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Vancouver, laboratoire de la drogue légale

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Dépénaliser l’héroïne, la cocaïne, les opiacés… C’est l’expérimentation, observée à la loupe dans le monde entier, qu’a lancée la province de Colombie-Britannique. Toute personne de plus de 18 ans peut y posséder jusqu’à 2,5 grammes de substances illicites.

Par Philippe Boulet-Gercourt publié le 01 avril 2023

Temps de lecture 8 min

Ça sent bon, au Coca Leaf Cafe. La lumière est douce, les serveuses souriantes et sympas, et le thé aux feuilles de coca, délicieux. Pour atteindre le bar, à droite, il faut contourner les trois ou quatre personnes qui font invariablement la queue devant un autre comptoir, comme dans un bureau de tabac. Sauf qu’elles ne viennent pas faire le plein de clopes. Elles repartent avec leurs sachets de champignons hallucinogènes, leurs flacons de LSD ou leurs feuilles de kratom, une plante inscrite en France sur la liste des psychotropes. On peut payer par carte de crédit et emporter, si on le souhaite, une brochure explicative pour chaque produit (« Si vous n’avez pas consommé de kratom auparavant, mieux vaut commencer par une dose de 2 milligrammes »).

Unique au monde ? Sans doute. Légal ? Certainement pas. Mais pour l’heure, toléré. Dana Larsen, le patron, n’est pas un dealer de drogue. C’est un activiste connu, et il le prouve en nous emmenant visiter à deux pâtés de maisons un autre endroit sans équivalent dans le monde, financé par les profits du Coca Leaf Cafe : « Get Your Drugs Tested » (« Faites tester vos drogues »), une échoppe où n’importe qui, gratuitement, apporte ses stupéfiants pour savoir s’ils comportent des substances comme le fentanyl, les benzodiazépines (anxiolytiques), le LSD…

Il existe d’autres sites de test par spectromètre, mais celui-ci détient le record du nombre d’échantillons analysés, plus de 40 000 à ce jour, les usagers pouvant pousser la porte du labo ou envoyer par courrier leurs drogues depuis tout le Canada.

Bienvenue dans le laboratoire mondial de la came ! Vancouver vient encore de le prouver, avec une mesure lancée par son précédent maire et reprise par toute la province de Colombie-Britannique : la dépénalisation des drogues dures (après avoir déjà autorisé la consommation de cannabis il y a cinq ans).

Depuis le 31 janvier, toute personne âgée de 18 ans et plus peut posséder légalement jusqu’à 2,5 grammes de substances illicites, y compris la cocaïne, les opioïdes tels que l’héroïne, la méthamphétamine et l’ecstasy. Les propriétaires ne sont plus arrêtés, leur drogue n’est plus saisie. La police distribue à la place des dépliants contenant des suggestions de traitement. Dans le monde, seuls le Portugal et l’Etat de l’Oregon aux Etats-Unis ont mis en place une législation similaire.

Pour comprendre l’origine de cette mesure, il faut sortir du Coca Leaf Cafe et remonter Hastings Street vers l’ouest, sur quelques centaines de mètres. C’est là que se trouve le cœur de Downtown Eastside, un quartier regroupant des milliers de drogués, hallucinante cour des miracles jalonnée de centaines de tentes de SDF.

C’est de ce concentré de misère humaine et de vies ravagées qu’est partie l’étincelle de la dépénalisation, venant d’activistes comme Garth Mullins, de l’association Vandu (Vancouver Area Network of Drug Users, ou « réseau de consommateurs de drogues de la région de Vancouver »).

« Nous nous battons pour la dépénalisation depuis une éternité, dit ce militant qui a joué un rôle clé dans cette première expérience de dépénalisation. A chaque fois, nous avons obtenu des réformes en tordant le bras du gouvernement. La pandémie de Covid a fait progresser les choses, nous avons continué à militer et soudain, un espace s’est ouvert, une opportunité politique. Il faut dire que la crise était tellement violente… »

Urgence de santé publique

Paul s’en souvient. Infirmier de soins d’urgence, il intervient sur les overdoses, le plus souvent dues au fentanyl, susceptible de stopper la respiration. « Vous avez dix minutes pour la faire repartir. Dès la sixième minute, il peut commencer à y avoir des dégâts cérébraux. » Paul est armé de naloxone, une sorte d’antidote qui permet souvent à la personne de « redescendre ». Mais pas toujours. Et face aux benzodiazépines, il n’existe aucun antidote. « Au début du Covid, je voyais mourir deux personnes par semaine. Il y en a même eu quatre, une semaine. » Paul n’a pas craqué, malgré des astreintes de douze heures où il ne cesse de courir d’une overdose à l’autre, mais il consulte de temps à autre un psychothérapeute

Depuis qu’en avril 2016 la Colombie-Britannique a déclaré l’épidémie d’opioïdes comme une urgence de santé publique, la province a enregistré plus de 11 000 morts par overdose, dont 2 272 pour la seule année 2022, soit plus de 6 morts par jour. Dans 82 % des cas, le fentanyl, initialement commercialisé par les laboratoires pharmaceutiques comme antidouleur et devenu l’objet d’un trafic massif, était impliqué. . . « A la fin des années 1990, un décès quotidien aurait été considéré comme une crise, se souvient Dana Larsen. Aujourd’hui, on regarderait un tel chiffre comme un vrai succès. »

Face à de tels ravages, Bonnie Henry a été l’une des premières, parmi les autorités, à suggérer la dépénalisation. Chargée de la santé pour la Colombie-Britannique, cette femme qui n’appartient pas au cénacle politique est devenue une icône nationale pour son rôle pendant la pandémie de Covid. Avant même l’arrivée du virus, en 2019, elle publie un rapport proposant de décriminaliser la possession de drogues pour usage personnel. « Le gouvernement provincial a rejeté mon rapport, il n’était pas prêt à s’engager sur cette voie, raconte-t-elle. Mais pendant la pandémie, la situation s’est nettement aggravée, du fait notamment de l’isolement des personnes, et le gouvernement a changé d’attitude. »

