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Pourquoi la légalisation du cannabis constituerait un drame de santé publique

Pr Jean Costentin

Membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie, contributeur du CERU, le labo d’idées universitaire, le Professeur Costentin, auteur de “Le désastre des toxicomanies en France” (Éditions Docis, 2018), explique en quoi la légalisation du cannabis constituerait un drame de santé publique.

Une course de vitesse se joue entre les tenants de la légalisation du cannabis, pressés de voir commis l’irrémédiable, et ceux qui informés des méfaits de cette drogue, tentent d’alerter les Français sur le drame sanitaire qui en résulterait.

La toxicité du cannabis, tant psychique que physique, a été maintes fois démontrée. Elle n’est d’ailleurs plus contestée dans le milieu médical. Pourtant, de nombreux lobbys favorables à sa légalisation investissent de gros moyens de communication pour faire accroire que cette drogue est un produit anodin. Face à cette propagande offensive, le rôle des médecins doit être de rappeler la véritable nature de cette substance et les dangers qu’elle fait peser sur notre santé.

La toxicité psychique du cannabis, liée à son principal constituant, le THC, a de multiples effets : elle induit une ivresse et provoque des effets désinhibiteurs qui sont la source de nombreux dangers aussi bien pour la conduite automobile que dans diverses activités professionnelles. Il a été démontré également que l’usage de ce toxique perturbait fortement la capacité d’apprendre et donc les activités éducatives ; il favorise la survenue d’anxiété, de troubles dépressifs pouvant inciter au suicide ; il joue un rôle dans l’apparition ou l’aggravation d’une schizophrénie qu’on ne sait guérir. De plus cette…

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Cannabis: des «conséquences importantes sur la santé mentale des ados»

La Dre Gabriella Gobbi est catégorique. « Le cannabis, ce n’est pas une drogue légère », a mentionné la chercheuse en marge d’une présentation faite au congrès de l’ACFAS lors d’un colloque sur les nouvelles perspectives scientifiques et l’importance pour la prévention du suicide.

Les données qu’elle a présentées sont évocatrices, alors qu’environ « 16 000 cas de tentatives de suicide au Canada seraient évités chaque année si les adolescents ne fumaient plus de cannabis ».

Psychiatre à l’Hôpital général de Montréal, la Dre Gobbi observe dans sa propre pratique une hausse des consultations pour des problèmes de santé mentale chez de jeunes consommateurs de cannabis.

Elle a notamment évoqué le cas d’un jeune Français, fils de deux médecins, qui avait consommé du cannabis une fois avant d’arriver au Canada pour ses études, lorsqu’il avait 19 ans.

Mais « pendant une période de stress et d’insomnie, ses amis lui offrent du cannabis », a relaté la Dre Gobbi. À 22 ans, sa copine l’amène à l’urgence. Il est en dépression sévère et a des idées suicidaires.

La Dre Gobbi souligne que le cas de cet étudiant illustre « le risque du groupe ». « Quand il habitait avec ses parents, il n’avait pas vraiment consommé, […] mais avec les pairs, quand tous tes amis consomment, tu consommes aussi, explique-t-elle.

Selon des données de 2013, l’âge moyen de la première consommation de cannabis se situait à 15,1 ans au Canada et à 13,5 ans au Québec.

La prévention devrait donc commencer à la préadolescence, entre 11 et 13 ans, croit la Dre Gobbi. «Les études sont très claires et disent que quand les parents sont très informés des conséquences du cannabis sur la santé mentale, c’est là que la prévention est la plus efficace, expose-t-elle. C’est donc très important que les parents soient bien informés que le cannabis n’est pas une drogue légère, que ce n’est pas une drogue récréative.»

Les conséquences sur le cerveau peuvent se faire sentir à l’adolescence, mais aussi «plus tard dans la vie», souligne par ailleurs la psychiatre. Les jeunes adultes sont «encore à risque entre 18 et 21 ans», dit-elle, alors qu’on observe une «augmentation exponentielle» de la consommation de cannabis dans cette petite tranche d’âge.

