveau, permettant ainsi de bloquer les effets du cannabis (sensation de plaisir, relaxation, problèmes de mémoire). En réalité, « elle n’inhibe pas le cannabis, mais elle va le transformer. C’est comme si vous preniez une molécule différente qui n’est plus le cannabis. »

Le fumeur ressent autre chose

Dans le langage médical, on dit que ce médicament n’est pas « antagoniste ». Il n’empêche pas le THC de se lier à son récepteur, comme certains médicaments déjà présents sur le marché, mais il bloque l’effet d’addiction et de plaisir du THC. Le fumeur va donc ressentir un plaisir atténué. Le produit devient moins attractif pour le cerveau. Mais pour autant, la molécule ne transforme pas le cannabis en produit aversif, comme c’est le cas pour certains traitements contre l’alcoolisme, par exemple.

Les chercheurs se sont enfin heurtés à un écueil : en tant que telle, la prégnénolone n’est pas un produit ingérable. Elle est très mal absorbée par voie orale et sa durée de vie reste très brève dans l’organisme (20 minutes). Il a donc fallu en recréer une de façon artificielle : « Comme on ne peut pas l’utiliser, nous avons créé une classe pharmacologique qui ne connaît pas ces problèmes-là. On a fait appel à la chimie », glisse le chercheur avant de lancer ses essais de phase 1. S’ils sont concluants, l’équipe bordelaise enchaînera les phases de tests en espérant la commercialisation de ce médicament. Au mieux, à l’horizon 2020.

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Surdoses fréquentes de cannabis chez les visiteurs du Colorado depuis la légalisation

WASHINGTON | Un nombre grandissant de visiteurs qui se rendent dans le Colorado, premier État américain à avoir légalisé la vente du cannabis en 2014, se retrouvent aux urgences après avoir consommé cette drogue de manière excessive, révèle une étude publiée mercredi.

«Les visites aux urgences dues à la consommation de cannabis ont augmenté davantage chez les personnes qui ne résident pas dans le Colorado que chez celles habitant cet État», a ainsi constaté le Dr Howard Kim, de la faculté de médecine de l’Université Northwestern, principal auteur de cette étude parue dans le New England Journal of Medicine.

«Cela pourrait indiquer que les non-résidents de l’Etat ne sont pas bien informés sur les effets néfastes de la marijuana», estime-t-il.

Ces effets peuvent être de l’anxiété, des hallucinations, une altération des capacités mentales, des symptômes cardiovasculaires (accélération du rythme cardiaque, palpitations et hypertension), des douleurs gastro-intestinales ou des vomissements.

Plus fréquent avec des produits comestibles

Les chercheurs relèvent que les surdoses se produisent plus souvent quand cette drogue est consommée sous forme comestible, dans des biscuits par exemple, car les utilisateurs ne se rendent pas compte immédiatement des effets du cannabis.

«Les gens qui mangent des produits contenant de la marijuana ne ressentent aucun effet sur le moment, ce qui les conduit à en consommer davantage», explique le Dr Kim. «Et quand les effets se font sentir ils sont beaucoup plus puissants».

De plus, le contenu en cannabis de ces produits comestibles varie énormément, il est ainsi difficile de savoir quelle dose exactement est absorbée.

Les visiteurs dans le Colorado venant d’un autre Etat ou de l’étranger qui se sont retrouvés aux urgences hospitalières avec des symptômes de surdose de cannabis ont représenté 163 visites pour 10.000 en 2014, contre 78 pour 10.000 en 2012, soit une augmentation de 109%.

Parmi les habitants du Colorado, le nombre de ces visites est passé de 70 pour 10.000 en 2012 à 101 pour 10 000 en 2014, ce qui représente un accroissement de 44%.

«Nous avons noté que ces visiteurs extérieurs étaient venus dans le Colorado pour de toutes autres raisons que de consommer du cannabis: ils venaient rendre visite à de la famille ou pour affaires», précise le Dr Kim. Et «ils se sont retrouvés à l’hôpital parce qu’ils ont voulu essayer un peu de marijuana».

La plupart ont été soignés et ont pu rentrer chez eux après quelques heures.

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L’addiction au cannabis favoriserait la dépendance à l’alcool

Selon deux études récentes, les fumeurs réguliers de cannabis sont plus à même de développer une dépendance à d’autres substances addictives, dont l’alcool, à court terme.