C’est la ville de Vancouver qui donne le coup d’envoi. Elle est la première à négocier avec le gouvernement fédéral l’autorisation d’expérimenter la dépénalisation. « Un jour de la fin 2020, raconte Kennedy Stewart, le maire de l’époque, la ministre fédérale de la Santé m’a téléphoné et m’a dit : “J’ai travaillé avec mon équipe et nous pensons que la ville pourrait demander la dépénalisation des drogues. Etes-vous prêt ?” “Et comment !” J’ai présenté une motion au conseil municipal, qui l’a adoptée. »

Attention : il ne s’agissait pas, et il ne s’agit toujours pas, de légaliser les drogues dures mais de réduire le nombre de morts, en limitant les comportements dangereux et en améliorant le travail de la police. Empêcher qu’un usager se cache de tous pour risquer de mourir seul chez lui. Empêcher qu’un(e) drogué(e), une fois sa came saisie, ne soit forcé(e) à un acte immédiat de prostitution (une industrie qui emploie de 7 000 à 10 000 personnes à Vancouver), ou tout autre crime. Empêcher que les flics passent leur temps au jeu dérisoire du chat et de la souris. Empêcher la stigmatisation sociale, source de rejet et de problèmes pratiques sans fin pour les drogués.

Un projet qui effraie

Son administration étant visiblement effrayée par le projet, le maire embauche Kora DeBeck, une chercheuse qui connaît le sujet sur le bout des doigts.

« La seule chose qu’il nous fallait absolument était le soutien de la police, poursuit l’ex-maire. Si elle disait non, c’était fini. Je ne m’entendais pas très bien avec leur syndicat, mais bizarrement j’avais de bons rapports avec leur chef. C’est à cause de lui que le seuil de possession a été fixé à 2,5 grammes. C’était une sorte de marché. » Imparfait, comme toute négociation, mais il fallait agir à tout prix.

« Kennedy Stewart a été très courageux, dit Garth Mullins, il a perdu sa campagne de réélection l’an dernier face à un candidat “loi et ordre” en partie à cause de cela. » Mais le seuil de possession de 2,5 grammes est considéré comme bien trop faible par presque tous, les stupéfiants étant souvent détenus en plus grande quantité. « Nous avions des données sur la consommation quotidienne de drogue, explique Kora DeBeck, l’universitaire recrutée comme consultante. C’était bien plus que 2,5 grammes, une de mes étudiantes estimait le montant à 15 grammes. »

Surtout, « la dépénalisation ne change rien à la toxicité des drogues », explique Ryan Maddeaux en s’allumant une pipe d’héroïne (il a replongé en 2020, quand il n’a pu trouver de calmants pour une rage de dents en plein Covid). Il est bien placé pour le savoir : volontaire chez Vandu, Ryan supervise une salle de shoot en sous-sol, équipée d’une bonbonne d’oxygène et de kits de naloxone. « Quand ça va mal, tu observes les détails, la poitrine qui bat trop vite, tu demandes : “Ça va, mec ?” »

Pour toute l’année 2022, la Colombie-Britannique a déploré un seul décès par overdose dans une salle de shoot. Le quartier de Downtown Eastside, que certains ont rebaptisé « Zombieland », ne représente d’ailleurs que 14 % des morts par overdose de la province. La plupart surviennent à l’intérieur des logements, souvent dans des familles « normales ».

L’expérimentation de la Colombie-Britannique commence tout juste. A ce premier stade, modeste, elle est quand même un big deal, un sacré changement de direction. « Pour moi, l’importance de cette loi tient à deux choses, analyse Bonnie Henry. Premièrement elle stipule que l’on n’est pas un criminel parce qu’on se drogue. Cela peut sembler simple mais c’est extrêmement important. Les consommateurs de stupéfiants me disent constamment que, lorsqu’ils s’adressent au système de santé, ils ne sont pas bien traités, les gens leur disent qu’ils sont des drogués et que c’est une infraction pénale. »

Ensuite, poursuit-elle, la police n’a plus à se demander sans cesse comment agir : « Les policiers m’ont parlé de leur crainte de voir leur responsabilité engagée s’ils ne saisissent pas ces substances et si la personne consommatrice meurt ensuite d’une overdose. » Pour Bonnie Henry, comme pour beaucoup d’autres, cependant, la suite logique de l’évolution amorcée serait une légalisation contrôlée, comme cela a été le cas pour l’alcool, le tabac ou maintenant le cannabis.

Il existe un autre scénario possible : un retour de bâton. Fin décembre, Pierre Poilievre, le leader de l’opposition conservatrice au Premier ministre canadien Justin Trudeau, poste une vidéo de lui devant un campement de SDF de Vancouver. L’épidémie de morts par overdose, lance-t-il, est le résultat « d’une politique délibérée des gouvernements libéraux et néodémocrates [Trudeau et ses alliés, NDLR] pour fournir des drogues financées par le contribuable, inonder nos rues avec ces poisons ». « Mais il existe des solutions, ajoute-t-il, nous savons ce qui fonctionne. » Lesquelles ? « Consacrer nos ressources au renforcement de nos frontières pour empêcher l’entrée dans le pays des ingrédients précurseurs qui entrent dans la fabrication de ces drogues. »

Une guerre illusoire

Bon courage ! A la mi-mars, à Vancouver et dans sa banlieue, la police fédérale a arrêté quatre individus et saisi une cache massive de précurseurs chimiques capables de produire 262 millions de doses de fentanyl à 2 milligrammes, un seuil potentiellement mortel, et 3 millions de doses d’ecstasy. Sur l’un des sites, la police a découvert un système de pressage de pilules susceptible d’en produire… 60 000 par heure. Pour une opération démantelée, combien d’autres restent opérationnelles ? « Trois types dans un labo, comme dans “Breaking Bad” [une série américaine sur un business de stupéfiants, NDLR], c’est facile », résume Dana Larsen.

