Pas de réorientation de la politique antidrogue par le biais d’une légalisation du cannabis. Le gouvernement rétropédale.
Cette promesse-là, le gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg ne pourra pas la tenir. La légalisation du cannabis récréatif, pourtant inscrite dans le programme de la coalition, ne s’opérera pas comme prévu. Il n’y aura pas de coffee shop, pas de vente possible même sous contrôle de l’État.
La ministre de la Santé a annoncé mardi sur les ondes de la radio socioculturelle 100,7 qu’une série d’incompatibilités avec les législations européennes empêchait la légalisation du cannabis au Grand-Duché.
Le pays devait être le premier de l’Union européenne à se risquer dans une telle politique qui consistait à placer la culture et la vente de cannabis sous contrôle de l’État. Finalement, seule la consommation ainsi que la culture dans la sphère privée et dans des quantités limitées seront réglementées. Pas plus de précisions pour l’heure.
C’est une sacrée volte-face du gouvernement et qui surprend du monde, à commencer par déi Lénk qui s’est fendue d’un communiqué dans lequel le parti revendique la poursuite des travaux déjà engagés pour aboutir à la légalisation programmée. Un groupe de travail avait été mis en place pour plancher sur le projet de loi, réunissant sept ministères.
Le gouvernement a décidé, dès cet été, de virer de bord. Plus question de jouer les pionniers en la matière. L’ambition du Grand-Duché avait aussitôt suscité des réactions mitigées dans les pays voisins alors qu’à la Chambre des députés, le Parti chrétien-social s’était ouvertement prononcé contre la légalisation pour des raisons de santé publique.
Le Grand-Duché ne comptait pas suivre le modèle des Pays-Bas qui n’a, au demeurant, jamais légalisé le cannabis. Des coffee shops sont autorisés à en vendre des petites quantités, mais la production est interdite. Les Pays-Bas ont tout de même réagi à ce non-sens en se lançant à titre expérimental dans la culture légale du cannabis, supervisée par l’État.
Deux ans plus tard, après cette phase concluante, le gouvernement de Mark Rutte fait des Pays-Bas le premier pays de l’Union européenne à légaliser la production de cannabis. Le dispositif entrera en vigueur l’année prochaine.
Pendant ce temps, aux Pays-Bas
Le Grand-Duché, de son côté, se dirige vers une politique plus soft qui permettra de cultiver quelques plants à la maison et de consommer chez soi. Ceux qui n’ont ni la place ni la patience, ou ni la main verte, continueront à faire appel aux réseaux qui n’ont pas à s’inquiéter de la concurrence.
Pour déi Lénk, le revirement du gouvernement n’est pas une première dès qu’il s’agit de «projets ambitieux» qui demandent «beaucoup d’engagements et de travail». Il sera «lourd de conséquences», estime la Gauche, en prévenant que les dealers avaient encore de beaux jours devant eux.
Sans parler de la qualité du produit qui échappe à tout contrôle. L’abandon du projet de légalisation du cannabis «est un aveu de faiblesse du gouvernement», insiste la Gauche.
Pour les agriculteurs qui espéraient consacrer quelques hectares à la production de cannabis, c’est une mauvaise nouvelle. Il leur reste encore le cannabis à usage médical, que le gouvernement peine à se procurer à l’étranger, pour les sauver.
En 2017, quand le gouvernement néerlandais a décidé d’expérimenter la production de cannabis d’État, le journal De Volkskrant écrivait qu’il n’y avait que deux réponses possibles à l’échec du système néerlandais concernant les drogues douces: «Soit on interdit la vente de cannabis et on ferme tous les coffee shops, soit on réglemente la culture du cannabis, pour permettre à l’État de contrôler toute la chaîne, de la production jusqu’à la consommation. […] C’est une démarche louable, qui s’impose d’urgence.»
Les Pays-Bas ont décriminalisé la vente de petites quantités de cannabis (moins de cinq grammes) en 1976 et la loi autorise chaque citoyen à cultiver légalement cinq plants de cannabis pour son usage personnel. C’est ce que compte faire le Grand-Duché en 2021?
Le gouvernement devrait préciser son projet en octobre. Celui des Pays-Bas, premier pays européen à produire du cannabis, ne s’est pas fracassé sur les écueils de la législation européenne.
Des pressions convergentes, avec une intensité redoublée, s’exercent sur les médias, le monde politique et ainsi sur nos concitoyens, pour obtenir la légalisation du cannabis.
Elles utilisent invariablement différents arguments qu’il nous faut réfuter.