L'addiction au cannabis favoriserait la dépendance à l'alcool

Attention, une addiction peut en cacher une autre. Deux nouvelles études viennent en effet de montrer que les fumeurs réguliers de cannabis présentent plus de risques de développer une dépendance à l’alcool que les non-fumeurs. La première étude, menée par des psychologues et des épidémiologistes des universités américaines de Columbia, de la ville de New-York et de Yeshiva, est publiée dans la revue Drug and Alcohol Dependence . Elle utilise les données d’une large enquête menée aux Etats-Unis (National Epidemiologic Study of Alcohol Use and Related Conditions ou NESARC) pendant deux périodes (2001-2002 puis 2004-2005). Les scientifiques se sont intéressés à un panel de 27 461 adultes volontaires. Principal résultat de cette étude : les participants qui fumaient de la marijuana pendant la première période (2001-2002) étaient 5,4 fois plus nombreux à souffrir d’alcoolisme en 2004-2005 que les personnes qui n’en fumaient pas. « L‘usage du cannabis est associé à une augmentation du risque d’abus d’alcool persistant sur une durée de trois ans chez les adultes américains« , concluent les auteurs de ces travaux. Une affirmation que semble confirmer une seconde étude, publiée quelques jours plus tard dans le JAMA Psychiatry  et menée cette fois-ci par des chercheurs américains et français en psychiatrie et en épidémiologie, de l’Institut National de la Toxicomanie (Bethesda, Etats-Unis), des universités de Columbia (Etats-Unis) et de Paris Descartes (France). Ces scientifiques ont ici aussi utilisé les données de l’enquête NESARC. Ils ont alors estimé la force de l’association entre usage de cannabis en 2001-2002 et désordres psychologiques liés à l’alcoolisme en 2004-2005 pour 34 653 personnes. Parmi tous ces participants, 1 279 adultes fumaient du cannabis en 2001-2002 et, trois ans plus tard, ceux-ci présentaient plus de troubles psychiques et addictifs (pour l’alcool, la nicotine et les autres drogues) que les autres sujets.

Prévenir sur les risques de dépendances multiples

Ce qui conduit ce second groupe de chercheurs à la conclusion suivante : « au sein de la population générale, l’usage de cannabis est associé à un risque élevé de dépendance à de nombreuses autres substances. » C’est pourquoi les deux études préconisent aux décisionnaires des programmes cliniques de cibler spécifiquement ce risque de dépendance multiple dans les actions de prévention. Selon Alcool Info Service, 8,8% des Français présentent une consommation d’alcool à risque chronique ou de dépendance, soit près de six millions de personnes. En parallèle, l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) estime à 1,4 million le nombre de personnes consommant régulièrement du cannabis dans notre pays.

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Cannabis : avant 16 ans, il altère le développement cérébral (Sciences et Avenir)

Les fumeurs réguliers de cannabis, qui ont commencé avant 16 ans, ont un développement du cerveau altéré.

ALERTE. En France, 2 % des élèves de classe de 3e et 6 % des élèves de 2nde consomment du cannabis au moins 10 fois dans le mois (chiffre 2011, enquête Inserm).

Alerte ! Car chez les fumeurs réguliers de moins de 16 ans, le cerveau risque de connaître une altération du développement.

Tel est le constat du Center for BrainHealth de l’université du Texas de Dallas, dans une étude publiée dans Developmental cognitive neuroscience. Cette étude s’est intéressée à 42 fumeurs adultes réguliers (au moins une fois par semaine), âgés entre 21 et 50 ans, qui ont accepté de répondre à un questionnaire et de passer une IRM. L’objectif était de comparer les anatomies cérébrales de deux catégories de fumeurs : ceux qui déclarent avoir commencé leur consommation avant l’âge de 16 ans (13,1 ans en moyenne) et les autres après (16,9 ans en moyenne).

Des changements cérébraux majeurs durant l’adolescence

Pour rappel, pendant l’adolescence le cerveau est soumis à des changements majeurs. Il connaît un affinement de la matière grise (neurones et connexions) du cortex, du à un élagage massif des synapses « inutiles » et au renforcement des plus utilisées. Par ailleurs, les fibres conductrices des neurones (matière blanche), elles, se myélinisent, c’est-à-dire s’entourent d’une couche de myéline qui va accélérer la conduction électrique. Globalement le ratio matière grise / matière blanche diminue donc, signe que le cerveau se spécialise et devient plus performant!

