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avril 2016

Cannabis et grossesse : les futurs nourrissons trinquent

En France, les femmes enceintes sont de plus en plus nombreuses à fumer du cannabis.  Or au cours de la grossesse cette substance psychotrope exposerait les enfants à naître à de nombreuses complications comme un faible poids de naissance. Une fragilité nécessitant des soins intensifs au cours des premiers jours de vie. 

 Les conséquences du cannabis chez la femme enceinte et l’enfant à naître ont fait l’objet d’une méta-analyse menée par une équipe de scientifiques américains.
L’équipe du Dr Cara Christ duDepartment of Health Services de Phoenix dans l’Arizona s’est intéressée à 24 études réalisées sur ce sujet.

Les données concernant une éventuelle anémie de la future mère, un faible poids de naissance, la taille du nouveau-né, les besoins de soins intensifs, la circonférence crânienne ont été collectées dans l’ensemble des études.

Les femmes adeptes du cannabis pendant leurs grossesses présentaient 36% de risque en plus de souffrir d’une anémie. Quant aux nouveau-nés intoxiqués par la substance pendant leur vie fœtale, ils étaient exposés à un faible poids de naissance.

Les scientifiques tiennent à nuancer leurs résultats. « Il s’agit d’études observationnelles qui ne nous permettent pas de tirer des conclusions définitives sur le sujet. Toutefois, les données dont nous disposons montrent clairement que l’exposition in-utéro au cannabis est délétère ».

Valls : La consommation du cannabis, un « interdit » (Libération)

Manuel Valls revient enfin sur la proposition de Jean-Marie Le Guen, qui a relancé le débat de la légalisation du cannabis lundi.

Le Premier ministre explique que la position du secrétaire d’Etat est « personnelle. » « J’ai la conviction, comme le président de la République, que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un« , a souligné Manuel Valls.

CANNABIS: Il enfume aussi la spermatogenèse (santelog.com)

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Au cœur de cette étude italienne, un récepteur cannabinoïde, appelé « CB2, » qui en fait, contribue aussi à réguler la production de sperme. Les chercheurs montrent ici que l’exposition au cannabis peut affecter la chromatine du sperme et avoir un impact sur la fertilité, le développement de l’embryon et la santé des enfants. En décryptant le processus en cause, dans le FASEB Journal (Revue de la Federation of American Societies for Experimental Biology), cette équipe apporte non seulement des preuves supplémentaires du rôle perturbateur du cannabis sur la fertilité des hommes, mais suggère aussi une nouvelle stratégie thérapeutique pour le traitement de l’infertilité masculine.

On sait que les effets pharmacologiques du cannabidiol, l’un des composés actifs du cannabis, sont médiés par des récepteurs cannabinoïdes de type I et II (CB1 et CB2), fortement exprimés dans l’hippocampe et d’autres zones du système nerveux central (SNC). On ne savait pas, avant cette étude que les cannabinoïdes pouvaient avoir un impact sur la spermatogenèse.

Avec l’objectif de développer de nouveaux traitements contre l’infertilité masculine, dont la prévalence est tout de même estimée à près de 15% des couples, les chercheurs de l’Université de Rome ont mené une étude sur 3 groupes de souris soumis à différents traitements sur 14 à 21 jours :

–         Traitement par activateur spécifique du récepteur CB2.

–         Traitement par inhibiteur spécifique du récepteur CB2.

–         Placebo.

Le groupe traité avec l’activateur CB2 présente une accélération de la spermatogenèse, tandis que le groupe traité avec l’inhibiteur montre un processus très ralenti. Ce qui suggère la nécessité d’un équilibre l’activation du CB2 pour un bon déroulement de la spermatogenèse. Or, il serait possible de réguler cet équilibre, via un agoniste des cannabinoïdes…

Bref l’étude montre que le déséquilibre de cette voie cannabinoïde via l’usage de cannabis peut en effet réduire la fertilité chez l’homme, mais suggère une nouvelle piste prometteuse pour la traiter.

Source: The FASEB Journal April 2016 doi:10.1096/fj.15-279034 Type 2 cannabinoid receptor contributes to the physiological regulation of spermatogenesis

 

Les infractions liées aux stupéfiants ont explosé depuis 1990

Paris, le vendredi 8 avril 2016 – L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) vient de publier une étude sur les « infractions à la législation sur les stupéfiants » (ILS). Bien que s’intéressant tout à la fois aux infractions pour « usage simple », « usage revente », «trafic local » et « trafic international », ce rapport permet cependant de voir confirmées certaines tendances concernant la consommation de drogues dans notre pays.

