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Alcool, cannabis, drogues dures… Comment aider un proche à sortir de l’addiction ?

Il s’agit souvent d’un problème que l’on minimise ou que l’on cache sous le tapis, mais les addictions sont un fléau en France, et chacun d’entre nous peut y être confronté un jour. Elles ne touchent pas que les personnes addictes mais aussi leurs proches, alors comment tendre la main ? Pour y répondre, Jean-Pierre Couteron et Jérôme Adam étaient les invités de « Bienfait pour vous » sur Europe 1.

Taboue, difficilement diagnosticable, longue rémission, l’addiction est un mal dont on aimerait vraiment se passer et qui affecte tout notre entourage. Au micro de Julia Vignali et Mélanie Gomez, Jean-Pierre Couteron, addictologue, psychologue clinicien et porte-parole de la Fédération addiction et Jérôme Adam, producteur du film Tout pour être heureux ? traitant de l’addiction, sont venus partager leur expertise. Et pour aider, il faut d’abord reconnaître. Qu’est-ce qu’une addiction ? Qui peut être susceptible d’en développer une ? Et surtout, que faire ?

Qu’est-ce que c’est concrètement l’addiction ?

« L’addiction, c’est la perte de contrôle d’une substance psychoactive ou désormais d’un appareil, d’un comportement, qui nous permet d’avoir des effets psychoactifs. C’est la perte de contrôle. Avant, c’est de l’usage. Si je me sers de mon téléphone portable, c’est de l’usage. Si, je n’arrive pas à doser le temps que je passe sur mon téléphone portable, je rentre dans des comportements addictifs », explique Jean-Pierre Couteron.

Selon le spécialiste, l’addiction est un trouble complexe, car elle possède deux versants : un versant maladie et un versant « comportement social », à savoir comment l’addict interagit avec le monde et avec ses proches.

Est-on tous égaux face à l’addiction ?

Certains milieux sociaux, certaines tranches d’âge semblent être plus exposés aux risques addictifs, mais pour le clinicien, il n’y a pas forcément de prédispositions, plutôt des vulnérabilités. « Il y a effectivement des vulnérabilités sociales qui font que, selon les milieux sociaux, selon les conditions de vie, on peut avoir des paramètres. Mais il y a aussi des vulnérabilités psychiques. Selon les histoires de vie, si on a vécu un traumatisme, qu’on a des difficultés familiales », détaille-t-il.

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« Et puis il y a des vulnérabilités physiologiques, génétiques. Il n’y a pas un gène de l’addiction, mais il y a des paramètres qui font qu’on n’a pas le même physique et qu’on n’aura pas la même réaction à la substance. Donc tout ça se mélange, peut s’équilibrer. L’effet positif de l’un peut rencontrer l’effet négatif de l’autre. Mais effectivement, le principe de base à savoir, c’est qu’on n’est pas égaux et que ce qui marche pour l’un ne marche pas forcément pour l’autre. »

Une constante semble pourtant se dessiner : c’est à l’adolescence que majoritairement les risques addictifs se présentent.

Comment reconnaître une personne addicte ?

Selon Jean-Pierre Couteron et Jérôme Adam, qui a perdu son frère à cause de l’addiction et a motivé la création de son film, en cas de doute, il faut surveiller le comportement du proche et notamment s’il perd le contrôle. « Donc les signes qui montrent que la personne n’arrive pas à être à la hauteur du contrôle, qu’elle dit encore vouloir avoir. Qu’elle s’engage à faire telle chose à telle heure et qu’elle ne le fait pas. Qu’elle s’engage à ne pas reboire le soir même alors qu’elle va le faire… Ce sont ces signes-là« , précise l’addictologue.

« J’ai compris très vite que [mon frère] consommait, qu’il avait des problèmes de consommation parce qu’il y a eu des attitudes avec des épisodes délirants pendant la nuit, des épisodes où il avait piqué des médicaments de ma mère pour compenser et trouver certains effets », raconte Jérôme Adam.

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Il y a également des signes physiques pour certaines addictions : l’ivresse alcoolique, l’euphorie avec un produit comme le cannabis, des états d’excitation avec des produits stimulants comme la cocaïne. Et si ces deux types de signes persistent et qu’on les a repérés, c’est à ce moment-là que le sujet peut être abordé.

Comment ne pas la braquer ?

