Aux États-Unis, plus de trente états ont légalisé l’usage médical du cannabis, et une douzaine ont même légalisé son usage dit « récréatif », autrement dit sa consommation sans nécessité d’un « alibi » médical. Mais où cela peut-il mener ? s’interroge JAMA Psychiatry.
Pour une approche documentée de cette question, une équipe a évalué l’impact de ce changement de législation aux États-Unis sur la consommation de cannabis entre 2008 et 2016, sur des sujets âgés de 12 à plus de 26 ans. Portant sur 505 796 participants (dont 51,51 % de femmes et 77,24 % de personnes de plus de 26 ans), cette étude permet de faire les constats suivants :
Chez les jeunes de 12 à 17 ans, l’incidence des troubles liés à la consommation de cannabis (cannabis use disorders) a « augmenté de plus de 25 % » dans les états ayant libéralisé l’usage de ce produit, comparativement aux états avec une législation moins permissive : Odds Ratio OR = 1,25 ; intervalle de confiance à 95 % IC [1,01–1,55].
Chez les sujets âgés de plus de 26 ans, la consommation de cannabis a augmenté dans des proportions identiques, passant de 5,65 % à 7,10 % : OR = 1,28 ; IC [1,16–1,40].
Pour les auteurs, cette banalisation de la consommation de cannabis suscite ainsi une « préoccupation pour la santé publique. » Il paraît donc nécessaire de mieux comprendre les mécanismes et les conséquences de cette banalisation, en identifiant surtout les groupes les plus particulièrement vulnérables. La société (ici celle des U.S.A, mais plus généralement celle de tout pays) doit mettre en balance les « conséquences néfastes de la banalisation du cannabis » (notamment psychiatriques) et les « coûts sociaux bien connus associée à la prohibition », en d’autres termes les conséquences des trafics en terme de délinquance et de marché noir.
Pour les éditorialistes de JAMA Psychiatry, cette libéralisation du cannabis doit inciter les chercheurs et les décideurs politiques à explorer les leviers disponibles pour minimiser les effets sur la santé publique des adolescents et des personnes les plus vulnérables.
La pandémie de coronavirus pourrait pousser certains utilisateurs de drogues à usage récréatif à une utilisation plus grave et potentiellement nocive des substances, tandis que la consommation de «drogues de fête» diminue, a déclaré un spécialiste de la toxicomanie.
Pour certains utilisateurs occasionnels de cannabis ou de cocaïne, le verrouillage s’avérera probablement un point de crise de santé mentale qui les amènera à prendre des drogues plus fréquemment, a déclaré le professeur Adam Winstock, fondateur et directeur de la Global Drug Survey.
Certains consommateurs de drogues, dont les habitudes sont déjà sur le point de poser problème, pourraient également passer à l’utilisation de drogues différentes et peut-être plus dures, augmentant le risque de dépendance, de surdosage et d’autres méfaits, a-t-il déclaré avant le lancement de l’enquête 2020.
Mais Winstock, un psychiatre consultant basé à Londres et spécialiste de la médecine de la toxicomanie, a déclaré qu’il était également probable que de nombreux utilisateurs de drogues récréatives réduiraient leur consommation pendant l’épidémie de Covid-19, les premières preuves montrant une baisse de la demande de drogues festives telles que l’ecstasy et cocaïne.
« Je suis certain qu’il y aura une proportion de personnes pour qui Covid sera la crise du basculement », a déclaré Winstock. « Là où auparavant leur consommation d’herbe ou de coke était une ou deux fois par semaine, c’est maintenant trois ou quatre fois par semaine, et quand ils n’utilisent pas, ils se sentent anxieux et misérables.
«Si vous étiez à la limite d’une utilisation problématique, vous allez soit utiliser la pandémie comme une opportunité pour réduire l’utilisation et améliorer la santé mentale, soit votre utilisation va s’intensifier. Et comme vous manquez de votre choix de médicament préféré, vous chercherez d’autres médicaments pour compenser cela. »
L’enquête de cette année demande aux répondants de décrire comment le coronavirus a affecté leur consommation de drogues, leur santé mentale et leurs relations personnelles. Pour la première fois, il comprendra également des questions sur la violence domestique en raison d’une augmentation du nombre de cas pendant le verrouillage.
Des recherches dirigées par le professeur Gail Gilchrist, du National Addiction Center du King’s Collegede Londres, qui a donné des conseils sur l’enquête, ont révélé un risque accru d’hommes commettant des violences entre partenaires intimes lorsqu’ils se retiraient ou avaient envie d’alcool et d’héroïne.
