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Ce que les membres du CNPERT doivent savoir sur le cannabis…

… et faire très largement savoir, afin d’éclairer un vaste public non informé ou désinformé sur cette drogue.

  • Les Français sont en Europe les tout premiers consommateurs de cannabis
    Parmi les 27 Etats membre de l’U.E., la France est en pole position de sa consommation.
  • Une législation non enseignée, non justifiée, non appliquée ; régulièrement amollie, avec des tribunaux classant sans suite les transgressions à la loi ; des amendes non perçues, et des récidives ad voluntatis.
    La guerre contre le cannabis n’est pas perdue, car elle n’a pas été déclarée et n’a pas été livrée.
    Une absence criante de pédagogie dénoncée par l’Observatoire européen des toxicomanies (OEDT), une Education Nationale complètement désinvestie ; des médias essentiellement ouverts aux défenseurs de sa légalisation, expliquent ces chiffres calamiteux de 1.500.000 usagers réguliers de cette drogue, qui s’attaque à nos adolescents dès le Collège
  • Le cannabis, par son THC n’est pas une drogue douce, c’est une drogue lente.
    On ne connaît pas d’autres substances qui persistent aussi longtemps dans
    l’organisme (à l’exception de l’amiodarone, ou de certains inhibiteurs de l’anhydrase carbonique), au sein des tissus riches en graisse, en particulier le cerveau.
    Le THC peut persister dans l’organisme d’un fumeur régulier pendant plus de deux mois après l’arrêt de toute consommation.
  • Le taux de tétrahydrocannabinol, ou THC, le principe psychotrope majeur du cannabis, a été accru d’un facteur 6 au cours des 30 dernières années.
    En terme d’effet c’est comme si on comparait ceux d’une cannette de bière (6°) à ceux d’un flasque de whisky (40°).
    Le THC agit à de très faibles doses/concentrations, de l’ordre du millionième de gramme par litre de sang (μ par litre).
    Différents procédés ou dispositifs permettent d’accroître la cession du THC à l’organisme : pipe à eau, cigarette électronique, usage d’ « huile de cannabis », nébuliseurs, produits d’extraction de la résine de cannabis par le butane liquide ; avènement de nombreux et très puissants cannabinoïdes de synthèse.
  • La toxicité du cannabis fumé l’emporte de loin sur celle du tabac.
    Il faut rappeler que le tabac tue 75.000 français chaque année. Que la résine de cannabis (hashisch/shit) lui est associé, et que le tabac accroit ses effets appétitifs. La combustion du cannabis s’effectue 200°C au dessus de celle du tabac ; elle engendre 6 à 8 fois plus d’oxyde de carbone et de goudrons cancérigènes.

2 L’oxyde de carbone trouble l’apport d’oxygène aux tissus par l’hémoglobine (toxicité pour l’appareil cardio-vasculaire) ; les goudrons cancérigènes, associés à ceux du tabac sont à l’origine de cancers buccaux, laryngés, pharyngés et broncho-pulmonaires.

  • Le cannabis perturbe le déroulement de la grossesse et, à divers égards, l’enfant qui en naîtra.
    Une femme sur 4 qui fume du cannabis est incapable d’arrêter sa consommation en cas de grossesse.
    Le cannabis abrège la durée de la grossesse, avec la naissance d’un prématuré dont le poids et la taille sont plus petits que du fait de cette prématurité.
    Le nourrisson présente un plus grand risque de mort subite.
    Ses développements en taille, en poids et au plan psychomoteur sont ralentis.
    Il présente un risque accru d’hyperactivité et de déficit de l’attention.
    Il présente à l’adolescence une plus grande vulnérabilité aux toxicomanies.
  • Le THC imprime chez l’enfant de parents consommateurs de cannabis des marques épigénétiques
    Les individus en âge de procréer qui exposent leurs spermatozoïdes ou leurs ovules au THC, transfèrent à leur progéniture des marques épigénétiques qui peuvent être à l’origine de malformations (effet tératogène), d’une vulnérabilité aux toxicomanies à l’adolescence, d’une vulnérabilité à l’autisme, à l’hyperactivité avec déficit de l’attention, à la schizophrénie, à des déficits cognitifs (des performances intellectuelles). Les parents fument du cannabis et leurs enfants en subissent des conséquences très délétères.
    -Le THC stimule dans le cerveau, les récepteurs CB1
  • Ces récepteurs cannabinoïdes de type 1 sont les plus nombreux parmi plus de 100 autres types des récepteurs cérébraux connus. Ils sont ubiquistes, i.e. présents dans toutes les structures cérébrales.
    Leur stimulation par le THC est à l’origine d’une multitude d’effets simultanés ; qui contribuent à sa nocivité et le déconsidèrent dans une perspective thérapeutique.
  • Le THC dit « thérapeutique » est le faux nez du cannabis dit « récréatif)
    Toutes les Nations qui ont légalisé le cannabis en tant que drogue, l’ont préalablement déguisé en médicament. De nombreux arguments s’inscrivent contre son usage thérapeutique (c’est
    pourquoi il a été évacué de la pharmacopée il y a plus de 53 ans
  • .Multiplicité de ses effets (on n’a pas besoin par exemple de voir augmenter son appétit, quand on recherche une action analgésique). L’obtention d’un effet recherché se trouve noyé parmi de nombreux effets latéraux dont certains sont franchement adverses
    .Durée d’action longue et imprévisible.
    .Installation d’une dépendance/toxicomanie.
    .Rapport bénéfices/risques très défavorable.
    .Dans chacune des indications suggérées on dispose de médicaments avérés, spécifiques
    et plus efficaces.