Telles sont les caractéristiques anatomiques que les chercheurs de Dallas, menée par le Dr Francesca Filbey, ont mesuré par IRM chez les fumeurs réguliers de cannabis, vingt fumeurs « précoces » et vingt-deux fumeurs « tardifs ».  Leur observation est sans appel : les vingt volontaires qui ont commencé à consommer du cannabis avant 16 ans présentent (à l’âge adulte !) un développement cérébral différent des autres. Pour être plus précis, l’IRM révèle que chez les fumeurs précoces l’épaisseur du cortex est plus importante (au lieu de s’affiner) et le ratio matière grise / matière blanche ne diminue pas.

Le plissement du cerveau, lui, décroit également. Et ce, notamment dans les zones du cortex temporal et frontal impliquées dans les fonctions cognitives supérieures incluant les fonctions exécutives, la mémoire et l’apprentissage.

La quantité de cannabis consommée influence l’étendue de l’altération du développement du cerveau

« Il n’y a pas que l’âge qui compte, ajoute de surcroît Francesca Filbey, auteure principale de l’étude. La quantité de cannabis consommée influence l’étendue de l’altération du développement du cerveau ». Avant l’âge de 16 ans, en effet, l’étendue des altérations du développement est directement proportionnelle à la quantité (en grammes) de cannabis consommée par semaine au cours des années.

Quid des fumeurs « tardifs »? Leur maturation du cerveau est-elle « normale »? Impossible à dire car la comparaison avec des cerveaux de non fumeurs n’a pas été faite. La question de savoir à quel âge la consommation n’altère plus le cerveau reste donc en suspend : « C’est une question intéressante, assure Francesca Filbey. Nous n’avons pas la réponse bien que nous commençons à la regarder de près. »

Source

SEVRAGE TABAGIQUE: Il ne justifie pas la banalisation du cannabis – Académie Nationale de Médecine

C’est l’avertissement lancé par l’Académie Nationale de Médecine qui dénonce et met en garde, depuis longtemps, contre les conséquences de l’usage du cannabis (*).

16 02 19 sevrage tabagiqueUne proposition faite récemment dans les médias sur l’intérêt de cette pratique pour aider au sevrage tabagique vient encore une fois inciter à la banalisation de l’usage de cette drogue.

L’Académie nationale de médecine a le devoir de rappeler que :

  • Les Français sont les plus grands consommateurs de cannabis parmi les 28 états membres de l’Union européenne ;
  • Le cannabis est une drogue dont le principe toxicomanogène, le tétrahydrocannabinol (THC), perdure plusieurs jours dans le cerveau.
  • Tout indique que la  » rencontre  » avec cette drogue intervient chez des sujets de plus en plus jeunes (dès le collège) ;
  • Les produits actuellement disponibles comportent un taux accru (d’un facteur 4 à 8) de leur teneur en THC comparativement au cannabis disponible il y a quelques années ;
  • Des dispositifs de plus en plus en usage (pipes à eau, nébuliseurs, vapoteurs) délivrent davantage de THC que le simple joint ;
  • Les effets enivrants du THC, utilisé isolément et plus encore en association avec l’alcool, les antihistaminiques, les benzodiazépines, et les reliquats matinaux d’hypnotiques, sont responsables d’accidents routiers, professionnels, ainsi que de comportements auto- ou hétéro agressifs ;
  • Les perturbations des activités éducatives, cognitives, induites par le cannabis ont un impact sur les performances intellectuelles ; le THC favorise la survenue de troubles neuro-psychiatriques qui peuvent être irréversibles.

 

L’éradication du tabac, qui doit constituer un objectif majeur de santé publique, ne saurait se faire au prix de la banalisation d’une drogue encore plus nocive.

 

Source : Communiqué 16 février 2016 Académie nationale de Médecine, Nicole Priollaud

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Biblio

(*)   Dubois G. Le cannabis. Bull. Acad. Natle Méd. 2012, 196 : 759-760.

Costentin J. La situation actuelle du cannabis en France. Bull. Acad. Natle Méd. 2014, 198 : 517-526.