Winstock a déclaré que les preuves d’autres experts en matière de drogue et des forces de l’ordre du monde entier suggéraient une baisse de la demande de drogues telles que la cocaïne et l’ecstasy, qui étaient généralement consommées socialement, en partie en raison du risque accru pour les revendeurs d’effectuer des livraisons à domicile.
Il a ajouté que l’approvisionnement de certains médicaments pourrait commencer à s’épuiser dans les semaines à venir, conduisant notamment les utilisateurs vulnérables à prendre des alternatives plus dangereuses.
Par exemple, au Royaume-Uni, des utilisateurs de sans-abri se sont tournés vers l’héroïne et l’alcool en raison d’une pénurie de cannabinoïdes synthétiques, tels que les épices.
Les tendances intéressantes de la consommation de drogues à l’étranger pendant la pandémie comprennent une augmentation de la demande de kétamine à Berlin, a déclaré Winstock, ajoutant qu’à de faibles doses, l’anesthésique dissociatif avait un effet engourdissant qui pouvait plaire aux personnes souhaitant se couper de la crise.
Ce sont de petites pilules, des médicaments vendus légalement dans des pharmacies et qui font des ravages. Ils ont le même composant qu‘une drogue dure : l’héroïne et sont même parfois jusqu’à mille fois plus concentrés en opium.
Les États-Unis consomment 80% de la production mondiale de ces cachets. À leur insu donc, les Américains ingèrent de l’opium, présent dans ces médicaments,prescrits par leurs médecins et en deviennent dépendants.
Ces pilules tuent près de 200 personnes chaque jour.
Ce film, signé Sophie Przychodny et produit par Babel Doc, nous emmène au cœur de ce système mortel en Oklahoma, l’un des États les plus touchés. Pendant un an, la réalisatrice a suivi le combat d’une petite communauté face aux grands laboratoires et au corps médical. Une enquête remarquable et édifiante.
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N’étant pas sortis de cette inquiétante coronavirose, il est prématuré d’évoquer les changements qui s’imposeront dans sa suite. Néanmoins, une analyse « à chaud » pourra inspirer de nécessaires aggiornamentos.
Si de deux maux il faut choisir le moindre, cela n’apparaît pas évident dans l’arbitrage opéré par le gouvernement entre la coronavirose et les toxicomanies.
Rappelons qu’en France, et depuis longtemps, tabac et alcool sont responsables, quotidiennement, de plus de 300 décès ; un chiffre de l’ordre de grandeur de la létalité du Covid-19 en sa phase aiguë.
Pour rendre plus supportable le confinement imposé à nos concitoyens, le gouvernement l’a assorti d’un libre accès au tabac (civettes restant ouvertes) et à l’alcool (les magasins qui en vendent restant également ouverts).
Schématisant, le message est clair : « Fumez, alcoolisez-vous, le temps passera plus vite. » Pourtant, qui peut ignorer que l’oisiveté et l’ennui aggravent les addictions ? Cette tolérance peut conduire à la rupture d’une abstinence difficilement obtenue, à l’intensification de consommations qui restaient modérées et même, pour l’alcool, à
l’entrée dans sa consommation.
Le tabac, en milieu confiné, menace les commensaux de tabagisme passif. En l’absence d’activité physique, les calories apportées par l’éthanol font
prendre du poids. L’alcool peut majorer les troubles psychologiques induits par le confinement ; il peut susciter ou exacerber une agressivité dirigée contre le/la conjoint(e) et/ou les enfants.
Le tabac, malgré des allégations d’effets protecteurs de la nicotine sur l’infection par le Covid-19, ne peut qu’aggraver le cours de la maladie, de par ses goudrons, son oxyde de carbone et les altérations broncho-pulmonaires constituées.
Le cannabis a été le grand oublié des recommandations du ministre de la Santé (fervent défenseur, jusqu’il y a peu, du « cannabis thérapeutique ») et du directeur général de la Santé.
Alors qu’ils avaient très opportunément déconseillé les anti- inflammatoires non stéroïdiens et les corticoïdes qui, en déprimant l’immunité, peuvent faire flamber l’infection, ils sont demeurés muets sur la consommation de cannabis.
