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La Lettre du CNPERT N° 18 de Septembre 2012

Table des matières du N° 18

Florilège des manipulations pratiquées aux fins de légaliser le cannabis par le professeur Jean Costentin, président du C.N.P.E.R.T.

Traitement du patient alcoolo-dépendant Où il faut ne pas confondre  moyen et  finalité. par Professeur B. Hillemand    Membre de l’Académie Nationale de Médecine 

Puisque les médias peinent à le dire, aidons-les à le faire savoir.

Démonstration de la neurotoxicité cannabis chez l’Homme :  une première mondiale ! par le Professeur Jean-Pierre GOULLÉ de la Faculté de Médecine & Pharmacie de Rouen

Cliquez ici pour lire la Lettre du CNPERT N° 18 de Septembre 2012

Le député PS Daniel Vaillant «pour la légalisation du cannabis thérapeutique »

Libération annonce en effet que « le député de Paris […] va déposer une contribution au congrès du PS pour la légalisation du cannabis thérapeutique ». Le quotidien, qui consacre une double page au sujet, publie un entretien avec l’ancien ministre de l’Intérieur.

Daniel Vaillant déclare notamment : « Il s’agit de soulager des hommes et des femmes lorsqu’ils souffrent de maladies neurodégénératives, de certains cancers ou du sida. Actuellement, on leur colle de la morphine. Beaucoup de médecins sont démunis. Ils pourraient proposer des dérivés du cannabis, qui évitent l’effet d’addiction de la morphine.

La France est un des rares pays qui refusent d’ouvrir le débat ». Le député ajoute : « Je vais écrire une proposition de loi en 2013, mais pas tout seul. J’essayerai de convaincre le groupe socialiste de la déposer. Ensuite, dans les 3 ans, je veux que le PS et le gouvernement ouvrent le débat plus largement. […]

Je suggère à mes amis de faire preuve d’un peu de courage ».

Libération brosse en outre le portrait de Jean-Jacques Simon, séropositif, qui « utilise du cannabis pour se soigner. Il prône son autorisation comme en Italie, en Allemagne ou au Canada… ».

Salles d’injection de drogue :Mr Bompard, député, interroge Mme la ministre des affaires sociales et de la santé

14ème législature
Question N° : 5721 de M. Jacques Bompard ( Députés non inscrits – Vaucluse ) Question écrite
Ministère interrogé > Affaires sociales et santé Ministère attributaire > Affaires sociales et santé
Rubrique > drogue Tête d’analyse > toxicomanie Analyse > salles d’injection de drogue. mise en place
Question publiée au JO le : 02/10/2012 page : 5276

Texte de la question

M. Jacques Bompard interroge Mme la ministre des affaires sociales et de la santé sur son projet d’expérimenter prochainement des salles d’injection de drogue sous contrôle médical.
Depuis le mois d’août, les services du ministère de la santé œuvrent discrètement à la création de salles réservées aux toxicomanes pour consommer leurs substances illicites dans des conditions sanitaires satisfaisantes et entourés d’équipes médicales.
Ainsi, les pouvoirs publics pourraient dépenser entre 300 000 euros et 1 000 000 d’euros pour l’installation de ces « salles de shoot ». Ces zones de non-droit autorisées et financées avec l’argent du contribuable constituent une véritable menace pour nos concitoyens, y compris ceux que ce projet prétend protéger. Les riverains de ces salles d’injection de drogue sous contrôle médical seront confrontés à des individus dangereux, prêts à tout pour acquérir leurs substances illicites.
Il craint que ces sites n’attirent les trafiquants et les bandes organisées pour rapprocher la marchandise de sa clientèle.
Cela a déjà été observé à Genève, où les mafias tchétchènes et géorgiennes prospéreraient à proximité de ces salles.
Il s’inquiète par ailleurs du message qui est envoyé aux jeunes gens. Ces salles d’injection de drogue sous contrôle médical risquent de les inciter à la consommation de stupéfiants et de les faire entrer dans le cycle infernal de la dépendance.
Il lui demande si la responsabilité de l’État ne risquerait pas d’être engagée, si un individu comment un délit ou un crime sous l’emprise de stupéfiants consommés dans une de ces salles d’injection de drogue sous contrôle médical, au motif que l’État aurait encouragé le délinquant ou criminel à consommer des stupéfiants altérant son comportement.

