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Cannabis : les cas de schizophrénie en hausse sensible

Par Jean-Guillaume Bayard

Entre 1995 et aujourd’hui, la proportion de cas de schizophrénie liés à une consommation de cannabis est passée de 2% à 8%.

Cannabis : les cas de schizophrénie en hausse sensible

ALINA ROSANOVA/ISTOCK

L’ESSENTIEL

  • La consommation de cannabis peut être une “cause composante”, qui interagit avec d’autres facteurs de risque, pour provoquer la maladie.
  • Au Danemark, la part des diagnostics associés à un trouble lié à la consommation de cannabis est passée de 2% en 1995 à environ 4% en 2000 avant de grimper à 8% depuis 2010.
  • En France, la schizophrénie concerne environ 600 000 personnes.

La consommation de cannabis et la schizophrénie sont liées. En 2018, une étude a révélé que la prédisposition à la schizophrénie augmente la probabilité qu’une personne consomme de la marijuana. Consommer de la marijuana pourrait aussi être une forme “d’auto-médication” des problèmes liés aux stades précoces de la maladie (symptômes déficitaires, anxiété, mal-être…).  Dans une nouvelle recherche, des scientifiques ont constaté une augmentation de la proportion de cas de schizophrénie liés à une consommation de cannabis au cours des 25 dernières années. Les résultats ont été publiés le 21 juillet dans le JAMA Psychiatry.

Le cannabis, une “cause composante” de la schizophrénie

En observant les cas de schizophrénie au Danemark, les chercheurs ont découvert que la part des diagnostics associés à un trouble lié à la consommation de cannabis est passée de 2% en 1995 à environ 4% en 2000 avant de grimper à 8% depuis 2010. “Je pense qu’il est très important d’utiliser à la fois notre étude et d’autres études pour souligner que la consommation de cannabis n’est pas inoffensive, assène à CNN Carsten Hjorthøj, professeur au Centre de recherche de Copenhague pour la santé mentale et auteur principal de l’étude.

l existe, malheureusement, des preuves suggérant que le cannabis est de plus en plus considéré comme une substance quelque peu inoffensive. C’est malheureux, car nous voyons des liens avec la schizophrénie, une fonction cognitive plus faible, des troubles liés à la consommation de substances, etc…

Les chercheurs rappellent que des études antérieures ont rapporté que le risque de schizophrénie est accru pour les personnes qui consomment du cannabis. De nombreux chercheurs émettent l’hypothèse que la consommation de cannabis peut être une “cause composante”, qui interagit avec d’autres facteurs de risque, pour provoquer la maladie.

Bien sûr, nos découvertes devront être reproduites ailleurs avant de pouvoir tirer des conclusions fermes, affirme Carsten Hjorthøj. Mais je suis assez confiant que nous verrons des schémas similaires dans les endroits où la consommation problématique de cannabis a augmenté, tout comme la puissance du cannabis, car de nombreuses études suggèrent que le cannabis à haute puissance est probablement le moteur de l’association avec la schizophrénie.

Environ 600 000 personnes schizophrènes en France

Pour l’étude, les chercheurs ont examiné les données du registre national de santé du Danemark et analysé toutes les personnes nées avant le 31 décembre 2000, qui avaient 16 ans ou plus à un moment donné entre le 1er janvier 1972 et le 31 décembre 2016.

Les résultats pourraient aider à expliquer “l’augmentation générale de l’incidence de la schizophrénie qui a été observée ces dernières années”, assure l’auteur principale. Cela pourrait également fournir un argument quant à “l’association observée depuis longtemps entre le cannabis et la schizophrénie”, selon l’étude.

La schizophrénie est un trouble mental chronique, grave et invalidant. Ses symptômes peuvent inclure des délires, des troubles de la pensée et des hallucinations. Dans le monde, la schizophrénie touche 20 millions de personnes. En France, cela concerne environ 600 000 personnes. Pour l’heure, aucun remède n’existe, alors les médecins essaient de gérer les symptômes avec des médicaments et une thérapie.

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Le cannabis, premier employeur de France

Entre 150 000 et 200 000 employés, des techniques marketing de plus en plus perfectionnées et une implantation dans des territoires insoupçonnés… La filière du cannabis continue de se structurer tandis que les pouvoirs publics font l’autruche sur sa légalisation.

Xavier Yvon : C’est un serpent de mer dont vous entendez parler depuis des années, surtout à l’approche des élections : le débat autour de la légalisation du cannabis. Il y a les « pour », il y a les « contre », mais je vous préviens, ce n’est pas le sujet de ce podcast. LIRE AUSSI >> « L’autre start-up nation » : qui sont les « employés » du cannabis en France ?

On ne va pas vous parler de santé publique, mais d’une industrie comme les autres, avec un maillage territorial, des techniques de marketing et de fidélisation, une industrie qui emploie des dizaines de milliers de personnes sur le sol français et qui ne cesse de se réinventer. Dans cet épisode, il sera question de Carcassonne, de bonbons Haribo, de Snapchat et de la SNCF. Non, vous n’êtes pas en plein « bad trip » ; on vous emmène dans les coulisses de l’un des premiers employeurs de France. 

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Source : L’Express

Le cannabis est originaire de Chine, selon une analyse génétique

Crédits : Wikimedia Commons

par Brice Louvet 21 juillet 2021,

Le cannabis est aujourd’hui disponible dans de nombreuses variétés, chacune proposant une configuration unique de cannabinoïdes et d’autres composés. Selon une étude publiée dans la revue Science Advances, ce processus de reproduction sélective pourrait avoir commencé au début de la période néolithique dans ce qui est aujourd’hui le nord-ouest de la Chine.

Il est aujourd’hui convenu que les deux principales espèces de cannabis, Cannabis indica (chanvre indien) et Cannabis ruderalis (chanvre sauvage), sont issues d’une seule espèce du genre, Cannabis sativa. D’après les preuves archéologiques – qui comprennent des traces d’anciennes graines de cannabis trouvées dans des poteries dans le sud de la Chine, à Taïwan et au Japon – nous savions que cette plante avait probablement été domestiquée il y a environ 12 000 ans. Mais où, précisément ?

Localiser les “racines” du cannabis a longtemps représenté un défi pour les chercheurs, en grande partie parce que l’ancêtre sauvage du cannabis est aujourd’hui éteint. Ainsi, il ne peut être étudié directement. Dans le cadre d’une récente étude, une équipe de généticiens de l’Université de Lausanne (Suisse) s’est concentrée sur un certain nombre de variétés ayant été modifiées au fil des siècles par la sélection naturelle plutôt que par des programmes de sélection intensifs, telles que les variétés landrace.