Son tétrahydrocannabinol / THC a pourtant des effets immunodépresseurs avérés, diminuant les défenses que l’organisme peut opposer au virus. De plus, les goudrons, irritants pour l’arbre respiratoire, et l’oxyde de carbone (CO), produits par la combustion de la résine de cannabis, sont sept fois plus abondants que ceux issus de la combustion du tabac.
Cet oxyde de carbone ampute l’hémoglobine sanguine de son pouvoir de transporter l’oxygène, depuis les poumons qui le captent jusqu’aux tissu qui le consomment. Cet effet est particulièrement délétère dans une infection où dominent les troubles respiratoires.
Ce « Passez, il n’y a rien à voir » est particulièrement dommageable, Monsieur le Ministre, dans notre nation qui compte 1.500.000 usagers réguliers de cannabis, dont 900.000 sont des consommateurs quotidiens et multi-quotidiens. S’il s’agit d’une omission, réparez-la vite ; si, par contre, ce mutisme est délibéré, il faudra l’expliquer.
On ne veut pas imaginer que dans l’inconfort du confinement, ce soit conçu pour majorer le « réconfort » du duo tabac-alcool, en y ajoutant le cannabis.
En cette période de grande confusion, certains, en toute impudence, avancent leurs pions et tendent leur sébile.
Sans aucune preuve, d’aucuns prétendent que le cannabidiol pourrait être souverain sur l’agression pulmonaire du virus… N’avez-vous pas été sollicité, Monsieur le Ministre, avec des trémolos compassionnels débridés, pour autoriser dans les EHPAD la dispensation de cannabis à nos anciens ?
Notre nation a plongé, sans y opposer de réactions appropriées (législatives, policières, éducatives…) dans la fosse des drogues et des toxicomanies. De puissants lobbies, de
l’alcool, du tabac, du cannabis, et même des industries pharmaceutiques, mus par de sordides intérêts (sordides car aux antipodes de tout humanisme), ont subverti une part de l’opinion, des médias, des décideurs qui, ensemble, ont installé cette situation désastreuse.
Ils agissent pour l’entretenir et même s’appliquent à l’aggraver. La France, pour améliorer la santé physique ainsi que psychique de ses citoyens et pour redresser
son économie, devra brûler tout ce que ceux-là lui ont fait adorer.
Faisant feu de toute herbe, c’est sur celui de la coronarovirose et du drame qui frappe nos EHPAD, qu’ils viennent réchauffer leur vieille gamelle.
Ils s’adressent au Premier ministre ainsi qu’au ministre de la Santé qui était, il y a peu, fervent défenseur du cannabis dit « thérapeutique » ; on peut même se demander s’il ne leur a pas suggéré l’idée de venir l’interpeller. Cela prend la forme, dans L’Obs, d’une tribune intitulée « Donnons du cannabis médical à nos aînés qui en ont besoin pour passer la période de confinement », parue ce 23 avril.
Avec des trémolos, ils requièrent de toute urgence la mise à disposition du « cannabis médical » pour nos seniors confinés dans les EHPAD. « Nous le devons bien à celles et ceux qui ont déjà payé un si lourd tribut à la pandémie et qui vivent dans l’angoisse et le désespoir. » Pour éviter d’être grossier, je ne qualifierais pas leur rouerie, qui me donne la nausée.
Ne pas citer les noms de ces miles militis du chichon les priverait d’une des rares occasions qu’ils ont encore de faire parler d’eux ; donnons-leur cette satisfaction, mais ce sera vraiment la seule.
Parmi la quinzaine de signataires, certains excipent de leur titre de médecin. Espérons qu’ils se souviennent mieux de leur formation médicale que du serment d’Hippocrate, qu’ils ont manifestement oublié. Un professeur d’addictologie fraîchement nommé, Amine Benyamina ; un ancien président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, Didier Jayle (qui n’a toujours pas réalisé que, dans l’intitulé de sa mission, il y avait le mot lutte) ; Bernard Kouchner, ancien ministre, ancien de beaucoup d’autres fonctions ayant laissé des souvenirs variés ; William Lowenstein ; Bertrand Leibovici et comparses.
Pour apaiser le chaland, ils indiquent qu’il s’agirait d’une ATU (autorisation temporaire d’utilisation).