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Google Play Store arrête les livraisons de cannabis

Google Play Store arrête les livraisons de cannabis

Le roi des Gafa va bannir les applications qui vendent ou conseillent les potentiels consommateurs de marijuana.

À contre-courant d’une vague mondiale de légalisation du cannabis, récréatif ou thérapeutique, Google déclare la guerre à cette substance polémique. C’est contre l’achat de cannabis via Google Play Store, grand magasin virtuel d’applications sur mobile, que le géant américain entend lutter. Il a suffi d’une mise à jour, mercredi, de la politique de cette plateforme. Le roi des Gafa va en bannir, d’ici un mois, les applications, nombreuses, qui vendent ou conseillent le potentiel consommateur de marijuana ou de produits en contenant pour qu’il se fasse livrer.

Google n’a pas fait les choses à moitié: même les résidents d’États ayant légalisé cette drogue ne pourront, en effet, se soustraire à sa décision.

Google emboîte ainsi le pas d’Apple, dont l’Apple Store interdit déjà les applis qui facilitent la vente de marijuana, mais aussi de tabac ou substances contrôlées.

En riposte à ce durcissement de Google, le porte-parole d’une des applications incriminées (Eaze) a évoqué le risque que ces décisions «aident uniquement le marché illégal à prospérer». Google précise que les applications visées peuvent s’adapter à ses nouvelles règles, en évoquant le cannabis, par exemple, mais sans vente intégrée. Déterminé à séduire les plus jeunes, le groupe ne peut en outre se permettre de sembler promouvoir drogues et violences. D’autant qu’il a, encore tout récemment, été taclé après la découverte de contenus violents inappropriés dans des jeux pourtant destinés aux enfants.

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Effets épigénétiques du cannabis : Si importants qu’il faut les connaître

Par le Pr. Jean Costentin (1)

Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)

Une course de vitesse se joue entre les tenants de la légalisation du cannabis, pressés de commettre l’irrémédiable, et ceux qui, informés des méfaits de cette drogue, expliquent pourquoi sa légalisation serait un drame sanitaire, une mise en danger de notre société et de la vie d’autrui.

Les manifestations de sa toxicité psychique liées à son principal constituant, le THC,  consistent en une ivresse, source de dangers pour la conduite automobile et diverses activités professionnelles ; en des effets désinhibiteurs suscitant des prises de risques ; en une perturbation de la capacité d’apprendre et, partant, des activités éducatives ; en la survenue d’anxiété, de troubles dépressifs pouvant inciter au suicide ; en l’apparition ou l’aggravation d’une schizophrénie (la folie dans le langage commun) qu’on ne sait guérir ; en une dépendance / addiction dont on ne sait débarrasser ses victimes ; en une escalade vers d’autres drogues…

Sa toxicité physique est d’ordre cardio-vasculaire, avec des artérites, des accidents vasculaires cérébraux, c’est la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde. Il a des effets cancérogènes sur les sphères ORL, broncho-pulmonaire, ainsi que pour les testicules. Il  diminue les défenses immunitaires. Il perturbe le déroulement de la grossesse, affecte le développement de l’enfant qui en naîtra ; il manifestera, à l’adolescence, une vive appétence pour les drogues.

De fait, à l’adolescence, les enfants dont les parents consommaient du cannabis, sont plus vulnérables aux toxicomanies. On pensait, assez logiquement, que c’était la conséquence du mauvais exemple donné par les parents, de leur permissivité, d’un accès plus facile aux drogues… Depuis  quelques années une autre explication s’est ajoutée, en relation avec effets épigénétiques du THC. Leur importance justifie les explications suivantes.

Nos caractères exprimés (phénotype) sont déterminés par notre programme génétique (génotype), dont le support est l’ADN (acide désoxyribonucléique). Cet ADN est le constituant majeur, mais non exclusif de nos gènes (portés par les chromosomes présents dans le noyau de chacune de nos cellules). A chacun de ces gènes correspond un de nos caractères. Des mutations (spontanées ou provoquées) de notre ADN, sont transmissibles à notre descendance ; elles peuvent modifier les caractères exprimés.