3 .Développement d’une tolérance (diminution de l’effet) au cours de l’utilisation .Incompatibilité avec la conduite automobile et certaines activités professionnelles .Interaction avec l’alcool, différents psychotropes, et avec le métabolisme de différents médicaments.

  • Le THC rend son consommateur dangereux pour lui et pour autrui
    Ses effets énivrants sur la route et dans l’exercice de certaines professions sont accidentogènes.
    Dans 23% des accidents mortels de la route est décelée la présence de stupéfiants (pour 98% du cannabis).
  • Il est à l’origine de 200 morts chaque année sur les routes de France. Son association à l’alcool multiplie par 30 le risque d’accidents mortels.
    Ses effets désinhibiteurs sont à l’origine d’auto- (suicide) ou d’hétéro-agressions Il peut déclencher des bouffées délirantes.
  • Il est à l’origine de relations sexuelles, non consenties (viols, « tournantes »), non protégées, aboutissant à des grossesses non désirées ou à des maladies sexuellement transmissibles (SIDA, hépatite B, blennorragie, syphilis, chlamydiae à l’origine de stérilité…).
    Il incite à l’adjonction d’autres drogues, pour pallier la tolérance à ses effets, ce qui, avec les morphiniques, peut conduire aux overdoses mortelles.
  • Le cannabis/ THC induit des dépressions et des suicides
    Les tentatives de suicides et les décès par suicide des sujets jeunes se sont accrus parallèlement à la consommation de cannabis. Les mécanismes neurobiologiques en cause sont désormais connus.
    De plus, lors des bilans que chacun peut être est amené faire au cours de son existence, réaliser alors que son existence a été gâchée par l’effondrement dans une toxicomanie qui ruiné les ambitions et projets conçus au cours de la jeunesse, peut déclencher dépression et mener au suicide.
  • Le THC est la drogue de la crétinisation Ivre, l’esprit ailleurs et souvent nulle part, le consommateur de cannabis est incapable de suivre le cours, de le comprendre, d’apprendre.
  • Le THC perturbe la mémoire à court terme sans laquelle ne peut se constituer une mémoire à long terme (une culture, une éducation).Cette toxicomanie sévit durant la période éducative ; elle débute maintenant dès le collège.
    Au classement international PISA des performances éducatives, la France, qui consacre de très gros moyens matériels pour l’éducation de sa jeunesse, n’apparaît qu’au 27 ième rang.
    Le cannabis au long cours réduit le Quotient intellectuel (Q.I.).
    Le cannabis crée une aboulie, une démotivation, or la culture, l’apprentissage requièrent des efforts.
  • Le cannabis a des relations étroites avec la schizophrénie

4 Le THC, en dehors de tout contexte pathologique, peut induire des délires et des hallucinations durant quelques heures ; les même manifestations que celles développées dans la schizophrénie, cette affection grave (irréversible) qui affecte 1% des individus.
Les bouffées délirantes de la psychose cannabique sont sensibles aux antipsychotiques et souvent disparaissent en quelques semaines ou mois, pour ne pas réapparaître si le cannabis n’est plus jamais consommé.


L’entrée dans la schizophrénie, peut s’effectuer par une bouffée délirante qui se prolonge.
Dans l’étude NéoZélandaise de M.-L. Arsenault, 10% des 1000 gamins qui ont débuté une consommation de cannabis au Collège, sont diagnostiqués schizophrènes à l’âge de 18 ans. Depuis lors le taux de THC a augmenté dans les cannabis en circulation et le nombre de gamins qui expérimentent le cannabis au collège s’est accru.


Le risque qu’une consommation de cannabis induise une schizophrénie est accru par une vulnérabilité génétique, un début de consommation à un âge précoce, et l’abus d’un cannabis fortement dosé en THC.
Quand la schizophrénie est déclarée la poursuite de la consommation de cannabis en aggrave le cours et crée une résistance au traitement par les antipsychotiques.