Pour justifier leur demande, ils prétendent que le cannabidiol/CBD pourrait avoir un intérêt dans la forme terminale du Covid-19. La preuve, disent-ils, c’est qu’un centre médical israélien vient de lancer une étude ! Cela rappelle l’histoire de celui qui n’était jamais allé aux États-Unis mais qui avait vu le paquebot qui y allait. Ils n’éludent pas le fait que, le CBD n’ayant pas les effets addictifs du THC, le compte n’y serait pas pour ceux qui voudraient être shootés. Aussi, nos pétitionnaires ont prévu la mise à disposition d’associations de CBD et de THC ; sauvés !
Cet effet putatif du CBD dans la coronarovirose, c’est nouveau, ça vient de sortir, on n’en sait rien mais « nos » médecins y croient.
Ce qui est avéré, par contre, c’est que le THC, lui, est dépresseur de l’immunité et qu’ainsi,ildiminue les défenses que l’organisme peut opposer au virus.
Dans cette logique, le ministère a recommandé de s’abstenir des anti-inflammatoires non stéroïdiens ainsi que des corticoïdes en cas d’infection par le Covid-19. Il eût fallu tordre le bras du ministre pour qu’il ajoute, à ces contre-indications, le cannabis et son THC.
C’eût été trop lui demander quand, trois mois avant d’être ministre, il était, à l’Assemblée nationale, la figure de proue du « cannabis médical ». C’eût été aussi trop demander à nos pétitionnaires d’intégrer cette contre-indication dans leur raisonnement.
Une étude chinoise et une autre américaine affirmerait que la nicotine contenu dans la cigarette pourrait protéger certains patients du COVID-19. Sur quoi se basent de telles études ? Quels autres dangers y-a-t-il à cautionner de tels pratiques ?
Jean Costentin : Alors que le ministère de la Santé a, très opportunément, indiqué que les Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ainsi que les corticoïdes anti inflammatoires étaient contre-indiqués en cas de coronavirose; il a « omis » d’y ajouter le cannabis. Drogue oh combien importante dans notre Nation qui, parmi les 28 Etats membres de l’Union européenne, en est, de loin, le plus grand consommateur, avec 1.500.000 usagers réguliers, parmi lesquels 900.000 usagers quotidiens et multiquotidiens.
Serait-ce parce que le ministre, avant de l’être était à l’Assemblée nationale, la figure de proue du cannabis dit « thérapeutique » et qu’il ne voulait pas se dédire, qu’il a oublié de le dire? ; Cette question mérite d’être posée.
Pourquoi le cannabis doit-il être manifestement contre-indiqué?
1° par ce que son principe actif majeur, le tétrahydrocannabinol / THC, en agissant sur les récepteurs aux endocannabinoïdes, du type périphérique , CB2, déprime la machinerie immunitaire, en d’autres termes est immunodépresseur; en réduisant l’activité des macrophages, de certains types de lymphocytes, et de diverses autres cellules impliquées dans la lutte anti-microbienne.
2° parce que la combustion de la résine de cannabis, élève la température de combustion de l’élément végétal (cannabis ou tabac) qui lui est associé, de 200°; ce qui pousse plus avant leur décomposition thermique, la pyrolyse, engendrant (selon la façon de « tirer » sur le « joint » ou sur le « pétard ») de 6 à 8 fois plus de goudrons, très irritants pour l’arbre respiratoire; le fragilisant à l’action du Covid19.
3° parce que cette combustion engendre la production de 6 à 8 fois plus d’oxyde de carbone (CO) gaz éminemment toxique ( à ne pas confondre avec le gaz carbonique, CO2). Sa toxicité est due à sa fixation sur l’hémoglobine, le pigment sanguin qui confère à nos hématies leur teinte rouge intense. Le CO, se fixant sur l’hémoglobine, là où se fixe normalement l’oxygène (O2) capté par les poumons, il s’ensuit une diminution de la capacité de capter cet oxygène au niveau des poumons pour l’amener aux tissus qui le consomment. Quand les capacités respiratoires sont amputées par l’infection virale, y ajouter une réduction du pouvoir oxyphorique de l’hémoglobine est particulièrement malencontreux.
4° Le cannabis est utilisé associé au tabac, souvent après un long passé de tabagisme, dont on sait qu’il affecte très significativement l’état du poumon, situation qui culmine dans la broncho pneumopathie chronique obstructive.
Arrêter le cannabis, ce n’est pas si facile que ça peut en avoir l’air. Une jeune femme raconte sa relation à la weed, une drogue pas vraiment anodine…
Un mot de la rédacNous sommes le 20 avril, 4/20 selon la datation américaine. Et il se trouve que 420 est devenu outre-Atlantique le chiffre symbolisant la consommation de cannabis.
