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«Quand le marketing du cannabis vise à faire oublier ses ravages chez nos adolescents»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’a eu lieu la «journée internationale du Cannabis» le 20 avril dernier, le professeur Jean Costentin s’interroge sur l’image marketing que nombre d’intérêts privés donnent à cette drogue, et rappelle combien elle est nocive, notamment chez les adolescents.


Le professeur Jean Costentin est membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie, contributeur du CERU, le labo d’idées universitaire, et président du centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT). Il est l’auteur de «Le désastre des toxicomanies en France» (Éditions Docis, 2018).


La journée internationale du Cannabis du 20 avril dernier a tout de l’opération marketing réussie: depuis le nombre de prises de position favorables à la légalisation s’est envolé (députés, associations, journalistes…) et les entreprises qui ont misé sur le commerce légal du cannabis voient le cours de leurs actions s’envoler sur les marchés boursiers.

La pression médiatique, alimentée par d’énormes intérêts financiers n’a jamais été aussi forte pour prôner la légalisation du cannabis dans notre pays.

Parmi les arguments qui épaulent cette revendication de consommateurs et des «idiots utiles» qu’ils ont subverti, certains doivent être réfutés en priorité.

Le tabac et l’alcool, licites, seraient, selon eux, plus dangereux que le cannabis, qui est illicite ; «ne pouvant plus interdire ces premiers, il faut légaliser ce dernier». Ce statut licite du tabac et de l’alcool, a permis de recruter 13 millions de fumeurs, 4 à 5 millions de sujets alcoolo-dépendants et quelques centaines de milliers d’alcooliques. Pour le cannabis, on en est déjà à 1. 300.000 usagers réguliers. S’agissant d’une drogue prohibée, cela atteste de son fort pouvoir d’accrochage. Chaque année meurent en France 79.000 victimes du tabac ; il faut y ajouter de multiples handicapés ; l’alcool, lui, tue 49.000 des nôtres. Comparativement, la route, objet de grandes attentions, ne fait que 3.600 morts. Impuissants à arracher les sujets dépendants du tabac et de l’alcool, la folle idée serait d’y ajouter les drames prévisibles de la légalisation du cannabis.

Il vient d’être établi que les personnes en âge de procréer consommant du THC confèrent à leur progéniture une vive appétence pour les drogues qui s’exprimera dès leur adolescence.

Rappelons que le cannabis est plus dangereux que l’alcool ou le tabac, auxquels, en plus, il est souvent associé.

Il est toxique pour le corps. Comparé au tabac, sa combustion génère 5 à 7 fois plus d’oxyde de carbone (CO), qui restreint le transport de l’oxygène des poumons aux muscles, dont le cœur. Le cannabis est à l’origine d’artérites, d’accidents vasculaires cérébraux, il est la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde. Sa combustion engendre 5 fois plus de goudrons cancérigènes (pour la sphère O.R.L. et broncho-pulmonaire).

Par son tétrahydro-cannabinol (THC), il diminue les défenses immunitaires. Il perturbe le déroulement de la grossesse et l’enfant qui en naîtra. Il vient d’être établi que les personnes en âge de procréer consommant du THC confèrent à leur progéniture, par un mécanisme épigénétique, une vive appétence pour les drogues qui s’exprimera dès leur adolescence.

La toxicité psychique du cannabis est considérable. Le THC induit une ivresse ; il incite à la consommation d’alcool ; leur association, par une potentialisation mutuelle, s’exprime sur la route et dans diverses activités professionnelles.

Perçu dans ses premiers usages comme anxiolytique et/ou antidépresseur, il incite à un abus qui induit une tolérance à ces effets ; alors anxiété et dépression réapparaissent plus intensément qu’à l’origine, avec de fortes tendances suicidaires.

Perturbant l’éveil, l’attention, le traitement des informations, la mémoire de travail sans laquelle ne peut se constituer une mémoire à long terme (une culture), suscitant un syndrome amotivationnel, c’est la drogue de la crétinisation: «la fumette ça rend bête» ; «pétard du matin, poil dans la main ; pétard du soir, trou de mémoire». Au long cours, le cannabis fait perdre irréversiblement 9 points de Quotient Intellectuel (Q.I.). Dans la compétition qu’est la mondialisation, à l’inverse du dopage, le cannabis sera un très lourd handicap.

Au long cours, le cannabis fait perdre irréversiblement 9 points de Quotient Intellectuel (Q.I.).

Le THC a des liens irréfragables avec la schizophrénie/la folie (au sens commun de ce terme). Ce risque est d’autant plus marqué que sa consommation est plus précoce (dès le collège, 300.000 de nos adolescents s’en sont déjà approchés). Plus tôt l’essayer, c’est plus vite l’adopter et plus intensément se détériorer. Ce risque s’accroît d’autant plus que les doses sont plus élevées (or le taux de THC dans les produits en circulation a augmenté d’un facteur 6,5 au cours de ces 30 dernières années).

Dans une étude Néo-Zélandaise, sur 1000 adolescents qui avaient débuté sa consommation au collège, 100 d’entre eux (10%) étaient schizophrènes à 18 ans! Une étude récente montre que 20% des schizophrénies seraient liées à la consommation de cannabis.