Explosion du cannabis, reprise à la hausse de l’héroïne, progression de la cocaïne

L’explosion du cannabis est ainsi rappelée : le nombre « d’affaires d’usage simple liées au cannabis » a été « multiplié par deux entre 1990 et 1995 ». Néanmoins, un ralentissement apparaît depuis quelques années. Les interpellations concernant l’héroïne connaissent pour leur part une courbe inverse : après avoir connu une forte baisse dans les années 90, le nombre d’affaires liées à ce produit « repart (…) à la hausse depuis le début des années 2000 ». La cocaïne est pour sa part également de plus en plus fréquemment retrouvée dans les affaires d’usage simple : on comptait 1 700 affaires à la fin des années 2000, contre moins de 400 au début des années 1990. Néanmoins, plus souvent consommée dans la sphère privée que le cannabis et l’héroïne qu’il n’est pas rare de repérer sur la voie publique, la cocaïne est plus fréquemment retrouvée dans les affaires de trafic. Autre indice concernant la consommation, mis en évidence par l’analyse des affaires d’usage simple, les drogues de synthèse, même si elles restent marginales, « ont néanmoins connu une expansion au début des années 2000 » : elles ont été retrouvées dans 900 affaires en 2000 contre quelques dizaines au début des années 90. On retiendra par ailleurs que les consommateurs interpellés sont majoritairement des hommes (93 % des cas), ce qui s’explique sans doute par une plus grande fréquence de consommation, mais probablement également par des habitudes différentes (les femmes sont sans doute moins enclines à un usage sur la voie publique). Le rapport indique encore que 15 % des interpellés pour usage simple sont mineurs.

La lutte contre les trafics pas forcément dopée

D’une manière générale, entre 1990 et 2010 « le nombre d’affaires liées à une infraction à la législation sur les stupéfiants a été multiplié par près de six ». Cette progression est le reflet non seulement de la progression de la consommation, mais aussi de la «mobilisation des services de polices ». Doit-on donc se féliciter et y voir une lutte plus efficace contre la drogue ? Pas si sûr. En réalité, l’augmentation constatée est en grande partie liée aux interpellations pour usage simple. « La répression du trafic est devenue très compliquée car elle nécessite des enquêtes longues, internationales, avec des moyens technologiques comme les écoutes qui sont difficiles à mettre en place » observe Christophe Rouget, du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure, cité par la Croix.

Des peines rarement prononcées, mais un traitement chronophage

Face à cette situation, les spécialistes seraient-ils favorables à une dépénalisation de la consommation du cannabis (retrouvé dans neuf affaires d’usage simple sur dix), ce qui permettrait éventuellement de se concentrer davantage sur la lutte contre le trafic, alors que le traitement des affaires d’usage simple est très « chronophage » ? Christophe Rouget n’est pas favorable à une complète légalisation, mais serait favorable à une «contraventionnalisation » pour des raisons pratiques. « C’est une question de pragmatisme : il serait beaucoup plus efficace vis-à-vis du consommateur, comme pour le policier, de faire payer une grosse amende tout de suite, plutôt que de renvoyer à un hypothétique procès ». De son côté, interrogé par le Parisien, le chef de l’ONDRP, Christophe Soullez abonde lui aussi dans ce sens. Soulignons cependant que si l’usage illicite est en théorie passible d’un an de prison et de 3 700 euros d’amende, les peines d’emprisonnement sont rarement prononcées. « La loi prévoit également une alternative aux poursuites et précise que la prise en charge sanitaire et sociale doit prévaloir sur la sanction pénale. Ces dispositions ont été renforcées par la mise en œuvre successive de différentes circulaires visant à privilégier l’injonction de soins ou les mesures alternatives mais également à graduer la réponse pénale au regard de la situation individuelle de l’usager » rappelle le rapport.

Aurélie Haroche 

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« L’interdiction du cannabis est l’élément principal de la prévention », plaide Philippe Goujon

Cliquez sur la photo pour écouter le député sur RTL

16-04-04 Ph GoujonAprès un énième règlement de compte lié au trafic de marijuana qui a fait trois morts à Marseille samedi 2 avril et un ce lundi 4 avril, le député socialiste de Marseille Patrick Mennucci a réclamé la légalisation du cannabis. Une proposition à laquelle Philippe Goujon est complètement opposé. Pour le député-maire Les Républicains du XVe arrondissement de Paris, légaliser n’aidera pas à endiguer le commerce. Il est clairement opposé à l’ouverture de ce débat : « C’est complètement illusoire de penser dans ce sens, nous avons 6 millions de consommateurs en France! »