  • Le cannabis est un échelon important dans l’escalade de l’échelle des toxicomanies
    La tolérance qui s’installe aux effets du THC, après augmentation des doses et de la fréquence des consommations, incite à y adjoindre d’autres drogues (poly toxicomanies de plus en plus fréquentes).
    Le THC, par un effet épigénétique, modifie la perception et, partant, accroît l’appétence de son consommateur pour les morphiniques, ainsi que pour la cocaïne.
    Tous les héroïnomanes sont passés préalablement par les barreaux tabac, alcool, cannabis.
  • Le cannabidiol (CBD) suscite un enthousiasme publicitaire non justifié par les données avérées disponibles
    Il s’agit manifestement d’une opération ayant de forts relents commerciaux. 
    Craignant le discrédit du cannabis en raison de son THC toxicomanogène et d’une liste
    de ses méfaits qui s’allongeait, ceux qui avaient investi dans la filière cannabique ont vu
    une planche de salut dans le CBD présent en abondance à ses cotés dans le cannabis.
  • Il lui fut alors décrit une multitude d’effets potentiellement bénéfiques.
    Suivit alors un exercice d’équilibriste pour bien démarquer le CBD du THC (même si au niveau de l’acidité gastrique le CBD peut être partiellement transformé en THC), au point de lui dénier des effets psychotropes.
  • Pourtant une longue liste d’effets, pour certains de psychotropes ou de type neurotropes, lui ont été hâtivement décrits (analgésique, anxiolytique, antistress, antipsychotique, anti-trémulant, ralentissant l’évolution d’affections neuro-dégénératives, actif dans certaines épilepsies rares et graves de l’enfant, les syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet, avec un médicament commercialisé (Epidiolex ® ), dont l’efficacité est actuellement assez bien documentée, mais en complément des autres médicaments de cette affection dont il accroît l’effet.

5 Exercice d’équilibriste encore pour le démarquer d’un médicament, pour ne pas devoir satisfaire aux contrôles rigoureux attachés à cette qualité, et en effectuer la vente dans des boutiques qui se sont rapidement ouvertes, d’une façon remarquablement synchronisée.

  • Conclusion
    Qui, connaissant tous ces éléments devenus irréfragables, pourrait encore souhaiter la légalisation du cannabis, à moins de désirer que l’espèce humaine se dirige progressivement vers une majorité de sujets « shootés », « paumés » dans une Nation débilitée. Pour empêcher cette annihilation nous devons résolument nous mobiliser.

Place du cannabis et de ses dérivés en onco-hématologie aux Etats Unis : le « Far-West » en 2022.

DOCTEUR JOËLLE GUILHOT

Jill Sederstrom : Growing Marijuana Use – ASH Clinical News, vol.8 n° 10, August 2022 (John
Wiley & Sons on behalf of the American Society of Hematology).


Cet article résume certains aspects de l’utilisation du cannabis et de ses dérivés en onco-hématologie sur la base de réflexions orales ou écrites de spécialistes de cette discipline.
La légalisation de ces produits aux Etats Unis, à des fins médicales ou récréatives, est en augmentation.


Par ailleurs, une enquête nationale américaine sur la consommation de drogues et la santé, conduite en 2020, a indiqué que 17,9 % des personnes âgées de 12 ans ou plus (environ 49,6 millions de personnes) ont déclaré avoir consommé du cannabis au cours des 12 mois précédents.


C’est une pratique en augmentation que les hématologues constatent eux même dans leur pratique clinique. Or, on attribue aux cannabis et aux cannabinoïdes le potentiel de réduire la douleur, d’améliorer la qualité de vie, d’aider aux soins palliatifs et d’augmenter l’appétit. L’intérêt de ce type de molécules est donc à discuter dans le domaine de l’onco-hématologie, car de nombreux patients souffrent d’anxiété, de
douleurs chroniques, de nausées et perte d’appétit liées à la maladie ou à son traitement.


De nombreuses études cliniques ont été et sont encore menées mais le rapport bénéfice/risque reste difficile à établir.
Les problèmes soulignés dans cet article sont en effet multiples et relèvent de plusieurs
aspects :
a) L’absence de lois harmonisées d’un état américain à l’autre concernant le nombre de produits autorisés (le « Far-West » selon le Dr Hansra), leur formulation (plus d’une centaine selon le Pr Gupta) et leur distribution : Il est donc difficile de comparer les essais de recherche menés dans un État à un autre, d’élaborer des lignes directrices ou des conclusions uniformes. La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a cependant approuvé deux cannabinoïdes synthétiques : le dronabinol et le nabilone,
afin de traiter les nausées et les vomissements chez les patients qui suivent une chimiothérapie,


b) L’utilisation avouée ou non de drogues illégales, en plus de ce qui a pu être prescrit par le médecin. Toutes formes confondues beaucoup de patients en consomment estime le Dr Curtis. Dans l’une de ses études concernant la drépanocytose, en 2018, 42 % des patients adultes interrogés ont déclaré avoir consommé de la marijuana au cours des deux années précédentes, principalement à des fins «médicales».
Elle a donc décidé de favoriser l’accès légal au cannabis thérapeutique pour limiter au maximum les pratiques illégales chez ses patients, mais elle n’exclut pas que certains puissent cumuler les deux sources d’apport en même temps, augmentant ainsi le risque de toxicité. Elle souligne à quel point la conversation avec les patients concernant leurs habitudes est importante,


c) Le manque de transparence quant à la formulation de certains produits commercialisés. Le Pr Halpern ne prescrit pas de dérivés du cannabis à ses patients.

Elle estime que leur développement industriel n’est pas assez réglementé et que le produit fini fourni est en fait parfois mal connu.
Dans tous les cas la conduite d’essais thérapeutiques est rendue difficile par la complexité de la législation mais aussi parce que les patients, doivent s’engager à renoncer à toute consommation personnelle et étrangère de cannabis pour s’assurer que les résultats de l’étude sont valides.