Tous les États ayant légalisé le cannabis sont passés par la «manip’» du cannabis dit thérapeutique. En l’état présent des connaissances, le rapport bénéfices/risques qui sert à adouber un médicament est très nettement en défaveur du cannabis.

Compte tenu de la gravité et du nombre importants de ses méfaits ; qui pourrait, en conscience, se déclarer favorable à sa légalisation?

Source

 

Thierry Ardisson : Faut il enfin légaliser le cannabis ?

Jean Costentin participe à l’émission de Thierry Ardisson sur le cannabis

Pour voir la vidéo de l’émission (les 20 premières minutes après les publicités)

cliquez ICI

Autopsie d’un « débat » télévisé sur la légalisation du cannabis

Professeur Jean Costentin

               Il n’est pas plaisant de revenir sur ce qu’on a ingéré sans plaisir, mais conscient des leçons à en tirer, je me suis livré à cette régurgitation.

Samedi 27 avril, 19h30, sur la chaine C 8 de la télévision, l’émission « Salut les terriens » de T. Ardisson, était intitulée « Va-t-on enfin légaliser le cannabis ». Ce titre, par son « enfin » exprimait déjà la conclusion à laquelle elle voulait aboutir.

Les participants :

– Thierry Ardisson, animateur de l’émission qui, hors antenne, déclara être, de longue date, consommateur de cannabis ;

– William Lowenstein, médecin addictologue qui, peut-être, par mimétisme de ses patients, consommateurs de cannabis, a adopté leur mimique ainsi qu’une élocution un peu traînante ; il dissimule certains jours son militantisme pour la légalisation de toutes les drogues, en se présentant comme le président d’une association intitulée, tenez-vous bien  « S.O.S. addictions » ;

– un « humoriste », ou en tout cas présenté comme tel, procannabique en diable, dont j’ai oublié le nom ;

– Laurent Baffie, auteur, acteur multimédia, qui, au moins dans l’enregistrement initial, fit l’apologie du cannabis, qui l’aurait aidé pour sa création artistique… ;

– Yann Moix, un écrivain, qui estimera que la légalisation était de fait.

Devant ces cinq procannabis se trouvaient deux anticannabis :

– Gérald Kierzek, un médecin urgentiste, jeune, sympathique, familier des médias,  convaincu des méfaits de cette drogue ;

– et moi, le papy grognon, l’empêcheur de consommer du « chichon ».

Ces deux derniers n’étaient dopés que par l’absence, depuis toujours, de toute consommation de cannabis.  Il s’agissait donc d’un match à 5 contre 2.

Ce n’était pas du direct, l’enregistrement dura près d’une heure ; il devait comporter des amputations, pour couvrir au final quelques 25 minutes d’émission. Ces coupures me créaient quelques inquiétudes qui s’avérèrent justifiées. Néanmoins, au sortir de l’enregistrement, en dépit de ce que j’avais entendu, je n’étais pas accablé.

Mon camp avait été très épaulé par le talent de communicateur de G. Kierzek et j’avais pu exprimer nombre de points qu’il me paraissait très important de porter à la connaissance du public.

Dix jours plus tard, le samedi 27 avril, à 19h30, je ne pus me libérer pour regarder l’émission, mais dès le lendemain la plus jeune de mes sœurs m’envoya le lien me permettant de la voir. Ma déconvenue fut vive !

Plusieurs de mes formules condensées avaient été reprises (« la fumette ça rend bête ; le chichon ça rend con » ; « pétard du matin-poil dans la main ; pétard du soir-trou de mémoire » ; «la  drogue de la crétinisation » ; mais pour être percutantes il aurait fallu y adjoindre la sauce d’une démonstration, or elle avait disparue.

Mais, surtout, cinq points au moins, que je tiens pour extrêmement importants, n’ont pas survécu à la coupe. Il s’agissait de :

– l’accroissement, au cours des 25 dernières années, du taux de THC dans les produits en circulation, d’un facteur 6,5 :

– l’extraordinaire persistance du THC dans l’organisme, et en particulier dans  le cerveau, près d’une semaine après un joint et environ deux mois après de nombreux joints ; « ce n’est pas une drogue douce, c’est une drogue très lente » ;

-les relations, devenues irréfragables, entre la consommation du cannabis et le développement de la schizophrénie ; ce risque étant majoré par la précocité des premiers usages, la durée de la consommation et les doses utilisées ; auxquels s’ajoutent des facteurs de vulnérabilité individuels ; une étude récente établit que 20% des schizophrénies sont imputables au cannabis ;

– les relations avec les troubles anxieux et dépressifs qui comportent, en embuscade, des risques suicidaires ;

– et encore, je dirais et surtout, car cette observation majeure n’arrive pas à franchir la barrière des médias : les effets épigénétiques du THC. En bref, la consommation de cannabis / THC par des individus (hommes et femmes) en âge de procréer,  leur fait transmettre à leurs enfants une vive appétence pour les drogues, qui s’exprime dès l’adolescence. J’avais illustré ce grave effet par une formule (inspirée d’ une phrase du livre d’Ezéchiel : «Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés ».

