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Salles de consommation de drogues : le silence du gouvernement inquiète les associations

Alors que la ministre de la Santé a initialement promis pour la fin de l’année dernière le lancement des salles de consommation de drogues, les associations impliquées dans la politique de réduction des risques s’inquiètent du silence gouvernemental. « À l’heure actuelle, les acteurs de terrain n’ont toujours pas eu connaissance des conclusions du rapport de faisabilité demandé en octobre 2012 par Marisol Touraine à la MILDT sur ce sujet », soulignent les 21 signataires d’un communiqué.

Dans le cadre de cette étude, la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie a rencontré les acteurs intéressés par la mise en place de salle de consommation à moindre risque à Paris et en région.« C’est au décours de cette étude de faisabilité désormais attendue dans le courant du premier trimestre 2013 que le Premier ministre doit donner son feu vert pour le démarrage d’une action expérimentale », explique leDr Jean-François Corty, directeur de mission France à Médecins du monde. « Par rapport à des calendriers officieux qui avaient été évoqués, on risque de prendre du retard. Je pense que c’est très difficile d’y voir clair », confie le psychologue Jean-Pierre Couteron (Réseau Français de réduction des risques/Fédération addiction).

Trois villes en première ligne

À ce jour, trois grandes villes – Paris, Marseille, Bordeaux – ont clairement fait avancer leur projet d’expérimentation de salle de consommation de drogues à moindre risque, avec à chaque fois un net soutien des maires de droite comme de gauche. Reste qu’un feu vert gouvernemental permettrait d’accélérer la mise en œuvre opérationnelle de ces expérimentations. À Paris, le projet de salle de consommation portée par l’association GAIA et Médecins du monde bloque encore sur deux points essentiels : le financement et l’attribution d’un local dans le 10e arrondissement de la capitale. « Démarcher pour trouver un local, quand on n’a pas encore l’autorisation, ça rajoute un peu plus de complexité à l’histoire. On attend aujourd’hui un feu vert du gouvernement pour avancer sur le financement », indique le Dr Élisabeth Avril, en charge du projet de salle de consommation parisienne pour l’association GAIA.

Démarrer avant les municipales

« À Paris, on travaille depuis l’été dernier à la mise en place de ce projet. On est en lien avec l’agence régionale de santé, la DGS, la mairie de Paris, la mairie du 10e. On a commencé à former des équipes, on se met en place pour pouvoir proposer une salle qui serait ouverte sept jours sur sept, 8 heures par jour », précise le Dr Corty. « La salle de consommation, il ne faut pas la voir uniquement comme le lieu où les gens s’injectent car, dans un réseau de soins, c’est un maillon qui permet de rejoindre les plus précaires. On est là pour amener les gens aux soins, pas pour les laisser dans la drogue comme certains le disent haut et fort », résume le Dr Avril.« On souhaite tous que cette expérimentation qui devra être documentée puisse démarrer avant le lancement de la campagne pour les municipales », indique-t-il.

L’injection en équipe mobile
Parallèlement au projet de salle de consommation de drogues à moindre risque sur Paris, Médecins du monde soutient un programme de recherche sur l’éducation aux risques liés à l’injection (ERLI) réalisé en équipe mobile aux alentours de la gare du Nord. Ce projet mené avecl’ANRS et l’INSERM au sein d’un protocole assez contraignant englobe pendant deux ans une soixantaine d’usagers.
En pratique, une structure mobile médico-sociale va à la rencontre de ces personnes qui se retrouvent alors accompagnées dans leur pratique d’injection de drogues. « On travaille sur une approchecomportementale pour aider les usagers de drogues à limiter leurs risques au moment de l’injection (transmission d’hépatite, contamination VIH, septicémie…) », explique le Dr Jean-François Corty.
« A terme, la salle de consommation à moindre risque va intégrer le dispositif ERLI qui n’aura plus lieu d’exister sur son espace actuel (autour de la gare du Nord) dès lors que la salle sera constituée. Ce programme ERLY continuera probablement dans des lieux excentrés de la capitale où il faudra aller au plus proche des usagers », ajoute leDr Corty.

› DAVID BILHAUT  Le Quotidien du Médecin 

Une nouvelle cible prometteuse contre l’alcoolo-dépendance

Une nouvelle molécule d’intérêt dans le traitement de la dépendance à l’alcool vient d’être testée avec succès par une équipe de l’Inserm.

Les chercheurs ont réussi à diminuer de 75 % la consommation d’alcool chez des rats dépendants.