De fait, les auteurs des études citées ici sont réservés quant aux bénéfices potentiels. Les études observationnelles auxquelles le Dr Curtis a participé concernant la drépanocytose indiquent que les patients qui ont eu du cannabis médical pour traiter leurs symptômes ont signalé une amélioration de la douleur, de l’appétit, et une diminution de l’anxiété avec, pour les formes les moins sévères de la maladie, moins de recours à des consultations médicales.

Mais elle souligne que ces résultats ne sont pas aussi solides que s’ils avaient été issus d’un essai contrôlé randomisé. Le Pr Abrams, lui, a participé à un essai croisé randomisé comparant du cannabis vaporisé (THC et CBD associé) à un produit vaporisé placebo dans la drépanocytose.
Parmi les 23 patients qui ont terminé les deux volets de traitement, les chercheurs n’ont constaté aucune différence significative dans les niveaux de douleur autodéclarés ou les symptômes liés à la maladie.


Le cannabis (CBD et THC) a aussi été proposé pour traiter la réaction du greffon contre l’hôte lors de greffe, notamment de cellules souches hématopoïétiques. Le Pr Shore a participé à une étude qui en a montré l’intérêt. Pour autant, elle préfère ne proposer le cannabis que lorsque les patients ne répondent pas aux autre traitements connus.


Le Dr Hansra, tant en hématologie qu’en cancérologie, note un intérêt dans sa pratique courante pour le dronabinol avec amélioration importante de l’appétit, des niveaux d’anxiété et des mesures de la qualité de vie. Mais il estime lui aussi que les études en cours manquent de qualité.
Par ailleurs les risques potentiels du cannabis et des cannabinoïdes ne sont pas négligeables :

  • Majoration de sentiments de désorientation, d’anxiété, de vomissements ou de nausées et de fatigue à court terme, chez certains patients et non réduction de ces symptômes comme escompté.
  • Majoration de syndrome dépressif : le Pr Franson note que même si à court terme ce symptôme à été objectivement réduit, il peut paradoxalement, se majorer à plus long terme.
  • Infections fongiques locales et pulmonaires :
    Toutes pathologies confondues, une étude observationnelle utilisant les données d’une vaste base de données sur les demandes de règlement d’assurance-maladie a indiqué que les patients qui fumaient du cannabis étaient 3,5 fois plus susceptibles de développer une infection fongique que ceux qui n’en consommaient pas.
  • Les spores fongiques sont apportées par la plante. A fortiori, les patients traités spécifiquement pour des hémopathies malignes (leucémies, syndrome myélodysplasiques …) sont donc particulièrement à risque de développer ces infections fongiques car ils sont immunodéprimés comme le souligne le
    Dr Halpern.
  • Il déconseille donc les formes inhalées ou vaporisées, tout comme le Dr Curtis, même si certains comme le Pr Abrams déclare que ces dernières contrôlent mieux l’apparition, la profondeur et la durée de l’effet thérapeutique.

Enfin, le Dr Hansra déclare que la recherche sur les interactions possibles du cannabis avec la chimiothérapie est limitée et on ne sait pas encore si cela pourrait nuire à son efficacité ou non.

Les formes orales sont en effet métabolisées par le foie.


En conclusion,

Il y a encore de nombreuses et importantes questions sans réponses au sujet du cannabis médical, de son efficacité et des populations de patients qui pourraient en bénéficier en onco-hématologie.

Du tabac dans les joints de cannabis : une réalité ignorée.

Ci dessous , la traduction de ce texte

Publié en 2015 par le Centre Européen de Traitement des Données de Consommation de Drogues et Dépendance


Traduction de Background


Contexte 
L’analyse des données recueillies pour l’ensemble des populations de l’UE montrent que :

a) le cannabis y est la drogue la plus consommée : 14,6 millions d’européens de 15-34 ans dont 8,8 millions de 125-24 ans ;

b) 1% des adultes en consomme quotidiennement ;

c) le cannabis est la drogue la plus fréquemment à l’origine de demande de traitement pour dépendance (addiction).

Traduction de The European smoking pattern


Consommation du cannabis : un mode propre à Europe
Alors qu’en dehors de l’Europe le cannabis « pur », sans substance ajoutée, est le mode courant de consommation, le consommateur européen fume un mélange de cannabis (sous forme de plante ou de résine) et de tabac, ce dernier facilitant la combustion,

Ce fait semble ignoré des épidémiologistes, chercheurs et autres professionnels du traitement des données en Europe puisque la grande majorité de leurs questionnaires de surveillance de consommation portent sur la prise de cannabis ou sur celle de tabac et non sur leur usage mixte.

Les données européennes recensant leur usage associé sont donc très limitées et par conséquent leur valeur informative n’est pas significative.

Traduction de Implications for research and interventions


Implications pour la recherche et ses applications pratiques
Négliger le co-usage cannabis-tabac n’est pas sans conséquences en termes de recherche. En Pharmaco-toxicologie par exemple, l’étude des interactions entre médicaments pris simultanément permet d’identifier par quels mécanismes les propriétés de l’un (activité, toxicité…) peuvent être modifiées par le co-usage de l’autre et d’en tirer les conséquences en thérapeutique.