Le parlementaire préfère pointer les défaillances des services concernés : « Ce n’est pas parce que la Police et la Justice sont en échec à Marseille qu »il faut faire et dire n’importe quoi ! » Pour lui, prévention et interdiction vont de paire : « Si nous avons pu contenir le trafic en France c’est parce que notre pays est basé sur l’interdiction, c’est l’élément principal de la prévention. »

Ce n’est pas parce que la Police et la Justice sont en échec à Marseille qu’il faut faire et dire n’importe quoi ! Philippe Goujon

La France est pourtant le plus gros consommateur d’Europe. « Si nous enlevons aux mafias la résine de cannabis, elles s’attaqueront à d’autres drogues plus dures encore comme la cocaïne ou l’héroïne » croit savoir Philippe Goujon. Pour appuyer son propos, le député-maire donne un exemple : « les cigarettes sont en vente libre et pourtant il existe un commerce parallèle. » « L’interdit est indispensable » reprend t-il, fustigeant au passage la promesse électorale du Premier ministre canadien Justin Trudeau de légaliser le cannabis au cours de son premier mandat, « il fait fausse route » conclut l’édile.

Votre avis

Pour mieux lutter contre les trafics, faut-il légaliser le cannabis ?

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Coup d’arrêt au trafic de cannabis dans les lycées

Vague d’interpellation chez les trafiquants de cannabis. Huit suspects, âgés de 17 à 25 ans, ont été déférés vendredi au palais de justice de Versailles. Ils sont soupçonnés d’avoir pris part à un réseau de revente de résine de cannabis dans plusieurs lycées des Yvelines, à Villiers-Saint-Frédéric, Trappes, Montigny-le-Bretonneux et Guyancourt, entre novembre et mars derniers.

Prévu vendredi, le procès en comparution immédiate des quatre principaux animateurs du trafic, âgés de 18 à 20 ans, a été renvoyé au 28 avril prochain. Un seul d’entre eux a été incarcéré dans l’attente de ce procès. Les quatre autres suspects ont été convoqués devant la justice à une date ultérieure.

L’affaire avait commencé il y a environ six mois, lorsque des parents d’élèves du lycée Viollet Le Duc de Villiers-Saint-Frédéric ont alerté le proviseur de l’existence de ce trafic. A partir du mois d’octobre, les gendarmes de la brigade de recherche de Rambouillet ont placé trois hommes sous surveillance après avoir découvert qu’ils fournissaient une vingtaine de petits revendeurs. Grâce à leurs filatures et aux écoutes téléphoniques, les militaires se sont rendu compte qu’ils ravitaillaient leurs clients une fois par semaine, à domicile et dans des lycées proches de chez eux.

Mercredi dernier, les gendarmes sont passés à l’action, interpellant les huit suspects à Jouars-Pontchartrain, Villiers-Saint-Frédéric et Trappes. Au total, quarante militaires, assistés de chiens renifleurs, ont pris part aux opérations.

Loin de l’image des petits caïds de cité, ces dealeurs présumés vivent en famille, dans des zones pavillonnaires. « Certains travaillent comme intérimaire, cariste ou sont encore étudiants ou lycéens et ne vivent pas la grande vie. Leur trafic servait surtout à arrondir leur fin de mois » précise une source proche de l’enquête. Durant les perquisitions, les forces de l’ordre ont mis la main sur du cannabis, des petits sachets de conditionnement, des sommes de 100 à 200 €, des couteaux portant des traces de résines, des balances de précision et un carnet de compte.

En plus des huit personnes interpellées, une vingtaine de clients ont été entendus. Lors des auditions, seul un suspect a reconnu les faits.

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Les salles de shoots –  la suite mais pas l’épilogue

Dr CostentinProfesseur Jean Costentin,

Président du centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT)

 

L’arrêté portant sur le fonctionnement des « salles de consommation de drogues à moindre risque », ou « salles de shoots » a été publié au J.O. du vendredi 25 Mars 2016.

Ainsi, les objections, critiques et oppositions exprimées de nombreux côtés à ce projet n’ont pas été entendues. Elles émanaient pourtant : de l’Académie nationale de Médecine, de l’Académie nationale de Pharmacie, du Conseil national de l’Ordre des médecins, d’un important groupe de députés et de sénateurs de l’opposition, d’un collectif d’associations engagées dans la prévention des toxicomanies, auquel participait notre CNPERT, d’une très grande majorité des riverains de la gare du Nord….