Il existe d’autres types de modifications, dites épigénétiques, qui affectent non pas l’ADN lui même, mais des éléments associés à son enveloppe, à sa chromatine, qui est telle une gaine associée à ces gènes. Ce type de modifications peut influer sur l’intensité d’expression des gènes ; conduisant à des modifications non pas qualitatives mais quantitatives de certains caractères. Diverses substances, dont le THC, produisent des modifications épigénétiques, qui affectent des éléments de l’enveloppe des gènes (les histones de la chromatine),  et modifient, ce faisant, leur expression.

Les chercheurs de l’équipe de Y. Hurd  (Mont Sinaï Addiction Institute, de New York) ont étudié les effets épigénétiques du THC. Ils ont montré qu’il provoquait (entre autres modifications) la méthylation d’histones associées au gène codant le récepteur D2 de la dopamine, avec pour effet d’en diminuer l’expression.

Les enfants issus de parents ayant consommé du cannabis avant leur procréation, présentent une raréfaction de ces récepteurs D2, dans une structure cérébrale – le noyau accumbens. Comme à la stimulation de ces récepteurs est associée la perception du plaisir (dont chacun de nous a un impérieux besoin), ces individus, aux récepteurs D2 raréfiés, pour éprouver du plaisir, doivent les confronter à une plus grande concentration de la dopamine, que libèrent les neurones dopaminergiques de ce noyau accumbens. Ils recourent pour ce faire aux drogues, à n’importe quelles drogues (c’est leur caractéristique d’action neurobiologique) afin qu’elles instaurent une haute concentration de dopamine (« l’amine du plaisir »)2.

Ainsi, les individus en âge de procréer qui consomment du cannabis, exposent leurs gamètes (spermatozoïdes, ovules) aux effets épigénétiques du THC. Ils pourront conférer à leur progéniture, une sous expression des récepteurs D2 accumbiques avec, pour corollaire, une plus vive appétence pour les drogues.

En conclusion, un libre accès au cannabis des individus en âge de procréer, fera de leurs enfants des toxicomanes. Les « décideurs » doivent bien se pénétrer de ces conséquences. Tout doit être fait pour qu’ils le sachent et ne puissent ultérieurement s’abriter derrière le fait qu’ils ne savaient pas. Passant outre à ces données ils deviendraient responsables, non seulement de la mise en danger de la vie d’autrui, car le cannabis peut tuer, mais aussi d’avoir corrompu les enfants de ses consommateurs.

1« Le désastre des toxicomanies en France » J. Costentin Ed. Docis 2018

2« La dopamine dans tous ses états » J. Costentin Ed. Docis 2017    

Drogue : ce qu’une étude mondiale nous apprend de la consommation des Français

La cocaïne, produite en Amérique du Sud, est vendue en Europe autour de 70 euros le gramme (illustration). LP/Olivier Arandel
Plus de 120 000 personnes, dans 35 pays, ont participé à l’unique enquête internationale sur les drogues. Cannabis, MDMA et cocaïne sont en tête des produits consommés.
En matière de drogues, les possibilités semblent infinies. L’organisation « Global drug survey » vient de publier une grande enquête sur leur consommation. Depuis 2011, GDS, en s’appuyant sur des référents scientifiques de différents pays, réalise l’unique sondage international sur les drogues et l’attitude des consommateurs.

Les résultats 2019 ont été obtenus en recueillant les déclarations de 123 814 personnes, vivant dans 35 pays dont la France, pendant tout le mois de décembre 2018 via des questionnaires en ligne.

Les auteurs de l’étude précisent bien qu’ils ne travaillent pas selon un échantillonnage représentatif de la population des consommateurs de drogues pays par pays. Ce qui explique que 35 000 personnes aient répondu en Allemagne, trois fois plus qu’aux Etats-Unis qui arrivent pourtant deuxième. En France, 3 185 personnes ont complété le questionnaire relayé par des associations comme la Fédération addiction.