Texte de la réponse

 pas encore de réponse le 4/10 à 19h

A Monsieur le présentateur de l’émission « Le blogueur » « Cannabis, silence on fume » – ARTE- 20h10, 30-IX-2012

Copie au Directeur de la chaine Arte

Monsieur

Je viens de regarder l’émission, sur Arte, que vous venez de commettre sur le cannabis, à une heure de grande écoute,.

Pour vous inciter à lire mon message jusqu’au bout je m’abstiendrais au début de mon propos de tout qualificatif.

Après une telle émission, qui fait suite à un certain nombre d’autres de la même tonalité, ne vous étonnez surtout pas du nombre extraordinairement élevé des consommateurs de shit dans notre pays. Il eut été intéressant que vous analysiez l’âge de ceux qui s’y adonnent, et que vous fassiez référence au rajeunissement régulier de ses utilisateurs. Trois cent mille de nos gamins, entre la 5ième et la 3ième, au  collège, s’en sont déjà approchés. Cette si préoccupante contamination de notre jeunesse a été complètement occultée. Or la jeunesse correspond à une période d’une extrême vulnérabilité cérébrale à la toxicité de cette drogue. Les empreintes précoces sont des empreintes profondes, laissant des cicatrices bourgeonnantes pour les unes ou rétractiles pour les autres. Outre les troubles cognitifs à l’âge des apprentissages ; l’anxiété ; la dépression avec, en embuscade, les tentatives de suicide ; le développement de troubles psychotiques aigus ou chroniques (schizophrénie) ; l’accidentalité dans la conduite d’engins à moteur ; la désinhibition avec des rapports sexuels non consentis, ou non protégés (hépatites, SIDA…. tout cela a été passé par pertes et profits. Le confort des cannabinophiles adultes ne se préoccupe pas du sort de nos plus jeunes.

Mettre en exergue le « cannabis médicament » est une vieille ficelle (en chanvre) qui n’est plus guère utilisée que par de rares malades toxicomanes. On n’utilise plus à cet effet les sidéens ; ils étaient, il y a quelques années encore, le « gold standard » pour ce type de manipulation, mais à l‘époque des coûteuses trithérapies, on sait enfin qu’il est aberrant d’associer à des médicaments destinés à lutter contre le syndrome d’immunodépression acquise, une drogue elle même immunodépressive ! Parler du cannabis médicament à l’heure où la Californie ferme par centaine les dispensaires de cette drogue, après avoir enfin réalisé qu’il s’agissait d’une énorme malversation, la prescription étant pratiquée, à prix d’or, par un nombre très restreint de médecins véreux, et pour un certain nombre d’entre eux toxicomanes. On s’est beaucoup servi en France de ce faux semblant, mais c’est au moment où le piège est démonté que vous ressortez ce lapin empaillé du chapeau de votre émission.

Le club des haschischins, auquel vous fîtes une brève allusion, vous a fait citer Baudelaire, en omettant de rappeler tout le mal qu’il a dit de cette drogue, ce qui confine de votre part à une malversation car, puisque vous en parliez, il eut été honnête de le citer : « S’il existait un gouvernement qui eut intérêt à corrompre ses gouvernés, il n’aurait qu’à encourager l’usage du haschisch… Jamais un état raisonnable ne pourrait subsister avec l’usage du haschisch, cela ne fait ni des guerriers ni des citoyens »…. Toujours à propos du club des haschischins, que n’avez-vous cité le célèbre aliéniste de l’époque, qui a fréquenté ce club, Jacques Joseph Moreau (dit Moreau de Tours) ? Il percevait de l’intérieur, en consommant le cannabis (par voie orale, la « confiture verte ») les troubles qu’il étudiait chez les patients psychotiques qui lui étaient confiés ; ce fut la substance de son livre : « Du Haschisch et de l’aliénation mentale » (1845, Masson Editeur). Vous savez sans doute, mais alors pourquoi ne pas l’avoir évoquée, la relation désormais bien établie entre l’usage précoce du cannabis et la survenue de la schizophrénie ; l’énorme sur représentation des fumeurs de cannabis chez les schizophrènes ; l’aggravation par le cannabis des troubles schizophréniques déclarés, la résistance aux traitements antipsychotiques provoquée par l’usage du cannabis, le développement de comportements agressifs chez les schizophrènes, surtout sous l’empire du cannabis.