Goullé J.P., Guerbet M. Les grands traits de la pharmacocinétique du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) ; les nouveaux cannabinoïdes ; le cannabis et la sécurité routière. Bull. Acad. Natle Méd. 2014, 198 : 541-557.

Dervaux A., Krebs M.O., Laqueille X. Les troubles cognitifs et psychiatriques liés à la consommation de cannabis. Bull. Acad. Natle Méd. 2014, 198 : 559-577.

Costentin J., Goullé J.P., Olié J.P. A propos de l’expansion de la consommation de cannabis. Bull. Acad. Natle Méd. 2014

« J’ai été accro au cannabis »

Teddy touche pour la première fois au cannabis à 16 ans ; à 19, il est dépendant et fume dix joints par jour. Près de 10 ans plus tard, un accident de la route alors qu’il conduisait sous l’emprise du cannabis et de l’alcool le pousse à arrêter. Pour Doctissimo, le jeune homme revient sur son addiction passée et son combat actuel pour sensibiliser les jeunes aux dangers du cannabis. Témoignage

Doctissimo : A quel âge avez-vous commencé à fumer du cannabis ?

Teddy : J’en ai fumé pour la première fois à l’âge de 16 ans, quand j’ai quitté le domicile familial pour mes études. A l’école j’étais souvent la tête de turc et j’essuyais quelques moqueries. Quand je suis parti de chez mes parents, j’ai voulu m’intégrer à un groupe et être vu comme un mec « cool ». J’ai donc commencé à fumer du cannabis, pour faire comme les autres.

Doctissimo : Vous fumiez souvent ?

Teddy : Au début, un joint chaque soir, environ une semaine par mois. C’était durant la semaine de cours, quand je n’étais pas chez mes parents. Au bout d’un mois ou deux, c’était tous les jours, que je sois chez mes parents ou à l’école. Quand je suis parti travailler à Paris (Teddy est originaire de la Côte d’Or ndlr), vers 19 ans, je suis passé à 10 joints par jour. C’était plus facile de se procurer de la drogue, de trouver des dealers.

teddy-temoignage-accro-au-cannabis-articleDoctissimo : Votre entourage était-il au courant de votre addiction au cannabis ?

Teddy : Au début, je l’ai caché.  Mais vers 18/19 ans, j’ai annoncé à ma famille que je fumais régulièrement. Mes parents et ma sœur m’ont d’abord fait la morale avant d’essayer de m’aider. Ils pensaient que c’était une simple erreur de jeunesse. Ma mère m’a trainé chez des médecins et des psychologues. J’y allais seulement pour lui faire plaisir car à cette époque je n’avais pas du tout l’intention d’arrêter.

Doctissimo : Votre addiction au cannabis a-t-elle eu un impact sur votre vie ?

Teddy : Contrairement à d’autres personnes accros au cannabis, je ne me suis pas isolé, je n’ai pas déprimé. Au contraire, j’avais une vie sociale très active. Je sortais souvent, je voyais des amis, je travaillais. Aujourd’hui, avec le recul, je reconnais que pendant cette période, je n’étais pas autant épanoui que je le pensais. Ma priorité était toujours de me procurer du cannabis. Payer mes factures ou remplir mes papiers administratifs passaient au second plan. L’argent que je gagnais servait d’abord à payer ma drogue.

Doctissimo : Justement, le cannabis vous a-t-il entraîné vers d’autres drogues ?

Teddy : Pour moi, cela a été malheureusement le cas. Entre 20 et 23 ans, j’ai testé la cocaïne, l’ectasy, le LSD et l’héroïne. Pendant un an, j’ai consommé régulièrement de la cocaïne pour pouvoir tenir. Entre les soirées alcoolisées et ma consommation excessive de cannabis, j’étais souvent épuisé. La cocaïne me reboostait et m’aidait à me lever tous les jours pour aller travailler. J’ai eu une bonne éducation, mes parents m’ont toujours dit que le travail est important, alors je ne voulais pas me retrouver au chômage à cause de mes excès.

Pour les autres drogues, c’était vraiment pour tenter l’expérience. Je ne suis pas vraiment tombé  dedans. Des amis m’avaient prévenu des dangers de l’héroïne, que c’est une drogue très addictive. Je n’en ai sniffé qu’une seule fois. Je ne voulais pas devenir dépendant à ces drogues, que je savais plus dangereuses que le cannabis.