Réduire de trois quarts la consommation d’alcool de personnes dépendantes sans trop d’effets secondaires ? Voilà un objectif que les spécialistes n’envisagent qu’en rêve. C’est pourtant ce qui vient d’être obtenu chez des rats dépendants, traités par une nouvelle molécule qui cible les récepteurs d’un puissant neuromodulateur présent dans le cerveau : l’adénosine.

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Bilan des accidents de la route en 2012

Malgré une baisse historique des accidents de la route,

hausse importante des tués avec facteur drogue

Extrait du Bilan 2012 de l’ONISR

(Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière)

Cliquez ici pour consulter tout le document

Implication_stups_2008_2012 janvier 2013

Editorial de Jean Paul Tillement

Nos lecteurs connaissent les associations avec lesquelles nous avons des liens et des échanges réguliers.

L’association Parents contre la drogue , présidée par Mr Lebigot nous signale un article qu’il a suscité, paru dans Valeurs actuelles du 16 Janvier 2013 sous la plume d’Arnaud Folch, intitulé: Drogue, l’apologie subventionnée (cliquez ici pour lire l’article)

Mr Jean-Paul Bruneau, Président de l’Association Nationale E.D.V.O. recommande une émission sur France 5 le Mardi 15 Janvier, à 20h35 sur le  grand centre de désintoxication et de réhabilitation de toxicomanes de San Patrignano en Italie. ( jusqu’au 22 janvier cette émission sera visible sur http://pluzz.fr )

C’est bien volontiers que nous proposons ces deux rendez-vous à nos lecteurs

 

Une nocivité particulière de l’alcool à l’adolescence (Le Quotidien du Médecin)

Si l’on en croit les résultats d’une équipe de l’INSERM (Mickaël Naasila et coll.) obtenus chez le rat, une intoxication par l’alcool à l’adolescence, alors que le cerveau n’a pas fini sa maturation, constitue un facteur de susceptibilité à un comportement de perte de contrôle ultérieurement vis-à-vis de l’alcool. « Un facteur de vulnérabilité à développer une addiction à l’alcool une fois adulte. »

« Il est aujourd’hui très préoccupant de constater que la consommation d’alcool se banalise de plus en plus chez les jeunes, qui développent des pratiques dangereuses telles que le « binge drinking » (boire massivement et très rapidement). » Ce comportement est observé même chez les plus jeunes, dès le collège.

On ne connaît que peu de chose sur les effets de cette modalité de consommation en terme d’atteintes du fonctionnement cérébral et de la vulnérabilité à l’addiction.

Le rat est considéré comme adolescent de 30 à 40 jours après sa naissance. Mickaël Naasila et coll. ont exposé des rats à une ivresse alcoolique pendant cette période sur un modèle mimant le « binge drinking » : 3 g/l, avec un total de 8 épisodes. Il n’est pas rare d’observer ce niveau élevé d’alcoolémie chez des adolescents qui se retrouvent aux urgences pour intoxication éthylique.

« Devenus adultes, ces animaux sont plus vulnérables à l’alcool Ils sont moins sensibles aux propriétés aversives de l’alcool. »

D’un point de vue comportemental, les rats adultes ayant été exposés précocement font preuve d’une motivation excessive pour obtenir de l’alcool. En libre choix (biberon d’eau et biberon de boisson alcoolisée), ils consomment plus d’alcool que les animaux témoins. Cette vulnérabilité est observée en particulier chez les animaux exposés à ces ivresses tôt pendant l’adolescence (la première partie) et non pas durant la phase tardive de l’adolescence. « Cela semble en accord avec l’observation chez l’homme indiquant que les sujets exposés les plus précocement (13-16 ans) ont deux fois plus de risque de devenir alcoolodépendants comparativement à ceux exposés pendant la phase des 17-21 ans. » Les rats perdent le contrôle de leur consommation, qui augmente et peut atteindre des niveaux très élevés. Ils sont très motivés et sont même prêts à fournir un travail (appuyer sur un levier de manière répétée) pour obtenir de l’alcool.

L’étude a comporté aussi un volet neurologique. L’intoxication répétée au cours de l’adolescence provoque des modifications dans le cerveau. Le noyau accumbens, région qui joue un rôle primordial dans le comportement addictif, est moins réactif à long terme à une réexposition à l’alcool. Les auteurs identifient une diminution de l’expression de gènes codant la pro-enképhaline et le transporteur de la sérotonine. Ce qui peut expliquer leur plus grande vulnérabilité face à l’alcool.