Pourquoi, alors qu’il s’agissait sans doute d’informer, ce qui fut particulièrement loupé, avoir perdu du temps avec le diagnostic de l’image figurant au dos de la veste de madame R. Dati : Erable du Japon ou cannabis ? Ce fut mis érable.

Vos seuls témoins furent : C Roudaut, B. Lebeau et A. Copel., des prosélytes de cette drogue, mais pas de médecins, pas de détracteurs du cannabis, pas un pharmacologue, pas un toxicologue, pas un psychiatre ; bref, ce furent de petites vocalises entre amis, pour entonner un hymne à cette très sale drogue.

Cette scandaleuse émission intervient à l’issue d’un mois qui a  vu paraître, dans deux grandes revues scientifiques mondiales : « Cancer »  et les « Proceedings of the National Academy of Sciences – New York » (P.N.A.S.), un article établissant un doublement du risque de développer un cancer du testicule chez des consommateurs plutôt erratiques de cannabis, et un autre prouvant pour la première fois la neurotoxicité du cannabis et quantifiant même la baisse du quotient intellectuel (-8 points) chez des consommateurs de cannabis suivis pendant 35 ans de leur existence . Ca c’était du dur, du solide, il y avait matière à dissertation, à réflexion ! Mais hélas cela ne servait pas la mauvaise foi éclatante qui transpirait de tous vos propos et de ceux que vous aviez choisis pour les appuyer. A l’heure où la Hollande ferme à tout va ses  « coffee shops » et s’applique à étrangler économiquement celles qui survivent, vous faites l’apologie des coopératives de production du cannabis. Enfin, votre leçon, récitée au prompteur, se termine en apothéose, par l’apologie des toutes les drogues : « Les drogues provoquent surtout des délires chez ceux qui n’en consomment pas ». Rideau ! Le mal est fait et vous pouvez aller tranquillement vous coucher

Je suis identifié comme un de ceux qui n’ont aucune complaisance pour le cannabis, et aussi comme un de ceux qui, dans notre pays, le méconnaissent le moins ; à ces titres je reçois de nombreuses lettres, qui émanent essentiellement de mamans. Elles me relatent d’une façon parfois déchirante, mais toujours très touchante, les drames familiaux qu’ont déclenchés la rencontre de leur fils ou de leur fille avec le cannabis. Si vous connaissiez vraiment cette drogue et si vous aviez approché ces tragédies vous auriez très honte de l’émission que vous venez de commettre. Plus grave encore qu’un refus d’assistance à une société en danger, c’est une incitation caractérisée à la consommation de cette drogue que vous venez d’accomplir. Puissiez-vous faire amende honorable ou vous taire à jamais.

Je vous exprime Monsieur mes salutations révoltées.

Pr. J. Costentin

Pétition contre les salles d’injection

Sans doute avez vous eu connaissance, cet été, des menées, manifestement concertées, des prosélytes des drogues et toxicomanies, qui ont occupé le terrain médiatique pour requérir l’ouverture, en France, de salles d’injections de drogues (particulièrement d’héroïne), pour les toxicomanes. Une réprobation forte nous paraît nécessaire afin d’apporter une contradiction audible. C’est pourquoi le C.N.P.E.R.T. prend l’initiative d’une campagne nationale en adressant à de nombreuses personnes un manifeste justifiant différentes raisons de s’élever contre ce déplorable projet. Sa mise en oeuvre effondrerait une des dernières digues, visant à contenir le « tsunami » des toxicomanies en extension, spécialement dans notre pays.