La « guerre contre la drogue » n’a jamais marché, mais avec le fentanyl, elle devient encore plus illusoire. Quand on demande à Garth Mullins s’il pense que la France, jusque-là relativement épargnée par cet opioïde, puisse se retrouver touchée, il n’hésite pas : « “Fuck yeah”, c’est garanti ! Mais vous avez la chance de pouvoir vous inspirer de ce qui se passe ici, de combattre cette crise avant qu’elle ne devienne massive. » « Cela va vous tomber dessus », confirme Kennedy Stewart, l’ex-maire.« Quelqu’un m’a dit un jour qu’une seule grande enveloppe pouvait contenir 50 000 doses de fentanyl. Imaginez que cette enveloppe arrive à Marseille. C’est tellement moins cher à produire, pourquoi s’embêter à cultiver du pavot en Afghanistan ? »

Voilà pourquoi l’Europe, comme le reste du monde, observe de près l’expérience de la Colombie-Britannique. « Je reviens tout juste de Vienne, où j’ai participé aux travaux de la Commission des Nations unies sur les stupéfiants, confie Bonnie Henry. Oui, on nous observe au microscope. » Plutôt que de parler de laboratoire, Kennedy Stewart préfère une image empruntée au cinéma, à « Casablanca », ce film américain sur la rédemption d’un propriétaire de tripot, où la fumée de cigarette de Humphrey Bogart se noie dans le brouillard qui baigne l’aéroport : « Vancouver, dit-il, est le “Casablanca” de l’Amérique du Nord. »

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Pourquoi tant de décès liés à la drogue parmi les jeunes Finlandais ?

par euronews (en français)

Malgré ses excellents systèmes de santé et d’éducation, la Finlande détient le triste record dans l’UE, de la plus forte proportion de jeunes qui meurent d’une overdose. Le débat sur l’ouverture de salles de shoot sécurisées est relancé à l’approche des législatives dans le pays.

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ENQUÊTE sur la santé et les consommations lors de la Journée d’appel et de préparation à la défense (ESCAPAD)

En 2022, l’OFDT , avec le soutien de la DSnJ, a réalisé la 9ème enquête sur la Santé et les Consommations lors de l’Appel de Préparation À la Défense (ESCAPAD). Cette enquête a eu lieu en Mars 2022 en France métropolitaine. Plus de 22 000 jeunes de 17 ans ont répondu à un questionnaire anonyme auto-adminitré.

Historique et partenariat

Depuis 2000, l’OFDT interroge régulièrement, avec le soutien de la Direction du service national et de la jeunesse (DSNj), les jeunes Français lors de la Journée défense et citoyenneté (JDC), initialement dénommée Journée d’appel à la Préparation à la défense (JAPD). Le questionnaire auto-administré de cette Enquête porte sur la santé de ces jeunes garçons et jeunes filles âgés de 17 ans, ainsi que sur leurs consommations de produits psychoactifs et leurs conduites addictives.

Objectifs

L’enquête permet en premier lieu de renseigner sur la consommation de substances psychoactives (dont le tabac, l’alcool et le cannabis à 17 ans. Depuis 2011, de nouvelles thématiques ont été progressivement introduites, avec notamment la pratique du jeu d’argent et de hasard d’une part, celle du jeu vidéo d’autre part.

Elle a aussi pour but d’étudier certaines caractéristiques individuelles souvent associées aux comportements de consommations de produits psychoactifs, comme par exemple la situation scolaire et le redoublement, la situation familiale ou encore la PCS des parents. Sa répétition depuis 2000 assure par ailleurs un suivi précis et fiable de l’évolution des comportements d’usage depuis plus de 20 ans.

Méthodologie : Enquête statistique sur la base d’un échantillon aléatoire

L’enquête ESCAPAD s’est déclinée sur 9 vagues de 2000 à 2022 (2000, 2002, 2003, 2005, 2008, 2011, 2014, 2017, 2022). Elle a toujours été menée au mois de mars sur une période variant de 1 à 2 semaines selon les années. Elle se déroule dans tous les centres de la JDC en France (y compris ceux des DROM selon les années). Tous les jeunes passant leur JDC lors la période de l’étude sont invités à répondre à un questionnaire auto-administré anonyme durant une vingtaine de minutes selon un cadre standardisé.

   Questionnaire ESCAPAD

Résultats

Données nationales

   Les drogues à 17 ans – Analyse de l’enquête ESCAPAD 2022, Tendances N° 155, mars 2023 – OFDT – Paris.

   ESCAPAD, 20 ans d’observation des usages à l’adolescence, mars 2022 – OFDT – Paris.

   Guide méthodologique ESCAPAD, octobre 2019 – OFDT – Paris.

   Niveaux de pratique des jeux d’argent et de hasard à la fin de l’adolescence en 2017, Note de synthèse, septembre 2018 – OFDT – Saint-Denis.

Source

Drogues : quels sont les moyens de prévention mis en œuvre par le gouvernement ?

Drogues : quels sont les moyens de prévention mis en œuvre par le gouvernement ?

La MILDECA a pour mission de lutter contre toutes les addictions. © Thierry LINDAUER

L’affaire Palmade a mis sur le devant de la scène la problématique de la drogue en France. La MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) supervise la prévention des toxicomanies. Entretien avec son président, le docteur Nicolas Prisse.