Tels sont les premiers résultats précliniques du projet européen AlcoBinge coordonné par ces auteurs (Unité INSERM Eri 24).

› Dr BÉATRICE VUAILLE Neuropharmacology, 31 décembre 2012.

Drogue, alcool : les ravages de l’addiction en entreprise

Invités par des dirigeants, gendarmes et policiers font de la prévention contre les abus de drogue ou d’alcool.

Un pilote de Bateau-Mouche sous l’emprise du haschisch qui fait naufrager une vedette de plaisance sur la Seine, un chauffeur de camion du Doubs qui fauche deux enfants, un journaliste qui trouve la mort sur le périphérique parisien en revenant d’un pot de bouclage tardif, un grutier ivre qui trimbale des tonnes de béton sur la tête de son collègue…

La drogue et l’alcool font des ravages en entreprise. Les «joints» fumés en douce lors de la pause-café, le rail de coke sniffé dans les toilettes, le «pot» entre collègues qui s’éternise autour de quelques bouteilles sont à l’origine de 20 à 30 % des accidents du travail et de 13.000 journées d’absentéisme recensées chaque année en France.

Selon une récente étude de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), 16,6 % des professionnels de l’agriculture et de la pêche sont en proie à des problèmes récurrents de boisson et 13,4 % des employés du bâtiment tutoient l’ivresse au quotidien. Soit la même proportion que ceux qui consomment régulièrement du cannabis dans l’univers de l’hébergement et de la restauration. «Aucun secteur n’est plus épargné, s’alarme une étude de la documentation française consacrée aux risques à la consommation de drogues en milieu professionnel, qui considère que «le phénomène s’est étendu sur cinq ans et que l’on assiste à une augmentation de la consommation de drogues illicites autres que le cannabis». Les métiers de la mer, le journalisme, l’armée, les personnels dirigeants figurent désormais au nombre des secteurs les plus touchés.

90.000 salariés sensibilisés

Face au fléau qui guette, la gendarmerie fait monter en puissance un réseau de formateurs relais antidrogue (Frad) à travers le pays. Tissé dès les années 1990 pour intervenir dans les collèges et les lycées, le réseau compte plus de 500 gendarmes spécialisés qui se déplacent davantage dans le monde du travail. Les policiers, de leur côté, alignent quelque 550 fonctionnaires chargés des mêmes missions de prévention.

«Nos référents régionaux sont de plus en plus sollicités par des collectivités locales et des associations, des patrons, des responsables du personnel ou encore des comités d’entreprises, confie le capitaine Grégoire Méchin, en charge de la prévention de la délinquance. Nos conférences de prévention, entièrement gratuites, sont assez populaires et participent à la lutte contre la délinquance générale et routière…» Des petites structures de transports scolaires à la SNCF, en passant par les géants du BTP comme Vinci ou de l’agroalimentaire comme Yoplait, des dizaines de sociétés ont déjà fait appel aux «formateurs relais antidrogue» de la maréchaussée.

Leur démarche est limpide. «D’abord, je discute avec un responsable de l’entreprise pour recueillir ses confidences et déterminer la nature des problèmes auxquels il est confronté pour orienter notre discours, raconte l’adjudant-chef Patrick Perrier, formateur antidrogue depuis plus de dix ans. Puis, je vais à la rencontre des employés. Longtemps, le sujet des addictions est resté tabou et les gens ne participaient pas, mais la parole a commencé à se libérer, car la consommation de certains produits, comme le haschisch, s’est banalisée. En général, ils reconnaissent fumer de l’herbe, en pensant à tort qu’ils consomment un “produit naturel”. Désormais, nos interlocuteurs en parlent plus volontiers que l’alcool, un problème qui reste enfoui…»

Outre quelque 250.000 élèves constituant leur public traditionnel, les militaires ont sensibilisé l’année dernière plus de 90 000 salariés venus d’horizons très divers. Le fait d’avoir consommé du cannabis le matin avant de se rendre au travail concernerait 12 % des usagers actuels, soit environ 1 % des actifs.