On dispose bien de quelques études récentes sur la nicotine montrant que le système endocannabinoïde intervient dans l’activation des circuits de récompense, renforcement et motivation, mais en ne prenant pas en compte le mode européen de fumer, les questionnaires d’évaluation ne recueillent pas les données nécessaires pour analyser le rôle de la nicotine dans l’induction et le développement d’une dépendance au cannabis.

La pertinence de l’utilisation de tests psychométriques pour l’évaluation de la dépendance au cannabis chez le fumeur européen pose donc question puisqu’il n’est pas tenu compte de l’effet propre à la nicotine.

Lequel s’ajoute à celui du cannabis (synergie additive ?, potentialisation ?…).
En pratique, la présence de tabac dans l’évolution de la dépendance au cannabis n’est pas prise en compte par les outils d’évaluation européens.
Et même il est clair que tout comportement de dépendance est multifactoriel, y compris dans le cas du cannabis, en pratique il n’est pas d’usage en Europe de conseiller à ses consommateurs d’utiliser des substituts de la nicotine ou de la supprimer.


Conclusion
Les protocoles de surveillance et de dépistage de la dépendance au cannabis doivent être rectifiés en tenant compte de l’association cannabis-nicotine afin de recueillir des données pertinentes pour des applications efficaces chez les consommateurs européens.

Source

Des troubles psychologiques chez les bébés exposés au cannabis durant la grossesse ?

Des troubles psychologiques peuvent naître chez les bébés exposés au cannabis durant la grossesse

© Shutterstock / Valmedia

Une étude parue dans la revue JAMA Pediatrics souligne que les bébés exposés au cannabis pendant la grossesse ont plus de risques de développer des troubles psychologiques durant l’enfance.

Les effets néfastes du cannabis sont désormais connus : problèmes de concentration, dépression, apparition de psychose, maladies respiratoires… Mais sans en consommer directement, les risques existent aussi, y compris pour les bébés qui y sont exposés in utero, alerte une étude parue dans la revue JAMA Pediatrics.

De précédentes études avaient déjà pointé du doigt certaines difficultés pour les enfants qui avaient été en contact avec de la marijuana avant leur naissance, comme des complications du sommeil, des limites au niveau cognitif, ou encore le fait que les bébés naissaient avec des poids plus faibles.

PLUS D’ANXIÉTÉ ET DE DÉPRESSION

Cette fois-ci, les chercheurs américains se sont appuyés sur une étude menée auprès de 12 000 enfants. Objectif ? Evaluer leur développement cognitif et étudier leurs cerveaux. Dans cette étude, les enfants étaient en moyenne âgés de 9 à 10 ans, en 2020.

Deux ans plus tard, alors âgés de 11 à 12 ans, les enfants ont été de nouveau étudiés, du point de vue des pathologies psychologiques. Les chercheurs se sont intéressés aux substances auxquelles ils avaient été exposés in utero, particulièrement le cannabis.

Ils se sont aperçus que certains symptômes pouvaient être corrélés au fait d’avoir été en contact avec cette substance : les enfants en question avaient davantage tendance que les autres à être anxieux et dépressifs.

Par ailleurs, les scientifiques s’inquiètent de voir cette population être plus encline à consommer elle-même à l’âge adolescent.

Source : Association of Mental Health Burden With Prenatal Cannabis Exposure From Childhood to Early Adolescence, JAMA Pediatrics, 12 septembre 2022.

Source

Niveaux historiques d’usage de cannabis et d’autres drogues hallucinogènesaux Etats-Unis

Voilà ce qui nous attend

Pr Jean-Pierre Goullé

Dans une communication récente, le très sérieux National Institute of Drug of Abuse américain (NIDA) tire la sonnette d’alarme 1 . En effet, son alerte concerne la progression constante de l’usage, non seulement de cannabis, mais aussi de toutes les autres drogues hallucinogènes.

Ainsi chez les jeunes adultes âgés de 19 à 30 ans, le NIDA relève que ce sont les niveaux d’usage les plus élevés jamais enregistrés depuis 1988 (début des statistiques), qu’il s’agisse de cannabis, d’autres drogues hallucinogènes ou de vapotage de cannabis.

Par exemple 43% de cette tranche d’âge a consommé du cannabis en 2021.
Cumul de la consommation de cannabis dans le mois et quotidienne (soit au moins à 20 reprises au cours des 30 derniers jours) :

  • 17% en 2011
  • 21% en 2016
  • 29% en 2021
    Consommation quotidienne de cannabis :
  • 6% en 2011
  • 8% en 2016
  • 11% en 2021
    Vapotage de cannabis au cours du mois :
  • 6% en 2017
  • 12% en 2021
    Usage d’autres hallucinogènes au cours de l’année :
  • 3% en 2011
  • 5% en 2016
  • 8% en 2021.


Le vent de légalisation du cannabis qui souffle outre-Atlantique n’est certainement pas étranger à cette flambée de la consommation de toutes les drogues hallucinogènes.