Il ya 12 000 ans dans le nord-ouest de la Chine

Pour ces nouveaux travaux, les chercheurs ont analysé les génomes de 110 variétés, dont 82 nouveaux génomes. Collectivement, ceux-ci englobaient les plantes sauvages aux cultivars (variété d’une espèce obtenue artificiellement pour être cultivée) historiques, jusqu’aux hybrides modernes utilisées pour le chanvre et la drogue.

Après avoir évalué les relations génétiques entre toutes ces plantes, les auteurs ont souligné que chaque souche pouvait être retracée à “un pool génétique ancestral” qui semble prendre ses racines dans les variétés retrouvées naturellement dans le nord-ouest de la Chine, près des frontières du pays avec le Kazakhstan et le Kirghizistan.

Autrement dit, toutes les plantes de cannabis vivantes aujourd’hui descendent de plantes qui ont été domestiquées en premier lieu dans cette région d’origine, résume Luca Fumagalli, principal auteur de ces travaux. “Contrairement à une opinion largement acceptée, qui associe le cannabis à un centre de domestication des cultures en Asie centrale, nos résultats sont cohérents avec une origine unique de domestication du cannabis sativa en Asie de l’Est“, explique-t-il.

cannabis
Crédits : NickyPe/Pixabay

La datation génomique a également confirmé que les premiers ancêtres domestiqués des plantes de cannabis modernes avaient bien divergé de cet ancêtre sauvage il y a environ 12 000 ans (au début du néolithique).

Enfin, les variétés hautement spécialisées actuelles proviendraient également de cultures sélectives initiées il y a environ 4 000 ans. Certaines étaient alors optimisées pour la production de fibres (plantes hautes et non ramifiées avec plus de fibres dans la tige principale), et d’autres pour les cannabinoïdes (plantes courtes et bien ramifiées avec plus de fleurs, maximisant la production de résine).

Cannabis : comment décrocher de son addiction ?

Cannabis : comment décrocher de son addiction ?

Faire du sport, passer au CBD, consulter un professionnel… Si se sevrer du cannabis est loin d’être évident, des solutions existent. Pour NEON, Hélène Donnadieu-Rigole, cheffe du service addictologie au CHU de Montpellier, nous en détaille quelques unes.

Combien y a-t-il de fumeurs en France ?

Drogue très populaire à travers le globe, le cannabis est aussi la substance illicite la plus prisée par les Français. En 2017, l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) estimait qu’il y avait 5 millions de consommateurs dans l’Hexagone, dont 1,5 million d’usagers réguliers. Un rapport datant de 2019, toujours réalisé par l’OFDT, précise même que les Français sont les plus gros consommateurs d’Europe.

Comment savoir si on est accro au cannabis ?

« Comme pour toutes les addictions, on comprend qu’il y a un problème quand on perd la capacité de choisir le moment où on consomme et combien on consomme. », explique le docteur Hélène Donnadieu-Rigole, cheffe du service addictologie au CHU de Montpellier. L’addictologue prend l’exemple d’une personne qui va faire en sorte d’avoir un peu de cannabis sur elle au moment de partir en vacances, même si elle sait que cette situation lui fait courir un risque (celui de se faire prendre par les douanes de l’aéroport, par exemple).

D’autres signes peuvent mettre sur la voie : en l’absence de cannabis, une personne addict peut ressentir de l’anxiété, une augmentation de sa tension nerveuse, elle peut aussi faire des crises d’angoisse, avoir des troubles du sommeil, etc.

Si vous craignez d’être accro au cannabis (ou à n’importe quelle autre substance), vous pouvez répondre à ce questionnaire en ligne mis en place par le site Addict’Aide. Ce dernier sert à évaluer la gravité (absente, légère, modérée ou grave) d’une dépendance.

Quels sont les risques avec la consommation de cannabis ?

Outre le risque de s’exposer à une amende forfaitaire délictuelle de 200 euros en cas de contrôle de police, fumer du cannabis comporte évidemment des risques pour la santé. À ce titre, le docteur Donnadieu-Rigole insiste sur l’importance de distinguer deux catégories d’âge chez les fumeurs : les « adultes jeunes » (moins de 25 ans), et les fumeurs un peu plus âgés.

« Je suis davantage inquiète pour les jeunes adultes car ils s’exposent à de nombreux risques avant même que leur cerveau ne soit totalement mature. Fumer du cannabis, chez eux, a des conséquences psycho-sociales et psychiques, qui entraînent un risque de déscolarisation, un éloignement du cercle d’amis, des troubles de la concentration, de la mémorisation, mais aussi l’apparition du fameux « syndrome amotivationnel », qui se traduit par un état de passivité et d’indifférence. »

Bien sûr, fumer du cannabis comporte des risques chez l’adulte plus âgé aussi, mais ces derniers sont davantage liés à la combustion de cette substance. Particulièrement nocive, la combustion entraîne des risques cardiovasculaires et le développement de cancers.

Sur le même sujet ⋙ Légalisation du cannabis : des parlementaires demandent un référendum à Emmanuel Macron ⋙ Sexe et cannabis : mélange miraculeux ou poison pour le couple ?

La motivation, une première étape pour rompre avec la dépendance

« Le sevrage va avant tout être lié à la motivation de la personne », explique d’emblée Hélène Donnadieu-Rigole. Et pour cause : si l’envie d’arrêter de fumer vient de vous, vous vous donnerez plus de mal pour mettre un terme à votre dépendance (ou en tout cas plus que si c’était sous la contrainte). Et comme cette motivation peut être fluctuante, il existe des petits tips pour la raviver.

Dans un premier temps, vous pouvez commencer par vous demander pourquoi il est important, selon vous, que vous arrêtiez de fumer. Faites une liste qui compilera tous les aspects négatifs qui découlent de votre consommation, du prix élevé de l’herbe au danger que vous encourrez si on vous prend la main dans le sac, sans oublier tous les risques que vous faites peser sur votre santé physique et psychique.

Vous pouvez aussi tenir un journal de votre consommation, comme le préconise le site suisse stop-cannabis. Ce dernier permet de faire un point quotidien sur votre usage du cannabis – il vous permet ainsi de voir les efforts que vous avez effectués tout au long de votre sevrage et de rester motivé.

L’importance d’être accompagné par des professionnels…

« Comme dans tous les sevrages, ce qui va vraiment faire la différence, c’est une prise en charge globale de la personne qui souhaite rompre avec son addiction. Aussi bien du point de vue médical que psychologique. », résume Hélène Donnadieu-Rigole.

Pour aider ses patients, l’addictologue se tourne ainsi vers la thérapie cognitivo-comportementale (en cherchant toujours à valoriser les efforts effectués par ses patients) ; elle va aussi chercher à savoir si l’usage du cannabis est venu soulager un mal-être chez le consommateur et travailler dessus en conséquence ; elle peut également proposer des outils médicamenteux qui permettront à son patient de minimiser ses risques de rechutes (des patchs, des médicaments psychotropes non addictogènes, etc.)