 Quelle est la situation en termes d’addictions et notamment auprès des jeunes ?
« D’après des enquêtes de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, l’usage de cannabis est en net recul : 9,1 % des élèves de 3e l’ont expérimenté en 2021, soit presque trois fois moins qu’en 2010 (23,9 %). En ce qui concerne la cocaïne, il n’y a pas de nouveaux chiffres comparatifs pour l’instant (les derniers datent de 2017, ndlr), mais il faut noter que 2,7 % des jeunes de 17 ans ont expérimenté la cocaïne en 2017. Chez les 18-64 ans, 5,6 % l’ont expérimenté et 1,6 % sont des usagers dans l’année. La consommation de ce type de drogue, qui est nul doute en augmentation, n’est pas inéluctable, mais l’affaire est sérieuse. » 

Pêche miraculeuse de plus de deux tonnes de cocaïne sur une plage de la Manche

Quelles sont les solutions apportées par le gouvernement ?
« Nous mettons en place des actions dont la stratégie est d’éviter tous les types d’addiction, sans cibler une drogue en particulier. Nous réalisons des programmes de prévention fondés sur le renforcement des compétences psychosociales au sein des établissements scolaires. L’idée est que les jeunes se sentent mieux avec eux-mêmes, mieux avec les autres et avec leur environnement. Ils développent ainsi leur confiance en eux, un certain esprit critique et la capacité de dire non. Ces programmes sont adaptés en fonction de l’âge des élèves. »

Ces programmes font aussi de la prévention…
« Tout à fait, ils ont aussi pour ambition d’informer sur les dangers de la consommation de toutes les substances addictives. Par exemple, il est important de rappeler que le cannabis d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui qui circulait il y a trente ans. Il est 3 à 4 fois plus concentré et il génère des troubles graves. Il peut engendrer des répercussions sur les cerveaux des adolescents qui sont en construction. »

Quelles sont les mesures pour lutter spécifiquement contre la cocaïne ?
« Il y a tout d’abord l’action du gouvernement avec la lutte contre tous les trafics. Nous n’avons jamais saisi autant de cocaïne ces derniers temps. Même si la production et la circulation de ce stupéfiant ont augmenté, le travail des forces de l’ordre est encore plus efficace. Ensuite, nous avons choisi une communication ciblée auprès de groupes à risque.

Nous avons élaboré un partenariat avec des lycées professionnels de la restauration. Le dispositif ESPER a aussi été lancé auprès d’entreprises, organisations, associations (etc.) afin de lutter contre les conduites addictives en milieu professionnel et de sensibiliser les employeurs sur les risques psycho-sociaux et le bien-être au travail. Nous collaborons également avec le collège de médecine générale et d’autres professionnels de santé afin que chacun puisse agir en conséquence. » 

Photo d’illustration SALESSE Florian  

Plus de 156 tonnes de drogues saisies en 2022, dont 27 tonnes de cocaïne : « La mère de toutes les batailles »

Marie Jauffret-Roustide : « Prévenir et moins moraliser les consommateurs »

Marie Jauffret-Roustide est sociologue, chercheuse à l’INSERM et spécialiste de la politique de lutte contre les drogues.

 » Notre pays est le 2e d’Europe sur 34, où l’on consomme le plus de cannabis, alors même que nous avons une des politiques les plus répressives du continent. Cela montre que la répression ne marche pas, c’est contre productif. Pour exemple, au Portugal, qui a dépénalisé l’usage de toutes les drogues en 2001, on constate qu’il y a trois fois moins de consommateurs de cannabis que dans l’Hexagone, d’après l’Observatoire européen des drogues « , détaille Marie Jauffret-Roustide.

Cette sociologue souligne qu’en France, les consommateurs sont stigmatisés et accusés d’être à l’origine de nombreux maux alors qu’il serait plus utile de les sensibiliser sur les risques sanitaires encourus en consommant ce type de substance. « Il faudrait une approche moins moralisatrice. Prenez l’exemple du tabac. Il n’est pas interdit, mais sa vente est encadrée par la loi avec une prévention prononcée comme les images chocs sur les paquets de cigarettes. Du fait qu’il ne soit pas prohibé, il est aussi moins tabou d’en parler, notamment pour les jeunes avec leurs parents. »

L’exemple du Canada

En octobre 2018, le Canada a créé un cadre juridique strict pour contrôler la production, la distribution, la vente et la possession de cannabis.
 » Sa consommation est interdite aux moins de 21 ans et la vente de ce produit à des mineurs est fortement réprimée par la loi, plus qu’en France. L’idée est de punir le trafic et non les consommateurs. La vente est contrôlée par le pays et l’argent collecté est réinvesti dans la prévention et la prise en charge des personnes au comportement addictif.  » 

premium Conduite sous stupéfiants = permis retiré ? Pourquoi c’est loin d’être aussi simple que le dit Gérald Darmanin

La sociologue rappelle également que si les drogues doivent être une préoccupation majeure, il est nécessaire d’êtres très vigilant sur d’autres substances comme l’alcool. Elle précise qu’ »un jeune sur 2 de 17 ans a connu au moins une alcoolisation ponctuelle importante dans le mois d’après l’OFDT. « 

Stéphanie Merzet 

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Stop ou encore ? Ressaisissons-nous !

Professeur Jean Costentin

L’actualité montre que notre société est comparable à une solution de drogues à saturation ; elles cristallisent en de multiples circonstances, dont quelques une sont énumérées ici.

–Six cent morts chaque année sur les routes de France sont imputables aux drogues ; le nombre des estropiés (à des degrés divers) n’étant pas communiqué, on peut l’imaginer d’un niveau au moins dix fois plus élevé !


-Le cannabis associé à l’alcool multiplie par 27 le risque d’accidents mortels de la route. 


-Chaque année, en France, soixante quinze mille morts sont imputables au tabac et 41.000 à l’alcool ; là non plus on ne s’efforce pas de dénombrer ceux qui y survivent dans un état de santé affectant leur qualité de vie.