70 euros le gramme en France

Après le cannabis et la MDMA, la cocaïne est la substance illicite la plus consommée dans le monde. En Colombie, pays producteur, un gramme coûte 3,80 euros. La France est le dixième pays le plus cher, à 70 euros le gramme, un prix stable depuis plusieurs années. La marchandise produite en Amérique du Sud arrive sur les marchés occidentaux de plus en plus pure, ce qui peut, notent les auteurs de l’étude, accroître les risques pour la santé ainsi que le niveau de dépendance.

Sur les 123 814 personnes interrogées, seules 0,3 % consomme presque chaque jour (plus de 301 jours par an). Ce sont les Écossais qui en prennent le plus souvent : douze fois dans l’année, deux fois plus que la moyenne. Viennent ensuite le Canada, le Brésil, l’Italie, le Portugal et le Danemark (10 fois dans l’année). Les consommateurs français sont, avec huit prises de cocaïne dans l’année, dans une pratique dite « festive » de la drogue.

Une récente enquête de notre journal montrait que, soumis à l’action des douanes et de la police, et face à la concurrence d’internet, les dealers avaient modifié leurs habitudes de travail. Le « four » à l’ancienne, point de deal en banlieue où les clients viennent se fournir le plus discrètement possible, est de moins en moins la norme. L’étude GDS le montre : l’an dernier, plus des deux tiers des Français consommateurs ont été livrés dans la journée. Et pour 30 % d’entre eux, c’était même dans la demi-heure, preuve qu’un service de livraisons « à la demande » se normalise.

Cannabis : tombola, pub et livraison à domicile, les nouvelles méthodes des dealers

L’étude estime qu’en dehors de leur penchant pour une drogue interdite, les consommateurs sont des citoyens respectueux des lois. Ils ont pourtant bien conscience de soutenir des organisations mafieuses.

Pour cette raison, ou pour éviter des pépins de santé, seuls 42 % des consommateurs français ont envie de prendre moins de cocaïne cette année. Un résultat dans la moyenne (41,5 %), quoique bien loin de l’Italie où 64,6 % des habitués veulent lever le pied. Mais un monde comparé aux 80 % de Finlandais qui n’ont pas du tout envie de prendre moins.

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Canada : Multiplication des intoxications au cannabis chez les enfants

Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain.

Le nombre de mineurs se retrouvant à l’hôpital après avoir fait une intoxication au cannabis a considérablement augmenté depuis la légalisation de cette drogue au Canada l’automne dernier.

Le centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) a traité 26 cas pour intoxication ou usage du cannabis depuis l’entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au pays, le 17 octobre dernier.

Parmi eux, neuf étaient âgés de moins de sept ans. À titre de comparaison, l’hôpital traitait un enfant de ce groupe d’âge pour intoxication au cannabis tout au plus tous les trois ans avant la légalisation.

« Dans [le cas des plus jeunes], c’est souvent accidentel. Les parents font des brownies ou des biscuits au pot et laissent ça traîner sur le comptoir de cuisine ou dans le frigo. Mais un enfant qui passe par là, son réflexe, ça va être d’en prendre sans se poser de questions », explique l’urgentologue et toxicologue au HME Dominic Chalut.

Même constat au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal. Les intoxications au cannabis, qui s’élevaient à deux par année entre 2013 et 2016, sont passées à cinq en 2017-2018, pour finalement grimper jusqu’à 11 en 2018-2019.

Du côté de la capitale nationale, le centre antipoison de Québec a également enregistré un nombre d’appels plus élevé concernant des intoxications au cannabis depuis sa légalisation. « Il est difficile de déterminer s’il y a plus d’expositions ou si les gens se sentent plus à l’aise de nous appeler, mais nous avons répertorié 15 cas chez des enfants âgés de moins de cinq ans depuis le 6 février 2019 », précise Maude St-Onge, directrice médicale du centre.