« Souvent, le piège dans lequel on va tomber, c’est de lui en parler pour lui dire tout de suite : ‘Arrête !’ Or, il n’a pas immédiatement envie qu’on lui dise d’arrêter parce que pour lui, ça fonctionne encore comme une solution. Ça vient calmer une angoisse, ça vient calmer quelque chose. La première étape, c’est de lui dire qu’on voit qu’il consomme, qu’on imagine que ça lui sert à quelque chose et que c’est de ça dont on aimerait parler. C’est de voir à quoi ça lui sert », explique le clinicien. 

Pour Jérôme Adam, la question de l’amour est très importante. « Il y a tout un travail de déculpabilisation à effectuer vis-à-vis de la personne addicte. Maintenant, l’amour, ce que j’essaye de dire dans le film, c’est qu’il doit être présent et donc qu’il faut rester présent, tendre la main. Mais ça ne suffit pas forcément et surtout, on ne peut pas faire à la place de l’autre. Donc c’est tout ce dosage entre accepter son impuissance et être présent malgré tout qui est fondamental », confie le réalisateur. À l’inverse, la séparation ou la menace d’un éloignement peut aussi agir comme un déclic, mais il faut faire très attention et l’effet n’est pas systématique.

Où l’emmener et que faire ?

Si la personne addicte reconnaît sa maladie et accepte d’en discuter, plusieurs choses sont possibles. « La majorité des addicts s’en sort sans aller consulter les professionnels », indique Jean-Pierre Couteron. Pour certaines addictions, comme la cigarette ou le téléphone portable, il est possible de « réaménager son environnement, son entourage. C’est la fameuse histoire : j’ai rencontré quelqu’un, j’ai un boulot », ajoute le psychologue.

Avec un peu de différence en intensité, on n’est pas obligé d’aller consulter. Cependant, plus on rentre dans des problématiques complexes où il y a des problèmes psychopathologie, des histoires de vie, des vulnérabilités, plus cela est difficile d’en sortir seul. Dans ces cas-là, il est préférable d’être suivi par un médecin. « Il y a beaucoup d’endroits pour aller consulter. Il y a des médecins en ville qui sont intéressés par les questions d’addiction, des centres spécialisés, médico-sociaux, des centres de soins, d’accompagnement et de prévention », détaille le professionnel. Enfin, des médicaments, prescrits par le médecin, peuvent aider à réduire les effets de l’addiction.

Source Europe 1

Crack et cocaïne

Regard sur ces drogues qui défraient la chronique

Que faire pour en réduire l’emprise ?

par le Professeur Jean Costentin

Le crack est la forme base de la cocaïne, insoluble dans l’eau, qui se volatilise sans altération à une température de 90°C ce qui permet de le fumer

Ceci le distingue du chlorhydrate de cocaïne (la « neige ») soluble dans l’eau qui peut être snifé/prisé, ingéré ou injecté, mais ne peut être fumé car se volatilisant à 180°C, il subit une importante détérioration

Etant fumée, la cocaïne du crack arrive très rapidement au cerveau, où elle induit des modifications neurobiologiques soudaines, à l’origine du flash, du shoot, que recherchent ses consommateurs et qui majorent leur appétence pour la cocaïne.

-Le crack se fait très abondant en raison d’une production Andine croissante et d’une meilleure étanchéité de la frontière entre le Mexique et les U.S.A. ; aussi, il reflux sur les Caraïbes, l’Afrique, le Maroc et, de l’Espagne, il diffuse sur l’Europe.

-Son prix est nettement moindre que celui du chlorhydrate de cocaïne. Alors que le prix de ce dernier est devenu assez abordable pour n’être plus cantonné au monde du show bizz, ou à de riches personnalités. Le prix des deux formes de cette même drogue est inversement proportionnel à leur abondance et à leur accessibilité ; plus les saisies sont importantes plus le prix devrait s’accroitre ; or il continue de diminuer…

-Les consommateurs de crack s’assemblent sur les lieux de deal (à Paris le Staline crack, ou les jardins d’Eole) ; où ils pourrissent l’atmosphère du quartier et suscitent l’ire des riverains. Outre, en amont, une chasse résolue aux trafiquants, à l’origine de l’approvisionnement, une traque intense par la police en civile doit s’exercer sur les dealers rassemblés sur ces lieux.

