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janvier 2023

Le combat de Joana Balavoine contre l’addiction

La fille du célèbre chanteur se confie sur sa lutte pour sortir de la drogue après quatorze ans d’addiction à la cocaïne.

Écrit par Thelma SUSBIELLE

« Dès le matin, je me réveillais et c’était un joint, une ligne de cocaïne, un café. Et en fait, rien qu’à partir de là, la journée, elle est foutue. »

Pendant 14 ans, Joana Balavoine a été dépendante à la cocaïne. Elle raconte son combat pour s’en sortir dans la bande dessinée Les Lions endormis.

L’addiction progressive

Alors qu’elle n’a que 16 ans, durant un petit boulot estival, on lui propose de la cocaïne et de l’ecstasy. Joana raconte cette première fois : « Je n’ai ni été attirée ni voulu. Je crois que je me suis laissé prendre avec insouciance et inconscience comme finalement beaucoup de gens. » Elle suit le mouvement. Puis recommence : elle est jeune et aime faire la fête. Sans vraiment s’en rendre compte, la fille de Daniel Balavoine tombe progressivement dans l’addiction : « Il n’y a pas eu tout de suite une énorme consommation.« 

C’est autour de ses 25 ans, un âge qu’elle décrit comme celui où l’on commence à être un peu plus construit, à savoir ce qu’on veut, que Joana commence vraiment à glisser tout en donnant l’impression de gérer. « C’est vrai que dans ma vie, j’ai eu un groupe, j’avais quand même quelques petites accroches« , retrace-t-elle. Difficile de raconter une journée type. La jeune musicienne prend des cours de musique, mais ne s’investi pas réellement. « Je faisais tout en dilettante, et je me retrouvais finalement à être très seule. Très très seule.« , dépeint aujourd’hui Joana.

Au fond du trou

À ce moment-là, elle commence à se créer un personnage et s’enferme dans l’illusion que tout va bien. Néanmoins, la jeune femme est consciente d’être malheureuse au fond d’elle-même : « Je commençais à voir que tout ce que j’entreprenais ne fonctionnait pas. » N’ayant plus complètement conscience de la vérité, Joana se met à mentir et se perd dans ses mensonges.

Même dans ses relations amoureuses, la drogue occupe une place majeure : « Quand on se drogue à deux, c’est très compliqué. » Son addiction fait des ravages dans son entourage. Une phrase de son professeur de chant se révèle être un déclic pour elle : « Tu sais que je t’aime, mais je ne vais plus pouvoir t’enseigner. J’arrive à mes limites. »

S’en sortir

Cette annonce, faite avec amour et amitié, redonne à Joana une lueur d’espoir : « On se dit : peut-être que j’en vaux la peine. » Pour l’ancienne addict, un petit geste peut faire beaucoup : « Je recommande de tendre la main. » Néanmoins, Joana insiste sur la nécessité de faire appel à des professionnels pour sortir une personne de la drogue. Car même après une cure de désintoxication, le chemin est long : « Le plus difficile arrive à la fin de la cure. Quand on n’a plus cette dépendance pour s’accrocher et on voit la vie complètement différemment sauf qu’on n’a plus la béquille. Il faut réapprendre à marcher« , expose-t-elle.

Aujourd’hui, la jeune femme, qui est débarrassée de ses problèmes d’addiction, veut témoigner et invite surtout à apprendre à pardonner… à se pardonner.

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La “tranq dope” fait des ravages chez les toxicomanes américains

Drogue. 

Alors que l’épidémie d’addiction et d’overdoses aux opioïdes continue de faire rage aux États-Unis, un nouveau cocktail de fentanyl et de xylazine, un tranquillisant pour animaux, vient encore aggraver la situation.

Courrier international

Réservé aux abonnés Publié hier à 12h15 Lecture 1 min.