Si ces cinq éléments vous paraissent superfétatoires, les « caviardeurs » ont bien fait de les faire disparaître du « débat ». Si par contre ils vous paraissent, comme à moi, très importants, il y a alors incompétence ou, pire, malversation.

Un débat à cinq contre deux , qui occulte des données majeures, loin d’éclairer le citoyen électeur, prompt à juger très vite et de tout, est un mode commun de manipulation de l’opinion et, disons même, de désinformation.

A l’opposé du « castigat ridendo mores » (de l’utilisation du rire pour corriger les mœurs), il a été fait appel au rire grasseyant, au rire bête, en un mot au rire cannabique, pour banaliser davantage cette sale drogue et dissimuler le drame qu’elle représente pour une génération et pour notre société.

Ajoutons à cela quelques frustrations mineures :

A l’issue de la séquence filmée de « l’humoriste », qui avait suscité des rires polis j’avais déclaré « sitôt qu’on vient de se forcer à rire, on devrait en pleurer » (passé à la trappe)

Quand W. Lowenstein a laissé espérer que « la légalisation du cannabis en France créerait 200.000 emplois » ; j’avais ajouté « sans doute dans les hôpitaux psychiatriques » ; (ce fut coupé ou inaudible).

Il y a certes beaucoup plus à tailler chez les gros que chez les maigres. L’embonpoint de mon propos a payé un lourd tribut aux facilités que se sont accordés mes censeurs.

La combinaison cannabis-tabac pourrait être liée à des troubles du comportement chez les jeunes adultes

  • Plus de 80 % des jeunes adultes qui ont déclaré avoir consommé de la marijuana en 2018 ont également déclaré avoir consommé du tabac au cours des 12 derniers mois.
    Plus de 80 % des jeunes adultes qui ont déclaré avoir consommé de la marijuana en 2018 ont également déclaré avoir consommé du tabac au cours des 12 derniers mois.ESOLLA / ISTOCK
Consommer du cannabis et du tabac en même temps pourrait aggraver la santé mentale et le comportement des jeunes adultes, dévoile un récent sondage américain. 

Publiée en ligne dans la revue Psychology of Addictive Behaviors, l’étude repose sur une enquête menée entre 2017 et 2018 auprès d’un groupe de 2400 jeunes adultes originaires de Californie, qui ont répondu à des questions portant sur leur usage de cannabis, de tabac ou de nicotine (e-cigarette) et sur leurs tendances à consommer ces deux substances en même temps.

« Nous craignons de plus en plus que la légalisation de la marijuana par un plus grand nombre d’États aux USA n’entraîne une augmentation de l’usage du tabac car les deux substances peuvent être utilisées ensemble. La double-consommation de cannabis et de tabac pourrait inverser certains des progrès réalisés dans la réduction des taux de tabagisme », explique Joan Tucker, autrice principale de l’étude et spécialiste du comportement au RAND, une institution de recherche à but non lucratif.

Près de la moitié des volontaires qui ont pris part à l’enquête a déclaré avoir consommé du cannabis en 2018, et 43% a consommé du tabac (ou de la nicotine) la même année. Environ 37 % d’entre eux ont déclaré avoir fait une double utilisation de ces substances à un moment donné au cours des 12 derniers mois.

Plus de 80 % des sondés qui ont déclaré avoir fait usage de la marijuana ont également consommé du tabac en 2018. Parmi eux, 17% ont pris ces substances l’une après l’autre et 14 % les ont pris ensemble en les mélangeant dans le même contenant. 

Des risques accrus quand les deux substances sont mélangées

Le sondage a révèlé que la consommation concomitante de cannabis et de tabac était liée à une mauvaise santé mentale et physique chez ces jeunes, ainsi qu’à des comportements problématiques tels que se battre, sécher les cours, être renvoyé ou avoir des démêlés avec la police.

L’étude précise que ceux qui fumaient du tabac et de la marijuana au cours de la même période, mais séparément, ne présentaient pas un risque plus élevé que ceux qui n’ont consommé qu’une seule de ces substances.

« Le fait de prendre ces produits en même temps est important en termes de conséquences potentielles sur la santé et la performance des 18-20 ans. Nos résultats suggèrent que nous ne pouvons plus penser séparement aux conséquences de l’usage du tabac ou de la marijuana, mais que nous devons les associer », conclut Joan Tucker.

Aux États-Unis, les données nationales montrent que les jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans sont plus susceptibles de consommer du cannabis, du tabac ou des produits à base de nicotine que tout autre groupe d’âge.

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Alcool, problème majeur de santé publique, cause de 41 000 décès en France

L’Académie nationale de médecine appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures plus fortes.

Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. C’est une défaite majeure pour la santé publique car l’alcool en est un déterminant fondamental [1]. Pourtant, dès 2012, l’Académie mettait en garde contre le ralentissement de la baisse de consommation d’alcool en France et l’affaiblissement continu de la loi Evin sous la pression du lobby alcoolier, jusqu’à autoriser la publicité sur l’internet, support médiatique particulièrement affectionné des jeunes [2]. C’est en février 2019 que Santé Publique France [3] annonce que la consommation française d’alcool est la même en 2017 qu’en 2013 et que 30000 Français et 11000 Françaises en meurent chaque année.