-Les allocations « en espèces » versées aux toxicomanes, devraient être remplacées par des aides en nature, dédiées au logement, aux vêtements, aux bons de nourriture (utilisables dans les seuls magasins ne vendant ni vins ni spiritueux). Des foyers et restaurants associatifs doivent devenir les champs d’action de psychologues, de médecins, d’addictologues, qui leur dispenseront des soins (somatiques, psychologiques, psychiatriques) et les aiguilleront vers d’autres structures.

-La détention et la consommation de drogues, parce qu’elles sont illicites, devraient déclencher une procédure judiciaire conduisant à une injonction de soins en milieu fermé. Seraient alors distingués : les psychotiques (dont le crack aggrave l’état) qui seront pris en charge dans des hôpitaux psychiatriques ; et les autres consommateurs, accidentés de la vie, qui seraient accueillis dans des structures spécifiques, en milieu fermé, imperméables aux arrivées extérieures de drogues. Leur sevrage y serait instauré ainsi que les prémices de leur réinsertion sociale. Cette ambition est authentiquement médicale et humaniste ; elle est à l’opposé de la démission prônée par certains médecins qui, excipant de ce titre, militent pour la légalisation de toutes les drogues et la généralisation des salles de shoots.

-Les « crackers » entrés en France par effraction, en suivant le chemin de la drogue qu’ils consomment et qu’ils diffusent, devraient être reconduits dans leurs pays d’origine, surtout s’ils sont arrivés étant déjà dépendants. Notre nation démunie pour la prise en charge de ses propres citoyens toxicomanes n’a aucune latitude pour accueillir des sujets dépendants étrangers, qui contribuent à l’aggravation de cette toxicomanie en France.

-Sur un mode Pavlovien, le toxicomane établit une association entre drogue et plaisir, qui devient bientôt : drogue et soulagement du besoin tyrannique que cette drogue a instauré. L’adoucissement du contexte de la consommation, but avoué des « salles de shoots », renforce l’ancrage du crackophile dans sa crackophilie. A l’opposé, le sevrage « sec », injustement décrié, a donné un nombre significatif de bons résultats.

-Des vulnérabilités d’origine génétique, ainsi qu’épigénétiques, expliquent l’accrochage très rapide au crack de certains de ses consommateurs.

En France, les consommations importantes de cannabis et de cocaïne semblent corrélées. En effet, la consommation parentale de cannabis induit chez l’enfant, via des mécanismes épigénétiques, une raréfaction des récepteurs D2 de la dopamine (dans son noyau accumbens, sorte de centre du plaisir). Elle induit à l’adolescence une vulnérabilité aux toxicomanies, que les parents aient consommé du cannabis avant de procréer ou que les mamans aient consommé cette drogue pendant la grossesse.

– Des expériences récentes, réalisées chez le Rat, montrent que l’administration de cannabis (THC), par un effet épigénétique, accroît leur appétence ultérieure pour la cocaïne et, dans d’autres expériences, pour l’héroïne. Les effets que font éprouver ces drogues étant plus intenses, leur pouvoir d’accrochage l’est également. Ces effets épigénétiques du THC mettent à mal les derniers arguments de ceux qui contestent encore l’escalade des toxicomanies.

Pour lutter contre l’invasion du crack et des autres drogues qui minent notre jeunesse et notre société, il importe de ne légaliser ni le cannabis, ni aucune autre drogue et de faire régresser, autant qu’il est possible, l’addiction au tabac et à l’alcool, premières marches de cette funeste escalade qui mène à la cocaïne et à l’héroïne.

Drogue en Corse : « la toxicomanie, c’est une maladie, ce n’est pas un vice »

Écrit par Axelle Bouschon
Au centre Addictologies France de Bastia, la prise en charge des patients se décline ainsi en trois volets : social, médical, et psychologique.
Au centre Addictologies France de Bastia, la prise en charge des patients se décline ainsi en trois volets : social, médical, et psychologique. • © Axelle Bouschon / FTV

C’est un fléau chaque année plus présent sur l’île. Mais dont on parle peu. Nous vous proposons toute cette semaine une série d’enquêtes, à la rencontre de ceux qui luttent contre ce phénomène, de ceux qui consomment, mais aussi de ceux qui en vivent. 2ème épisode, aux côtés d’une association.

Il est 8h30, passants et voitures affluent à un rythme régulier, le long de la rue royale, à Bastia. Au rond-point de la résidence A Tramunta, en face du chemin menant à l’hôpital de Falconaja, le centre d’Addictions France ouvre ses portes, et se remplit au gré des arrivées des employés. Ce lundi 25, ils sont cinq et une stagiaire à travailler.