-Les accidents professionnels liés aux toxicomanies sont sans doute nombreux, mais la médecine du travail ne semble pas soucieuse d’en établir l’origine.


-L’empreinte des drogues est avérée dans les turpitudes du sieur Palmade qui défrayent la chronique.


-Le « chemsex », se fait invasif ; des drogues (cathinones entre autres) permettent de substituer à l’étreinte amoureuse une copulation sans amour et des performances d’itération, chevauchées fantastiques, qui finiront bien un jour en une épreuve
olympique.

On exprimera cette pratique par une contrepèterie : avec le chemsex « la mer se transforme en bouse ».


-En Vendée, l’assassinat de Leslie et Kevin est en relation avec la drogue.


-S’agissant de la pyromane de la rue Erlanger à Paris, à l’origine de six morts, son avocat a rassuré la Cour en déclarant qu’elle ne fumait plus 12 joints par jour, mais deux seulement désormais .


-Le meurtre de madame Sarah Halimi portait, outre la signature de l’antisémitisme, celle du cannabis.


-Quelques uns de nos députés s’enivrent à la buvette de l’Assemblée nationale pour mieux légiférer.


-Le salon de l’agriculture devient un haut lieu d’alcoolisation.


-La consommation de cocaïne est en pleine expansion.

-Cent trente tonnes de cannabis, 30 tonnes de cocaïne ont été saisies en France, l’an passé, révélant plutôt l’importance des trafics que l’asséchement du marché.


-Deux tonnes de cocaïne s’échouent sur des plages normandes. La chanson de Brigitte Bardot devient (« Sur la plage ensoleillée, cocaïne et crustacées »).


-Des quartiers parisiens sont sinistrés par le « crack »/cocaïne base (« la colline du crack », « le stalincrack »).


-Le port du Havre est vérolé par la drogue ; il prend la voie (maritime) du port d’Anvers.


-Les règlements de compte des dealers et trafiquants de drogues, spécialement à Marseille, sont rythmés aux sons des kalachnikovs ; qui frappe par la drogue périra par la kalachnikov !


-Différents « territoires perdus de la République » ne le sont pas pour les trafiquants de drogues.

-Dans le critérium Européen des toxicomanies, la France est championne absolue de la consommation du cannabis, avec 1.500.000 usagers réguliers ; elle est aussi dans le peloton de tête de la consommation d’alcool, avec 4.500.000 sujets alcoolo-dépendants.


-A l’instigation de O. Véran (avant qu’il soit ministre, de la Santé S.V.P.) s’est constituée une mission parlementaire visant à permettre la légalisation du cannabis à des fins « thérapeutiques » (même si l’académie de Médecine estime que le cannabis est
« un faux médicament et une vraie drogue
 ») et « à des fins récréatives » (malversation langagière qui remplace ce qu’il faudrait exprimer « à des fins toxicomaniaques ».


-Des maires LR (Reims, Charleville Mézière) un député (7 ième circonscription de l’Essonne) primitivement LR, mais devenu macroniste, une autre (2 ième circonscription du Loiret) prônent avec véhémence la légalisation du cannabis.


-Des addictologues à contre-emploi, impuissants à traiter les victimes du cannabis, militent pour sa légalisation.


-Un hebdomadaire, « Valeurs Actuelles », mobilisé contre les errements et les déviances de notre société, réussit ce tour de force de n’avoir jamais parlé des drogues et des toxicomanies depuis plus de 5 ans.


-L’Education nationale se désintéresse complètement de la prévention des toxicomanies, se gardant d’informer les élèves des méfaits des drogues. L’intoxication de notre jeunesse lui explosant à la figure, elle croit nous rassurer en déclarant qu’elle
expérimente (encore) les méthodes les plus appropriées pour lui en parler. Avec un sens aigu du contournement, elle teste une approche qu’elle désigne d’un terme anglais ; « unplugged » (relation avec le plug anal érigé place Vendôme ?, qui, défrayant la chronique, fut par un heureux sabotage, débranché (unplugged) !


-Des médias déclarent que le Grand duché du Luxembourg ainsi que l’Allemagne vont légaliser le cannabis, en se gardant d’indiquer que pour ce faire il leur faudra l’aval de l’Union européenne (ce qui est loin d’être acquis).

Ces médias et/ou d’autres annoncent que le Canada autorise la vente libre de la cocaïne ; alors que le premier ministre Trudeau, pourtant très permissif, le dément. Forcer les réticences par des informations fantasmées est une des « manipes » habituelles de ces déformateurs patentés qui, comble d’infamie, se présentent comme dénonciateurs de « fake news ».


-Le Conseil économique social et environnemental (CESE), complètement en dehors de son expertise, fait tenir son stylo par des idéologues très marqués politiquement, pour recommander la légalisation du cannabis.


-Le Conseil constitutionnel abroge une disposition réglementaire qui autorisait les douanes à fouiller les véhicules et bagages des sujets suspects de trafics, privant les « gabelous » d’un moyen majeur de lutte contre les trafics de drogues.


Bien que très incomplet, arrêtons là cet inventaire à la Prévert. Le ministre de lntérieur, monsieur G. Darmanin, exprime un engagement résolu contre les drogues, les trafiquants et les dealers.

C’est maintenant qu’il faut agir avant qu’ils engloutissent notre Société. Une même volonté devrait animer le ministre de la
Justice, celui de l’Education nationale, celui de l’Economie, celui de la Jeunesse et des Sports, celui de la Santé, celui de la Culture et d’autres ministères encore…

C’était l’objectif affiché de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et Conduites Addictives (MILDECA), qui fut dévoyée par trois sur quatre de ses présidents précédents. Elle est actuellement en phase de ressaisissement. Les moyens qui lui sont alloués devraient être décuplés tandis que la lutte contre les drogues et toxicomanies devrait être érigée en une grands cause nationale.