Brooke Peder, accro aux opioïdes et à la “tranq dope”, consulte au centre de prévention du quartier de Kensington, à Philadelphie, le 13 décembre 2022.
Brooke Peder, accro aux opioïdes et à la “tranq dope”, consulte au centre de prévention du quartier de Kensington, à Philadelphie, le 13 décembre 2022. PHOTO HILARY SWIFT/THE NEW YORK TIMES

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En quelques semaines, Tracey McCann a vu avec horreur les bleus dont son corps est constellé à force de s’injecter du fentanyl “noircir, durcir et former des croûtes. Quelque chose avait dû être ajouté dans sa dose quotidienne”, rapporte The New York Times.

Dans son quartier de Kensington, à Philadelphie – un haut lieu du trafic de drogue – comme ailleurs dans le pays, un tranquillisant pour animaux, la xylazine, connu dans la rue sous le nom de “tranq” (pour tranquillisant) ou encore “drogue du zombie”, est utilisé pour gonfler les doses de fentanyl. Il rend l’addiction à ce puissant opioïde encore plus dévastatrice.

Gangrène et amputations

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Alcool et Santé

Les petits départements ruraux ne sont pas épargnés par le trafic des drogues


Pr. Jean Costentin

C’est du département de l’Eure (27), dont il s’agit ici.


Natif de sa vallée de l’Andelle, ce département depuis toujours m’intéresse. Mon père y exerça la Pharmacie d’Officine durant 50 années, puis passa le relai à ma plus jeune sœur.
Dans ma jeunesse je n’entendais jamais parler de drogues (quoique le village de 1.800 habitants comportait une quinzaine de « bistros », où l’alcool, coulant à flot, faisait des ravages).


L’officine paternelle ne fut jamais dévalisée, tandis que pendant les 25 années durant lesquelles ma sœur exerça, sa pharmacie fut cambriolée à trois reprises, avec à chaque fois une attention privilégiée pour « l’armoire aux toxiques ».
Revenant de temps à autres au village, ma sœur me désignait quelques jeunes, « le petit fils d’untel avec qui tu allais à l’école, le pauvret, il est cassé, détruit par les drogues ». Dans le cimetière elle me présenta deux ou trois tombes de jeunes, morts d’overdoses ou d’accidents sous l’empire de stupéfiants..


Ces éléments épars étaient anecdotiques, jusqu’à ce que le journal régional (« Paris Normandie » ;24 Nov. 2022) me fasse découvrir par la relation qu’en faisaient le Préfet, le procureur de la République , les services de Police et de Gendarmerie, l’atteinte de ce petit département rural de 600.000 habitants.


Sur l’année écoulée : 59 trafics démantelés ; 1150 amendes forfaitaires pour usage et revente de stupéfiants ; 2800 infractions routières liées à l’usage de stupéfiants, 3,4 millions d’euros d’avoirs criminels saisis.


Dans le département voisin (76) la maire (pas moins) d’une commune de 15.000 habitants vient d’être mise en examen pour complicité dans un trafic de stupéfiants.


Ceci n’est, sans doute, que la partie émergée d’un iceberg, bien plus important, mais invite en l’état à prendre la mesure du drame que vit notre Nation.

Alcool : la France plus grande consommatrice en Europe

Par Gael Brulin,  publié le 9 janvier 2023 à 15h00.

Deux verres de vin. Illustration.

Deux verres de vin. Illustration. Pixabay.com

Si les Français boivent bien moins que dans les années 1960, l’Hexagone demeure en tête des pays européens où la consommation d’alcool se veut la plus forte.

Le temps passant, la France se détourne de l’alcool. Entre les années 1960 et l’époque actuelle, cette consommation a en effet été divisée par plus de 2,5. La principale raison de cette baisse semble être une meilleure information délivrée à la population. Auprès de la Dépêche du Midi, le professeur Amine Benyamina, chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’Hôpital Paul Brousse à Villejuif, explique ainsi que “ce recul s’explique par la science, l’éducation, la prévention… On a notamment appris à détecter les liens entre l’alcool et les maladies”.