Cet argumentaire est destiné à enrichir, si besoin, la « boite à outils » des membres ou des sympathisants du CNPERT pour les aider à démonter et à démentir les tromperies et les arguties de nos contradicteurs.
(Rédigées par le Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies – CNPERT : son président le Pr. Jean Costentin et les membres du bureau restreint du C.N.P.E.R.T. : Maitre Alain de Bézenac et les professeurs Claude Giudicelli, Jean-Pierre Goullé et Jean-Paul Tillement )
La première réprobation à exprimer concerne l’adjectif « récréatif » ; cet euphémisme visant à cacher le fait que la récréation cannabique peut très mal se terminer…
– La prohibition du cannabis en France datant de plus de cinquante ans est obsolète
Bien que promulguée en décembre 1970 la loi qui prohibe le cannabis n’est en rien obsolète. Elle interdit le commerce, la possession, l’usage du cannabis ; elle inflige aux contrevenants une peine (maximale) d’un an de prison ou de 3.500 euros d’amende, avec inscription au casier judiciaire.
Sa sévérité était alors justifiée par l’accroissement de la consommation du cannabis (on était après la féria de Mai 1968, son « jouir sans limite » et son « interdiction d‘interdire »), déjà se précisaient différents méfaits de cette drogue et d’autres étaient entrevus.
La situation actuelle se caractérise :
-par l’explosion du nombre des usagers de cette drogue (1.500.000 usagers réguliers), avec un début d’usage de plus en plus précoce (dès le collège) ;
-par la confirmation de la plupart des méfaits pressentis, auxquels s’ajoutent d’autres incriminations ;
-par l’accroissement dans les produits en circulation, au cours des 25 dernières années, des taux de THC en moyenne d’un facteur 6,
-par le développement de nouveaux modes de consommation, qui permettent d’accroître la cession du THC à l’organisme (parmi ceux-ci citons : « l’huile de cannabis » obtenue par extraction de la résine par des solvants apolaires, suivie de leur évaporation ; le résidu obtenu d’aspect huileux, a une très haute teneur en THC ; il peut être étiré sur des cigarettes communes ou être utilisé dans les recharges des e-cigarettes/cigarettes électroniques ; le « BHO » (butane hash oil) = résulte de l’extraction de la résine par le butane liquéfié, qui se volatilisant laisse un résidu utilisé dans des nébuliseurs ; les pipes à eau qui centuplent le volume de fumée qui peut être inhalé dans les poumons distendus d’une façon maximale ; les nouveaux cannabinoïdes obtenus par synthèse chimique, beaucoup plus puissants que le THC).
Loin de renoncer à cette loi qui est d’une brulante actualité, on doit déplorer qu’elle soit peu/mal connue (hormis de ceux qui veulent sa suppression), qu’elle ne soit pas expliquée, qu’on ne s’applique pas à la justifier à partir des multiples arguments sanitaires et sociaux avérés, et que les actions déployées pour la faire respecter soient d’une grande timidité.
La France bat le record européen de consommation du cannabis alors que notre législation est la plus rigoureuse
De fait sur les 27 nations de l’Union Européenne, la France est la toute première consommatrice de cannabis, avec un million et demi d’usagers réguliers (le consommant au moins une fois tous les 3 jours) et près d’un million de consommateurs quotidiens.
Plusieurs raisons à cela :
la large méconnaissance de la loi de prohibition des drogues, non enseignée, non expliquée, non justifiée, largement critiquée ;
– l’absence de prévention éducative, dénoncée par l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies. Les élèves français bénéficient au maximum, durant leur cursus éducatif, d’une à deux heure d’exposé par des fonctionnaires de la Gendarmerie, qui présentent la loi, les risques encourus à y contrevenir, les subterfuges des dealers ; les risques sanitaires sont seulement effleurés car les enseignants des sciences de la vie n’y sont pas formés et ne s’y intéressent pas ;
la prolifération dans les « cités sensibles » d’une économie de la drogue, qui n’est même plus souterraine, mobilisant des sommes d’argent énormes. Elle est alimentée par une immigration non maîtrisée, au- delà des capacités d’accueil de notre pays où le chômage structurel affecte près de 5 millions de nos concitoyens ;
les 450 tonnes de cannabis qui entrent chaque année sur le territoire national, proviennent essentiellement du Maroc ;
la forte propension des Français à consommer des psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs) mais aussi diverses drogues (alcool, tabac, morphiniques…) ; cette très grande vulnérabilité nationale aux toxicomanies aurait dû, de très longue date, mobiliser les pouvoirs publics, mais les responsables politiques de droite et de gauche qui ont gouverné en alternance, ont laissé filer.