Une pile de documents sous le bras, Déborah Baron se…. CLIQUEZ POUR LIRE LA SUITE

Crack à Paris : l’impasse malgré l’urgence

Par Hippolyte Radisson, le 9/12/2021
Alors que la Cour des comptes publie jeudi 9 décembre un rapport sur la mise en œuvre du « plan crack » à Paris, la situation s’enlise dans la capitale. Depuis 76 jours, 150 à 200 usagers de cette drogue dure s’entassent sur un lopin de terre dans le nord de la ville, sans que se dégagent de solutions à court terme.

Le train serpente dans l’obscurité des tunnels de la ligne 7 du métro parisien. Stalingrad, Riquet, Corentin-
Cariou, Porte de la Villette. C’est ce même parcours qu’ont emprunté, à la surface, les consommateurs de crack, repoussés toujours plus dans le nord de la capitale. Ballottés de la « colline du crack » au jardin d’Éole, puis dans le square Forceval à la Villette, où ils sont désormais implantés. Un lopin de terre bordé par le périphérique, où le sol s’est mué en boue.


REPORTAGE. Crack à Paris : un mur et peut-être la fin d’une impasse


On estime qu’il y a là 150 à 200 consommateurs de cette « drogue du pauvre », un dérivé de la cocaïne dont Crack à Paris : l’impasse malgré l’urgence une dose à fumer, un « caillou », se vend sur place pour 5 à 10 €. À l’euphorie, immédiate et éphémère, succède la redescente, anxiogène, qui pousse à reconsommer sans cesse. La solution devait être temporaire, les « crackers » sont là depuis 76 jours.


L’exaspération des riverains de Forceval
Pourquoi là ? Parce que c’est un « secteur sans riverains aux abords immédiats », expliquait la préfecture de police de Paris le 24 septembre, jour de l’évacuation vers Forceval. Cette phrase, Raphaël et Dominique la ruminent encore. Ils habitent dans le quartier des Quatre Chemins, à cheval entre Pantin et Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Comme 35 000 personnes environ.


À Paris, l’épineuse gestion de la crise du crack


« Ils disent qu’il n’y a pas de riverains mais nous, on subit. Ça nous est tombé dessus comme la misère sur le pauvre monde, s’exaspère Dominique, 68 ans, autour d’un thé à la menthe. Ces pauvres êtres malades sont dans la boue et les rats, moi je ne dors pas tranquille. » Elle habite à 300 mètres du mur construit à la hâte par la préfecture de police sous le passage Forceval, qui n’empêche pas les usagers de rejoindre les villes voisines, en quête d’argent ou de nourriture.
On croise des personnes hagardes qui titubent sur les trottoirs, d’autres, recroquevillées au sol, qui allument leur pipe. « Il y a quelques agressions, une mendicité insistante, plusieurs voisins ont retrouvé des gens dans leur voiture, leur immeuble, leur palier », énumère Raphaël, 65 ans. Il a rejoint avec Dominique le collectif « 93 anti crack », en faveur d’une prise en charge des toxicomanes et de solutions pour contrer l’insécurité.

L’amertume des élus locaux
Ces riverains ont envoyé une lettre au premier ministre Jean Castex le 3 novembre pour réitérer une demande d’entretien. Réponse le 3 décembre : Jean Castex ne va pas les recevoir, il renvoie au ministre de l’intérieur. L’entourage de Gérald Darmanin indique à La Croix qu’il faut se tourner vers la préfecture de police de Paris pour obtenir des réponses. Et la réaction de celle-ci est lapidaire : elle renvoie à des communiqués de presse… vieux de trois mois.

« Plan crack » à Paris : la Cour des comptes pointe des efforts insuffisants

L’amertume et la colère, on la retrouve chez les politiques locaux. Bertrand Kern, maire socialiste de Pantin, a entamé un combat sans relâche, manifestant régulièrement avec des collectifs d’habitants. Il se rappelle avoir appris l’évacuation des toxicomanes par la presse, le 24 septembre : « A 11 h 30, le chef du cabinet du préfet de police m’appelle pour me tenir au courant, me mettant devant le fait accompli. Je lui ai dit “vous vous moquez du monde”, puis j’ai raccroché. »
« Berlin-Pantin » : Véronique Olmi s’indigne de la construction d’un mur dans le nord-est de Paris Bertrand Kern et la maire d’Aubervilliers Karine Franclet (UDI) ont tenté en vain de faire annuler la décision du préfet avec un recours en urgence devant le tribunal administratif, en octobre. Ils attendent désormais un jugement sur le fond, qui ne devrait pas intervenir avant quelques mois. « C’est un mépris de nos territoires. Les habitants ont le sentiment d’être la poubelle de Paris, de n’avoir pas le droit à un cadre de vie apaisé. On rajoute de la fragilité à la fragilité », déplore Karine Franclet.