L’alcool :

  • 1ère cause évitable de mortalité des 15-30 ans
  • 2ème cause évitable de décès de toutes causes et par cancers

L’alcool est la deuxième cause évitable de décès de toutes causes et par cancers, la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans, de retard mental de l’enfant et de démence précoce, la deuxième cause d’hospitalisation médicale. Il est impliqué dans 40% des violences faites aux femmes et aux enfants et un tiers des décès par accidents de la route. Des effets coronariens (et non pas cardiovasculaires) favorables de l’alcool (et non pas du seul vin) ont permis au lobby alcoolier d’instiller le doute sur les ravages de l’alcool. Ce sera plus difficile après la revue approfondie du Lancet [4] sur les conséquences sanitaires de l’alcool. Santé Publique France [5] a lancé en mars 2019 une campagne avec un slogan « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours » fondé sur de nouveaux repères de consommation (maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation). Près d’un Français sur 4 de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un de ces trois repères, plus les hommes (1/3) que les femmes (1/7) et 3,5% dépassent même les trois repères.

Une action efficace contre l’alcoolisation demandée par l’ensemble des experts et sociétés savantes.

Les analyses convergentes de l’Académie, l’OMS, l’INCA, la Cour des Comptes, la Haute Autorité de Santé, nombre d’associations et de spécialistes ont contribué à attirer l’attention de façon répétée sur la nécessité d’une action efficace contre l’alcoolisation dans un pays qui reste un des plus forts consommateurs d’alcool au monde. Nombre de modalités efficaces ont ainsi été proposées dont :

Bannir la publicité pour l’alcool suivant les principes initiaux de la loi Evin [2],

– Des indications claires, lisibles et contrastées sur les contenants :

  1. . de la quantité d’alcool en grammes,
  2. . du nombre de calories (les boissons alcooliques en sont exemptées alors que l’alcool d’un verre apporte à lui seul environ 70 calories),
  3. . que « l’alcool est dangereux pour la santé » (et non le seul excès),
  4. . pour dissuader, grâce à un pictogramme, de toute consommation la femme enceinte ou qui désire l’être,
  5. – Taxer les boissons alcooliques au gramme d’alcool,
  6. – Établir un prix minimum de vente par gramme d’alcool (comme en Écosse)

S’opposer au lobby alcoolier pour permettre la mise en œuvre d’une politique de santé efficace

Le lobby de l’alcool parvient à retarder les mesures nécessaires avec le résultat sans précédent d’une stagnation de la consommation d’alcool en France à un niveau inacceptable. A titre d’exemple, à l’instigation de l’Académie [6], l’avertissement sanitaire destiné aux femmes enceintes est obligatoire sur les étiquettes des boissons alcooliques depuis 2006.  Cependant, trop petit, difficile à trouver et à comprendre sans explications préalables, il ne remplit guère la fonction qui lui était destinée. Malgré l’enjeu de prévenir la première cause de retard mental évitable du nouveau-né et de l’enfant, les discussions pour l’agrandir et le contraster s’enlisent depuis des années face à l’opposition farouche du lobby alcoolier.

De plus, que dire de la reconnaissance de la filière viticole comme un acteur crédible de la prévention ? De la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne sans parler d’alcool ni de ses effets ? De l’acharnement à favoriser la consommation de vin des femmes (So Femmes & Vin qui expliquent même la vigne aux enfants) ? D’interventions ministérielles répétées donnant au vin un rôle particulier alors qu’il représente la moitié de l’alcool consommé ? De l’extension du fonds tabac abondé par une taxe sur le tabac à l’ensemble des addictions sans la moindre participation de la filière alcool ? De la proposition parlementaire de rétablir la consommation d’alcool dans les stades ?

La majorité des Français favorables aux actions contre l’alcool

On comprend alors que plus de 3/4 des Français considèrent que les décideurs sont sous l’influence du lobby alcoolier et que 2/3 considèrent que les producteurs empêchent la mise en œuvre d’une politique de santé efficace [7]. Pourtant l’opinion des Français est très favorable aux actions courageuses (70% pour l’interdiction totale de la publicité, 58% en faveur de la taxation de l’alcool, 81% pour un étiquetage spécifique sur les risques de l’alcool et 90% trouvent insuffisante la prévention du risque alcool chez les jeunes) [7].

L’action publique est entravée par le lobby de l’alcool qui obtient régulièrement un affaiblissement des mesures existantes, et faute de mesures efficaces, la consommation d’alcool ne baisse plus en France. Malgré une analyse correcte de la situation et des mesures potentiellement efficaces, ni le Plan National de Mobilisation contre les Addictions, ni le Plan National de Santé Publique ne proposent en ce domaine les mesures à la dimension du problème. On ne peut ainsi négliger 41000 décès chaque année, que 50% des élèves de 6ème ont déjà expérimenté l’alcool, que 20% des élèves de terminale sont des consommateurs réguliers et un coût social évalué à 120 milliards d’euros par an.