Il est aussi tout à fait possible de se faire aider par un psychiatre, d’avoir recours à l’hypnose ou de participer à des groupes de parole.

… mais aussi par ses proches

Et oui, ne pas sous-estimer l’importance du soutien de son entourage. Se faire épauler par des personnes qu’on aime dans notre processus de sevrage, ça aide à se fixer des objectifs et à mieux les atteindre. À condition que ces dernières apportent une aide bienveillante, en valorisant les actions positives et, surtout, en s’abstenant de juger l’autre en cas de rechute. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que Rome ne s’est pas faite en un jour (et se montrer culpabilisant ne fera de toute façon pas avancer le schmilblik).

Se sevrer du THC grâce au CBD, une bonne idée ?

Le THC (tétrahydrocannabinol), c’est la fameuse molécule qui rend accro au cannabis. Elle possède des propriétés psychoactives qui agissent sur le psychisme en modifiant le rythme cérébral. Ses effets peuvent aller d’une légère euphorie accompagnée d’apaisement à une « intoxication aigüe » (qu’on appelle aussi « bad trip ») en passant par un état de somnolence, mais aussi des malaises, des vomissements et des angoisses plus ou moins fortes.

À cause d’elle, décrocher de son addiction est souvent très compliqué. Par chance, une autre molécule très connue du chanvre – et bien moins néfaste cette fois – peut servir de substitut au THC. Son nom ? Le CBD (cannabidiol)Cette molécule a la particularité de ne pas être psychoactive (elle n’est donc pas considérée comme une drogue) et n’entraîne pas de dépendance. Ses consommateurs l’utilisent pour son effet apaisant : elle réduit le stress, peut faciliter le sommeil et aide à mieux supporter certaines douleurs.

Fumer du CBD : « Passer du cannabis fumé au CBD fumé, c’est une première étape dans le sevrage. », concède Hélène Donnadieu-Rigole. « C’est bien de commencer par ça, mais il ne faut pas en rester là, car ça reste un produit avec une combustion extrêmement toxique sur le plan cardiovasculaire et cancérigène. En revanche, en passant du THC au CBD, on s’éloigne un peu de l’effet psychotrope qu’on attendait du THC, et ça prouve qu’on est dans le ‘deuil’ de cet effet-là, ce qui est assez positif. »

Vapoter du CBD : Cette deuxième étape permet de limiter énormément les risques. « En utilisant du e-liquide au CBD, ça veut dire qu’on a à la fois renoncé au THC et à la part de rituel qui est très important chez les fumeurs. Même si la cigarette électronique n’est pas sans risque, on élimine quand même beaucoup de dangers, notamment celui lié à la combustion. »

Les autres manières d’utiliser du CBD : La molécule de CBD existe sous plein de formes différentes. On peut ainsi la consommer en tisane, dans des gélules, des suppositoires (pour un effet relaxant plus rapide), mais aussi sous forme d’huile ou en ayant recours à un vaporisateur. À vous de trouver l’utilisation qui vous conviendra le mieux.

Les bienfaits d’une activité physique pour rompre avec l’addiction

Un petit footing et hop, ça repart ! Comme dans tous les types de sevrages, une activité physique ou sportive adaptée aide à décrocher plus facilement. « L’activité physique va être extrêmement bonne au niveau de l’humeur, de la gestion du stress, l’affirmation de soi, le sommeil, et l’appétit. Faire du sport, pendant un sevrage, c’est un vrai plus en termes d’hygiène de vie – ça permet à la personne dépendante de retrouver un équilibre. », explique le docteur Donnadieu-Rigole.

Chez certains fumeurs, le fait de se dépenser aide aussi à trouver le sommeil. Un excellent substitut au cannabis, qui les faisait dormir d’habitude. C’est aussi une manière de concentrer son attention sur autre chose et de reprendre le contrôle sur soi.

Une application pour vous aider à décrocher

Si tous ces conseils ne sont pas suffisant pour vous aider à décrocher, sachez qu’il existe aussi des applications qui proposent un accompagnement tout le long de votre sevrage. Parmi elles, l’appli suisse stop-cannabis : cette dernière, conçue avec le service d’Addictologie des Hôpitaux Universitaire de Genève (HUG), permet de recevoir des messages de suivi personnalisés, de trouver des astuces contre les symptômes de manque, mais aussi de collecter des trophées au fil des jours passés sans fumer.

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Pr Jean Costentin : pourquoi la légalisation du cannabis est pire qu’une aberration

Le Professeur Jean Costentin, président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT).

Pour Solidarité & Progrès, le phénomène de la drogue n’a jamais été un simple phénomène sociologique. Depuis les guerres de l’opium, la drogue a été l’arme redoutable d’une oligarchie cherchant à imposer son pouvoir politique et financier en asservissant les peuples.

Par conséquence, pour S&P, toute « guerre à la drogue » qui refuse de frapper cette oligarchie au portefeuille (blanchiment, trafic d’armes, corruption, paradis fiscaux, etc.) se condamne d’avance à l’échec. Or, dès 1978, l’hégémonie des banques de la City de Londres dans les paradis fiscaux laissait soupçonner leur rôle primordial dans l’existence d’un marché solidement structuré, de haut en bas. Une réalité confirmée en 2001 par le Vol. IV du volumineux rapport parlementaire sur le blanchiment.

Agnès Farkas, pour Solidarité & Progrès, s’est entretenue avec le professeur Jean Costentin, membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie et président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT). Professeur en pharmacologie à la faculté de Rouen, il dirige une unité de recherche de neuropsychopharmacologie associée au CNRS.

Plusieurs livres du professeur Costentin permettent de s’informer sur la réalité et les enjeux posés par le cannabis :

  • Halte au cannabis, Odile Jacob (2006) ;
  • Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis, Odile Jacob (2011) ;
  • Le désastre des toxicomanies en France, Docis (2018) ;
  • Dictionnaire critique du cannabis, Docis (2019) ;
  • Toxicomanies, sauvons la jeunesse (sous presse), JDH éditions (2021).

Agnès Farkas : Alerté par la teneur du rapport de la mission parlementaire sur le cannabis « récréatif », vous avez adressé une lettre ouverte (ci-dessous) aux députés qui en sont à l’origine. Le cannabis est déjà largement consommée par 3,9 millions de consommateurs, dont 1,5 million de consommateurs réguliers. Allons-nous vers une banalisation de cette drogue en France ?

Pr. Jean Costentin : Nous n’y allons pas, cette banalisation est déjà là, très solidement implantée. Des Missions interministérielles de Lutte contre les drogues et toxicomanies (MILDT) s’y sont employées depuis plus de trente ans, sous les présidences de : Mme N. Maestracci, D. Jayle, Mme Jourdain Menninger. Seules les présidences de Mr Etienne Apaire et celle actuelle du docteur Nicolas Prisse y ont fait ou font exception, mais le mal est profondément ancré.