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Code du travail et règlement intérieur

Si la drogue est prohibée, la consommation d’alcool dans l’entreprise est encadrée. Selon le Code du travail, il est «interdit de laisser entrer ou séjourner dans les lieux de travail des personnes en état d’ivresse. (…) Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n’est autorisée sur le lieu de travail.» La consommation d’alcool léger est donc possible, à condition d’être modérée. L’employeur, par règlement intérieur, peut limiter, voire interdire, l’introduction et la consommation de boissons alcoolisées dans l’entreprise. Des sanctions disciplinaires sont prévues en cas de violation des dispositions relatives à l’alcool. Et l’ivresse manifeste est souvent synonyme de «faute grave». Source

CANNABIS: A usage en hausse, perception des risques en baisse

Cette vague 2012 de l’étude américaine MFT (Monitoring the Future Survey) conduite par des chercheurs de l’université du Michigan pour les National Institute on Drug Abuse (NIDA/NIH) montre une stabilité voire une diminution de la consommation d’un grand nombre de drogues, mais pas du cannabis qui voit son usage toujours très élevé mais avec une moindre conscience des risques possibles pour la santé.

Un usage en hausse à compter de la classe de 4è : Des résultats constatés chez des élèves de 4è, seconde et terminale (équivalents américains : 8è, 10è et 12è grades) qui aboutissent à un taux global d’usage quotidien de 6,5% à la fin du cycle secondaire, vs 5,1%, il y a 5 ans. Près de 23% déclarent avoir fumé au cours du mois précédant l’enquête et plus de 36% déclarent avoir fumé dans l’année précédente. Chez les élèves de seconde 3,5% consomment de la marijuana tous les jours, 17% dans le mois et 28% dans l’année. L’utilisation s’intensifie dès la classe de 4è, avec 1,1% d’usagers quotidiens mais plus de 11% de consommateurs, dans l’année écoulée. En Europe, à titre de comparaison, la dernière vague de l’étude ESPAD de 2011, indique que 17% des étudiants âgés de 15 à 17 ans, ont déjà consommé du cannabis.

Une perception en baisse de la nocivité, qui suggère une tendance à l’augmentation. Ainsi, seulement 41,7% des élèves de 4è considèrent l’usage occasionnel de cannabis comme nuisible mais les 2 tiers sont convaincus des dangers d’un usage régulier. Ces deux taux sont au plus bas depuis le début de l’enquête, il y a 20 ans. Alors que les adolescents vieillissent, leur perception du risque diminue. Seulement 20,6% des élèves de terminale considèrent une consommation occasionnelle comme nuisible et c’est le taux le plus bas depuis 1983.

Cannabis, baisse de Q.I. et déficiences neurologiques : Le NIDA rappelle cette étude publiée dans les Actes de l’Académie des Sciences américaine, PNAS, qui concluait que les personnes qui avaient consommé du cannabis massivement dans leur adolescence présentaient une baisse significative de 8 points de QI aux âges de 13 puis de 38 ans. Les usagers de cannabis, avant l’âge de 18 ans, alors que le cerveau est encore en développement montrent aussi une déficience des capacités mentales et même longtemps après avoir arrêté de fumer. Des résultats confirmés par d’autres études confirmant le lien entre consommation prolongée de cannabis et déficience cognitive ou neurologique.

Cannabis et moindre qualité de vie : Le directeur du NIDA, le Dr Nora D. Volkow se dit préoccupée par l’effet de l’usage régulier ou quotidien de cannabis sur la capacité de nombreux jeunes à profiter pleinement de leur scolarité et de nombreux autres aspects de la vie. L’explication, le THC (tétrahydrocannabinol) modifie la capacité de l’hippocampe, une région du cerveau liée à l’apprentissage et à la mémoire, à communiquer efficacement avec les autres régions du cerveau.

Avec la précocité de l’usage, le risque de dépendance: Ce risque touche environ 1 usager sur 11 sur l’ensemble des usagers,  mais environ 1 sur 6 pour les usagers qui ont commencé à fumer à l’adolescence. C’est plus que chez les usagers quotidiens, mais plus tardifs.

Alors qu’aux Etats-Unis, l’utilisation d’autres drogues chez les adolescents suit plutôt une baisse régulière modeste, prouvant qu’une évolution sociale positive est possible chez les jeunes, l’abus de médicaments, par les jeunes suit les mêmes évolutions que l’usage du cannabis. L’abus de médicaments (Vicodin…) augmente ou se stabilise à des niveaux élevés (7 à 10% en fin de cycle secondaire) avec, simultanément une diminution de la perception des dommages liés à leur consommation. Tabac et alcool sont également passés en revue par ce rapport, avec des tendances globales plutôt encourageantes. Source

Cannabis: vrais dangers d’une fausse drogue douce

Quels sont les effets du cannabis sur la santé, les risques psychologiques ou d’addiction? Du type de produit consommé à l’âge, nombre de facteurs comptent. Réponses aux questions clés.