Moins consommatrice que par le passé, la France reste une grande buveuse

Malgré tout, avec 10,3 litres d’alcool pur consommés par personne et par an, la France trône au sommet des pays de l’OCDE les plus consommateurs. S’appuyant sur les données du Baromètre santé 2017, nos confrères rapportent que 10% des adultes boivent à un rythme journalier.

“L’alcool, notamment le vin, fait partie de la culture”

“L’alcool, notamment le vin, fait partie de la culture”, poursuit le professeur Benyamina. “C’est un produit normalisé. Il existe une confusion entre le plaisir, la convivialité, la bonne chère et la boisson. Son image est positive. Et il y a une porosité des multinationales, y compris étrangères, pour distribuer l’alcool en France”.

Un juste milieu à trouver pour les jeunes ?

Concernant les jeunes, Henri Gomez, psychiatre addictologue à Toulouse, indique qu’“il y a ceux qui ne boivent presque pas et ceux qui boivent trop”. Et le précédent spécialiste de souligner que “certains jeunes consomment de l’alcool dans un cocktail, avec d’autres drogues, comme du tabac, du cannabis ou des psychostimulants”. Le docteur Gomez rappelle les nombreux méfaits de la consommation d’alcool : “Il y a tout d’abord les conséquences somatiques, les problèmes de santé physique. Maladies cardiovasculaires, hypertension, cirrhose, AVC… L’alcool est responsable directement d’une soixantaine de maladies, dont une grande partie des cancers”. La santé psychiatrique peut également être impactée, avec des manifestations comme “des troubles de l’humeur, [de] l’anxiété ou la dépression”.

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Sevrage du cannabis

Les bienfaits du cannabis ?

ENQUÊTE. Comment le lobby de l’alcool et du vin fait tout pour limiter l’ampleur du « Dry January »

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Source ; Ouest France

Pour contrer le « Dry January », nom du défi visant à limiter et à s’interroger sur sa consommation d’alcool pendant un mois, les fédérations de viticulteurs se mobilisent. Deux anciens ministres de la Santé et plusieurs addictologues expliquent en quoi leur opposition à cette opération illustre le poids du lobby du vin en France.

Ce mois de janvier 2023 est, comme l’est chaque mois de janvier depuis 2020 en France, marqué par l’opération Dry January, autrement appelée Défi de janvier, ou Mois sans alcool. But de ce défi : limiter sa consommation d’alcool et s’interroger sur cette dernière.

Cette opération présente un gain de santé publique évident, puisque 41 000 personnes meurent de l’alcool chaque année en France selon Santé Publique France, faisant de l’alcool l’une des trois premières causes de mortalité évitable dans le pays.

Pourtant, 2023 n’échappe pas à la règle : aucune parole gouvernementale ne vient appuyer cette opération et la campagne reste portée par des associations. Que révèle ce silence des autorités sanitaires ? Faut-il y voir l’action du lobby du vin et de l’alcool ? Éléments de réponse.

Lire aussi : Janvier sans alcool : « On ne propose pas de vivre une expérience pourrie », rassure une experte

L’histoire d’une campagne de santé publique avortée

Tout avait pourtant bien commencé. En 2019, Santé Publique France, avait prévu de lancer l’opération Mois sans alcool, inspirée du succès du Dry January, lancé au Royaume-Uni en 2013, et du succès de la campagne française du « Mois sans tabac ». « J’avais participé à toute une série de réunions avec Santé Publique France tout au long de l’année 2019 sur une campagne publique inspirée du Dry January au Royaume-Uni », se souvient Jean Michel Delile, président de la Fédération Addiction. Un planning était prévu, des visuels étaient déjà réalisés, un travail avait été mené avec des agences de communication, le budget était fixé…

Mais au dernier moment, ce président d’une des associations à l’origine de l’opération reçoit un appel qui vient doucher tous ses espoirs. L’opération est annulée « à la suite d’arbitrages gouvernementaux », lui annonce-t-on quelques semaines avant le lancement. Il comprendra plus tard que la demande vient d’encore plus haut : « On a appris ensuite que le blocage était venu du niveau de la présidence de la République ».