Des structures d’accueil pour sortir de l’impasse
Comment sortir de l’enlisement ? « Il faudrait créer des petites structures d’accueil qui leur permettent de consommer hors de la rue et de suivre un parcours de réinsertion médico-social », plaide Bertrand Kern. La loi permet depuis fin novembre la création de « haltes soins addictions » (HSA) pour que les usagers puissent consommer à moindre risque. Mais la ville de Paris avance avec prudence sur le sujet, tant elle sait que l’ouverture de ce qui est parfois appelé des « salles de shoot », dont l’une existe déjà depuis 2016, peut susciter des tensions.

« Le projet, à moyen et long terme, est d’avoir des lieux qui permettent à la fois le soin et un espace de
consommation, décrit l’adjointe à la santé de la maire de Paris, Anne Souyris. À court terme, c’est d’avoir
beaucoup plus de lieux de repos et d’élargir les horaires des lieux existants ». « Mais tout est bloqué dans la discussion avec l’ARS et la préfecture », reprend-elle. Pour faire face à l’urgence, 40 places d’hébergement ont été débloquées ces trois derniers mois, et un bus de soin est désormais présent tous les après-midi sur le camp, ajoute-t-elle. Plusieurs observateurs craignent que la situation continue à s’enliser jusqu’à la présidentielle.

Le bilan en demi-teinte du « plan crack »
En mai 2019, les services de l’État, le parquet, la ville de Paris et les associations concluaient un protocole sur trois ans pour tenter d’extraire les usagers du crack de la rue. La Cour des comptes en dresse le bilan ce jeudi.
Au lieu des 9 millions d’euros prévus, 25 millions ont été investis dans ce « plan crack ». Mais la mise en œuvre est inégale. Seuls 19 des 33 actions programmées avaient été effectuées en juin 2021. La Cour souligne des résultats « réels mais partiels », sans effets sur la « tranquillité publique ». La coordination entre les différents acteurs s’est progressivement essoufflée.
Les places d’hébergements d’urgence à l’hôtel ont significativement augmenté, passant de 60 à plus de 400.
Les maraudes assurées par les associations ont aussi été renforcées. Mais les salles de repos et salles de consommation n’ont pas assez été développées, par manque de personnel soignant et de lieux pour implanter de nouvelles structures.


Article sélectionné par Xavier de Beaurepaire

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La consommation de drogues des 18-24 ans ?

La consommation de drogues des 18-24 ans ? Métro, boulot, bédo …Enquête sur la place du cannabis dans la vie quotidienne des jeunes.

L’usage de drogue est aujourd’hui une réalité pour plusieurs millions de jeunes Français. C’est ce que confirme l’étude* confiée par High Society à l’Ifop, qui a interrogé mi-novembre, 1 205 jeunes âgés de 15 à 24 ans sur leur consommation et leurs habitudes.

Il ressort notamment une réelle banalisation du cannabis dans cette génération : 47% des personnes interrogées en ont déjà fumé au moins une fois, soit plus de 3,5 millions de jeunes concernés ces dernières années. Largement utilisé à titre festif, le cannabis accompagne également certains consommateurs dans divers moments de la vie quotidienne, au travail, en cours, au volant ou encore avant une relation sexuelle.

S’ils disent avant tout rechercher un effet décontractant, les jeunes subissent aussi les effets nocifs des drogues : plus de la moitié des consommateurs ont déjà déploré d’en avoir pris et plus d’une jeune femme sur trois a regretté d’avoir eu un rapport sexuel après avoir usé de stupéfiants.

Face à cette hausse de la consommation, les campagnes de prévention et de sensibilisation se succèdent. Si elles ne convainquent pas l’ensemble des consommateurs, elles obtiennent toutefois des résultats concrets pour une partie d’entre eux : 29% des jeunes interrogés indiquent avoir stoppé ou diminué leur consommation après avoir eu connaissance de campagnes de cette nature.