Le cannabis peut susciter une réelle dépendance psychologique. Celle-ci reste moins importante qu’avec l’alcool et, surtout, le tabac, avec lequel il est toutefois consommé fréquemment. © J. Duenes/Reuters

 

Qu’est-ce que le cannabis?

Il se présente sous deux formes: l’herbe, la « beuh », d’origine européenne ou africaine ou issue d’une production artisanale, et la résine, le « shit », vendu en barrette ou en « pain » – de plusieurs dizaines de grammes – en provenance d’Afrique du Nord. Le taux de concentration global de tétrahydrocannabinol (THC), le principe actif du cannabis, se situe en général aux alentours de 8 à 10%, mais il varie considérablement selon les échantillons: de 0,5 à 20%, parfois même au-delà de 25%, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Ces produits hyperdosés, encore rares sur le territoire, inquiètent les spécialistes en raison de leurs effets sur l’organisme.

Réduit-il les capacités intellectuelles?

Une étude d’une équipe néo-zélandaise publiée l’été dernier a fait grand bruit: menée sur plus de 1.000 enfants pendant près de trente ans, elle atteste une baisse des performances intellectuelles pouvant atteindre 8 points de QI! Certes, cette diminution ne concerne que 5% des consommateurs. Pour autant, « c’est la première fois que ce résultat, incontestable, est démontré de façon scientifique », précise le spécialiste d’imagerie médicale Jean-Luc Martinot, chercheur à l’Inserm et au CEA. Trois facteurs interviennent: la précocité, la quantité et la durée de consommation. Par quels mécanismes? Une consommation « régulière et abondante » altère une zone spécifique du cerveau, la substance blanche, entraînant une baisse d’attention et de la mémorisation. Elle peut aussi provoquer une diminution de l’activité de certains neurotransmetteurs. Le taux de dopamine en particulier, impliqué dans les processus de plaisir, pourrait chuter jusqu’à 20%, un niveau inconnu chez une personne « normale ».

Rend-il dépendant?

Sur le plan physiologique, non. Ce qui ne signifie pas qu’il soit anodin. Le magazine 60 Millions de consommateurs a eu l’idée d’utiliser une « machine à fumer » pour mesurer précisément les effets d’un joint. Conclusion: le « pétard » fait inhaler de 6 à 7 fois plus de goudrons et de monoxyde de carbone qu’une cigarette. D’où un risque de cancers (gorge, lèvres, poumons…) démultiplié. Le vrai problème du cannabis est qu’il peut susciter une réelle dépendance psychologique, avec « craving » (envie irrépressible), manque et perte de contrôle chez « environ 3% des consommateurs ». Moins que l’alcool (5%) cependant et que le tabac (80%), précise le Pr Michel Reynaud, chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif, en France. Les points communs de ces gros fumeurs, qui dépassent parfois les 10 pétards par jour? Une recherche de sensations fortes, une prise de risques et un désir d’éviter l’ennui. A quoi il faut ajouter une mauvaise estime de soi liée à une angoisse dans la relation à l’autre, et sur laquelle le cannabis a un effet apaisant. On ne devient pas « accro » par hasard.

Provoque-t-il la schizophrénie?

La polémique a éclaté en 1985, avec une étude suédoise indiquant un lien de causalité direct entre cannabis et schizophrénie. Depuis, certains travaux sont venus confirmer ces résultats, mais « en partie seulement », tempère le Dr Amine Benyamina, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif. Récemment, les scientifiques ont en effet découvert qu’il existait deux composants dans le THC: le « bon », le cannabidiol, qui aurait un effet protecteur sur le plan psychotique, et le « mauvais », qui provoque addiction et risque plus élevé de développer une schizophrénie. Tout dépend donc de la part relative de l’un et de l’autre, et de la précocité des premières expériences. L’autre facteur, tout aussi essentiel, repose sur les antécédents familiaux de cette maladie, qui induisent une « vulnérabilité supplémentaire importante ».

A-t-il un effet plus nocif à l’adolescence?