Associé à la liste de ses signataires, ce manifeste sera transmis aux “décideurs”, “leaders d’opinions” et médias, afin de leur faire connaître nos arguments, leur montrant que nombre de nos concitoyens ne se reconnaissent pas dans les opinions bruyamment exprimées à cet égard.

Aussi, nous vous prions, non seulement de signer ce manifeste, mais aussi de le diffuser largement aux membres de vos associations, à vos collègues de travail, aux membres de votre famille, à vos amis…

Sur les problèmes cruciaux chacun(e) de nous sait faire l’effort de réagir, je vous convie à considérer qu’en la circonstance, il s’agit d’un problème crucial.

Avec l’espoir de votre concours déterminé, je vous exprime mes sentiments cordiaux et dévoués.

Jean Costentin – Président du CNPERT

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« Drogue – Le cri d’alarme des policiers contre les salles de shoot » (Le Figaro)


Le Figaro fait savoir que « depuis que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, s’est déclarée prête à tester «assez rapidement» les salles d’injection de drogue sous contrôle médical, les policiers affichent au mieux une certaine circonspection. Au pire, une vraie colère ».
Le journal continue : « Alors que quelques villes comme Paris, Marseille, Toulouse ou Saint-Denis étudieraient la possibilité d’un tel dispositif, les critiques se multiplient tant sur son efficacité que sur les risques possibles de troubles à l’ordre public ».

Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers, estime ainsi que « ces lieux, qui sont peut-être bons d’un point de vue sanitaire et pour les drogués eux-mêmes, entraîneront inéluctablement une situation apocalyptique dans les quartiers. L’afflux programmé de toxicomanes provoquera au bout de quelques semaines le cauchemar des riverains. Ils seront en proie à des comportements asociaux de toute une faune que l’on connaît, hélas, trop bien et qui n’hésite pas à se livrer à des vols, des agressions ou à se prostituer pour se fournir leur produit ».

Le ministère de l’Intérieur précise de son côté qu’« il s’agit de bien distinguer la lutte contre les trafics, qui doit rester intraitable, de la problématique de santé publique et de prévention ».
Le Figaro constate par ailleurs que la question « divise également médecins et professionnels de santé. […] Certains spécialistes se refusent à condamner a priori ce genre d’initiative ».

Le Pr Michel Lejoyeux, addictologue et chef du service de psychiatrie à l’hôpital Bichat (Paris), note ainsi que « les salles d’injection ne sont certainement pas la panacée. Mais si cela permet à certaines personnes dépendantes, marginalisées, qui refusent de se faire soigner, d’entamer une démarche thérapeutique, alors cela mérite d’être essayé. […] Si de tels centres sont ouverts uniquement pour des raisons d’hygiène ou de sécurité publique, si c’est juste pour acheter la paix sociale, alors on sera très loin du respect dû à ces malades ».

Salles de shoot : une majorité de Français n’en veulent plus

Publié sur Le Quotidien du Medecin (http://www.lequotidiendumedecin.fr)

55 % des Français se déclarent opposés à l’ouverture de lieux légaux de consommation de drogue sous contrôle médical et sanitaire, selon un sondage IFOP pour le magazine Valeurs actuelles à paraître jeudi. 31 % s’y disent « très opposés », et 24 % « plutôt opposés ». À l’inverse, 45 % sont favorables à de tels lieux, dont seulement 8 % « très favorables ».

Les résultats de cette enquête contrastent fortement avec ceux d’un autre sondage IFOP publié en 2010 : 53 % de Français se disaient alors favorables aux salles de shoot. Ce revirement d’opinion intervient alors que le gouvernement de Jean-marc Ayrault a justement annoncé son intention d’expérimenter très prochainement ces lieux de consommation, une mesure à laquelle l’UMP est opposée

Le cannabis : une drogue aux effets pervers (Le Figaro)

Zone Interdite consacre un reportage au cannabis, une drogue qui a la faveur de nombreux consommateurs – plus d’un million de réguliers et plus de cinq cent mille quotidiens en France – pour ses effets relaxants… Mais qui se révèle très perverse à long terme.