Appel à la prudence

Elle estime nécessaire de rappeler aux consommateurs que le cannabis est « une substance psychoactive qui doit être placée hors de la portée des enfants, et ce, même lorsque le cannabis est dans son contenant original. »

« On ne laisse pas traîner des médicaments sur le comptoir, ça devrait être pareil avec le cannabis », renchérit le Dr Dominic Chalut, du HME, appelant les parents — et l’ensemble de la population — à faire preuve « d’extrême prudence ».

Le médecin fait remarquer que les effets du cannabis sont « considérables » sur les enfants. En raison de leur petite taille et de leur poids léger, ils sont plus vulnérables et ressentent d’autant plus les effets de cette drogue.

Étourdissements, perte d’équilibre, vomissements, anxiété sont les symptômes les plus courants. « Certains ont même du mal à respirer assez rapidement, ou à l’inverse ils sont très agités », raconte-t-il.

Dans des cas plus graves, les enfants ont subi des convulsions et ont dû être hospitalisés à l’unité de soins intensifs pédiatriques.

Inquiétudes

La situation est d’autant plus inquiétante, selon le Dr Chalut, que les produits comestibles de cannabis — croustilles, muffins, boissons, bonbons — seront mis en vente dès octobre prochain. « Il faut protéger nos enfants de ce type de produits. Mais surtout, comme société, on devrait se demander : voulons-nous vraiment que des drogues psychoactives se retrouvent dans des aliments inoffensifs et attirants comme des bonbons ou des biscuits ? » laisse-t-il tomber.

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Cannabis : le Colorado évalue l’impact de la légalisation sur la santé

Aux Etats-Unis, l’Etat du Colorado a évalué sa légalisation du cannabis thérapeutique ou récréatif, et les résultats sont mitigés. 

Cannabis : le Colorado évalue l'impact de la légalisation sur la santéVICTORIABEE / ISTOCK.

Dans le Colorado, la légalisation du cannabis thérapeutique a réduit le taux d’hospitalisation pour douleurs chroniques, mais a augmenté le nombre d’accidents de la route et d’overdoses. Ce sont les résultats d’une nouvelle étude, publiée dans le British Medical Journal.

Une augmentation de 10% du nombre d’accidents de la route

Précisons que le Colorado a aussi légalisé la consommation de cannabis à usage récréatif depuis 2014. Les chercheurs ont constaté qu’après l’évolution législative, cet Etat américain a connu une augmentation de 10% du nombre d’accidents de la route, ainsi qu’une augmentation de 5% d’overdoses d’alcool et de cannabis ayant entrainé des blessures ou la mort. Dans le même temps, les autorités locales ont enregistré une baisse de 5% des admissions à l’hôpital pour douleur chronique.

28 millions de dossiers constitués pour hospitalisation ont été passés au crible. « Il y a eu peu de recherches rigoureuses concernant les effets réels de la consommation de cannabis sur la santé publique », souligne Gregory Marcus, chercheur en cardiologie à l’UCSF School of Medicine. « Ces données démontrent la nécessité d’une mise en garde énergique contre la conduite sous l’influence de toute substance psychotrope, et suggèrent que les efforts de lutte contre la dépendance et l’abus d’autres drogues récréatives deviennent encore plus importants lorsque le cannabis a été légalisé », ajoute-t-il.

Une évaluation complexe

En 2014, plus de 117 millions d’Américains, soit 44,2% du pays, avaient consommé du cannabis au cours de leur vie. Aux Etats-Unis, 28 États et le district de Columbia ont autorisé l’usage du cannabis thérapeutique, et 9 d’entre eux l’ont légalisé à des fins récréatives.

Bien qu’il soit plus commode de conclure que la légalisation du cannabis récréatif ou thérapeutique est bonne ou mauvaise, « son évaluation est beaucoup plus complexe », poursuit Gregory Marcus. « Ses effets sont très probablement variables, selon les besoins et les circonstances propres à chaque individu. L’utilisation des revenus tirés du cannabis à des fins récréatives pour appuyer ce genre de recherche serait probablement un investissement judicieux, tant sur le plan financier que sur celui de la santé publique », conclut-il.