L’ajustement vers le bas des politiques publiques sur les toxicomanies, le laxisme, la démagogie, l’idéologie, ont à nouveau prévalu.

Devant nous souvenir du rôle moteur joué dans l’instauration de ces salles de shoots par la ministre de la Santé, madame Marisol Touraine, nous nous appliquerons à maintenir vivace le souvenir de sa responsabilité à cet égard. Cela ne devrait pas la déranger, puisqu’elle l’assume pleinement : « J’ai porté ce projet avec conviction et j’y crois » (interview au journal « Le Parisien » du 26 Mars 2016).

Pourtant, les principaux arguments qui avaient été invoqués par les défenseurs de ce projet, ont été démentis les uns après les autres :

  • La contamination par le virus du SIDA que devait maîtriser la création de ces salles ne résiste pas au constat établissant que la contamination par le VIH n’est plus liée à l’injection des drogues ; l’accès libre et souvent gratuit aux seringues et aiguilles d’une part et l’information bien diffusée sur les dangers du prêt du matériel d’injection d’autre part, font que désormais la contamination VIH est essentiellement due à des relations homo- et hétéro-sexuelles.
  • La nécessité de lieux médicalisés permettant d’intervenir immédiatement pour secourir des surdoses d’opiacés a perdu de sa pertinence depuis que l’on dispose de sprays d’un antagoniste des morphiniques – la naloxone. Ce médicament permet à quiconque de secourir,  sans délai, en tout lieu, un morphinomane victime d’overdose.
  • La création de ces salles de shoots, pour capter des toxicomanes en errance et les orienter vers une prise en charge médicale est dénuée de pertinence en France. Notre pays s’est  en effet doté, de longue date (avec un coût considérable), de structures justement conçues à cette fin :
  • les CAARUD (centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues ; on en comptait 135 en 2010) ;
  • les CSAPA (centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie ; on en dénombre 260) ;
  • les CCAA (centres de cure ambulatoires en alcoologie, qui doivent se fondre avec les CSAPA ; comme il y en a 250, cela fera 510 CSAPA) ;
  • les bus méthadone et autres centres méthadone ;
  • les lits hospitaliers d’addictologie ;
  • les très coûteux traitements de substitution aux opiacés avec : la buprénorphine à haut dosage – Subutex® (scandaleusement détourné, sur une grande échelle, de l’usage qui justifiait sa commercialisation) et la méthadone.
  • citons encore les unités d’hospitalisation spécifiques pour toxicomanes (publiques) avec leurs lits de sevrage, des centres type Croix Rouge….

L’instauration de ces salles de shoots revient à admettre la faillite de ces ruineux dispositifs d’amont. Quand il n’y a jamais assez de moyens et que les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous, il faut toujours se demander si l’on n’en a pas fait trop. Cela devrait inciter la ministre à faire analyser d’une façon minutieuse, par ses services, le cahier des charges, le fonctionnement, les coûts et les résultats de ces dispositifs.

  • Il avait été expliqué que ces salles amélioreraient l’image, l’ambiance du quartier dans lequel elles seraient implantées. Les riverains du quartier de la gare du Nord, dans une « votation citoyenne » ont répondu à cet argument par une opposition frôlant l’unanimité.
  • On ne trouverait plus sur les trottoirs de seringues ni d’aiguilles menaçant les enfants (argument médiatisé très au-delà de la réalité), or ces salles de shoots ne seront ouvertes que durant 4 à 7 heures par jour, ce qui évidemment ne couvrira pas tous les moments auxquels les héroïnomanes ont un besoin irrépressible de s’injecter leur drogue et risquent encore d’abandonner sur la voie publique leur matériel d’injection.
  • Les expériences étrangères de ces salles de shoots ont été abondamment citées. Leur existence même rendait inutile de les refaire en France, quand il eut suffi de les analyser soigneusement. Parer les salles de shoots décidées par la loi du vocable d’« expérimentation », n’est qu’un subterfuge visant à apaiser les réprobations. La durée de 6 ans qui a été retenue pour cette « expérimentation » est délibérément longue, dans le dessein de la rendre irréversible.

Les arguments opposés par les académies et / ou par les associations précitées doivent être rappelées :

Cette mesure démolit, de fait, la loi qui prohibe l’usage des drogues ; loi qui prévoit la possibilité d’injonctions thérapeutiques, qui réprime l’usage ainsi que le commerce des drogues illicites. Cette loi est bafouée par les pouvoirs publiques et la ministre de la santé qui, non seulement autorisent, mais aussi financent ces salles de shoots, abritant des activités qui contreviennent à la loi. Le toxicomane accueilli dans ces salles arrivant avec sa drogue doit se la procurer à l’extérieur ; il semble prévu que la force publique devra fermer les yeux sur ce négoce alentour.