Présentation du Président Alexis Goosdeel

Le Président de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies, monsieur Alexis Goosdeel, a été récemment auditionné par la sous commission « Addiction » de l’Académie nationale de médecine.

Le secrétaire de cette commission, le professeur Michel Hamon en a fait une remarquable synthèse, avec son autorisation et celle du président de la commission, le professeur Jean-Pierre Goullé, nous la reproduisons sur le blog, jugeant qu’elle comporte des informations très importantes


Présentation du Président Alexis Goosdeel : Psychologue clinicien de formation,

A. Goosdeel a rejoint l’EMCDDA (encore appelé Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies, OEDT) il y a 25 ans, et en est le président depuis janvier 2016.

Le message de sa première diapo : « DROGUES – LE RETOUR », le Pdt Goosdeel souligne d’emblée que la consommation de produits est en augmentation, et atteint aujourd’hui un niveau qui efface complètement la baisse relative qui est intervenue du fait de la pandémie du Covid (diminution de la consommation d’ecstasy et de cocaïne avec l’absence d’évènements festifs pendant le confinement, mais augmentation de celles de cannabis, d’alcool, de benzodiazépines liée au mal-être qui y est associé).

Le suivi des TENDANCES à l’OEDT le conduit à mettre en avant trois mots-clés :

PARTOUT, TOUT et TOUT LE MONDE :


1 – « PARTOUT », avec 213 tonnes de cocaïne (et 21 tonnes d’amphétamine) saisies et 350 laboratoires clandestins démantelés en 2020 dans l’ensemble de l’Union Européenne. En lien avec l’escalade dans la demande des usagers, les
produits saisis sont de plus en plus puissants.

Par exemple, alors que les pastilles d’ecstasy contenaient 60 mg de produit actif (MDMA) à l’époque du mouvement hippy, elles peuvent en contenir aujourd’hui 180-240 mg voire même jusqu’à 350 mg (et bien sûr causer des dommages sanitaires majeurs). De même, la teneur en THC de la résine de cannabis (haschich) est passée de 3-4% à 18-24% (et jusqu’à 90-
95% dans des e-liquides pour les cigarettes électroniques).


2 – « TOUT », les addictions peuvent concerner non seulement les drogues mais aussi toutes sortes d’activités comme les jeux en ligne, le sexe (chemsex avec la prise de méthamphétamine – crystalmeth -, de cathinones, l’injection i.v. de cocaïne,
etc). TOUT aussi parce qu’il y a de plus en plus de nouvelles substances, de plus en plus puissantes, notamment des cathinones de synthèse (en provenance du Yémen, d’Ethiopie), des cannabinoïdes de synthèse (en provenance des USA), etc.


3 – « TOUT LE MONDE » toutes les couches sociales sont confrontées à la problématique des addictions. Y compris les milieux sportifs et le monde du travail où la polyconsommation (psychostimulants, cannabinoïdes, benzodiazépines…)
s’installe pour booster la performance et résister à la pression qu’elle entraine. Face à la complexité de la situation et la diversité croissante de l’offre, comment PROTEGER vis-à-vis des risques addictifs ?


A cet égard, l’ONU a défini des objectifs (pour 2030) en matière d’offre de soins dans le respect des droits humains fondamentaux. Ces objectifs impliquent une large coopération internationale et des actions multiples (sanitaires, sociales, sociétales…) coordonnées au niveau des états. A l’heure actuelle, 4 pays sur 29 (les 27 de l’UE plus la Turquie et la Norvège) suivent ces recommandations pour ce qui concerne les opiacés.

En réalité, les difficultés sont énormes du fait de NOUVEAUX DEFIS liés à : (i) l’augmentation de la pression du marché des (nouvelles) drogues, (ii) la crise économique associée à la pandémie de COVID et la précarité qu’elle engendre, (iii) la guerre en Ukraine, (iv) le trafic de drogues qui constitue de plus en plus le revenu principal des réseaux du crime organisé, (v) le développement de la violence en lien avec ce trafic, etc.

Pour sa part, l’OEDT a mis en place, dans le cadre d’une coopération renforcée entre les états membres de l’UE, un système d’alerte européen sur le développement croissant de la consommation des drogues et ses corrélats logistiques comme, entre autres, le marché des précurseurs chimiques et leur transformation dans des laboratoires clandestins.

Au cours des 25 dernières années, 900 substances ont ainsi été identifiées (dont 27 ont été placées sous contrôle par l’OMS). Par ailleurs, l’OEDT a publié 168 avis d’alerte et effectué 38 évaluations des risques liés à divers produits.

Sous la direction de A. Goosdeel depuis 2016, l’OEDT a installé à Bruxelles un Centre de Prospective (dans la suite du Centre Commun de Recherche initié sous la présidence de Jacques Delors) destiné à identifier les « mégatendances » en matière d’addictions. Dans ce cadre, l’hyperconnexion internet, dont le développement s’accélère, constitue un nouveau défi avec la perspective de toujours plus de trafic et d’accès en ligne à de nouveaux produits.

Par ailleurs, les coupures budgétaires avec la fermeture des services d’urgence, l’accroissement des inégalités et de la précarité, le réchauffement climatique (qui pourrait générer de nouveaux conflits du fait de changements dans les lieux de culture du cannabis par exemple), la radicalisation de certains groupes sociaux, et plus globalement la gestion libérale

de la santé et de l’hôpital constituent autant de facteurs de dégradation sociétale susceptibles de promouvoir la consommation de drogues.

En contrepartie, le développement de la télémédecine et de la « e-health » combiné à l’accroissement des connaissances scientifiques (notamment dans le domaine des neurosciences) contribue à promouvoir de nouvelles approches pour le traitement des personnes « addictes ».

Ainsi, le « drogué » est de plus en plus considéré comme une personne malade (plutôt qu’un délinquant), et on observe une évolution dans le même sens du statut pénal de la consommation de drogues (en particulier au Portugal).