À cette occasion, voici donc le témoignage d’une jeune femme qui explore sa relation à la weed, de la découverte à l’arrêt en passant par une période pas très fun…
Hier, je suis tombée sur une vidéo du youtubeur Anthonin dans laquelle il raconte à cœur ouvert qu’il a eu des problèmes de dépendance avec le cannabis.
Je me suis retrouvée dans certains points de son histoire (bien que mon rapport à la fumette a été moins intense que le sien).
Entendre quelqu’un raconter un récit similaire au mien m’a fait du bien. Ça m’a rappelé une histoire qui est maintenant derrière moi et que je me sens prête à partager.
Peut-être que ça pourra t’éclairer d’une manière ou d’une autre !
Le cannabis et moi : ma petite histoire avec la weed
Depuis petite, mes parents m’ont ouvertement parlé de la weed (comme de l’alcool), tenant un discours que je pourrais résumer de la sorte :
On a testé, tu vas tester à ton tour, on ne peut pas t’en empêcher, et c’est pas grave, tant que tu fais attention à toi.
J’étais plutôt bien informée, le travail de pédagogie et de prévention de mes proches ou de l’école portait ses fruits : je ne diabolisais pas la fumette mais je savais qu’il était préférable de l’éviter, que des précautions étaient de mise.
La première fois que la prophétie de mes parents s’est réalisée (et donc que j’ai testé), c’était au lycée. J’étais pote avec des fumeurs, c’est donc assez naturellement que j’ai essayé en soirée.
Je n’ai pas su fumer, c’était un vieux bout de shit. Je n’ai pas aimé.
La consommation du cannabis chez les jeunes en FranceSelon l’OFDT, parmi les moins de 17 ans, 4 personnes sur 10 ont déjà fumé du cannabis en France en 2017, au cours de leur vie, (soit 39,1%).
L’enquête de l’OFDT menée sur l’année 2017 révèle aussi que « la consommation actuelle concerne surtout les plus jeunes et les hommes (28% des 18-25 ans, 35% des hommes et 21% des femmes de cette tranche d’âge). »
Il m’arrivait de fumer de temps en temps avec mes potes, mais ce n’était jamais agréable. Le lendemain, mon sommeil était toujours troublé et ma tête me faisait mal.
Ma consommation était donc très occasionnelle, et assez minime. À cette époque de ma vie, je n’avais jamais été vraiment stone (ni de manière plaisante, ni désagréable).
La weed californienne, ma vraie découverte du cannabis
Quelques années plus tard, âgée de 22 ans, j’ai déménagé pour 18 mois à San Francisco en Californie.
Ma vie était géniale, je me suis retrouvée en colocation dans une grosse maison avec plein de gens qui sont devenus mes amis.
J’adorais la ville, ses vibes, j’ai visité les musées, appris les expressions et le vocabulaire des habitants, j’ai exploré les rues biscornues, j’ai goûté les plats locaux…
C’est donc assez naturellement que j’ai testé une autre des spécialités californiennes : la weed.
Et elle n’avait rien à voir avec ce que j’avais pu tester avant.
La beuh, c’est une institution en Californie. Là-bas, elle est légale (sous certaines conditions) et surtout ELLE EST BONNE. Trèèès bonne.
Comme au lycée, je me suis retrouvée entourée de fumeurs. Et si à l’époque, on devait se cacher, à San Francisco, il n’y avait rien de tabou : la weed est plutôt encensée dans le berceau du mouvement hippie.
Pendant mes 18 mois sur place, j’ai fumé de temps en temps pendant les soirées (mais pas trop, sinon j’en perdais mon anglais). Quelquefois, je mangeais un petit bout de brownie magique (et gluten-free) avec ma coloc.
Ce que j’adorais avec ma weed californienne, c’était cette sensation d’exacerbation de ma créativité, de mes pensées, mes idées fulgurantes, la légèreté de mon corps…
Le point négatif que je lui trouvais, c’était ma tendance à faire de petits bad trips en cas de dosages trop importants. L’expérience devenait alors source de stress et d’angoisses absurdes, toujours plus improbables.
Le début de mes problèmes avec le cannabis
Les mois ont passé et la fin du voyage a sonné. J’ai dû quitter mes amis et cette belle petite vie californienne que je m’étais construite — San Francisco était devenue ma maison.
Je suis donc retournée en France à contre cœur, en traînant les pieds autant que ma grosse valise remplie de souvenirs.