la magistrature qui a, elle aussi, laissé filer, classant ces affaires souvent sans suite, sans aucune sanction pour les consommateurs de drogues et même pour les dealers. D’une façon régulière les rigueurs originelles de la loi de 1970 ont été « détricotées » ; on en est arrivé à n’infliger qu’une contravention de 200 euros, en solde de tout compte, (d’ailleurs pas toujours perçue). L’inscription sur un registre aurait au moins permis de dissuader des récidives, en augmentant le montant de la contravention en fonction du nombre de celles-ci ;
la police effectuant les investigations et contrôles qui lui sont demandés se sent désavouée par l’absence de suites données à ses interpellations.
-La dangerosité du cannabis est inférieure ou égale à celle du tabac et de l’alcool, ces derniers sont pourtant légalisés
Contrairement aux allégations du fallacieux rapport Roques (1998), le cannabis n’est pas moins toxique que le tabac ; d’autant qu’il lui est souvent associé (dans les « joints »). La toxicité physique des fumées du cannabis est supérieure à celle du tabac. La résine de cannabis (le haschisch), comme celle présente sous forme de globules sur la plante, augmente la température de combustion de l’élément végétal de 200°C.
En poussant plus loin sa décomposition elle produit 6 fois plus de goudrons, dont différents constituants sont cancérigènes pour les sphères ORL et broncho-pulmonaire. Elle produit aussi 6 à 8 fois plus d’oxyde de carbone (CO). Ce gaz, en se fixant intensément sur l’hémoglobine des globules rouge, ampute leur capacité de fixer l’oxygène présent dans les poumons pour l’amener dans les tissus qui le consomment ; il s’en suit une toxicité cardio-vasculaire encore plus importante que celle du tabac.
Le cannabis est ainsi la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il induit des artérites des membres inférieurs, plus précocement que celles provoquées par le tabac ; il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux, chez des sujets plus jeunes. Alors que le tabac n’est pas nocif pour le cerveau (à sa dépendance près), le THC du cannabis, à l’origine lui aussi d’une dépendance, induit par surcroît des troubles psychiques et même psychiatriques (ivresse, désinhibition avec prise de risque, troubles cognitifs, anxiété, dépression, bouffées délirantes, hallucinations, schizophrénie, escalade toxicomaniaque).
Le cannabis incite à la consommation d’alcool. Des rats traités de façon semi-chronique par le cannabis, ayant pour boire le libre choix entre de l’eau, soit une solution hydro-alcoolique, consomment bientôt exclusivement cette dernière solution.
Le cannabis/THC rend imperceptible à celui qui s’alcoolise, l’approche du moment où il ne peut plus maîtriser sa consommation, qui vire alors à l’alcoolisation aigüe (« binge drinking » / « biture expresse », avec pour corollaire le coma alcoolique).
En 2019 730 personnes ont été tuées dans un accident impliquant un conducteur sous l’emprise d’un stupéfiant ; dans 90% des cas le cannabis est présent. Dans l’étude déjà ancienne « Stupéfiants et accidents mortels de le route » (S.A.M .) La rencontre du cannabis avec l’alcool multipliait par 14 le risque d’accidents mortels, alors que des études plus récentes font état d’un facteur 29).
Alors que la « puissance publique » est incapable, sinon d’éradiquer du moins, de réduire de façon importante la consommation du tabac et de l’alcool, comment peut-elle imaginer d’y adjoindre une autre drogue, aussi addictive et encore plus délétère que ces deux premières ?
-Une légalisation du cannabis permettrait une prévention
Le tabac et ses 13 millions de fumeurs irrépressibles, tout comme l’alcool et ses 4 à 5 millions de français devenus alcoolo-dépendants, nous enseignent que leur statut légal est à l’origine de ces chiffres extrêmement élevés de consommateurs. On est donc admis à penser qu’une levée des restrictions à l’accès au cannabis conduirait également, plus ou moins rapidement, à un accroissement important du nombre de ses consommateurs, qui tendrait alors vers les chiffres atteints avec l’alcool et le tabac ; les données canadiennes récentes, mais aussi celles provenant des Pays-Bas, de l’Uruguay, du Portugal, de l’Espagne en attestent (cf. infra).