Les positions « idéologiques » qui conduisent au rejet systématique des produits classés comme « drogues » sont contrecarrées par les travaux de recherche en cours qui montrent l’intérêt thérapeutique potentiel de certaines drogues à de faibles doses ; comme par exemple la MDMA pour le traitement du syndrome de stress post-traumatique, des psychédéliques (LSD, psilocybine) pour la dépression.

Enfin, la personne malade ne devrait plus être un « patient » mais un « partenaire » pour sa prise en charge clinique, et la reconstruction du lien social devrait s’imposer comme un élément clé de son traitement tout particulièrement en cas d’addiction.

En d’autres termes, pour A. Goosdeel, le « vivre ensemble » et le « travailler ensemble » devraient être préconisés pour défragmenter les différentes approches sanitaires des addictions et associer de façon coordonnée toutes les parties prenantes pour une offre de soins optimisée à la personne addicte.

Cannabiz’ness

La vraie addiction : l’argent

Les chiffres donnent le vertige. Rien qu’en octobre de cette année, 34 tonnes de cocaïne ont été interceptées par les douaniers du port d’Anvers, le plus grand site portuaire d’Europe avec ses 129 km². Pour 2021, les saisies montaient à 90 tonnes, 35 % de plus que l’année précédente et quatorze fois plus qu’en 2011, rien que pour la cocaïne qui arrive essentiellement par container des trois pays producteurs : la Colombie, la Bolivie et le Pérou, en passant par le Brésil, l’Equateur et les Antilles.

Si la production est en hausse, la demande l’est autant. D’après l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), en 2022, avec 600 000 consommateurs (au moins occasionnels), la cocaïne est « le produit illicite le plus consommé en France après le cannabis ».

La part des 18-64 ans ayant expérimenté la cocaïne a été multipliée par quatre en deux décennies, passant au sein de la population de 1,2 % en 1995 à 5,6% en 2017.Anvers et les autres ports du nord de l’Europe, portes d’entrées de la drogue.Crédit : DW, Insight Crime Investigation.

La seule justification à cette violence est l’argent, estime un procureur.

Un kilo de cocaïne vaut 1 000 dollars au Pérou et 30 000 à Anvers. Vendu 50 euro le gramme, chaque gramme coupée trois fois en moyenne rapporte 150 euros. Ailleurs, le consommateur payera bien plus : (d’après le magazine Challenge : $533 à Riyad, $205 à Tel Aviv, $103 à Londres, et $76 à Paris).

1 kg de coke vendu 30 000 euros à Anvers par le grossiste rapporte donc (au moins) 90 000 à la vente, ce qui fait qu’une tonne peut rapporter 90 millions d’euros. Les 90 tonnes saisies en 2021, au prix d’achat de 2,7 milliards (90 x 30 millions) auraient donc pu rapporter le triple, c’est-à-dire 8,1 milliards d’euros à la vente !

A cela s’ajoute le fait que les saisies ne représentent que 12 % du volume total du transit de la place. Ce qui fait qu’au bas mot, on arrive à plus de 110 milliards d’euros de cocaïne ayant transités par le port d’Anvers, rien qu’en 2021 !

Ce grand port européen voit passer des millions de containers dont à peine 1 % est scanné, sur deux points de contrôle, de part et d’autre de l’Escaut et officiellement, libre échange oblige, pour des impératifs de rapidité et de concurrence. 70 millions d’euros ont été débloqué pour 5 scanners supplémentaires… qui se concentreront sur les cargaisons arrivant de pays à risque.

« Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas, à certains moments cette surpuissance, qui fait que tout leur est dû et que plus rien ne leur fait peur ? », note Michel Claise.

Source : Karel Vereycken

Trafic de drogue : le nouveau défi des ports bretons 

180 kg de cocaïne, représentant une valeur de 15 millions d’euros, ont été saisis dans la coque d’un vraquier, dans le port de Lorient, dans la nuit du 9 au 10 février.
180 kg de cocaïne, représentant une valeur de 15 millions d’euros, ont été saisis dans la coque d’un vraquier, dans le port de Lorient, dans la nuit du 9 au 10 février. (Photo Douane française)

Des ballots de cocaïne dissimulés dans les entrées d’eau de cargos en escale à Lorient et à Brest. Les trafiquants adaptent leurs techniques de transport et de récupération de la drogue. Les ports secondaires sont prévenus.

Le Falkonera, à Lorient, un cargo vraquier de 229 mètres où ont été retrouvés, le 9 février dernier, 180 kg de cocaïne dans les entrées d’eau du navire. Le Nord Capella, à Brest, cargo de 230 mètres, ce jeudi 16 février 2023, avec 178 kg de cocaïne dissimulés dans un renfoncement de coque, derrière une grille, sous la ligne de flottaison. Ces deux prises récentes illustrent une technique rodée pour transporter et surtout récupérer, en toute discrétion, les ballots savamment emballés pour résister à un transport de milliers de kilomètres dans l’eau.

178 kg de cocaïne ont été saisis à bord du cargo le Nord Capella, dans le port de Brest, le 16 février dernier.
178 kg de cocaïne ont été saisis à bord du cargo le Nord Capella, dans le port de Brest, le 16 février dernier. (Photo Le Télégramme)

À lire sur le sujet Comment la drogue est-elle cachée dans les entrées d’eau des cargos ?