En novembre 2019, Emmanuel Macron a rencontré des viticulteurs. Ils en ont profité pour lui demander la suppression de cette campagne du mois sans alcool »— Bernard Basset, président de l’Association Addictions France

Bernard Basset, qui avait lui aussi participé à ces réunions préparatoires en tant que président de l’Association Addictions France, raconte également comment cette opération a « commencé par un problème d’interférence avec le lobby du vin »« Lors d’une visite officielle à Épernay, dans la région viticole de la vallée de la Marne en novembre 2019, Emmanuel Macron a rencontré des viticulteurs. Ils en ont profité pour lui demander la suppression de cette campagne du mois sans alcool », rembobine-t-il.

« Quand cette proposition a été débattue, la filière viticole a clairement fait savoir qu’elle ne souhaitait pas cette trajectoire », explique en effet Krystel Lepresle, déléguée générale de l’association Vin & Société, l’un des principaux lobbies du vin en France, toujours opposé à cette campagne. « La demande d’abstinence pendant un mois ne nous semble pas pertinente. On aimerait plutôt que les efforts portent sur la modération, alors que, déjà, 9 Français sur 10 ont au moins deux jours d’abstinence dans la semaine », détaille-t-elle.

Des arguments entendus par le pouvoir, puisque les viticulteurs ont au final obtenu gain de cause. « Le président de la République nous a affirmé qu’il n’y aura pas de « Janvier Sec » »s’empresse alors de déclarer au site spécialisé Vitisphère Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons de la Champagne, cinq jours après son déjeuner avec le président de la République.

À l’en croire, Emmanuel Macron aura donc été sensible aux arguments de défense du patrimoine et des emplois liés aux secteurs donnés par les viticulteurs ces derniers étant logiquement opposés à une opération visant à faire boire moins d’alcool, donc moins de vin. Une décision dont se félicite aujourd’hui Krystel Lepresle : « La France se serait encore illustrée par un braquet extrêmement dur, alors que c’est déjà en Europe l’un des pays ayant les mesures les plus restrictives en matière de consommation d’alcool ».

Moins d’argent et une campagne de moins grande ampleur

Si cette décision a réjoui les producteurs de vin, « toutes les associations ont été prises de court », se rappelle le médecin spécialiste en santé publique, Bernard Basset. « On a été un peu secoué », confie lui aussi Jean-Michel Delile.

Les associations ont tout de même pris la décision de lancer le Dry January en janvier 2020 : « on ne savait pas trop quoi faire et on s’est dit qu’on allait le lancer nous-mêmes, on a fait ce qu’on a pu », ajoute l’addictologue qui travaille à Bordeaux.

Et le succès a tout de même été au rendez-vous puisque l’opération infuse dans l’espace public et qu’un Français sur dix dit même y avoir participé, et même 24 % chez les jeunes, selon un sondage d’OpinionWay publié en février 2020.

Santé Publique France a néanmoins obtenu de conserver des financements pour faire une étude faisant le bilan de la première opération de l’évènement. Cette dernière, publiée en décembre 2021 dresse un bilan plutôt positif mais note toutefois une notoriété « faible ».

On va finir par s’épuiser. Un soutien par Santé Publique France donnerait des gages de pérennité— Bernard Basset, président de l’Association Addictions France

« Les lobbys ont pu empêcher que le Dry january devienne une politique publique mais ils n’ont pas empêché l’existence de cette opération. C’est l’une des rares fois où une action de santé s’est développée avec succès uniquement avec la société civile et sans politique publique. C’est une forme de pied de nez même si c’est dommage qu’il n’y ait pas de politique publique », résume l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine, à l’origine quelques années plus tôt du Mois sans tabac. « Finalement, rétrospectivement, c’est presque un mal pour un bien », lance même Jean-Michel Delile, pour qui l’absence de gestion par les autorités de santé et la gestion par la société civile a permis que le message ne soit pas vu comme « une directive publique » et que chacun s’empare personnellement de ce défi vu comme plus ludique. « Pour moi, c’est la meilleure campagne depuis des décennies, parce qu’elle n’est pas contraignante et incitative », expliquait ainsi à l’édition du soir de Ouest-France ce 2 janvier Stéphanie Ladel, addictologue à Rennes.