Le même phénomène touche également les 35-50 ans pour lesquels la plus forte prévalence d’usage de cannabis jamais enregistrée est constatée (16% d’usage au cours du mois en 2021).

Voilà ce qui nous attend ! Ce message devrait alerter nos autorités, les élus et responsables politiques, ainsi que les partisans de la légalisation du cannabis, puis de toutes les drogues.


1- Study Finds Historic Levels of Marijuana, Hallucinogen Use Among Young Adults JAMA, 6-09-2022.
Lien: JAMA Health Forum. 2022;3(9):e223737. doi:10.1001/jamahealthforum.2022.3737

Est-ce le lycée actuel ?

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La consommation de cannabis chez les jeunes adultes altère le développement du cerveau

La consommation régulière de cannabis chez les jeunes âgés d’une vingtaine d’années peut causer des dommages permanents pour le cerveau. La légalisation de la drogue dans certaines régions du monde a pu contribuer, à tort, à présenter cette drogue comme inoffensive ou « douce », selon le Dr Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse (NIDA).

Atlantico : Selon de nombreuses études, la consommation de cannabis, même après 20 ans, peut causer des dommages permanents au cerveau. Quels sont les risques et les conséquences concrètes d’une consommation de cannabis pour le développement du cerveau ? Les dommages sont-ils irréversibles ?

Dan Véléa : Cette problématique et cette consommation ont un impact sur le long terme. Les études viennent confirmer cette réalité comme celle de l’association Nord-Américaine « drogue addiction » sur les modifications neuronales à 20 ans. Jusqu’à présent les grandes études que l’on avait n’étaient même pas sérologiques pour le développement neuronal chez les adolescents. Cela soulève une grande question pour la légalisation du cannabis aux Etats-Unis et pour savoir si cela devait rester illégal.

Les études confirment donc que même à l’âge adulte, les risques de consommation de cannabis sont concrets. Cela peut avoir des modifications de type neurologique avec une atteinte au niveau du système nerveux central et du système nerveux périphérique.

Au niveau cérébral, il y a des modifications au niveau des synapses et des transmissions nerveuses. Des modifications sont constatées. Cela peut expliquer les deux grandes pathologies psychiatriques que l’on voit avec le cannabis et notamment le syndrome amotivationnel, une absence totale de motivation. Il s’agit de l’un des effets qui apparaît avec la consommation et sur la modification neuronale.

Le deuxième effet, qui est le plus grave, est l’apparition de tableaux psychiques très graves, des psychoses aiguës avec une installation pour certains d’entre eux de troubles bipolaires.

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Ces dommages sont-ils irréversibles ?

Malheureusement, lorsque l’on constate la baisse de motivation, cela entraîne des tableaux sur le très long terme avec des produits qui restent. Il est possible d’avoir des améliorations en se sevrant.   

Pour les cas extrêmes et avec la psychose, c’est encore plus inquiétant. Certaines personnes peuvent rester avec une psychose de manière chronique, entrer dans la paranoïa et rester dans la schizophrénie avec des troubles bipolaires avérés.   

Dès lors, il ne faut pas considérer le cannabis comme une drogue « douce », comme le disent certains ?

La distinction entre drogue douce et drogue dure est une fumisterie. Ce n’est pas le produit en soi qui peut présenter un danger. Ce n’est pas l’alcool, le cannabis, la cocaïne ou l’héroïne qui sont en cause mais il s’agit du type de rapport que l’individu entretient avec ces stupéfiants et le type de consommation qu’il a. Cela va avoir un impact sur le long terme. Le cannabis d’aujourd’hui est beaucoup plus concentré en THC que certaines drogues consommées dans les années 1960. Cela n’a donc plus du tout le même type d’effet. Le niveau de dépendance au cannabis est similaire à la dépendance à l’héroïne. La distinction entre drogue dure et drogue douce est factice. Cette conception peut être trompeuse.    

Selon le Dr Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse, la légalisation du cannabis dans certains États américains a fait croire à tort à de nombreuses personnes qu’il était sans danger. Aux États-Unis, en 2021, un nombre record de jeunes de 19 à 30 ans consommaient du cannabis et un sur dix admet en consommer tous les jours. Comment expliquer que les consommateurs de cannabis sont toujours plus jeunes et nombreux ? La légalisation de cette drogue y est-elle pour quelque chose ?

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Cette légalisation du cannabis n’intervient pas partout avec des raisons de type médico-sociales mais souvent pour des raisons économiques.  Le Maryland connaissait une situation économique un peu défaillante par exemple. Certains Etats américains ont pu profiter des taxes imposées sur le cannabis dans les coffee shop et les magasins spécialisés pour sauver leur économie. Il s’agissait d’un but strictement économique.

Maintenir le produit dans l’illégalité entretient néanmoins le flou sur les mélanges effectués et sur le taux de concentration en THC. Un encadrement « médical » et des mesures de prévention devraient accompagner les politiques de légalisation, notamment en fonction des âges.

Il y a bien un lien entre la légalisation du cannabis et sa consommation chez les jeunes.    

La majorité des gens ont un usage « récréatif » du cannabis mais il ne faut pas voir à travers cela le fait que ce produit soit « doux » ou minimiser les risques.