Depuis 30 ans on laisse espérer aux consommateurs une légalisation imminente ; ces consommateurs sont de plus en plus nombreux, comme vous le rappelez, et ils sont de plus en plus jeunes. La consommation débute maintenant au Collège, entre 12 et 15 ans. Elle frappe durant la période sensible de la maturation cérébrale, qui se situe entre 12 et 22 ans. Plus cette drogue est expérimentée précocement, plus vite elle est adoptée et plus intensément elle détériore ses consommateurs.

Elle frappe à la période des activités éducatives, de la formation professionnelle, de l’élaboration des projets professionnels et familiaux ; alors qu’elle est la drogue de la « crétinisation », de l’aboulie, de la démotivation, du renoncement ; elle peut donner un sentiment de toute puissance, mais en restant assis et en remettant à plus tard ce qui se débloquera peut-être, mais souvent trop tard. C’est la drogue que s’appliquent à diffuser ceux qui rêvent d’une régression économique, d’un effacement national, d’une reddition dans la confrontation à la compétition qu’instaure la mondialisation (sorte de jeux olympiques de l’intelligence, de l’ingéniosité, du désir de gagner..).

La dégradation majeure de notre système éducatif porte sa marque, puisque sur les 27 Etats membres de l’Union Européenne, la France est le tout premier consommateur de cette drogue, qui contribue à nous remiser au 28e rang du classement PISA qui compare les performances éducatives des Nations.

Après une consultation citoyenne sur le site Internet de l’Assemblée nationale, 92 % des sondés considèrent que la loi actuelle n’est pas efficace et 80 % d’entre eux se prononcent pour la légalisation du cannabis récréatif. Peut-on se fier à cette consultation ?

Il est indubitable qu’avec ce nombre énorme de consommateurs de cannabis en France, la loi actuelle n’est pas efficace. Qui peut s’en étonner s’il prend conscience que cette loi n’a jamais été enseignée, qu’elle est largement méconnue, des jeunes en particulier. Vous les surprendriez en leur indiquant que sa transgression pourrait leur valoir une année d’emprisonnement ou 3500 € d’amende. Cette loi n’a jamais été expliquée, et moins encore justifiée à partir des méfaits qu’elle voulait prévenir.

L’éducation nationale a été complètement défaillante, au point que l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) a décerné un carton rouge à notre Nation pour ses carences éducatives majeures à cet égard. Pendant ce temps des lobbies idéologiques, politiques, économiques, des déconstructeurs et des desperados sociétaux l’attaquent de façon synchronisée et convergente.

Pendant ce temps le pouvoir judiciaire, pour ne pas appliquer sa rigueur, au lieu de l’adapter aux circonstances et aux individus qui la violent (alors qu’elle revendique régulièrement cette attitude en contestant les peines planchers) classe presque systématiquement sans suite sa violation ; ç’en est au point de dissuader les forces de l’ordre de lui présenter les contrevenants. La transformation de ce délit en une simple contravention d’un montant de 200 €, au recouvrement aléatoire, sans que son montant ne soit accru en cas de récidive, contribue davantage à cette banalisation, et fait fi de la prévention.

François-Michel Lambert, député du groupe Libertés et Territoires, membre également de la mission d’information sur les usages du cannabis et co-auteur de la proposition de loi sur la légalisation du cannabis récréatif appelle à sa légalisation sur la base du rapport du CAE (Conseil d’analyse économique) : Cannabis : comment reprendre le contrôle ?, avec l’appui du think tank d’ Olivier Ferrand, Terra Nova. Est-ce un moyen de reprendre le contrôle sur le trafic du cannabis ?

On déplorera énormément que les dimensions sanitaire, sociale et sociétale soient à peu près absente de la glose de ces éminences, j’espère que vous m’interrogerez sur ces points majeurs. La France occupant la pole position des consommateurs de cannabis, mobilise pour sa diffusion près de 220000 dealers.

  • Qui croira qu’un cannabis plus facilement accessible n’augmentera pas le nombre de ses consommateurs ? Des enquêtes partielles que j’ai effectué sur les raisons qui sont à l’origine de l’absence de consommation de cannabis par la majorité des jeunes (soit environ 80% d’entre eux), il apparaît que 60% s’en abstiennent surtout par conviction de sa toxicité et pour les autres (soit 40%) c’est en raison de sa prohibition. La légalisation du cannabis ferait croire aux premiers que ce n’est pas très toxique puisque l’Etat, par nature protecteur, l’autorise, quant aux seconds, ils n’auraient plus à franchir le Rubicon de l’interdit pour le consommer.
  • Qui croira que les 220.000 dealers mettront fin à leurs trafics ? L’Etat, pour tenter de réduire la catastrophe qu’il organise, proposera un cannabis plus faiblement dosé en tétrahydrocannabinol (THC- le composant psychotrope addictif principal), et à un prix plus cher que les produits qui sont actuellement en circulation. Le consommateur préférera le produit le plus fort et le moins couteux proposé au marché noir que « la tisane » d’Etat. Si le chiffre d’affaire des dealers venait à diminuer ils sauraient compléter leur offre d’autres drogues, telle la cocaïne dont la vente s’envole, les amphétamines, les cathinones, l’ecstasy, les cannabinoïdes de synthèse qui se multiplient, les morphiniques dont la redoutable héroïne…et la police restera mobilisée, et ce sera toujours la guerre des gangs pour leurs territoires… Évitons l’angélisme et la crédulité pour imaginer la suite pour ces voyous

Pionnier du cannabis récréatif, l’Etat du Colorado a adopté une loi qui autorise les médecins à prescrire du cannabis médical en lieu et place des opioïdes depuis le 2 août. Soulignons que les ventes totales de cannabis au Colorado ont dépassé les 2 milliards $ (1,65 milliard €) en 2020, le montant le plus élevé depuis la légalisation du cannabis dans l’État votée en 2012. Selon Newsweed du 21 janvier 2021 : « Les dispensaires de l’État ont récolté 175 millions $ en novembre, une augmentation de 17% par rapport à 2019. En retour, l’État a récolté 32,3 millions $ de taxes. Les ventes du Colorado étaient de 1,7 milliard $ en 2019 et de 1,5 milliard $ en 2018. L’État a rapporté un peu de plus de 387 millions $ en taxes et en frais en 2020. » Déjà des sociétés prospèrent et se spécialisent dans le développement pharmaceutique à base de cannabis. Peut-on voir un lien entre la légalisation du cannabis récréatif et celle du cannabis thérapeutique en France ?

Notons que cette manne financière a un coût ; dans l’Etat du Colorado justement il a été calculé que pour un dollar encaissé, l’Etat devait verser 4,5 dollars pour les frais induits (hospitaliers, d’assurances, d’accidents, etc…). Cette consommation concerne des femmes enceintes et la fréquence d’anomalies constatées chez les nouveaux nés, puis chez l’enfant et chez de jeunes adolescents, est en hausse significative.