Tout de même, l’absence d’implication des autorités de santé a réduit l’impact de l’opération. « On n’a pas pu faire de campagne d’affichage car on n’avait pas l’argent », pointe Jean-Michel Delile. « On parlait d’une grosse campagne avec Santé Publique France des spots télévisés, des gros affichages, qui se chiffrent en millions d’euros. Nous, on est parti avec 10 000 €. Une aide publique nous soulagerait beaucoup », affirme-t-il, évoquant un démarrage « artisanal ». De plus l’opération fonctionne beaucoup sur l’action de bénévoles. « La crainte actuellement, c’est que le Défi de janvier repose sur des personnes bénévoles et des investissements personnels. On va finir par s’épuiser. Un soutien par Santé Publique France donnerait des gages de pérennité », pointe de son côté Bernard Basset.

Aucune parole publique sur le Dry January

Car ce dispositif est devenu très utile dans la lutte contre l’alcool. Chaque mois de janvier, il donne l’occasion de rappeler que notre société est très tournée vers ce produit. « En tant qu’addictologue, je soutiens le Dry January. C’est une bonne idée de faire cette pause ne serait-ce que pour faire le point sur ses consommations : est-ce que dès fois je ne consomme que par habitude sociale ? », explique Romain Gomet, auteur du livre Je maîtrise ma consommation d’alcool, publié aux éditions Ellipses en 2019.

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« C’est une expérience très intéressante car elle permet de s’interroger sur sa consommation d’alcool et qu’elle montre qu’il y a des bénéfices immédiats à ne pas boire quelques jours : une amélioration de la qualité de sommeil, des plus grande capacité de concentration, moins de troubles digestifs, et une perte de poids, l’alcool étant très calorique… », liste-t-il.

Une parole publique, d’un ministre de la Santé voire du chef de gouvernement ou du président, rappelant ces bénéfices aiderait donc à une plus grande popularité du Mois sans alcool. Mais depuis 2020, aucune prise de parole publique n’a eu lieu sur ce sujet.

Toutefois, les choses semblent légèrement évoluer en ce mois de janvier 2023. Jérôme Salomon, patron de la Direction Générale de la Santé, a publié un post sur LinkedIn ce 2 janvier 2023, faisant la publicité de cette opération. « Si en ce mois de janvier, nous faisions une pause avec l’alcool ? Le #DéfiDeJanvier est une démarche internationale (2013 au Royaume-Uni, 2017 en Belgique, 2019 en France, en Suisse, Allemagne, USA…) », a-t-il écrit, faisant la publicité de cette opération. Jointe par Ouest-France, la DGS n’a pas souhaité commenter ce message.

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La Direction Générale de la Santé qualifie toutefois cette opération d’ « intéressante ». « Elle ne prône pas un arrêt définitif de l’alcool mais permet à chacun de s’interroger sur son rapport à l’alcool et sa consommation », ajoute cette direction générale du ministère de la Santé.

Par ailleurs, cette année, « Santé publique France relaie cette initiative via son dispositif national d’information, d’orientation et d’aide personnalisée Alcool info service », indique l’agence, interrogée par Ouest-France, alors qu’une campagne sur les dangers de l’alcool sera lancée « dans quelques jours ».

Attaques et contre-feu

S’il n’est pas parvenu à empêcher la naissance du Dry January, le lobby de l’alcool a tout fait pour minimiser l’impact du Mois sans alcool. Au lancement de la campagne, Jean Michel Delile se souvient d’attaques « particulièrement intenses », et d’une « réaction très vive » « On m’a qualifié de pisse-vinaigre… ».