La réadaptation à mon pays, à ma ville, à mon appartement a été terrible. Ce furent les pires mois de ma vie.
Je ne voulais pas être ici, mes amis me manquaient, et de retour d’une ville progressiste comme San Francisco, je trouvais ma patrie affligeante de bêtise, emplie de mentalités obtuses.
Bref, le gros bad.
Surtout si tu rajoutes à ça que je ne savais plus où j’en étais dans ma vie. Je suis rentrée au bercail sans plans d’avenir et mon point de vue sur beaucoup de choses avait changé. J’étais perdue comme jamais.
Reprendre des études ? Partir vite et loin ? Trouver un job en attendant ? Faire de l’associatif ? Quitter ma ville ? Rentrer chez mes parents ?
Ma tête était pleine d’interrogations et mes journées étaient vides. J’étais si triste et très angoissée quant à mon avenir. Étant de nature optimiste, c’était la première fois que je n’arrivais pas à voir le positif d’une situation.
Rapidement après mon retour, j’ai retrouvé mes amis de toujours, dont un qui m’a vendu un peu de weed. C’était la première fois que j’achetais en France.
C’est là que les problèmes ont commencé.
J’ai commencé par fumer un joint tous les soirs, tranquille chez moi, devant une série, ou en peignant, en dansant… C’était un moment de bien-être et de créativité, que j’attendais avec hâte dans ma journée.
Mais comme tu peux t’en douter, j’en ai voulu plus, toujours plus. Ça devenait de moins en moins léger.
Très peu de mes amis étaient au courant de cette consommation, qui était un truc personnel pour moi.
J’ai compris que le cannabis était mauvais pour moi
J’ai commencé à tiquer quand j’ai réalisé que j’attendais un peu trop le moment où j’allais fumer, que ce n’était plus occasionnel du tout.
Quand j’ai percuté qu’en plus de creuser mon budget, le cannabis me provoquait de l’anxiété et du stress, une mauvaise respiration, une gorge constamment irritée…
Mais le coup de grâce a été quand je me suis rendu compte que la weed grignotait mon cerveau et altérait ma mémoire.
C’était trop.
J’ai toujours eu une excellente mémoire depuis petite, je suis le genre de meuf capable de ressortir des tirades entières de films vus il y a des années. Que la beuh touche à une caractéristique qui m’a toujours définie, ça m’a fait peur.
C’est à ce moment-là que les désagréments de la weed ont vraiment pesé plus lourd que tous ses aspects « positifs » — ou en tout cas perçus comme tels.
J’ai décidé d’arrêter.
Je n’ai pas réussi tout de suite, il m’a fallu plusieurs essais, il a fallu que je casse le matériel me permettant de fumer : j’ai vu ça comme un signe d’encouragement, et j’ai pu arrêter pour de bon.
Je n’ai pas eu recours à une aide professionnelle mais si tu penses en avoir besoin, si tu n’arrives pas à arrêter seule, n’hésite pas !
De l’aide pour gérer ta relation au cannabisRéussir à demander de l’aide à son entourage quand ça va mal, ce n’est pas forcément évident. C’est même parfois très difficile.
Quelle que soit ta situation, et surtout lorsqu’il s’agit d’un problème d’addiction, à une drogue ou autre, rappelle-toi qu’il est normal d’avoir besoin d’aide, qu’il est important de savoir en demander, et plus important encore de réussir à l’accepter.
Le mieux est d’en parler à une personne de confiance, que ce soit au sein de ta famille, parmi tes amis et amies proches, une connaissance en qui tu as confiance, ou quelqu’un d’extérieur : prof, infirmier, psychologue… Tu n’es pas seule.
Quelques numéros utiles :
Drogues info service : 0 800 23 13 13 Ouverte de 8h à 2h, 7 jours sur 7. Appel anonyme et gratuit depuis un poste fixe. Appel depuis un portable au coût d’une communication ordinaire : 01 70 23 13 13. Site internet par ici.
Ecoute cannabis : 0 980 980 940. Ouverte de 8h à 2h, 7 jours sur 7. De 8h à 2h, 7 jours sur 7. Appel anonyme et gratuit depuis un poste fixe.
Fil santé jeunes : 0 800 235 236. Ouverte aux 12-25 ans, tous les jours de 9h à 23h. Appel gratuit et anonyme. Le site internet juste là.