Le pouvoir d’accrochage/addictif du cannabis est important ; ainsi, en dépit de son interdiction, il a recruté 1.500 .000 usagers réguliers ; la suppression de son interdiction et son accès encore plus facile accroîtraient leur nombre. Ceux qui s’en abstiennent de par leur conviction du caractère dangereux de cette drogue, penseront que l’Etat, dans sa fonction de protection des citoyens, ne saurait autoriser un produit dangereux, ce qui les dissuaderait de s’en abstenir ; quant à ceux qui s’en abstiennent par respect de la loi, les non transgressifs (ils sont encore heureusement nombreux chez nos jeunes), l’abolition de la loi lèverait chez beaucoup leur retenue à le consommer.
Quant à prétendre qu’on ne peut enseigner des règles de prévention sur des produits ou des comportements interdits est manifestement aberrant. Faudrait-il autoriser le viol pour en diminuer le nombre ? Les violences faites aux femmes pour éviter les féminicides ? Le vol pour enseigner l’honnêteté ? D’autres exemples de semblables aberrations abondent ; ils enlèvent toute valeur à cet argument.
Prévenir consiste à intervenir en amont d’une expérimentation, pour empêcher que s’installe une addiction, surtout quand on sait que lorsqu’elle est installée on est impuissant à la faire régresser.
Une prévention, aussi soigneusement pratiquée soit-elle, ne saura éteindre en France l’appétence pour les drogues.
Aussi, est-on assuré qu’une légalisation du cannabis aboutirait, plus ou moins rapidement, à une augmentation considérable du nombre de ses consommateurs, à l’instar de celle du tabac (avec ses 13 millions de fumeurs irrépressibles et ses 75.000 décès annuels) et de l’alcool (avec ses 4 à 5 millions de sujets alcoolo-dépendants et alcooliques, et ses 21.000 décès annuels).
Cet avis est partagé par le comité interministériel de lutte contre les stupéfiants, qui le 25 Mai 2021 l’exprimait : « L’expérience des Pays-Bas, de l’Uruguay, du Portugal, de l’Espagne, du Canada et de certains États américains fait apparaître uneaugmentation du nombre de consommateurs post-légalisation du cannabis dans tous ces pays, ce qui peut entraîner un usage d’autres produits stupéfiants».
On notera que cette déclaration évoque aussi l’escalade vers d’autres drogues ; escalade à laquelle incite la dépendance au cannabis. Cette escalade que contestaient les prolégalisateurs est devenue irréfragable et les mécanismes en cause (phénomène de tolérance et effets épigénétiques) sont de mieux en mieux précisés.
Autoriser le cannabis c’est ouvrir la porte à d’autres drogues
Si la légalisation était déclarée, elle deviendrait irréversible, quels qu’en soient les méfaits (cf. le tabac et l’alcool). La législation française compte de nombreuses dispositions malencontreuses, que la puissance publique est incapable d’abolir, en dépit de ses méfaits avérés.
-Une légalisation du cannabis rapporterait des taxes au budget de la Nation
Si la santé est un des biens les plus précieux, tant pour l’individu que pour la société, comme « il n’y a de richesse que d’Homme », que pèsent des taxes, fussent-elles substantielles, devant le respect que l’on doit à l’individu et en particulier aux plus jeunes ; ces « germes d’éternité » sur qui repose la pérennité de notre société, alors que des actions concertées s’appliquent à la déconstruire, à l’ébranler, à la démolir, à la faire haïr. La volonté de certains de légaliser le cannabis participe de cette agression de notre société.
Plus prosaïquement notons que dans l’Etat du Colorado, qui fut parmi les premiers Etats américains à légaliser le cannabis, il a été calculé que pour 1 dollar qu’il percevait en taxes, il lui en coûtait 4,5 pour éponger les lourdes dépenses générées par cette drogue ; en soins médicaux, particulièrement psychiatriques, pour les accidents provoqués, pour les dépenses des assurances, les procès, l’incurie sociale, l’assistanat…
-Un cannabis légalisé serait moins puissant, moins trafiqué, et donc moins dangereux.
Sans doute, mais pour contribuer à une certaine dissuasion de son usage, à l’instar du tabac, il devrait être vendu à un prix élevé et serait boudé par les consommateurs, qui s’adresseraient toujours au marché noir.
C’est à la demande des consommateurs de cannabis que dans les produits en circulation le taux de THC a été multiplié par 6 en 25 ans. Ces consommateurs ne seraient pas enclins à revenir aux « tisanes » d’antan. Les produits du deal, non taxés et plus puissants, auraient la faveur des consommateurs, comme dans les pays ayant légalisé le cannabis, où le deal continue d’être très actif et où il compense ses éventuelles baisses de ventes en élargissant son offre d’autres drogues .