Des contre-feux sont ainsi allumés chaque mois de janvier. Les arguments des producteurs de vins sont multiples : défense du patrimoine et du « trésor national » qu’est la viticulture, protection d’une filière pourvoyeuse d’emplois et de transmission, opposition à une société trop restrictive… « Les milieux viticoles ne supportent pas qu’on critique leurs produits ou qu’on dise que leurs produits sont à risque, donc ils critiquent toujours cette campagne », rappelle Bernard Basset.

En ce mois de janvier 2023, certains professionnels sont mêmes allés jusqu’à promouvoir le « Damp January » [janvier humide], une alternative plus souple du Dry January, comme l’a repéré Libération . L’idée promue par cette campagne est juste celle de boire un peu moins. Comme l’explique Francebleu , 9 000 affiches ont même été déployées dans les grandes villes de France par les vins d’Alsace pour donner envie de « boire moins, mais mieux ». Un contre-feu clair au Dry January. « Nous ne voulons pas interdire comme le Dry January le prône, mais faire découvrir nos vins », a ainsi affirmé Philippe Bouvet, le directeur marketing du Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace à la radio publique. « Cette campagne vise à lutter contre les excès. Elle est sortie fin décembre, au moment des Fêtes de fin d’année, juste avant le Dry January. Je ne comprends pas que la santé publique ne s’en félicite pas avec nous », affirme quant à elle Krystel Lepresle, de l’association Vin & Société.

Les lobbys veulent détourner des gens qui feraient le Dry January— Romain Gomet, médecin addictologue

Une opération qui fait presque sourire le président de l’Association Addictions France Bernard Basset. « Ce n’est pas très compréhensible car l’opération Damp January vise à respecter les repères maximums de consommations conseillés par les agences sanitaires. Il faudrait donc les respecter toute l’année et pas qu’en janvier », note-t-il.

« On sent que les lobbys de la viticulture sont très inquiets de la baisse de la consommation et qu’ils soutenaient massivement le Damp January. Sur le papier, si cette initiative visant à boire moins mais mieux visait des gens qui n’étaient pas partants pour faire le Dry January, pourquoi pas. Mais là, le problème est que les lobbys s’intéressent à ce concept en espérant que des gens qui voulaient faire le Dry January le fassent de façon modérée. Ils veulent en fait détourner des gens qui feraient le Dry January », ajoute Romain Gomet, également médecin addictologue Médecin Addictologue à l’Hôpital Henri-Mondor, à Créteil et membre du bureau de la Fédération Addiction. Il y voit donc une manipulation qui se réduit en « perte de chance pour ces gens-là d’avoir des conséquences positives d’arrêter l’alcool pendant quelques jours ou de s’interroger sur leur consommation d’alcool ». Une accusation dont se défend le lobby du vin.

De plus, les grandes industries ont aussi lancé plusieurs offres sans alcool, notamment les bières sans alcool ou des cuvées spéciales Dry January de pétillant sans alcool.

L’alcool et le vin, un lobby très important en France

Plus largement, ces multiples stratégies employées pour mettre des bâtons dans les roues du Dry January posent la question du poids des lobbys de l’alcool et du vin en France. « Le lobby de l’alcool est très présent en France », pointe l’ancienne ministre de la Santé de François Hollande Marisol Touraine. « C’est un lobby relayé dans tous les partis, dans tous les bords politiques qui renvoie aux zones de production viticoles ».

Ainsi, la liste des villes soutenant le Dry January (Nantes, Brest, Nantes, Grenoble, Paris, ou Toulouse) comporte peu de villes ayant une forte production viticole à proximité, et de nombreux députés des régions viticoles défendent de façon assidue les producteurs de vins. « C’est un des sujets sur lesquels j’ai vu les passions les plus fortes à l’Assemblée nationale et au Sénat », raconte celle qui a été ministre de la Santé de 2012 à 2017. Selon Marisol Touraine, le vin et l’alcool est « l’un des rares sujets sur lesquels vous mobilisez 80 % des parlementaires à 4 h du matin ».