Mon rapport au cannabis après mes problèmes avec la weed
Je ne veux pas effacer cette période, cette relation avec la weed, car au final ça fait partie de moi. Ça fait partie de celle que je suis aujourd’hui.
À mes yeux, sans le cannabis, je n’aurais pas eu certaines idées, exploré certaines sensations, certains recoins inconnus de mon cerveau, créé certaines œuvres.
Mais jamais je ne veux retomber dedans.
J’ai « fait mes expériences », comme on dit, et j’ai la chance d’avoir réagi assez vite avant que la situation devienne impossible à vivre. Car la weed m’a quand même apporté tellement de mauvaises choses.
Aujourd’hui je me rends compte que mon discours sur le sujet a complètement changé par rapport à une période plus insouciante de ma vie. Il y a des idées reçues que je ne peux pas ne pas réfuter.
L’idée reçue : « on ne peut pas être accro au cannabis »
Arrêter de fumer, ça a été dur pour moi.
On parle souvent de la weed en des termes bien flatteurs pour vanter ses mérites, en réaffirmant haut et fort qu’elle ne génère pas d’addiction.
Alors, certes, il n’y a pas de dépendance physique comme avec d’autres substances mais les dépendances mentales et émotionnelles sont bel et bien réelles, aussi réelles que difficiles à gérer.
Il se trouve qu’en plus d’Anthonin (dont je te parlais dans l’intro), Carologie, une youtubeuse que j’aime beaucoup, a lancé l’année dernière une série de vidéos qu’elle a intitulée STORIHUANA.
Elle y partage son expérience avec la consommation de cannabis, l’évolution de sa consommation, sa dépendance, son envie d’arrêter, ses rechutes…
Quand j’ai découvert ses vidéos l’année dernière, ma consommation de cannabis était déjà bien derrière moi, mais ça m’a fait un bien fou d’entendre un discours similaire au mien dans la bouche de quelqu’un d’autre.
On ne partage ni le même vécu ni le même niveau d’addiction (ma consommation n’a jamais été si lourde en comparaison), mais j’étais ravie d’entendre quelqu’un parler des phénomènes de dépendance mentale et émotionnelle liés à la weed.
Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que j’étais accro, je l’ai vraiment compris seulement après avoir arrêté totalement. Je ne m’attendais pas du tout à tomber là-dedans. »
Arrêter le cannabis, c’est difficile et il faut le dire
Maintenant, le discours « on ne peut pas être accro au cannabis nani nana » m’énerve au plus haut point.
Si on ne peut pas se retrouver en situation de dépendance avec cette substance et ses effets, alors pourquoi est-ce que tout un tas de gens galèrent à arrêter d’en consommer ?
Arrêter la weed, c’est renoncer à des sensations cool. Mais des sensations cool qui ont un prix.
Fumer gaspillait mon énergie, favorisait ma léthargie, nourrissait mes angoisses, avait des répercussions déplorables sur mon état de physique, mettait ma santé en danger…
La fumette m’éloignait de mes proches non-fumeurs, qui n’auraient pas pu tout comprendre, et m’isolait.
En plus, bien sûr, d’être une consommation illégale, ce qui me mettait en danger vis-à-vis de la justice, en plus de plomber mon budget.
Le cannabis cache les problèmes mais ne les résout pas
Avec le recul, ma « période weed » était surtout un symptôme d’un moment down et chelou de ma vie. Alors si je pouvais parler à la moi du passé, je lui dirais :
« Pose ça et réfléchis deux secondes.
Fais attention, peut-être que « tu kiffes », peut-être que « tu gères », mais tu as des failles et la weed saura s’y immiscer si tu ne fais pas attention.
Questionne-toi. Pourquoi à ton avis, ta consommation change pile au moment où tu ne te sens plus bien dans ta vie ? Tu penses vraiment que c’est si sain que ça ?
Essaye de calculer plus tôt le ratio avantages/inconvénients de ta consommation ? Est-ce que ça te correspond vraiment, ce mode de vie ?
Est-ce que les choses positives que tu en tires, tu ne peux pas les retrouver autrement ? Sans substances ? »
Aujourd’hui, je suis épanouie, sans toucher à la weed, et je sais que j’ai de la chance d’y être arrivée. Alors si toi aussi tu galères, j’espère que cet article aura pu t’aider !