Le cannabis séduit car ses effets sont moins violents que ceux de l’héroïne. Pas de risque d’overdose non plus. En revanche, ses conséquences sont dangereuses et très pernicieuses à long terme. « Le principe actif du cannabis, le tétrahydrocannabinol, ou THC, est très diffusible dans les graisses, et donc dans les organes riches en graisse comme le cœur, le cerveau, et les vaisseaux, le foie », explique François Chast, chef du service pharmacologie-toxicologie de l’Hôtel-Dieu à Paris.

« Sur le plan cardiovasculaire, sa prise augmente le risque d’accidents vasculaires cérébraux et d’infarctus du myocarde, poursuit-il. En particulier, le cannabis contribue à la constitution de la maladie de Buerger, qui attaque les vaisseaux sanguins et entraîne une nécrose artérielle des mains et des pieds. » Les effets du cannabis ont été étudiés depuis le XIXe siècle, grâce au savant français Moreau de Tours, qui a nommé son addiction « cannabisme ». Dans les années 1980 en Suède, en 2007 en Grande-Bretagne, et, plus récemment, en Nouvelle-Zélande ont été publiées des études menées sur le long terme concernant des « cohortes » de population consommant du cannabis et comparées à d’autres n’en consommant pas.

« L’équipe néo-zélandaise a ainsi publié dans le très respecté journal américain Proceedings of the National Academy of Sciences des résultats démontrant que les consommateurs de cannabis ayant commencé à fumer dès l’âge de 13 ans ont un quotient intellectuel altéré de 8 % par rapport aux sujets « sains », et que tous ces consommateurs ont un niveau social et culturel inférieur aux autres. » Autrement dit, « le cannabis a un impact prouvé sur le développement du cerveau. Or, il est consommé très souvent chez les écoliers ou des étudiants, qui risquent de sombrer à long terme, en cas de consommation régulière, dans la dépression, et de développer des psychoses ou bien des cas de schizophrénie », conclut François Chast. Drogue considérée comme douce, le cannabis pose en fait un vrai problème de santé publique.

À savoir
Selon des études menées dans différents pays depuis quarante ans, il a été prouvé que la consommation d’une cinquantaine de joints par mois multiplie par six le risque de développer une psychose à l’âge adulte et augmente de 40 % les possibilités de tomber dans la schizophrénie.

Preuve de la neurotoxicité du cannabis chez l’homme : une première mondiale !

Persistent cannabis users show neuropsychological decline from childhood to midlife. M. H. Meier et al.

Proceedings of the National Academy of Sciences (New York), August 27, 2012, doi: 10.1073/pnas. 1206820109.

Il s’agit de la première étude qui prouve la neurotoxicité du cannabis chez l’homme. On ne disposait jusqu’alors que de nombreux indicateurs péjoratifs sur les effets délétères du cannabis, mais sans que l’on puisse prouver sa neurotoxicité. Cependant, chez l’animal, des travaux avaient mis en évidence des altérations neurochimiques persistantes du cerveau au cours de la période correspondant à celle de l’adolescence chez l’homme.

Les participants à cette étude princeps (Dunedin en Nouvelle Zélande), ont été recrutés dans une cohorte de 1037 enfants de 3 ans suivis depuis leur naissance en 1972 et 1973 jusqu’à l’âge de 38 ans. L’évaluation neuropsychologique a été réalisée à 7, 9, 11 et 13 ans, avant le début de la consommation de cannabis (7 enfants ont consommé avant 13 ans), puis à 38 ans pour mesurer les effets d’un usage continu.

Le diagnostic de dépendance au cannabis au cours de l’année précédant l’interview a été établie au cours de 5 périodes à 18, 21, 26, 32 et 38 ans selon les critères du « Diagnostic and Statistical Manual of Mental  Disorders », en excluant les sujets ayant manqué 3 évaluations (3 % de la cohorte). Cinq groupes ont été constitués : un premier pour lequel le diagnostic de dépendance n’a pas été porté et qui n’a jamais consommé ; le second sans diagnostic de dépendance, mais qui aurait pu le devenir en raison d’une consommation déclarée ; les troisième, quatrième et cinquième groupes pour lesquels le diagnostic de dépendance a été porté à 1, 2 ou 3 reprises respectivement.