Enfin, et à rebours de récentes études montrant que près d’un Français sur deux serait favorable à la légalisation du cannabis (notamment celle menée par l’Observatoire des drogues et toxicomanies -OFDT – fin 2018), les 15-24 ans sont seulement 35% à souhaiter que le prochain président de la République s’engage dans cette voie, y compris parmi les sympathisants de partis politiques favorables à une telle légalisation.

Cannabis : presque deux fois plus de jeunes concernés en 20 ans

Le cannabis arrive très largement en tête des stupéfiants consommés régulièrement ou pas par les jeunes âgés de 15 à 24 ans. La proportion de celles et ceux qui en ont déjà consommé a considérablement augmenté en 20 ans.

  • 47% des jeunes interrogés par l’Ifop ont déjà consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie (ils étaient 25% en 2001)
  • Les jeunes femmes sont plus nombreuses (50%) à avoir déjà consommé du cannabis que les jeunes hommes (44%)
  • 5% des jeunes âgés de 15 à 24 ans ont déjà pris quelques fois ou plusieurs fois de la cocaïne, du LSD, de l’héroïne ou de l’ecstasy.
  • Plus d’un jeune sur 10 (11%) a déjà inhalé du protoxyde d’azote, autrement appelé gaz hilarant

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Shoot et crack, un remède existe

Drogues. Consommateurs, trafiquants : qui sont les 220 000 personnes mises en cause chaque année ?

Selon les chiffres publiés ce mardi 30 novembre par le ministère de l’Intérieur, plus de 220 000 personnes sont mises en cause dans des histoires de drogues chaque année depuis 2016. Mais la majorité sont des consommateurs.

Environ 208 000 personnes ont été mises en cause en moyenne chaque année depuis 2016 pour usage et/ou trafic de stupéfiants par les services de police et de gendarmerie, selon les chiffres publiés ce mardi 30 novembre 2021 par le ministère de l’Intérieur.

Sur les 220 000 mis en cause, 179 000 sont des consommateurs

En moyenne, 44 000 personnes ont été interpellées pour trafic, 179 000 pour consommation et 2 000 pour d’autres infractions. Dans ce total, 17 000 contrevenants ont été arrêtés pour trafic et usage, souligne dans un rapport le service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI).

Entre 2016 et 2020, la consommation et la vente de drogue concernent près d’une interpellation sur cinq (18 %) par les forces de l’ordre, soit le troisième motif derrière les atteintes aux personnes (35 %) et aux biens sans violence ni menace (27 %).

Plus d’arrestations pour trafic

Si le nombre de mis en cause pour usage de stupéfiants a légèrement baissé entre 2016 et 2019 (-3 %), les arrestations pour trafic ont bondi de 15 % sur la même période.

Les infractions constatées pour consommation et trafic ont logiquement baissé sur les neuf premiers mois de 2020, en raison du premier confinement dû à la pandémie de Covid-19, avant de rebondir au dernier trimestre (+22 % d’usagers mis en cause par rapport au dernier trimestre 2019) dans le contexte de l’expérimentation puis la généralisation des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). Celles-ci permettent aux forces de l’ordre de sanctionner sur place sans passer par une procédure chronophage.

Des hommes de moins de 30 ans

Les données permettent également de dessiner le profil du consommateur et du trafiquant : à une écrasante majorité, il s’agit d’hommes (91 %), Français neuf fois sur dix, et âgés de moins de 30 ans (74 %). Selon que l’on détient de la drogue pour sa seule consommation personnelle ou pour en faire commerce, la réponse pénale diffère.

Plus de la moitié des personnes mises en cause pour usage (55 %) font l’objet d’une alternative aux poursuites ou d’une composition pénale – mesure qui permet d’éviter un procès lorsque des faits d’une faible gravité sont reconnus par l’auteur – avec une amende à payer sept fois sur 10. En revanche, près d’un mis en cause sur six pour trafic (59 %) passe par la case jugement et 80 % environ sont condamnés à la prison.

La France, grande consommatrice de stupéfiants

La France est le pays de l’Union européenne qui compte en proportion le plus de consommateurs de stupéfiants, avec 45 % des 15-64 ans qui ont déjà consommé du cannabis au cours de leur vie, contre 27 % dans l’ensemble de l’UE, selon les derniers chiffres de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).