Sans dépendre de complicités portuaires

La technique n’est pas nouvelle. « Déjà, au début des années 2000, des plongeurs allaient vérifier nos entrées d’eau avant d’appareiller du Venezuela », raconte l’ancien commandant de pétrolier Bertrand Derennes, aujourd’hui à la tête de l’Afcan (Association française des capitaines de navires), à Brest. « Il faut bien comprendre que ce transport de produits illicites peut tout à fait s’effectuer sans que le commandant et les marins ne s’en rendent compte, ni à l’installation, ni à la récupération. Des trafiquants arrivent également à fixer leur chargement derrière les quilles antiroulis, avec de solides fixations ou des systèmes magnétiques pour ne rien perdre en chemin. »

Ce mode de transport « en cargo-mulet », développé depuis des années, permet d’organiser la récupération du produit, sans dépendre de complicités portuaires. Les retentissants coups de filets réalisés au Havre ou dans d’autres ports européens ont nettement accéléré la diversification de l’approvisionnement et le transport sous coque. Avec le concours de plongeurs maison, les trafiquants récupèrent ainsi en toute discrétion leur marchandise en zone d’attente (rade, mouillage…) ou jusqu’aux espaces portuaires pour les plus audacieux d’entre eux.

L’accès par la mer, le talon d’Achille des ports de commerce

Les ports de commerce ont considérablement augmenté leur degré de sécurisation par les accès terrestres. « Mais, par la mer, on entre comme dans un moulin dans ou à proximité d’un port de commerce », persiste à dire Jean-Paul Hellequin, qui tire la sonnette d’alarme depuis longtemps au nom de l’association Mor Glaz. A fortiori sous l’eau, avec des plongeurs expérimentés et aguerris, capables d’utiliser des propulseurs, voire des sous-marins de poche. Une fois la cargaison récupérée, il suffit de rejoindre discrètement un point de mise à l’eau contiguë à la zone portuaire, de monter dans une embarcation ou un semi-rigide qui disparaît sur une remorque en quelques minutes. Au vu des enjeux financiers, cette logistique n’effraye en rien les trafiquants capables de mettre les moyens nécessaires et de faire appel à des plongeurs expérimentés.

Comment la drogue était dissimulée à bord du Falkonera.
Comment la drogue était dissimulée à bord du Falkonera. (Infographie Le Télégramme/Laurent Silliau)

Niveau de sûreté portuaire

Par la mer, la voie est donc souvent libre dans les ports pour ces trafiquants déterminés et organisés. Impossible de sécuriser parfaitement les entrées de port, impossible de déployer des filets anti-plongeurs autour des navires. Les patrouilles nautiques existent mais restent rares dans les ports de commerce français. « Il faudrait changer le niveau de sûreté portuaire, un peu à l’image des ports militaires, afin de sécuriser les accès aux navires de commerce par la mer », commente un officier de port qui reconnaît un trou évident dans la raquette. Et encore plus sous le niveau de la mer…

Le Falkonera, un vraquier battant pavillon libérien, avait dans sa coque le chargement de cocaïne.
Le Falkonera, un vraquier battant pavillon libérien, avait dans sa coque le chargement de cocaïne. (Photo Douanes française)

Impossible de plonger sous tous les navires

De leur côté, les services de douanes et de gendarmerie maritime ont-ils les moyens de plonger sous tous les navires de commerce ? « Les contrôles s’effectuent la plupart du temps sur renseignements et sont loin d’être exhaustifs », reconnaît un douanier auteur de jolis coups dans sa carrière, exclusivement depuis l’intérieur des navires.

Un ancien gendarme maritime, qui s’est, lui aussi, frotté aux trafics, n’est pas étonné de la diversification des techniques et des points de livraison. « Maintenant que les grands ports comme Le Havre sont verrouillés, les trafiquants visent les ports secondaires et multiplient les petites livraisons. Ils ont tout intérêt à tenter leur chance dans des ports secondaires. » Même dans un port militaire comme Brest ? « Les niveaux de sécurisation des ports militaires et des zones de commerce sont autonomes et pas vraiment complémentaires », n’en déplaisent aux capitaines de port qui redoublent d’efforts et d’attention depuis l’application obligatoire des normes internationales du code ISPS (*).

Ces « modestes » transports d’une centaine de kilos, comparés aux tonnes qui transitent parfois par conteneurs, permettent d’alimenter directement le marché local, en limitant les risques à tous les niveaux.

Quel port de récupération ?

Calée dans ces trous de coque, la marchandise peut être débarquée à tout endroit, dès lors que le navire est arrêté. Les ballots découverts sur le Falkonera ou le Nord Capella devaient-ils être récupérés dans les ports de Brest et de Lorient ou au cours d’une escale ultérieure ? L’intérêt des trafiquants est de procéder à leur récupération le plus rapidement possible, afin de limiter les contrôles et le risque de découverte.

* International Ship and Port Facility Security (ISPS). En français : code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires.

Pas n’importe quels plongeurs pour récupérer ces ballots de cocaïne !
Les plongeurs sollicités pour récupérer ces ballots de drogue immergés jusqu’à une douzaine de mètres de profondeur doivent être expérimentés et des plus endurants. Utilisant de préférence un matériel très spécifique (sans bulle remontant à la surface), ils doivent être en mesure de parcourir une bonne distance avant de rejoindre ces navires mulet. Réussir à s’orienter de nuit et tomber sur la bonne coque, s’orienter au bon endroit s’ils évoluent exclusivement sous la surface de la mer. Ils doivent ensuite faire preuve d’une certaine technicité pour déboulonner les grilles et récupérer les ballots immobilisés dans ces renfoncements immergés. « La mission est aussi physique que périlleuse, qui plus est si le point de récupération de la drogue est éloigné », explique un ancien plongeur de combat. « Il faut tabler sur une visibilité pas trop dégradée et une absence de courant dans les estuaires, notamment ». Pas étonnant que les trafiquants fassent appel à des experts de la plongée qu’ils payent rubis sur l’ongle pour des cargaisons qui peuvent rapporter gros : plus d’un million d’euros à la revente pour 200 kg de cocaïne ainsi récupérés incognito.

Source

Requiem for a dream : Voyage au bout de l’enfer

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