Tout va dépendre de l’usage qui va être fait du cannabis par la personne et quel type de concentration en THC sera consommé.

Ce sont des produits potentiellement très addictifs et dangereux. Il est important de savoir que les risques sont importants  

Si le cannabis récréatif était légalisé en France, faudrait il s’attendre à un phénomène similaire ?

Il faut s’attendre à un débordement. La société européenne est propice aux excès. Avec la levée de cette barrière, personne ne va se gêner, la tentation de se livrer à des excès sera grande.

Cela risque d’aboutir à la même situation, d’un point de vue de santé publique, qu’avec l’alcool.

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Certaines personnes qui plaident pour la légalisation ont un usage « récréatif » du cannabis et sont capables de se sevrer et de ne pas consommer.  Il ne faut pas les écouter.

Dans 25 à 30 ans, pourrions-nous avoir de nouveaux individus dans le système de santé qui arriveraient avec de nouveaux traumatismes avec cette légalisation ?

Si le cannabis était légalisé demain, d’ici cinq ans nous aurions de graves problématiques liées au cannabis. Les produits stupéfiants font aussi des dégâts à long terme.   

Mais la légalisation du cannabis va entraîner des dégâts immédiats.

Si cette légalisation se fait de manière idéologique et politique, les jeunes seront les premières victimes et seront exposés à n’importe quoi.

Si l’on se penche sur le modèle hollandais, ils ont déployé des campagnes de prévention et ont eu recours à l’éducation, une législation très dure a aussi été instaurée, notamment sur les amendes. La consommation ne peut se faire que dans des endroits spécifiques. Ces décisions ont été appliquées après les dérives liées à la consommation de drogue dans les années 1970 sans mesures de précaution. Un cadre légal a donc été décidé avec l’organisation via les coffee shop.

Si l’on applique le même modèle en France, cela va entraîner des débordements dignes de la situation en Espagne. Il faut donc être extrêmement vigilant et encadrer un maximum ce processus avec un cadre très strict et des investissements, ainsi qu’un effort particulier sur l’éducation par rapport à la prévention.   

SOURCE

Quand la consommation chronique de cannabis provoque des vomissements à répétition

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Un syndrome de plus en plus rapporté chez les consommateurs chroniques de cannabis commence à prendre des proportions épidémiques, rapportent des pharmacologues réunis au sein du réseau français d’addictovigilance. Le syndrome d’hyperémèse cannabique, caractérisé par des épisodes répétés de nausées et vomissements, fait l’objet d’une étude à paraître le 1er janvier 2018 dans la revue Drug and Alcool Dependance.

Ce syndrome a été initialement décrit en Australie en 2004. En France, les premiers cas n’ont été rapportés qu’en 2013. Le nombre de cas a régulièrement augmenté depuis 2015, jusqu’à atteindre aujourd’hui 29 notifications, indiquent les membres du réseau français d’addictovigilance.

Le syndrome d’hyperémèse cannabique (SHC), également appelé syndrome cannabinoïde, progresse en trois phases. La première débute par des signes avant-coureurs, comportant des nausées matinales, une peur de vomir et un inconfort abdominal. Ces symptômes cycliques évoluent pendant plusieurs semaines ou mois.

La deuxième phase est caractérisée par des épisodes de vomissements incoercibles, accompagnés de nausées intenses, persistantes, invalidantes, ainsi que de fortes douleurs abdominales. Dans certains cas, les vomissements incontrôlables peuvent entraîner une déshydratation sévère. Ces crises douloureuses durent généralement moins d’une semaine.

Prise compulsive de douches chaudes

Les symptômes ont l’étonnante particularité d’être temporairement soulagés par la prise compulsive de douches chaudes ou de bains chauds, voire très chauds. Cet effet bénéfique est un élément clé du diagnostic de SHC.

Il se produit ensuite une phase de récupération qui correspond à la disparition des symptômes qui débute après l’arrêt de prise du cannabis. Elle est complète le plus souvent en 24 à 48 heures.

Le profil des patients français ayant présenté un syndrome d’hyperémèse cannabique a été comparé à ceux rapportés à ce jour dans la littérature internationale. L’âge moyen des patients français est de 25 ans (contre 30 ans pour les 113 cas déjà décrits). Par ailleurs, en France, les patients atteints de ce syndrome diffèrent significativement de ceux publiés dans la littérature par leur consommation plus importante d’autres substances psychoactives (41,4 % contre 22,1 %), de même que par un usage plus fréquent à des fins récréatives (17,2 % contre 3,7 %). Ceci pourrait traduire une fréquence plus élevée de troubles anxieux parmi les patients français souffrant du syndrome d’hyperémèse cannabique (SHC).

Par ailleurs, le centre d’addictovigilance de l’Hôpital Fernand Widal (Paris) et l’équipe d’addictologie hospitalière de liaison et de soins (ELSA) de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière ont fait état en décembre 2017 dans le Journal of Clinical Psychopharmacology de 19 cas de SHC enregistrés en Ile-de-France entre 2012 et 2016 chez des patients âgés de 20 à 48 ans.