Évidemment que les lobbies sont importants, je ne vais pas le nier— Agnès Buzyn, ministre de la Santé, en 2018

Une bataille importante s’est par exemple jouée en 2018 au sujet de l’agrandissement du pictogramme demandant aux femmes enceintes de ne pas boire d’alcool. « Évidemment que les lobbies sont importants, je ne vais pas le nier. Mais la politique reste ferme », avait alors expliqué la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Cette activité importante des lobbys du vin a aussi eu un impact sur la publicité liée à l’alcool. « Il y a eu des coups de boutoir réguliers contre la loi pour étendre les possibilités de communiquer sur les produits liés au vin et à l’alcool », déplore Claude Evin, ancien ministre de la Santé, à l’origine d’une loi portant son nom qui avait fortement restreint la publicité liée à l’alcool. « Mais au-delà du lobby de l’alcool, l’activité importante des lobbys de la publicité m’a toujours frappé », ajoute-t-il toutefois.

Emmanuel Macron, un président pro-vin

Reste une question : Emmanuel Macron est-il lui-même influencé par le lobby de l’alcool ? Sans aller jusque-là, on peut dire toutefois que le président a défendu la filière viticole tout au long de son premier quinquennat. Le président a même été récompensé du Trophée du vin et qualifié de « personnalité de l’année » par La revue du vin de France « Vous défendez le vin systématiquement et l’associez très souvent à l’idée même que vous vous faites de la France, quand vos prédécesseurs paraissaient avoir abandonné ce fleuron de notre pays », avait ainsi salué le directeur de la rédaction de la revue, Denis Saverot, au moment de remettre le prix à Emmanuel Macron. « Où que je sois et quelles que soient les circonstances, je serai à vos côtés parce que j’aime cela », avait alors promis Emmanuel Macron, au moment de recevoir cette récompense.

La conseillère agricole de l’Élysée, Audrey Boroulleau, était issue de Vin & Société, le principal lobby du vin en France, rappelle quant à lui Claude Evin. Si cette dernière a quitté son poste en juillet 2019, elle a toutefois été à la tête du groupe de campagne consacré aux questions d’agriculture et d’alimentation pour la présidentielle de 2022, comme l’avait révélé Le Monde .

« Emmanuel Macron lui-même s’est exprimé à plusieurs reprises de manière maladroite vis-à-vis des objectifs de santé publique concernant le vin. Il a dit qu’il buvait du vin tous les jours, ce n’est pas nécessairement au président de faire ce type de déclaration », déplore Claude Evin. « Le président de la République est assez interrogatif sur les politiques de santé publique à cet égard, il avait cherché a atténué la loi Evin », évoque de son côté Marisol Touraine, qui était ministre de la Santé quand Emmanuel Macron était conseiller à l’Élysée puis ministre de l’économie.

Les messages de prévention pour l’alcool sont toujours très clairs de la part des agences sanitaires mais ils sont toujours brouillés par les messages politiques— Romain Gomet, addictologue

« Je ne pense pas que le président de la République soit sous la coupe du lobby de l’alcool. Je pense juste que ça rejoint une vision qu’il a concernant le patrimoine et qu’il aime bien le vin », explique quant à lui l’addictologue Jean Michel Delile.

Rien d’étonnant selon Romain Gomet : « Les messages de prévention pour l’alcool sont toujours très clairs de la part des agences sanitaires mais ils sont toujours brouillés par les messages politiques. On le voit là clairement avec notre président qui ne soutient pas Dry January et valorise ses consommations. C’est décevant, d’autant que la plupart de nos voisins européens qui mènent le Dry January sont soutenus par l’État ». Une situation qui explique donc pourquoi le président n’a jamais eu de propos concernant le Dry January.

Si quelques discrets messages des autorités de santé ont eu lieu en 2023, on est donc encore très loin d’une campagne nationale, d’une ampleur comparable à celle du Mois sans tabac.