Même si Joseph Reinach, député, déclarait déjà en 1911 : « L’alcoolisme est l’un des problèmes qui mettent aux prises contre l’intérêt général le plus grand nombre d’intérêts particuliers », négliger ainsi l’alcool, second déterminant de santé, est contraire aux engagements de la France dans le programme ONU/OMS contre les maladies chroniques. On ne peut en ce domaine se contenter de mesures insuffisantes.

L’Académie recommande donc de revenir à une politique basée sur les preuves et de mettre en œuvre les mesures qui ont une efficacité démontrée et reconnue. 

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Jean Costentin : « La fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! »

Vous pouvez écouter la conférence en cliquant ci dessous sur la flèche rouge

Vous pouvez lire la conférence ci dessous

Le professeur Jean Costentin était l’invité de l’association pornichétine ECLAT le samedi 23 mars, pour évoquer ses différents livres sur le fléau des drogues. Jean Costentin est docteur en médecine, pharmacien, docteur ès sciences, professeur émérite de pharmacologie à la Faculté de médecine et pharmacie de Rouen. Il a dirigé pendant 24 ans une unité de recherche associée au CNRS centrée sur la neurobiologie et la psychopharmacologie. Il promeut la devise du Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT) qu’il préside : « S’il est important de nous préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il l’est plus encore de nous préoccuper de l’état des enfants que nous léguerons à notre planète ».

« Le désastre des toxicomanies en France » de Jean Costentin est publié aux Éditions Docis.

Kernews : 70% des jeunes reconnaissent avoir consommé de la drogue, certains uniquement le temps d’une soirée, d’autres d’une manière plus régulière. Peut-on considérer que, pour la plupart, ce sera une expérience sans lendemain, ou doit-on craindre que cela ne constitue le début d’un processus d’addiction pour une majorité d’entre eux ?

Jean Costentin : L’expérimentation n’est évidemment pas un drame en soi, mais c’est une prise de risque car nul ne se connaît tant qu’il n’a pas essayé et cela peut l’amener à y renoncer à tout jamais, ou à devenir un usager très erratique, ou bien à être accroché très vite. Il y a des drogues, comme la cocaïne, qui accrochent très vite car deux ou trois usages peuvent se transformer en une dépendance dont on est incapable de se débarrasser. Le cannabis est la première drogue illicite qui apparaît sur la liste et il faut savoir que 20% de ceux qui l’essaient vont s’y accrocher et deviendront dépendants. Mais regardons aussi cette drogue licite qu’est le tabac, qui a pris 13 millions de nos concitoyens dans les mailles de son filet. Le tabac est à l’origine de 79 000 morts chaque année, c’est-à-dire 216 morts par jour.

Je vous interroge sur la drogue et vous bifurquez sur le tabac…

Mais le tabac est une drogue ! Ce n’est pas parce qu’elle est licite que ce n’est pas une drogue. Un sujet qui consomme du tabac devient accro et perd toute indépendance vis-à-vis de sa capacité d’en prendre ou non. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue et même une drogue très dure. Si un sujet alcoolique – cela concerne un million de personnes en France – veut arrêter subitement sa consommation d’alcool, ses jours seront en danger. Relisez Zola, Gervaise, Coupeau, l’alambic… Le jour où il est incarcéré, n’ayant plus son alcool, il fait un delirium tremens dont il va mourir. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue très dure et, si le sujet arrête brutalement sa consommation, par le jeu de crises d’épilepsie qui se soudent les unes aux autres, on en arrive à mourir. C’est pour cela que l’arrêt de l’alcool doit être géré en milieu hospitalier.

Certes, il ne s’agit pas de nier la dangerosité du tabac et d’encourager sa consommation mais, par rapport à l’héroïne ou au cannabis, ses effets sur le cerveau ne sont pas les mêmes car la personne reste productive sur le plan intellectuel…

Je suis d’accord avec vous, il n’y a pas de toxicité psychique du tabac, il y a une toxicité physique. Pour l’alcool, il y a une toxicité psychique et physique. Mais on ne peut pas défendre le tabac, car on appelle drogue douce une drogue qui fait quand même 79 000 morts par an ! Il y a les morts et toutes les pathologies qui vont pourrir la vie des individus. Le tabac est la première cause de mort évitable.

On observe que le comportement des usagers de cannabis change progressivement, que leur manière de raisonner n’est plus la même et cela a des conséquences sur leur vie professionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Les jeunes Français sont les premiers consommateurs de cannabis dans l’Union européenne. C’est grave, parce qu’il y a une toxicité physique qui n’est pas négligeable. Pourquoi la France, qui est parmi le pays au monde qui consacre le plus de moyens à l’éducation de ses enfants, est-elle très mal payée en retour lors des concours internationaux comme le classement Pisa ? J’affirme que si l’on parvenait à éradiquer le cannabis de tout l’espace éducatif, mécaniquement, nous gagnerons au moins 15 rangs au classement Pisa, où nous sommes actuellement vingt-sixième… En clair, la fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! Le cannabis est un très grand perturbateur de la faculté d’apprendre et de retenir. On dira la même chose pour l’alcool et il n’est pas facile d’apprendre lorsque l’on est dans un état d’imprégnation alcoolique. Quand on a bu de l’alcool, l’alcool disparaît en quelques heures. Or, lorsque l’on fume du cannabis, il faut des jours et des jours pour que son effet disparaisse. Même chez un consommateur régulier de cannabis, lorsqu’il arrête subitement sa consommation, on en retrouve encore au bout de huit semaines dans ses urines. Le cannabis est une drogue longue qui s’accumule pendant des semaines dans les graisses de l’organisme et du cerveau, qui est un organe extrêmement riche en graisses.