Un syndrome peu connu des médecins

Le diagnostic du SHC repose uniquement sur les symptômes cliniques du patient. Il ne dépend pas d’examens complémentaires. Il doit être évoqué aux urgences chez tout adulte jeune ou adolescent présentant des vomissements incoercibles. Le médecin doit alors l’interroger sur une consommation chronique de cannabis, critère indispensable au diagnostic. L’intensité des douleurs abdominales est telle que ces patients sont fréquemment hospitalisés en urgence. Les explorations par scanner abdomino-pelvien et par endoscopie digestive haute (observation de l’intérieur de l’œsophage, de l’estomac et du duodénum) sont normales. La reconnaissance de ce syndrome éviterait donc les examens d’imagerie inutiles (scanner) et invasives (endoscopie digestive).

Les auteurs notent cependant que le SHC reste peu connu des professionnels de santé, probablement du fait d’une sous-notification significative. Cependant, on compte 29 cas pour 113 décrits dans la littérature. Selon eux,  ces chiffres illustrent la possibilité de l’émergence en France d’une « épidémie » de ce syndrome.

La survenue de SHC ne dépend pas de la consommation quotidienne de grandes quantités de cannabis. Le délai entre la consommation chronique de cannabis et la survenue des vomissements répétés est variable. Une étude a montré que 44 % des patients souffrant d’un SHC avaient présenté des symptômes un à cinq ans après le début de leur consommation de cannabis et 32 % au cours de la première année. Parmi eux, 59 % en consommaient quotidiennement, d’autres uniquement le week-end. Des facteurs individuels sont donc probablement impliqués dans la survenue de ce syndrome.

On recense dans la littérature le cas d’un individu avec SHC qui n’était pas un fumeur de cannabis mais un consommateur de cannabinoïdes de synthèse, de nouvelles substances psychoactives encore appelées spices.

Paradoxe temporel

Comment expliquer que le cannabis, plante ancestrale consommée depuis des millénaires, puisse entrainer un nouveau syndrome ? Les usagers de cette drogue ont-ils modifié leurs habitudes de consommation ? Fument-ils plus qu’auparavant ? Il est probable que l’émergence du SHC tienne plus au fait que les teneurs en delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), principe actif du cannabis, présent dans l’herbe ou la résine, ont régulièrement augmenté, passant d’environ 9 % en 2000 à 17,4 % en 2013, avec des valeurs pouvant atteindre 40 %. De plus, le cannabis « haut dosage » (Cannabis indica) a progressivement supplanté les plants traditionnels de Cannabis sativa à faible teneur en THC, indiquent les auteurs. D’où l’hypothèse que l’augmentation des teneurs en THC a pu contribuer de façon significative à l’émergence du syndrome d’hyperémèse cannabique, le THC s’accumulant plus rapidement et à de plus fortes concentrations dans le cerveau.

Effet paradoxal

On sait que le cannabis est utilisé à des fins médicales pour son effet bénéfique sur les nausées induites par la chimiothérapie. Dès lors, comment expliquer qu’il puisse provoquer des vomissements incontrôlables ? Comment se fait-il que des consommateurs ressentent des nausées alors que le cannabis, de par ses effets anti-émétiques, devrait les soulager de ces symptômes ?

Pour comprendre, il faut savoir que les récepteurs cannabinoïdes CB1 (sur lesquels agit le THC) sont principalement présents dans le système nerveux central et périphérique, y compris le système nerveux entérique (faisant partie du système nerveux autonome contrôlant l’appareil digestif). Ces récepteurs sont impliqués dans la réduction de la sensation de nausée et dans la régulation de la température corporelle (thermorégulation). La sur-stimulation des récepteurs CB1 du système nerveux entérique pourrait provoquer un effet émétique qui surpasserait l’activité antiémétique au niveau du système nerveux central. Si tel est le cas, des teneurs élevées de THC, en dépassant un seuil propre à un individu donné, pourraient déclencher l’apparition des symptômes. De fait, des chercheurs ont émis l’hypothèse que des variations génétiques sur certains enzymes hépatiques pourraient influencer la survenue du SHC. Un métabolisme trop rapide du cannabis entraînerait une surproduction et une accumulation de dérivés du cannabis (métabolites), favorisant les vomissements.

Le SHC, sujet de santé publique

Les membres du réseau d’addictovigilance font remarquer que le cannabis est le produit psychoactif illicite le plus consommé en France. On compte environ 17 millions de consommateurs dans la population âgée de 11 à 64 ans. Parmi eux, 1,4 million fument du cannabis au moins dix fois par mois. Par ailleurs, 700 000 individus se déclarent usagers quotidiens de cannabis. La consommation actuelle concerne surtout les plus jeunes et les hommes (28 % des 18-25 ans, 35 % des hommes et 21 % des femmes de cette tranche d’âge).

Les auteurs concluent qu’« avec l’usage de plus en plus répandu du cannabis à des fins médicales et récréatives, les autorités sanitaires doivent être alertées sur cette question de santé publique et diffuser des messages d’avertissement concernant l’existence de ce syndrome, à la fois en direction des professionnels de santé et de la population générale ».

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