En cette période de confinement prolongé, l’isolement, l’ennui et le désœuvrement favorisent les comportements addictifs et aggravent la dépendance des personnes vulnérables vis-à-vis du tabac, de l’alcool, d’autres drogues, des écrans, des jeux d’argent et de hasard…
Le tabac cause chaque année en France 75.000 décès, l’alcool 41.000 sans compter les nombreux handicaps et maladies chroniques affectant des millions consommateurs. Avec 4 à 5 millions d’alcoolo-dépendants, 13 millions de fumeurs de tabac et un million et demi d’adeptes du cannabis, la France compte parmi les pays européens les plus exposés aux risques d’aggravation liés au confinement.
La cohabitation forcée dans un espace domiciliaire exigu expose au tabagisme passif qui fait chaque année 880.000 victimes dans le monde dont 3.000 en France. L’altération pulmonaire préexistante du fumeur le rend plus vulnérable à l’agression par le Sars-CoV-2 [1]. En cas d’infection déclarée, toute consommation de produits inhalés (tabac, cannabis, cocaïne…) semble augmenter le risque de forme sévère [2].
Les conditions de confinement à domicile favorisent les violences conjugales et intra-familiales, ainsi que les accidents domestiques, notamment à la faveur d’alcoolisations aiguës. Chez les personnes souffrant d’affections psychiatriques chroniques, l’interruption du suivi médical peut laisser s’installer des états de décompensation avec un recours accru à l’utilisation d’alcool et de drogues [3].
L’Académie nationale de médecine recommande :
de diffuser largement les numéros d’appel pour informer la population sur les possibilités d’aide aux personnes à risque de dépendance ;
de sensibiliser les professionnels sanitaires et médico-sociaux au risque d’interruption des soins chez les personnes suivies pour une pathologie addictive ;
de ne pas interrompre l’activité des structures sanitaires médico-sociales spécialisées en addictologie dans leurs actions visant à une réduction des risques associés à la consommation de drogues ;
de ne pas attendre du tabac un hypothétique effet protecteur contre le Covid-19, mais de considérer les risques bien réels liés à sa consommation en zone confinée, pour le fumeur lui-même, et autour de lui, pour les enfants, les femmes enceintes, les malades et les personnes âgées.
Fumer de la marijuana provoque une inflammation du poumon, même lorsqu’il s’agit d’un usage occasionnel. Ce qui n’est pas bon en cas d’infection par SARS-CoV-2.
OLENA BONDARENKO/ISTOCK
L’ESSENTIEL
L’usage de cannabis augmente le risque de forme sévère de Covid-19
La toux des fumeurs de cannabis peut compliquer le diagnostic de l’infection par le coronavirus
Fumer de l’herbe pour vous relaxer n’est pas la meilleure des idées en période d’épidémie. Substance autorisée pour ses usages thérapeutiques dans certains pays, le cannabis pourrait aggraver les symptômes du Covid-19.
Des poumons déjà inflammés par la marijuana
« Lorsque vous fumez du cannabis, cela provoque un certain degré d’inflammation dans les voies respiratoires, très similaire à une bronchite », explique le Dr Albert Rizzo, médecin en chef de l’American Lung Association, à CNN. « La marijuana se consume à une température plus faible que les cigarettes industrielles, ajoute le pneumologue Mitchell Glass, également à CNN, à cause de cela, le consommateur inhale un certain nombre de particules non-consumées de la plante. » Selon lui, cela peut irriter les poumons autant que le pollen chez les personnes allergiques. Si vous contractez le Covid-19 et que vous fumez du cannabis, vous aurez une inflammation doublée d’une infection, ce qui multiplie les risques de complications.
La mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives confirme ces informations sur son site : « La consommation régulière de produits inhalés (tabac, cannabis, cocaïne, crack, etc) augmente le risque d’infection et de forme sévère. » Elle rappelle qu’il est primordial de ne pas partager de cigarette ou de joint pour éviter les risques de contamination, et de bien se laver les mains avant et après toute consommation.
Un diagnostic plus difficile
Pour les fumeurs de tabac comme de cannabis, il est fréquent de tousser, cela peut compliquer le diagnostic du médecin en cas de suspicion de Covid-19, car la toux sèche est l’un des symptômes du virus. « Vous ne voulez rien faire qui puisse altérer la capacité d’un soignant à faire un diagnostic rapide et précis », lance le Dr Glass aux consommateurs de cannabis. Et si vous fumez peu de joints ou uniquement depuis peu de temps, cela ne vous épargne pas du risque de complications. D’après lui, le cannabis est néfaste pour les poumons, même chez les « jeunes » ou « petits » fumeurs.