Quel médecin, qui veut rester fidèle au serment d’Hippocrate qu’il a prêté, pourra accepter de contribuer à corrompre les mœurs, par l’envoi de déplorables signaux en direction des toxicophiles qui hésitent à s’engager dans l’impasse des morphiniques, les assurant qu’au bout de ce terrible parcours ils sont attendus dans ces salles de shoots.

Quel médecin, digne de ce titre, pourra s’affranchir de la logique médicale qui exclue de traiter une intoxication par l’administration du produit qui l’a provoquée.

Si un toxicomane, au sortir d’une salle de shoots, ivre de la drogue qu’on vient de l’aider à s’injecter, se livre à quelque exaction, ne pourrait-il retourner sa responsabilité sur les responsables de cette salle qui l’auront aidé à se retrouver dans un état ne lui permettant plus de se contrôler ? Même si la loi dégage le médecin d’éventuelles poursuites, il n’est pas dans sa culture de s’affranchir, au moins moralement, des conséquences de ses actes.

Quel médecin pourrait assister à l’injection d’une drogue de nature incertaine, de concentration inconnue, coupée d’ingrédients non identifiés ; en une solution ni stérile, ni apyrogène. La suite, la ministre ne peut l’ignorer, mais « elle ne nous a pas tout dit ». La présidente de la MILDECA (mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), se préoccupe déjà du développement d’une forme injectable de buprénorphine à haut dosage ; tandis que d’autres inspirateurs de la ministre suggèrent la mise à disposition d’une « héroïne médicale » (pure de qualité, définie en quantité, stérile et apyrogène). Les héroïnomanes, privés des revenus de leurs trafics et de leurs coupages, ne pouvant s’acheter cette héroïne, se la verront offrir (comme déjà la buprénorphine à haut dosage et la méthadone). Ainsi se verra réalisé le vœux suprême de l’héroïnomane : « Ma drogue, quand je veux, de la meilleure qualité, à la dose la plus forte possible, puisque l’on veille autour de moi pour rattraper les effets d’une overdose ; injectée au calme, au chaud, allongé même, sous le regard protecteur du médecin et celui maternel de l’infirmière ; avec une douche (facultative) et une bonne collation »; le chien qui accompagne le toxicomane pourra pendant ce temps être gardé au chenil (et, peut-être, vu de temps à autres par un vétérinaire..). Qui voit dans ces éléments de quoi inciter l’héroïnomane à rompre avec ses démons ?

« Quand on aime on ne compte pas » ; mais, comme nous n’aimons pas du tout cette disposition, nous avons compté et abouti (sur la base d’une salle de shoots par bassins démographiques de 300.000 habitants) à une dépense annuelle de l’ordre de 250 millions d’euros. La Mairie de Paris vient de voter un budget de 850.000 euros pour la seule installation de la salle de shoots au sein de l’hôpital Lariboisière.

Ces chiffres sont à mettre en perspective avec la pauvreté des moyens consacrés à une prévention des toxicomanies, digne de ce nom, dans notre pays qui collectionne des records internationaux en matière de tabagisme, d’alcoolisme, de cannabisme, d’ascension des cocaïniques et amphétaminiques et de morphino-dépendance. A cette dernière sont consacrés aussi les très dispendieux traitements de substitution aux opiacés (T.S.O.) dont le seul prix de la buprénorphine à haut dosage et de la méthadone avoisine, là aussi, près de 200 millions d’euros, pour s’adresser à près de la moitié des 250.000 individus désormais dépendants des morphiniques).

Face à ces aberrations de nos « décideurs », nous allons continuer d’exprimer avec force notre désapprobation de ces salles de shoots. Nous conservons l’espoir de mobiliser des femmes et des hommes politiques courageux, afin de revenir sur cette folie, bien avant les six ans prévus pour cette « expérimentation ». Ne laissons pas s’incruster dans le paysage glauque des toxicomanies cette « expérimentation ». Tant que l’on n’a pas renoncé on n’a pas perdu.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2017, le CNPERT aura à cœur d’interroger les prétendants à la magistrature suprême, sur leurs projets concernant divers aspects des toxicomanies, dont ces « salles de shoots ».

Nous vous restituerons leurs réponses ou leurs silences, afin d’éclairer votre choix et de vous inciter à les faire connaître très largement autour de vous.  

 

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