Doctissimo : Qu’est-ce qui vous a motivé à arrêter le cannabis ?

Teddy : J’ai tenté d’arrêter une première fois en 2009, par amour, quand je suis retourné vivre à Dijon. J’ai compensé avec l’alcool. Je buvais beaucoup et parfois tout seul. Mais j’ai vite repris à fumer des joints, tout en continuant à boire.

En 2014, j’ai été victime d’un accident de la route. Je conduisais sous l’emprise des deux substances. Je revenais d’une journée de pêche durant laquelle j’avais bu entre 2 et 3 litres de bière. J’avais également fumé. J’étais littéralement défoncé et je me sentais invincible. J’ai pris un virage à 130 km/h au lieu de 80 km/h et j’ai plié ma voiture. Je m’en suis sorti juste avec un bleu, un miracle ! J’aurais pu mourir ou même tuer quelqu’un. Cet accident a été un déclic. Je devais réagir en arrêtant complètement le cannabis et l’alcool.

Doctissimo : Avez-vous été aidé ?

Teddy : J’ai arrêté le cannabis du jour au lendemain, après l’accident. Pendant mon séjour à l’hôpital, je suis tombé sur un dépliant de l’association Dépendances 21 qui aide les personnes en situation de dépendance. Je connaissais l’association car ma sœur y avait fait du bénévolat. J’ai pris rendez-vous avec le président. Ce dernier et d’autres membres de l’association m’ont d’abord aidé à monter un dossier pour ma défense puisque mes analyses de sang avaient prouvé que j’étais sous l’emprise de l’alcool et du cannabis pendant l’accident. J’ai également assisté à des réunions d’entraide organisées par l’association. J’ai consulté une fois un addictologue. Je n’ai pas eu besoin de médicaments pour le sevrage, seulement des anxiolytiques pour m’aider à m’endormir le soir. Le cannabis m’aidait à trouver le sommeil.

Doctissimo : Quelles ont été les suites de cet accident ?

Teddy : J’ai dû payer une amende de 500 euros et j’ai écopé de 60 heures de travaux d’intérêt général que je consacre à la prévention dans les écoles. J’interviens dans des collèges, lycées et entreprises pour sensibiliser les jeunes aux dangers du cannabis. Je veux leur faire comprendre que le cannabis n’est pas une porte d’entrée pour s’intégrer dans la société ou être vu comme quelqu’un de cool. Mon but n’est pas de leur faire la morale mais de les amener à réfléchir à chaque fois qu’ils consommeront du cannabis. Je veux qu’ils se posent des questions sur les dangers du cannabis à travers mon expérience. Je pense qu’il y a encore beaucoup à faire sur la prévention chez les jeunes. La mode du binge drinking et la banalisation de la cocaïne sont autant de tentations pour les jeunes avides de nouvelles expériences.

Doctissimo : Le cannabis vous manque aujourd’hui ?

Teddy : Non, le cannabis ne me manque pas. Je n’y pense plus, je n’en ai plus envie. Les deux premières semaines ont été dures car je n’arrivais pas à dormir. Mais les anxiolytiques m’ont aidé. Par contre, c’est plus difficile avec l’alcool. Anniversaires, repas de famille… les occasions de boire de l’alcool sont nombreuses. Mais j’évite d’en boire car un verre peut en entraîner un autre, puis un autre… Pour moi, la dépendance à l’alcool est plus physique que mentale. Avec le cannabis, c’est l’inverse.

Doctissimo : Avec le recul, que retenez-vous de cette période ?

Teddy : J’ai pris des risques, j’ai fait du mal à beaucoup de monde, j’ai été irresponsable mais ça ne m’importait pas à ce moment-là. Je n’étais pas prêt à voir la réalité en face. Pour pouvoir arrêter le cannabis, il faut déjà en avoir l’envie.

Teddy a témoigné dans l’émission « Toute une histoire », consacrée aux addictions des jeunes et diffusée le 18 février 2016 à 14 heures sur France 2.

A revoir après la diffusion sur le site de France 2 en replay. jusqu’au 24/02/2016

Annabelle Iglesias

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