C’est « plus que probable », estime le Dr Marc Valleur, médecin chef du centre médical Marmottan, à Paris. Deux points semblent acquis: d’une part, une polyconsommation (alcool, tabac, ecstasy…) constitue un marqueur fort d’un individu qui « va mal et dont la vie a été perturbée au préalable ». D’autre part, un usage précoce provoque des conséquences spécifiques: le cerveau d’un adolescent n’étant pas encore parvenu à maturation, il est particulièrement sensible aux stimuli externes, notamment dans les zones qui contrôlent les centres de motivation, de récompense et de plaisir. En d’autres termes, « plus c’est tôt, plus c’est nocif, et cela est vrai pour tous les produits, légaux ou non », rappelle le Pr Michel Reynaud.

A partir de quand faut-il s’inquiéter?

Il n’existe pas de réponse univoque, car « plusieurs éléments doivent être pris en compte », note Bertrand Lebeau, addictologue à l’hôpital de Montfermeil, près de Paris: l’âge (« chez les 12-13 ans, le joint a parfois remplacé la cigarette »), l’heure du premier pétard (« dès le matin ou le soir seulement ») et, enfin, les circonstances de consommation – « la conduite d’un véhicule sous cannabis ou, pis encore, après un mélange cannabis-alcool est potentiellement dangereuse ». En outre, ne pas prendre en compte le taux de THC d’un pétard revient à dire que « boire un coup de cidre ou un verre de vodka, c’est la même chose! » En définitive, mieux vaut donc s’intéresser aux conséquences, surtout quand elles se traduisent par des difficultés dans le travail, la vie quotidienne, sociale ou familiale. A cet égard, un fléchissement subit et inexpliqué des résultats scolaires constitue un réel signe d’alerte pour les parents. A fortiori s’il s’accompagne de nouvelles fréquentations dans l’entourage de l’adolescent.

Mène-t-il à la consommation d’héroïne ou de cocaïne?

Les experts sont unanimes: il n’existe aucune preuve expérimentale d’un lien de causalité directe entre consommation de cannabis et expérimentation de drogues plus « dures ». « Quitte à chercher une corrélation, elle serait plutôt entre l’alcool et l’héroïne », souligne d’ailleurs Marc Valleur. En revanche, le spécialiste pointe deux dangers liés à l’usage de cannabis. Le premier s’apparente au phénomène de la « porte ouverte »: l’état de conscience étant modifié par la prise de THC, la personne risque d’être moins résistante à des sollicitations éventuelles – « surtout à un moment de vulnérabilité particulier », souligne Marc Valleur. L’autre motif d’inquiétude tient à la dimension sociale de l’ »escalade ». Parmi les consommateurs devenus réguliers, beaucoup sont susceptibles d’entrer en contact avec des dealeurs qui ont tout intérêt à leur faire goûter des produits bien plus rentables pour leur business.

Source

Drogue : 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France (Le Figaro 9/12/12)

La moitié de ce chiffre concerne le trafic de cannabis, a estimé jeudi soir le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Un chiffre révélé au mois d’octobre dernier par Le Figaro.

Manuel Valls poursuit sans ambiguïté le combat contre la drogue. Ce qui le distingue de ceux qui, dans son camp, prônent la dépénalisation, voire la légalisation du cannabis en France.

Sur France 2, jeudi soir, dans l’émission «Des paroles et des actes», il a défendu ses priorités à la tête du ministère de l’Intérieur, désignant la lutte contre le trafic de cannabis et plus généralement des stupéfiants, qui représente, à ses yeux, «sans doute deux milliards d’euros de chiffre d’affaires» en France.

250 tonnes de résine consommées annuellement

Ce faisant, le «premier flic de France» confirme une information révélée dans Le Figaro du 22 octobre dernier. Dans un rapport confidentiel du Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco), dont nous avons eu connaissance, le chiffre d’affaires de la drogue est ainsi décomposé: «Plus d’un milliard d’euros pour environ 250 tonnes de résine de cannabis consommées annuellement. L’ensemble des autres drogues rapportent également un milliard d’euros.» Ce qui fait bien deux milliards d’euros par an.

Un montant équivalent aux salaires de la police

«Ce pactole équivaut à l’ensemble des salaires versés chaque année aux agents en tenue de la police nationale!», rappelait en octobre un officier de police spécialisé dans le renseignement.

De quoi financer une véritable armée du crime face aux forces de l’ordre. La police judiciaire insiste sur le «fort impact du trafic international de stupéfiants». Selon elle, «l’activisme et les capacités d’adaptation des organisations criminelles issues des cités sensibles, responsables des importations massives de cannabis marocain et du déploiement continu des flux de stupéfiants, demeurent la principale source d’irrigation de l’économie souterraine en France».

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