Pourquoi cherche-t-on à entraîner la société française vers ce phénomène de crétinisation généralisée ?

Je ne sais pas si on le cherche, mais on le trouve ! L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies vient d’adresser un carton rouge à la France pour l’absence criante de toute pédagogie à cet égard. Le seul débat, c’est sur la dépénalisation ! Avant d’aborder ce genre de questions, il faudrait peut-être armer les jeunes Français et leurs parents, la société civile dans son ensemble, sur les méfaits de cette drogue. On engage un débat sur la légalisation, alors que l’on n’a pas encore posé les problèmes de la dangerosité ! Il y a un pays qui est exemplaire à cet égard, c’est la Suède, qui a découvert les méfaits du cannabis dans les années 70 et qui montre sa responsabilité dans cette pathologie psychiatrique majeure et irréversible qu’est la schizophrénie. Face à cela, la Suède s’est dotée d’une législation, qui est aussi sévère que la nôtre. Mais, la différence, c’est qu’elle est respectée. En France, cette loi n’a pas été justifiée, alors qu’une loi a besoin d’une justification. Là où il y a une pédagogie, il y a la possibilité d’agir, mais cette pédagogie n’existe pas en France.

Tout le monde sait que le cannabis est destructeur pour la santé mentale, qu’il fait perdre de la mémoire et qu’il a des effets délétères en termes de productivité intellectuelle… Est-ce par rejet de l’autorité que l’on n’écoute pas les experts ?

Il y a de cela. Actuellement, on cultive la mise en cause de ce qu’annonce la science et on voit des campagnes contre les vaccinations qui vont à l’opposé de toutes les données dont on dispose. Dostoïevski disait que « Dieu est mort, tout est permis », or même la science est en train d’être mise en doute… Ceux qui ont fait l’effort d’en apprendre plus que d’autres pour essayer d’aider les autres à savoir sont tenus en dérision. Il est beaucoup plus facile de rejeter d’un revers de main ce qui dérange, que de s’appliquer à apprendre et comprendre. Je crains que ce ne soit un phénomène qui se développe de façon importante, en France en tout cas.

Évoquons maintenant la cocaïne, la drogue des puissants et des riches, celle des avocats, celle des politiques, celle des artistes… Il y a même eu un président de la République qui en prenait régulièrement et qui en avait besoin ! Comment peut-on concilier l’exercice de très hautes fonctions avec la consommation de cocaïne ?

J’avoue que cela m’inquiète énormément d’imaginer, si j’adhère à ce que vous évoquez, que l’on puisse avoir la maîtrise du bouton nucléaire et que l’on soit par ailleurs accro ! À un certain âge, on a besoin d’une façon quasi quotidienne de la cocaïne et il est tout à fait inquiétant d’imaginer les perturbations psychiques que cela peut engendrer. Cette cocaïne est de plus en plus inquiétante. Les pays de la Cordillère des Andes ont une production croissante, l’Amérique est en train de mieux étanchéifier ses frontières et cette drogue part maintenant vers l’Afrique, elle nous arrive avec une abondance redoublée. Il y a une forme de cocaïne qui n’est plus le chlorhydrate qui se sniffe, qui se boit ou qui s’injecte, mais qui se fume : c’est le crack, qui coûte moins cher et qui met cette cocaïne à la portée des gamins. Dans ma région de Rouen, un addictologue suit une cohorte de 50 gamins de 12 à 15 ans qui se sont déjà fait piéger avec du crack. Ce crack arrive au niveau du poumon, passe rapidement dans le sang, arrive au cerveau et déclenche une forme de shoot qui ressemble à ce que ressent celui qui s’injecte de l’héroïne par voie intraveineuse. Cette cocaïne est devenue moins chère et celui qui essaie deux à trois fois le crack peut être irrémédiablement prisonnier de cette drogue. Actuellement, nous ne disposons d’aucun moyen de faire rompre un sujet dépendant à la cocaïne.

Le crack, c’est la cocaïne du pauvre, mais évoquons la cocaïne du riche, celle qui est consommée par des politiques ou des grands patrons. On vous répond toujours que c’est pour tenir et pouvoir travailler de six heures à minuit…

C’est vrai, mais, comme ils sont dépendants, s’ils sont en manque, ils ont une perte énorme de toutes leurs capacités. Mais c’est vrai aussi pour le tabac puisque tel sujet qui voit son taux de nicotine baisser n’a de cesse que de remettre de la nicotine dans le système. Sinon, il entre dans un état de morosité et de ralentissement psychique qui confine à un état de type dépressif. Avec la cocaïne, c’est beaucoup plus net.