En France, la légalisation du cannabis thérapeutique fait débat au sein de la classe politique et de la société civile. Le Premier ministre Edouard Philippe a récemment estimé qu’il serait « absurde de ne pas se poser la question » de la légalisation du cannabis thérapeutique.

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Cannabis au volant: la France mauvaise élève de l’Europe

En 2017, en France, 439 conducteurs qui avaient consommé du cannabis ont provoqué un accident mortel. – 16 % de Français reconnaissent conduire sous son emprise, méconnaissant ses effets sur la route.

Les Français étant devenus les plus gros consommateurs de cannabis d’Europe, le risque d’accident routier lié à cette substance s’est aujourd’hui démultiplié sur le territoire. «Les jeunes sont concernés, mais la consommation perdure après 25 ans souligne Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière. Ce vendredi, elle organise un colloque sur le sujet en partenariat avec l’ETSC, une ONG qui milite auprès des instances européennes pour lutter contre ces risques.

Toutes les études témoignent aujourd’hui d’une situation inquiétante, en particulier dans notre pays. Interrogés en 2016, 16 % de consommateurs de cannabis ont reconnu conduire sous l’emprise de la drogue, contre une moyenne de 11 % en Europe. «Contrairement à l’alcool, où les risques au volant sont intégrés, les consommateurs de cannabis pensent rouler sans danger. Ils disent adopter une conduite cool», relate Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière. En réalité, le cannabis entraîne la perte de coordination des mouvements et diminue les temps de réaction. En 2017, 439 personnes qui avaient pris ces substances ont provoqué un accident mortel.

«Une étude indique qu’un quart des Français pense que leur assurance joue en cas de conduite sous l’emprise de drogue. Ce qui est faux. Seule la responsabilité civile joue»

La méconnaissance des effets de la drogue au volant révèle la nécessité d’intensifier les campagnes d’information, selon Anne Lavaud. Au sein desquelles doit être menée la chasse aux contrevérités. «Une étude indique qu’un quart des Français pense que leur assurance joue en cas de conduite sous l’emprise de drogue. Ce qui est faux. Seule la responsabilité civile joue», insiste la responsable de l’association.

En parallèle, pour lutter contre ce fléau, les contrôles, encore peu nombreux, se sont intensifiés grâce à une méthode simplifiée. Le test salivaire a mis fin à la prise de sang, jusqu’alors obligatoire .

Ainsi, en 2017, 233.586 contrôles ont été menés, donnant lieu à des taux positifs de l’ordre de 23 %. «Par le biais d’un nouveau fonds de recherche, un appel à projet a été lancé pour la création d’un “drogomètre”, un outil de contrôle instantané qui n’aurait plus besoin d’une confirmation différée en laboratoire, comme c’est le cas aujourd’hui. Les contrôles, alors moins coûteux, pourraient être plus nombreux», explique Emmanuel Barbe.

La situation pourrait-elle s’aggraver si la dépénalisation du cannabis était adoptée? Pour répondre à la question abordée lors du colloque, les expériences étrangères vont être passées au crible, comme celle du Canada. Depuis octobre dernier, le cannabis y est légalisé.

Or les effets de ces nouvelles dispositions sur la route ont été immédiats. Même s’il est interdit de conduire sous l’emprise de cette drogue, il y a eu un relâchement. En 2017, 2,9 % des Canadiens reconnaissaient avoir pris le volant dans les deux heures suivant la consommation de cannabis. Le taux a atteint les 3,3 % dès octobre dernier, «ce qui correspond à 800.000 conducteurs», souligne Ward Vanlaar, de la Fondation de recherches sur les blessures de la route au Canada.

Alors que la situation pourrait se dégrader encore, le pays bute sur un obstacle de taille: en période de grand froid, la technologie utilisée pour les contrôles ne fonctionne pas…

Source :Figaro du 10/05/2019.

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