Tous les Etats qui ont légalisé le cannabis dit « récréatif », notez que j’ai horreur de cette appellation fallacieuse, là encore banalisante, qui s’applique à cacher que souvent la « récré » se termine mal par la collection de drames variés. Donc tous les Etats ayant légalisé le cannabis en tant que drogue, se sont appliqués préalablement à le déguiser en médicament, selon la stratégie du cheval de Troie. Le cannabis dit « thérapeutique » est le faux nez du cannabis dit « récréatif ». Concluant des audits sur ce cannabis dit « thérapeutique », l’Académie de médecine avait intitulé le communiqué qui synthétisait son rapport : « Le cannabis- un faux médicament – une vraie drogue ».

Et si on parlait addiction ! La légalisation ne modifie-t-elle pas la perception des usages des drogues ?

Laisser planer en permanence l’imminence de la légalisation du cannabis participe, on l’a dit, à sa banalisation ; sa consommation s’étant accrue, il est plus difficile de la faire régresser. Cette addiction auto-entretenue se trouve auto-aggravée. L’escalade vers d’autres drogues est vérifiée par l’épidémiologie, elle est la conséquence du développement d’une tolérance à ses effets ; c’est à dire de leur amoindrissement au cours de l’usage, qui vire à l’abus, par augmentation des doses et de la fréquence des consommations.

Quand cela ne suffit plus pour accéder au « plaisir » recherché, une autre drogue sera ajoutée, puis une autre encore, aboutissant à une poly-toxicomanie ; c’est l’ascension des échelons de l’échelle des toxicomanies vers son sommet, celui de l’héroïne.

Des études récentes montrent que par un mécanisme épigénétique (sans modification de l’ADN, mais par modification de sa facilité à être exprimé) l’exposition d’un individu au cannabis modifie la perception qu’il aura des morphiniques ou bien de la cocaïne, ce qui accroit son appétence ultérieure pour ces deux drogues.

Pouvez-vous nous décrire quelques conséquences biologiques sur les usagers du cannabis ?

Merci de me permettre de m’exprimer sur ce sujet trop systématiquement occulté par ceux qui pérorent sur le cannabis avec toute la suffisance que permet leur méconnaissance de ces aspects sanitaires.

La toxicité physique du cannabis fumé l’emporte de loin sur celle du tabac (75 000 morts chaque année en France), sa combustion produit environ 6 fois plus de goudrons cancérigènes ainsi que de ce gaz très toxique qu’est l’oxyde de carbone (CO), de là sa toxicité cardio-vasculaire (3e cause de déclenchement d’infarctus du myocarde, artérites, accidents vasculaires cérébraux).

Trois femmes sur 4 qui fument du cannabis sont incapables d’arrêter sa consommation en cas de grossesse, ce qui abrège la grossesse (prématurité) et comporte le risque de malformations, d’hypotrophie fœtale, de ralentissement du développement psychomoteur, de vulnérabilité aux troubles du spectre de l’autisme, d’hyperactivité avec déficit de l’attention, d’une vulnérabilité aux toxicomanies….

Par un mécanisme épigénétique les individus en âge de procréer qui exposent leurs spermatozoïdes ou leurs ovules au THC du cannabis transmettent à leur progéniture des modifications de l’expression de certains de leurs gènes, qui peuvent se traduire par des anomalies du type de celles vues lorsque la femme enceinte consomme du cannabis, mais d’autres encore telle une vulnérabilité à la schizophrénie.

La toxicité cérébrale du cannabis, THC, outre ses effets énivrants, désinhibiteurs, inducteurs d’accidents (surtout en association avec l’alcool), inducteurs au long cours d’effets anxiogènes et de dépression de l’humeur, est due au fait qu’elle s’abat sur la jeune génération durant la phase de sa maturation cérébrale (12 à 24 ans) qui est aussi celle de l’éducation.

Elle peut ainsi être à l’origine de cette pathologie psychiatrique très grave qu’est la schizophrénie (folie au sens commun du terme). Si l’on parvenait à éradiquer le cannabis de l’environnement de notre jeunesse, notre pays compterait près de 80 000 schizophrènes en moins. Le cannabis peut induire de novo l’affection, il peut décompenser un état latent, il aggrave la maladie déclarée, il diminue l’efficacité des médicaments antipsychotiques qu’on oppose à ses troubles délirants et hallucinatoires.

Je vous laisse le mot de la fin ?

Le cannabis n’est pas une drogue douce, c’est une drogue lente qui s’accumule dans le cerveau ; y persistant de plusieurs jours à plusieurs semaines ; son pouvoir « d’accrochage » —son action addictive est élevée puisqu’il finit par rendre dépendant— par piéger plus de 20% de ceux qui l’ont expérimenté ; de là ces 1.500.000 usagers réguliers qui bravent en France une législation rigoureuse ( jamais appliquée).

On ne dispose d’aucun moyen pour en débarrasser le sujet qui en est devenu dépendant. Drogue de la « crétinisation », il chausse nos jeunes de chaussures à semelles de plomb, dans une période où l’intelligence est de plus en plus sollicitée.

L’appétence des uns pour cette drogue avive les appétits d’autres qui en attendent des bénéfices énormes, au prix d’une faillite sociale et sociétale qui ne les trouble pas. Cette drogue fait frémir d’aise les déconstructeurs, ceux qui militent pour une régression économique, des desperados, des idéologues au service de l’anéantissement de notre société, des démagogues, des addictologues à contre-emploi… c’est d’effroi qu’elle devrait faire frémir les autres, comme nous même.

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Addictions : les jeunes peu conscients des risques

Par Jean-Guillaume Bayard
Les jeunes ont tendance à minorer les risques du tabac, de l’alcool des drogues et des écrans. Du côté des médecins généralistes, la prévention concerne surtout le tabac mais reste encore trop faible pour l’alcool et le cannabis.

Addictions : les jeunes peu conscients des risques

ANTONIOGUILLEM/ISTOCK




L’ESSENTIEL

  • 84% des interrogés boivent de l’alcool, 56% fument du tabac, 36% du cannabis, 5% consomment des drogues dures et 41% déclarent passer plus de 6 heures par jour devant un écran.
  • La perception du risque est relativement élevée pour les drogues dures mais baisse drastiquement pour le tabac et le cannabis tandis que l’alcool et les écrans paraissent banalisés.
  • La consommation de ces substances a des conséquences à court terme chez les jeunes.

La pandémie, les mesures restrictives et l’augmentation du télétravail ne sont pas sans conséquence sur les addictions des Français. Parfois, reconnaître une addiction peut être difficile, notamment chez les jeunes qui ont tendance à minimiser les risques liés au tabac, à l’alcool, la drogue ou même aux écrans. C’est ce que montre un sondage mené par Ipsos pour le groupe d’assurances la Macif sur des jeunes de 16 à 30 ans.