L’addition se paie au moment de la vieillesse, avec notamment le développement de la maladie d’Alzheimer…

Absolument, puisque ce sont des drogues psychotoxiques, mais aussi neurotoxiques. On sait également que l’on recrute parmi les alcooliques un nombre d’Alzheimer bien plus important qu’une population qui s’abstient de l’alcool. Il faut aussi  parler des produits de substitution, qui constituent une véritable préoccupation. L’héroïnomane, on essaie de le faire rompre avec son comportement injecteur, alors on lui donne une drogue, la méthadone ou le Subutex, et cela amène le sujet à renoncer aux injections d’héroïne. Mais il est toujours sous l’influence de ces morphiniques ! Il se sent moins bien et il se met à tricher et à s’injecter de la Buprénorphine. Un tiers des sujets à qui le produit est prescrit, pour le faire rompre avec son comportement injecteur, s’injecte de la Buprénorphine. En plus, en allant voir plusieurs médecins prescripteurs et plusieurs pharmaciens, il va se constituer une provision de produits, ce qui va lui permettre de les revendre à des jeunes Français qui n’avaient pas encore pris le chemin des morphiniques. Avec l’argent qu’il va retirer de cela, il retourne à sa chère héroïne… Donc, sous prétexte de faire de la réduction de risques, on met à sa disposition le Subutex qu’il va détourner en allant le revendre à des jeunes qui découvrent le chemin de l’héroïne. On marche sur la tête et cela coûte extrêmement cher à la collectivité.

Évoquons l’alcool, c’est un produit dont on peut éviter d’être dépendant lorsque l’on boit modérément. Mais quelle est la définition d’une consommation modérée ?

Il y a la consommation festive, avec modération, qui ne doit pas dépasser trois verres de vin dans une même occasion, trois verres chez l’homme et deux verres chez la femme. Avec cet usage, l’alcool est un produit parfaitement acceptable au plan sanitaire. Ce n’est pas comme le tabac, il y a toute une graduation possible. Notre Académie de médecine dit que l’on est dépendant dès que l’on est incapable de se passer de toute boisson alcoolique, y compris le cidre et la bière, un jour par semaine. Dans ce vivier, qui représente quatre à cinq millions d’individus, un million d’entre eux dépassent franchement la mesure. L’alcoolique est un malade qui mérite notre compassion et ce mot ne doit pas recouvrir le moindre caractère péjoratif. Pour certains, c’est du 2 à 6 litres par jour, avec tout un tas de problèmes comme la marginalisation, la rupture familiale ou la rupture professionnelle. Il y a la cirrhose hépatique, les destructions neuronales qui vont avec et une empreinte forte sur la maladie d’Alzheimer.

Pour terminer sur une note optimiste, plusieurs études indiquent qu’après quelques décennies, lorsque l’on arrête totalement de fumer, il n’y a plus aucun effet sur le corps humain. Est-ce la même chose pour l’alcool et les drogues ? Le corps humain a-t-il la faculté de se régénérer ?

Je suis tout à fait d’accord s’agissant de l’alcool. Le fait d’arrêter la consommation de tabac et d’alcool permet de s’éloigner des risques multiples. Pour le cannabis, c’est presque la même chose et un jeune qui arrête complètement sa consommation pendant les grandes vacances va retrouver les aptitudes qui étaient les siennes. Néanmoins, une étude américaine indique que chez un sujet qui a fumé du cannabis pendant une vingtaine d’années, la perte de quotient intellectuel est d’environ 9 points et qu’elle n’est pas récupérable. En plus, si cela a déclenché une schizophrénie, il faut savoir que c’est une maladie dont on ne guérit jamais. Si le sujet schizophrène continue sa consommation de cannabis, il va avoir une résistance au traitement aux anti-psychotiques et cela va aggraver la fréquence des troubles. Avec les morphiniques, il semble que l’on puisse espérer une restitution intégrale, mais il y aura une très grande vulnérabilité à cette drogue. C’est vrai aussi pour le fumeur qui arrête : il ne doit surtout pas se rapprocher du tabac, y compris pour un usage exceptionnel, car le processus peut recommencer. Le sujet qui a eu la chance, ou la force, de se détacher d’une drogue doit en demeurer éloigné sans aucune exception, car il présente une vulnérabilité à retomber dans ses errements.

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Alcool et tabac : les Français davantage au fait des dommages sanitaires

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Selon la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) sur les perceptions des produits, des politiques publiques et des usagers, près d’un Français sur deux (49 %) considère que l’expérimentation ou la consommation occasionnelle de tabac constitue un usage nocif pour la santé. Ce taux, calculé à partir d’un échantillon de 2 001 adultes de 18 à 75 ans, a plus que doublé depuis la première édition de cette enquête en 1999, où il s’établissait à 22 %.

En ce qui concerne l’alcool, une évolution similaire mais plus lente est également observée, puisque 10 % des personnes interrogées en 2018 estiment que sa consommation est nocive dès l’expérimentation, contre 6 % en 1999, lors de la première édition de l’enquête de l’OFDT.

Cette modification de la perception s’accompagne d’un « renforcement de l’approbation de l’objectif de réduction de l’accessibilité du tabac et de l’alcool, ainsi que de la visibilité des produits alcoolisés », précisent les auteurs.