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Philadelphie : les trottoirs de l’enfer

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Le crack, une drogue au redoutable potentiel addictif

DÉCRYPTAGE – Une fois l’euphorie passée, les effets et les conséquences sont dévastateurs.

Son potentiel addictif surpuissant fait du crack l’une des drogues les plus redoutées qui soient. «Il suffit souvent de quelques prises pour que le consommateur se trouve pris au piège», explique le Dr Jean-Michel Delille, psychiatre à Bordeaux et président de la Fédération addiction. Cette propension à «accrocher» rapidement son utilisateur s’explique par la manière dont sa substance active, la cocaïne, est ingérée. Le crack est inhalé le plus souvent grâce à une petite pipe ; la cocaïne qu’il contient est ainsi absorbée quasi instantanément par l’organisme. L’effet est aussi immédiat qu’intense, mais il est très bref car la quantité absorbée est faible. La montée est violente, la descente est un «crash», selon le DDelille, qui pousse le consommateur vers une autre prise de façon de plus en plus rapprochée.À découvrir

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«Dans un premier temps, l’usager va ressentir un sentiment d’euphorie, de toute-puissance et d’énergie, souligne le psychiatre. Mais cet effet positif s’atténue assez vite quand les prises deviennent répétées en raison du mécanisme de la tolérance. Parallèlement, les symptômes de sevrage deviennent plus intenses. Le consommateur est plongé dans un état très pénible : il se sent épuisé, malheureux, angoissé.» Le malade passe ainsi de la recherche du plaisir au soulagement d’un besoin, et ce dernier devient de plus en plus irrépressible.

La cocaïne ne peut être fumée directement sous sa forme poudreuse, car la combustion dégrade ses propriétés psychoactives. Elle est donc transformée avec une base («basée») comme le bicarbonate de soude ou l’ammoniaque, ce qui la fait passer à l’état de petits cristaux solides : le crack. Cette opération chimique est réalisée par des dealers (appelés «cuisineurs» dans le milieu, indique l’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie), qui vendent ensuite le crack, ou «free base», sous forme de petits cailloux blanchâtres ou de «galettes».

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«Dégringolade sociale»

«Les consommateurs ont souvent des trajectoires chaotiques avant même leur rencontre avec le crack, des vies douloureuses, d’exil, de violences ou de maltraitances, et ils cherchent un produit qui les aide à tenir le coup, à faire face à l’adversité du quotidien , à survivre», observe Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm et spécialiste des politiques de réduction des risques. Mais le crack fait aussi basculer des personnes plus insérées dans une «dégringolade sociale» selon la chercheuse : «Initiés dans un cadre festif, ils sont rapidement amenés à organiser leurs journées autour de la recherche du stupéfiant.»

Dans des entretiens menés par la sociologue avec des usagers, ces derniers évoquent d’ailleurs «le renfermement sur soi»«la perte de contrôle» et «l’obnubilation pour le produit». La cocaïne peut aussi déclencher des troubles psychiatriques qui se manifestent par de l’irascibilité, de la paranoïa, des violences. Elle est aussi à l’origine de crises d’épilepsie et d’accidents vasculaires coronariens ou cérébraux. Quant aux produits utilisés pour couper la poudre blanche, ils sont notamment associés à des risques de troubles cardiaques.

«S’il n’existe pas de traitement spécifique contre l’addiction à la cocaïne, il est heureusement possible de soulager certains symptômes», note le Dr Delille. Les médicaments les plus utilisés sont les régulateurs de l’humeur car ils améliorent le sommeil, réduisent l’angoisse, l’impulsivité, les idées de persécution fréquemment induites par la cocaïne mais aussi les prises de risques, les troubles du comportement et les violences. Des traitements visant à favoriser le sevrage sont actuellement expérimentés, mais «le cœur du traitement reste donc l’accompagnement global, médical, psychologique et social», selon le Dr Delille.

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Dans ce contexte, les salles de consommation à moindre risque peuvent constituer une porte d’entrée vers les soins, selon un rapport rendu par l’Inserm en mai dernier. Ces lieux, où exercent des soignants et des travailleurs sociaux, offrent «l’occasion de recréer un lien de confiance propice à la resocialisation», souligne Marie Jauffret-Roustide. Ils ont par ailleurs des effets positifs en termes de santé individuelle des usagers. L’enquête de l’Inserm montrait que 22% des usagers des salles de shoot étaient des consommateurs de crack.

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