Un cocktail de substances

Chez les jeunes, la substance la plus consommée est l’alcool puisque 84% des interrogés indiquent en boire. Derrière, se trouve le tabac (56%) et le cannabis (36%). Enfin, il y a les drogues dures dont la prise régulière concerne 5% des jeunes. Mais ce n’est pas tout puisque le sondage a également évalué l’addiction liée aux écrans et les résultats révèlent que 41 % des jeunes interrogés déclarent passer plus de 6 heures par jour devant.

L’usage de ces différentes substances peut s’additionner et entraîner une poly-consommation. “Quand on prend une drogue dure, systématiquement, on boit de l’alcool et on fume”, insiste Adeline Merceron, responsable de l’activité santé chez Ipsos. Ce cocktail de substances peut poser problème et empêcher de sortir du cercle vicieux de la consommation. “Il peut y avoir interaction entre les substances, relève Cécile Masset, médecin scolaire à l’université catholique de Lille. Quand on va essayer de vous sevrer, il risque d’y avoir transfert de dépendance ; par exemple, si un jeune arrête l’alcool, il va fumer davantage.” Les écrans aussi sont présents dans ce mélange puisque la prise régulière de produits est corrélée à une augmentation du temps passé devant ceux-ci.

Des conséquences minimisées

Ce que le sondage met principalement en lumière c’est le manque de conscience des risques encourus par les adolescents. “On sait qu’au niveau des addictions, c’est à l’adolescence que tout se joue, assure Emmanuel Petit, en charge de la prévention à la Macif. De toute façon, ils vont tester ces substances, donc autant leur donner les clefs de compréhension pour le faire dans un environnement sécurisé.” Il apparaît à travers ce sondage que la perception du risque est relativement élevée pour les drogues dures mais baisse drastiquement pour le tabac et le cannabis tandis que l’alcool et les écrans paraissent banalisés. “Souvent, ces jeunes ont une illusion de contrôle, ajoute Jessica Sautron, psychologue et thérapeute spécialiste de la famille. Mais la prise de conscience intervient au moment d’une faillite, : une séparation, un retrait de permis, la perte d’un travail.”

Sans attendre le long terme, la consommation de ces substances a des conséquences à court terme chez les jeunes. Le sondage révèle que 52 % des jeunes ont perdu le contrôle d’eux-mêmes au moins une fois au cours des 12 derniers mois, après avoir consommé une de ces substances. Et un sur cinq au moins dix fois dans l’année. Les résultats révèlent que 14% sont du fait du cannabis, 7 % de drogue dure et 61 % des écrans interactifs. Cela entraîne beaucoup de bad trips, de l’échec scolaire et professionnel pour 30 %, et un isolement pour 27 %. Enfin, pour 20 %, cette consommation, généralement festive, provoque des pensées suicidaires, 29 % des agressions physiques et sexuelles, et 14 % un accident de circulation.

Le travail préventif des généralistes varie selon les substances

En parallèle de ce sondage, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) vient de publier deux études sur les opinions et pratiques des médecins généralistes libéraux en matière de prévention. En première ligne concernant la prévention, il apparaît dans ces recherches que les médecins font quasiment systématiquement ce travail préventif sur les risques liés à la consommation de tabac mais avec plus de parcimonie concernant l’alcool et le cannabis. Dans les chiffres, 66% d’entre eux font ce repérage pour chacun de leurs patients pour le tabac mais cela tombe à 43% pour l’alcool et chute à 24% pour le cannabis.

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La toxicomanie, un problème de santé publique en pleine expansion

ACTUALITÉS juin 27, 2021 Mise à jour: juin 27, 2021

La toxicomanie, un problème de santé publique qui ne cesse d’augmenter. C’est ce qu’affirment la Fundación de Ayuda contra la Drogadicción (FAD) et l’expert en traitement Xavier Fàbregas, dans le cadre de la Journée mondiale contre les drogues, le 26 juin. Une maladie qui est passée d’une préoccupation majeure à un camouflage parmi les problèmes quotidiens.

Sortir avec des amis, boire quelques verres et rentrer en rampant. « Des choses que nous avons tous vécues à un moment de notre vie », confesse le Dr Xavier Fàbregas, fondateur du Mas Ferriol, un centre spécialisé dans le traitement des addictions et de la santé mentale.

Une consommation de drogues légales, dit Fábregas, qui se fait dans le but de socialiser et de passer un bon moment.

Cependant, lorsque ce but n’est plus de passer du bon temps, mais d’échapper aux problèmes, c’est là que la sonnette d’alarme se déclenche.

Et c’est que l’expression « noyer son chagrin dans l’alcool » n’est pas dite pour rien. Selon l’expert, c’est pour cette raison même qu’une dépendance de ce calibre commence.

« Il faut savoir que ce qui génère la dépendance n’est pas tant la recherche du plaisir que la recherche de la non-douleur. Vous avez des problèmes avec ces substances parce que la consommation est faite pour arrêter la pensée. Pour arriver à ce moment où vous ne ressentez plus rien », précise le Dr Fàbregas.

Selon la Fondation d’aide contre la toxicomanie (FAD), il s’agit de l’un des problèmes de santé publique les plus graves auxquels la société est confrontée.

Se présentant toujours comme un problème de première ligne, la préoccupation de la population à l’égard de la consommation de drogues est passée de la deuxième à la vingtième place, selon les données du Centre de recherche sociologique (CIS).

Table des matières

La consommation de drogues est en hausse dans le monde

Environ 275 millions de personnes ont consommé une drogue au cours de l’année écoulée, soit une augmentation de 22 % depuis 2010. Et plus de 36 millions de personnes ont de graves problèmes de toxicomanie.

Ce sont les données du Rapport mondial sur les drogues 2021 que l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a publié à l’occasion de la Journée mondiale de la drogue.

Pour la directrice générale de la FAD, Beatriz Martín Padura : « Les données inquiétantes fournies par le rapport de l’ONU nous rappellent que la consommation de drogues reste l’un des plus grands problèmes de santé publique auxquels nous sommes confrontés et que nous ne pouvons pas nous en désintéresser. »

La consommation a augmenté en particulier dans les pays en développement en raison de la croissance démographique, de l’arrivée d’une nouvelle génération de drogues synthétiques moins chères, de l’expansion de l’utilisation d’opioïdes tels que le tramadol en Afrique et de la puissance accrue de ces substances, ce qui a entraîné une augmentation de la létalité et des décès par overdose, notamment dans ces pays.

En revanche, en Europe, les décès par overdose avoisinent les 8 500, ce qui est loin des plus de 50 000 décès dus aux opioïdes aux États-Unis.

Les Nations unies prévoient que d’ici à 2030, le nombre de personnes consommant des drogues augmentera de 11 %, ce chiffre pouvant atteindre 40 % dans certains pays africains.