Il reste toutefois une marge de progression en matière de représentation sociale de l’alcool et du tabac. Ces deux substances sont considérées comme des drogues par respectivement 24 et 22 % des personnes interrogées. Des taux qui n’ont que peu varié depuis 1999.

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Une étude universitaire juge nécessaire d’interdire toute publicité pour l’alcool

Une interdiction totale de la publicité pour l’alcool est nécessaire d’un point de vue de santé publique, selon une étude menée à l’université de Gand pour le compte de la politique scientifique fédérale (Belspo) et relayée mercredi par le journal De Morgen.

Les chercheurs ont comparé les conséquences de la publicité pour l’alcool dans différents pays européens. Dans un second volet, l’étude a sondé aussi bien l’industrie des boissons alcoolisées que le secteur de la santé sur le type de régulation qu’ils percevaient comme la meilleure. « La France est plus sévère que la Belgique. Malgré la crainte d’un bain de sang économique, elle avait déjà choisi en 1991 de ne plus autoriser des marques d’alcool à sponsoriser des évènements sportifs », rappelle le chercheur Ruben Kramer.

« La Coupe du monde de football 1998 en France a montré que les places vacantes avaient immédiatement été occupées par d’autres entreprises. » En Belgique, il existe une convention en matière de publicité et de commercialisation des boissons contenant de l’alcool signée par les différentes parties prenantes. Le Jury d’Ethique publicitaire (JEP) veille au respect de ce code de bonne conduite et peut, le cas échéant, imposer des amendes en cas d’infractions. Mais, selon les chercheurs, cela ne fonctionne pas car l’aspect santé publique serait à peine pris en compte.

« Le JEP est un organe d’auto-régulation de l’industrie. Ce n’est pas dans son intérêt de protéger la santé publique », estime Ruben Kramer. Du côté de l’Union belge des annonceurs (UBA), on juge toutefois une interdiction totale naïve: « si on veut vraiment interdire quelque chose, alors interdisons le produit ». La ministre de la Santé publique, Maggie De Block (Open Vld), n’est pas non plus très enthousiaste à l’idée d’une interdiction totale.

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Alcool : une association démonte les méthodes des lobbies

Désinformation, contournement de la loi, publicités déguisées, campagnes sur les réseaux sociaux… Dans un rapport au vitriol, l’Association nationale de prévention en alcoologie démonte, pièce par pièce, la stratégie des lobbies des vins et spiritueux.

Alcool : une association démonte les méthodes des lobbies

L’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) a publié, le 18 avril 2019, le deuxième rapport de son Observatoire sur les pratiques des lobbies de l’alcool.

Une par une, ce texte dévoile les stratégies déployées au cours de l’année 2018 par les producteurs de vin et d’alcools forts. Des stratégies « payantes » selon l’Anpaa puisqu’elles ont abouti à ce que les alcooliers soient associés à l’élaboration de la politique gouvernementale de prévention en matière de consommation d’alcool.

Ces lobbies alcooliers, qui se présentent comme « des acteurs de prévention », sont pourtant dans une situation de conflit d’intérêts évidente. « Confier une politique de réduction du risque alcool à des acteurs dont l’intérêt économique est de vendre le plus possible est nécessairement antinomique », souligne l’Anpaa.

Son rapport détaille les multiples manœuvres mises en œuvre pour minimiser les risques de l’alcool et du vin, en particulier « données statistiques incomplètes, vision biaisée de la réalité des dommages liés à la consommation d’alcool en France, mesures non contraignantes reposant uniquement sur la bonne volonté des acteurs… ». Alors que l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable dans notre pays.

L’Anpaa revient également sur les publicités en faveur de l’alcool largement diffusées pendant la Coupe du monde de football 2018, photos à l’appui. Des publicités qui contournent la loi Evin.

L’association dénonce aussi le recours à des influenceurs sur des réseaux sociaux comme Instagram, des jeunes pris en photo un verre à la main. Pour l’Anpaa, il s’agit tout simplement de publicités indirectes qui « ne sont pas en conformité avec la loi Evin, non seulement du fait de la présence de consommateurs mineurs, mais aussi de l’absence du message sanitaire obligatoire. »

Ce lobbying intense influe également les décisions politiques au niveau européen, puisqu’une tentative d’amélioration de l’étiquetage des bouteilles d’alcool (par exemple sur la teneur en sucre) a récemment échoué.

Au final, l’Anpaa conclut son rapport en espérant « que la campagne de prévention lancée en mars 2019 par Santé publique France permettra de déconstruire les idées reçues, malheureusement encore très présentes, et aidera les Français à réduire les risques liés à une consommation parmi les plus élevées au monde ». 

Pour rappel, le message des autorités sanitaires sur l’alcool : « Maximum 2 verres par jour, pas tous les jours ».

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Alcool: les mécanismes du cerveau qui peuvent vous entraîner vers l’addiction

Ce lundi, Maïtena Biraben recevait Michel Reynaud, addictologue, président du Fond Actions Addiction. Il a notamment expliqué les mécanismes du cerveau qui peuvent faire sombrer une personne dans l’alcoolisme.

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