L’usage régulier de cannabis (défini par la consommation au moins 4 jours par semaine) estimé sur la base de la consommation déclarée au cours de l’année précédente a permis de constituer 5 groupes : ceux qui n’ont jamais consommé ; ceux qui en ont fait usage mais jamais régulier ; les 3 derniers groupes sont des consommateurs réguliers au cours d’une, de deux ou de trois des cinq périodes étudiées.

L’examen des résultats obtenus sur cette cohorte « Dunedin » montre :

  1. Un lien étroit entre un usage prolongé du cannabis et la baisse du quotient intellectuel (QI) :
Dépendance au cannabis

n

QI 7-13 ans

QI 38 ans

Variations du QI

Jamais diagnostiquée, pas d’usage

242

99,84

100,64

0,05

Jamais diagnostiquée, usage

479

102,32

101,25

-0,07

Diagnostiquée 1 fois

80

96,40

94,78

-0.11

Diagnostiquée 2 fois

35

102,14

99,67

-0,17

Diagnostiquée ≥ 3 fois

38

99,68

93.93

-0.38

Usage régulier de cannabis
Jamais consommé

242

99,84

100,64

0,05

Usage, jamais régulier

508

102,27

101,24

-0,07

Usage, régulier  1 période

47

101,42

98,45

-0,20

Usage, régulier 2 périodes

36

95,28

93,26

-0,13

Usage, régulier ≥ 3 périodes

41

96,00

90,77

-0,35

Ainsi, chez les sujets de 38 ans présentant une dépendance au cannabis diagnostiquée au moins à trois reprises, la baisse globale du QI est de -0,38, ce qui correspond à une perte de QI d’environ 6 points.

  1. L’atteinte neuropsychologique liée à la dépendance, évaluée par l’étude de cinq fonctions mentales, montre qu’elle touche principalement le fonctionnement exécutif (p < 0,0001), ainsi que la vitesse de traitement de l’information (p =  0,0003).
  2. La baisse du QI persiste chez les sujets dépendants poursuivant des études, tant dans la cohorte totale (p < 0,0001), que chez les sujets ayant acquis uniquement un diplôme d’études secondaires (p < 0,0009).
  3. Le cannabis chez les sujets présentant une dépendance, est associé à une perturbation neuropsychologique qui affecte la vie quotidienne. La réponse de l’entourage à un questionnaire destiné à l’évaluer, révèle principalement des problèmes cognitifs touchant à l’attention (p < 0,0001) et à la mémoire (p < 0,0001).
  4. Les adolescents sont particulièrement vulnérables, cela était bien admis, mais cette étude le prouve, puisque les enfants sont suivis depuis leur plus jeune âge. En effet, ceux qui ont été initiés tôt et chez lesquels le diagnostic de dépendance est établi avant l’âge de 18 ans auront davantage tendance à poursuivre leur consommation (p = 0,02). De plus, ces adolescents sont affectés par une baisse plus importante du QI que les sujets ayant débuté leur consommation à l’âge adulte. Cette baisse du QI est de 8 points en moyenne pour les adolescents dépendants avant l’âge de 38 ans.
  5. L’arrêt de la consommation de cannabis ne restaure pas complètement le fonctionnement neuropsychologique chez les sujets initiés à l’adolescence et qui ont poursuivi leur consommation.

Toutes ces constatations prouvent pour la première fois les effets neurotoxiques du cannabis chez l’homme.

Remarque : Il convient de souligner que cette étude ne semble pas comporter de biais. S’agissant de l’aspect déclaratif de la consommation objet du travail, les auteurs insistent sur le fait que les enfants de cette cohorte ont été convaincus au fil des ans de la garantie de confidentialité de leurs réponses, ce qui évite un éventuel biais de sous déclaration.

Professeur Jean-Pierre GOULLE

Faculté de Médecine & Pharmacie

De Rouen & Laboratoire de Toxicologie

Du Groupe Hospitalier du Havre

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