Pour Martín Padura, ces données « doivent nous faire réfléchir à notre responsabilité. En Espagne, nous avons connu une grande crise dans les années 80, mais avec beaucoup d’efforts et de ressources, la situation s’est stabilisée, même s’il s’agit sans aucun doute d’un problème de santé grave ».

« Dans les pays plus défavorisés qui ne disposent pas des mêmes ressources, notamment en Afrique, la drogue est une épidémie qui compromet leurs chances de développement. Il est de la responsabilité mondiale de prendre des mesures de soutien conjointes, notamment des mesures de prévention, pour mettre fin à cette escalade », ajoute-t-il.

Selon les Nations unies, la drogue la plus populaire est le cannabis, avec environ 200 millions de consommateurs, suivi des opioïdes avec 62 millions, et de la cocaïne avec 20 millions.

Les drogues sont moins préoccupantes qu’auparavant

« Il y a beaucoup, beaucoup d’autres choses qui nous préoccupent plus officiellement que le problème de la toxicomanie. Pour la population générale, le chômage, la situation politique, la corruption ou le changement climatique restent des sujets de préoccupation. Des questions qui ont plus d’intérêt public que le problème de la drogue », regrette le Dr Fàbregas.

C’est pourquoi le spécialiste du traitement des dépendances lance un message fort à l’occasion de la Journée mondiale contre la drogue : on peut sortir de la drogue, mais il faut le faire avec un message totalement différent de celui qui a été donné jusqu’à présent, au-delà de l’abstinence.

Lorsqu’on parle de drogues, beaucoup de gens pensent à des choses comme la cocaïne, l’héroïne ou d’autres types de « drogues de synthèse ». Mais le concept va plus loin.

« Les drogues sont des substances qui ont le pouvoir de générer une dépendance. Et nous définirions la dépendance comme l’utilisation de la drogue malgré les conséquences négatives qui l’accompagnent. »

Le spécialiste précise donc que l’alcool, si présent dans notre vie quotidienne, est également considéré comme un type de drogue.

Cependant, elle n’est pas perçue comme un facteur de risque, comme c’est de plus en plus le cas pour des drogues comme le cannabis, car la « culture méditerranéenne s’est installée » dans notre société.

« En Méditerranée, il est normal que nous célébrions tout avec de l’alcool. Baptêmes, communions, mariages… Nous l’avons assimilé à une consommation normale, mais cela ne veut pas dire que, pour d’autres personnes, c’est un très gros problème de santé ».

Suivant cette définition, le Dr Fàbregas précise que les médicaments ou même la malbouffe peuvent également être considérés comme des médicaments.

« Nous savons qu’il y a beaucoup de substances qui sont ajoutées à la malbouffe pour la rendre plus addictive. C’est génial, mais c’est la même chose qui a été faite avec le tabac. Il y a des tonnes d’arômes et de substances qui sont uniquement destinés à rendre cet aliment plus addictif. »

Un autre élément dans une liste sans fin de fronts de bataille à combattre pour parvenir à une société saine.

Les médicaments, quant à eux, peuvent avoir été prescrits, mais ce qui a commencé par une ordonnance peut aussi se terminer par une dépendance, dit-il.

Un motif plus personnel

Selon le Dr Fàbregas, une dépendance est considérée comme n’importe quelle autre maladie, mais avec une caractéristique particulière : c’est la seule dans laquelle le patient fait tout pour se rendre plus malade.

« Avec la pneumonie, on ne se met pas à la fenêtre en hiver pour attraper un mauvais rhume. D’autre part, dans les addictions, il y a ce facteur contradictoire. Vous devez comprendre que l’origine des addictions n’est pas logique ».

Un profil plus jeune

Cet expert prévient que le profil des toxicomanes est de plus en plus jeune. Aujourd’hui, trouver des jeunes de 13 ans en train de fumer avant un cours, explique-t-il, n’est plus choquant.

« Malheureusement, nous constatons que les gens commencent à consommer à un âge très précoce ».

Selon le médecin, l’erreur réside dans le message qui a été lancé sur les drogues, dans lequel prédominent les interdictions et les limitations.

« Il est très difficile d’apprendre avec ces messages négatifs. Il faut faire comprendre aux gens que c’est précisément le côté positif des drogues qui les rend accros. Parce que si l’expérience est très désagréable, personne ne la répétera », dit-il.

« Je pense que ce message qui parlait du toxicomane comme d’un perdant a été très bien reçu. Comme un perdant parce qu’il perdait ces choses importantes dans sa vie de tous les jours. Et que ce que nous devions faire, c’était de les récupérer à nouveau, afin qu’ils servent de compensation à ce renoncement », conclut-il.

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Pourquoi le cannabis surdosé pose problème : les explications des soignants d’Esquirol à Limoges

Pourquoi le cannabis surdosé pose problème : les explications des soignants d'Esquirol à Limoges

Les joints ne sont plus ce qu’ils étaient © Thierry LINDAUER

Le cannabis d’aujourd’hui contient un dosage en THC qui le rend plus addictif qu’avant. 

Ce n’est plus le cannabis de papa, celui des années 70. Le produit préféré des Français après l’alcool et la cigarette est aujourd’hui bien plus dosé en THC, le tétrahydrocannabinol qui est la molécule à l’origine de ses effets psychotropes. Avec des conséquences importantes sur les consommateurs.

« Dans les années 75, le taux de THC dans la résine tournait autour de 2 à 5 % confirme Pascal Nequier, infirmier au Centre de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie (CAPSA) Bobillot, qui dépend de l’hôpital Esquirol à Limoges. Aujourd’hui, on arrive à des taux de 28 % en moyenne. »

La police scientifique a même détecté des taux dépassant les 50 % dans du cannabis présenté sous une forme différente, le butane hash oil, une technique qui consiste à extraire du cannabis, à l’aide de gaz butane, une huile très pure.

Un effet plus massif

Cette nouvelle offre des trafiquants, qui est aussi rendue possible par une sélection plus fine des graines lors de la production, crée la demande de produits plus puissants, et y répond. « Plus le cannabis est chargé en THC, plus l’effet obtenu est massif. Cela signifie que les consommateurs ont besoin de « se défoncer » de manière plus importante » explique Pascal Néquier.

En matière d’effets, le docteur Catherine Chevalier, médecin responsable du CAPSA Bobillot, constate que « plus le pourcentage en THC augmente, plus il y aura d’effets anesthésiants, déconnectant de la réalité ».

« C’est comme si on consomme un verre de cidre et la même quantité en vodka, ce n’est pas le même effet »

DOCTEUR CATHERINE CHEVALIER

L’image du cannabis est pourtant restée la même : « Les gens de 50 ou 60 ans qui en parlent sont restés sur ce qu’était le cannabis quand ils étaient jeunes, confirme le docteur Chevalier. Mais ce n’est pas par hasard que nous avons beaucoup plus de gens dépendants au cannabis aujourd’hui que dans les années 70 ou 80. » La praticienne estime à « au moins 15 % » le nombre de consommateurs qui sont aujourd’hui dépendants du cannabis.