Êtes-vous capable de ne pas boire une goutte d’alcool pendant un mois ? Découvrez les bienfaits du Dry January 

Laura Baudier le 01 janvier 2023 à 06h05

Le Dry January peut être l’occasion de faire une pause dans sa consommation et de revoir sa relation à l’alcool.
Le Dry January peut être l’occasion de faire une pause dans sa consommation et de revoir sa relation à l’alcool. (Depositphotos)

La règle du Dry January est simple : ne pas boire d’alcool pendant un mois, du 1er janvier au 31 janvier 2023. L’objectif est clair : s’interroger sur sa consommation d’alcool. Alors, êtes-vous prêts à relever le défi ?

Né en Grande-Bretagne en 2013, le Dry January (ou « Défi de janvier ») a fait son apparition en France en janvier 2020. L’objectif est clair : évaluer son rapport à l’alcool et reprendre le contrôle sur ses consommations. Comment ? En ne buvant pas une seule goutte d’alcool durant tout le mois de janvier. « Ce n’est pas grave si vous n’y arrivez pas, mais c’est l’occasion de s’interroger sur sa consommation d’alcool : dans quel contexte on boit, est-ce par envie, par habitude, par besoin, etc. Parfois, on va boire simplement car tout le monde prend un verre : le Défi de janvier permet de voir comment on arrive à se positionner par rapport aux autres, comment les autres réagissent, pendant ce mois où ma normalité sera de ne pas consommer d’alcool. Ce défi ne s’adresse pas aux personnes qui ont une dépendance sévère à l’alcool, mais bien à celles qui ont une consommation qui devient régulière », indique le Dr Morgane Guillou, addictologue au CHU de Brest. « Pour que l’alcool reste un plaisir, il faut garder sa capacité à dire “non”, à s’arrêter. C’est pourquoi, ce mois sans alcool permet de tester notre liberté à dire non et c’est important que tout le monde se sente concerné ».

Pourquoi diminuer sa consommation ?

Selon Santé publique France, « la consommation d’alcool en France fait partie des trois premières causes de mortalité évitable. Les études montrent que l’alcool, même à faible dose, induit des risques pour la santé ». « Le nombre de décès lié à l’alcool, toutes causes confondues – complications hépatiques, cirrhoses, cancers digestifs, etc. -, est de 41 000 par an environ », assure le Dr Guillou.

Selon la Ligue contre le cancer, 31 % des Français dépassent les seuils limites d’alcool recommandés (maximum deux verres par jour et pas tous les jours) et 17 % boivent davantage depuis la crise sanitaire.

Les bienfaits

Stopper sa consommation d’alcool pendant un mois engendre de nombreux bénéfices selon le Dr Guillou : « Il y a une amélioration de la qualité du sommeil, car l’alcool, en agissant sur les neurotransmetteurs, dégrade la qualité du sommeil qui est alors moins profond et donc, moins récupérateur ».

Autre bénéfice, et non des moindres : « La peau est moins bouffie, car quand on boit, la peau est plus rouge, plus irritable. On note également une perte de poids, car l’alcool a un apport calorique important ».

À lire sur le sujetDry January : les brasseries bretonnes ont senti le filon des boissons sans alcool [Vidéo]

Des bénéfices physiques, mais pas que…

Selon le Dr Guillou, les bénéfices ne sont pas seulement physiques : « L’arrêt de l’alcool agit également sur le tempérament : plus on est anxieux, plus on peut avoir tendance à boire, mais plus on consomme d’alcool, plus on est anxieux et déprimé, l’alcool aggravant l’anxiété. L’humeur s’améliore au moment de l’arrêt. Et les effets bénéfiques arrivent assez rapidement ».

En outre, l’aspect financier n’est pas à négliger : « Les économies peuvent être importantes », poursuit l’addictologue.

Comment s’y mettre ?

Si l’envie de tester le Dry January vous tente, l’application (gratuite) Try Dry pourra vous aider à suivre votre pause sans alcool.

Il existe également un groupe Facebook (@DryJanuaryFR).

Enfin, le site dryjanuary.fr met à votre disposition des conseils, outils, etc.

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