Le nombre de personnes citant le cannabis comme le produit leur posant le plus de problèmes dans les CAPSA a progressé de 55 % entre 2010 et 2016. La problématique est particulièrement inquiétante chez les jeunes. Quatre sur 10 ont expérimenté le cannabis à l’âge de 17 ans (source OFDT), et 7,2 % en consommeraient régulièrement au même âge.

Inquiétude pour les jeunes

Ce chiffre inquiète le docteur Chevalier car « le problème de ces produits fortement dosés, chez les très jeunes, c’est qu’ils ont des effets sur l’apprentissage, sur la mémoire immédiate, sur la gestion des émotions ». En matière de conduite des véhicules, ces forts pourcentages de THC induisent un retard d’appréhension du danger, des temps de réaction diminués, une vision perturbée.

Particularité française, la forte consommation de cannabis sous forme de résine ajoute une toxicité pulmonaire aux effets délétères de la consommation. « Et concernant les fumeurs qui prennent un peu d’âge, ajoute le docteur Chevalier, les études ont montré un lien entre la consommation de cannabis et les accidents vasculaires. Notre population de patients vieillit, et nous avons observé plusieurs cas d’accidents vasculaires. »

Le travail des soignants pour aider les personnes dépendantes à s’en sortir est compliqué par ce cannabis du XXIe siècle. Non pas par le taux de concentration en lui-même, mais par ce qu’il induit. « Les problématiques restent les mêmes, mais quelqu’un qui va commencer à toucher à des concentrations plus élevées de THC va avoir envie d’effets massifs. Soit il achète du cannabis plus concentré et le prix est plus élevé, soit la concentration est moindre et dans ce cas, il va en consommer plus. »

« Plus le produit coûte cher, plus le besoin d’en revendre est important pour pouvoir payer sa consommation. »

PASCAL NÉQUIER, INFIRMIER

Au-delà des conséquences physiques et psychiques, il y a les conséquences matérielles : la perte de points sur le permis, la perte du permis, la perte d’emploi, l’obligation de revendre ses biens, les dettes… « Et même quand nous travaillons sur le sevrage, la réinsertion sociale, la réponse judiciaire arrive parfois quatre ans après. On paye l’addition à ce moment-là, alors qu’on est parfois réinséré, et on repart sur des problématiques sociales. En matière d’addiction, la problématique, c’est la rechute, créée souvent par une instabilité sociale ou émotionnelle, pas forcément par le produit. »

Question sevrage, le cannabis est considéré comme une drogue lente. « Quand on est un consommateur régulier, on peut avoir du cannabis dans le corps 30 à 40 jours après la consommation, explique le docteur Chevalier. Le sevrage dépend de la quantité que l’on consomme, mais aussi du problème qui est caché derrière. Si vous arrêtez la molécule sans prendre en charge les troubles anxieux, le stress post-traumatique, ça n’aboutit pas. »

La cocaïne monte en flèche


« La consommation de cocaïne est en grande augmentation à Limoges ces dernières années. » Ce constat du docteur Chevalier corrobore une donnée nationale, avec cette particularité, selon la spécialiste, que « nous sommes sur une zone où nous avons une consommation importante, en comparaison avec d’autres régions ».

L’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) confirme qu’une récente baisse des prix a rendu plus accessible cette drogue, qui se négocie à environ 60 à 80 € le gramme. Elle est même vendue « à 0,1 gramme, au prix d’un ticket resto » selon l’OFDT. « C’est le produit qui nous pose le plus de soucis actuellement, s’inquiète le docteur Chevalier. Nos consultations nous montrent que de plus en plus de gens sont en difficulté avec la cocaïne, qui touche tous les milieux sociaux. »

La consommation de cocaïne s’est simplifié. « Aujourd’hui les gens la « basent », explique le docteur Chevalier, c’est-à-dire qu’ils la fument sous forme de crack. » Pour la rendre fumable, il est nécessaire d’y ajouter de l’ammoniaque ou du bicarbonate de soude. La consommation ainsi facilitée accélère plus encore « une dépendance psychique et physique qui fait que l’on est obligé d’augmenter très rapidement les consommations, pointe le médecin limougeaud. Du coup, les gens se retrouvent dans de graves difficultés pour arrêter. »

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Chemsex, le piège de l’addiction

Le chemsex, dangereux mélange entre sexe et drogue, est une pratique qui se développe et sur laquelle des spécialistes avertissent le public pour éviter le piège de l’addiction. Surtout quand ce sont les plus jeunes qui en font les frais. Décryptage.

D’abord pratiqué dans une dimension festive et de recherche de plaisir, le chemsex peut amener ses adeptes sur la piste dangereuse de la dépendance et les exposer à de nombreux risques pour leur santé.

Quand le piège se referme sur les plus jeunes

Pour beaucoup, dans un contexte de doute identitaire, de détresse psychique, de sensation tenace d’être mal dans sa peau, tout a commencé de manière insidieuse. «Le tabac, l’alcool, puis le cannabis sont de loin les premières substances auxquelles sont exposés les adolescents, rappelle le Dr Sylvain de Lucia, médecin à l’Unité des dépendances des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Et on observe que la consommation est plus élevée chez les jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.» 

Une situation les exposant également aux dangers du chemsex? Pour le spécialiste, c’est une évidence: «Même si le phénomène reste marginal chez les plus jeunes, certains d’entre eux, en proie à un malaise profond ou en quête de nouvelles expériences, peuvent entrer dans un engrenage très rapidement, le plus souvent par le biais de sites de rencontres. C’est alors un univers au potentiel puissamment addictif et extrême qui s’ouvre à eux et peut en faire des proies faciles.»

>> Lire aussi: Chemsex, sexe et drogue, nouvelle épidémie?

La tranche d’âge des 16-25 ans, même si elle est minoritaire parmi les consommateurs de chemsex, serait ainsi la plus vulnérable vis-à-vis des dangers de ces drogues. On compte parmi eux le risque d’addiction, de contracter des infections transmissibles par le sang (hépatite C, VIH) ou lors de rapports sexuels (VIH, chlamydia, gonorrhée, syphilis) ou d’être victime d’abus sexuels. «A cet âge-là, les jeunes sont encore en construction, l’identité se forge.

Le fait que le cerveau ne finit sa formation qu’à 25 ans a des conséquences très concrètes, par exemple sur la difficulté à mesurer les risques, à se fixer des limites ou à s’opposer à un rapport avec un partenaire insistant, alerte le Dr de Lucia. Ce mélange de naïveté et de fragilité, masqué en euphorie sous l’effet de certaines drogues et des attirances sexuelles, peut constituer un piège extrêmement périlleux.»

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