Le cannabis légalisé deviendrait encore plus facilement accessible aux jeunes, comme l’est le tabac, dont l’interdiction de vente aux mineurs est ignorée par une majorité de buralistes.
-La légalisation du cannabis supprimerait le deal, les dealers, leurs guerres et les balles perdues
On peut ne pas trop s’émouvoir de la mort de malfrats qui font commerce de drogues qui tuent par milliers leurs consommateurs et il est malséant d’utiliser cette émotion pour asservir davantage de consommateurs.
Il est naïf de croire que la légalisation du cannabis dirigerait les 220.000 dealers en France, vers Pole emploiet que les « gros bonnets » se mettraient en retraite anticipée. Le marché noir du cannabis perdurerait, complété le cas échéant par un élargissement de l’offre de cocaïne/ crack, d’amphétamine, de cathinone, d’ecstasy, de buprénorphine, d’héroïne…
Les adolescents qui éprouvent un besoin de transgression, qu’ils peuvent percevoir comme un viatique pour accéder au statut d’adulte, en cas de légalisation du cannabis, devraient effectuer cette transgression au niveau de la cocaïne ou des morphiniques. Alors, le raisonnement qui aurait prévalu pour la légalisation du cannabis s’appliquerait à toutes les autres drogues.
-Cette légalisation du cannabis apaiserait le climat dans certaines banlieues, dans certains quartiers
Le climat de certaines banlieues et de certains quartiers restera pourri, il pourrira les espaces à l’entour et nous continuerons de nous enfoncer dans une intoxication collective
– tant que les dealers de drogues gagneront beaucoup plus dans ce marché noir que dans l’exercice d’activités légales ;
– tant que les drogues constitueront une économie souterraine florissante ;
– tant qu’une immigration non régulée accumulera sur le territoire national des étrangers non intégrables par le travail, soit en raison de leur inadéquation aux fonctions proposées, soit en raison de l’absence d’emploi, du fait d’un chômage endémique ;
– tant qu’une éducation digne de ce nom, n’aura pas dissuadé une large frange de la population de se détourner des drogues ;
– tant que « l’argent de poche » ne sera pas assis sur un service rendu, faisant qu’argent facilement gagné repart facilement en fumées ;
– tant que l’éducation nationale ne s’investira pas dans la prévention des toxicomanies, comme lui en fait grief l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies, la France restera en Europe la Nation la plus grande consommatrice de cannabis ;
– tant qu’il n’aura pas été expliqué et compris par nos concitoyens que le marché des drogues n’existe que par l’importance de leurs consommateurs ; et que les adultes ne peuvent interdire aux jeunes de consommer ce qu’ils s’autorisent, sur l’air du « faites ce que je dis (si au moins je le dis), mais ne faites pas ce que je fais ».
– tant que persisteront des milliers de points de deals notoires, ou que les livraisons pourront s’effectuer à domicile.
-La légalisation du cannabis soulagerait le travail de la police qui pourrait se consacrer à d’autres tâches plus importantes
Un cannabis plus puissant et moins onéreux que celui de la Régie ou les autres drogues illicites avec lesquelles les dealers compenseraient leur manque à gagner lié à la légalisation du cannabis, ne dispenseraient pas la police de traquer les dealers qui ne disparaîtraient pas ; ils pourraient aussi se reconvertir dans d’autres trafics qu’il faudrait combattre.
-Cela soulagerait le travail des tribunaux
Ils auraient à juger les mêmes délinquants pour des faits différents de ceux qu’ils commettent actuellement
-Cela permettrait de développer une filière cannabique agricole française
Les sources traditionnellesdu cannabis à taux élevé en THCdemeureraient. Le Maroc subit d’intenses pressions intérieures pour légaliser la culture du cannabis, qui sera toujours moins cher que le cannabis « shit in France »
–Les addictologues eux-mêmes sont en faveur d’une légalisation du cannabis
Non pas les, mais des addictologues se déclarent effectivement en faveur d’une légalisation du cannabis (et de toutes les drogues d’ailleurs), émettant aussitôt, comme pour s’en excuser, que cette légalisation devrait être encadrée, interdite aux mineurs en particulier. Ils ont fait des progrès car il y a encore quelques années ils clamaient que le cannabis était sans grand danger pour les enfants et les adolescents.
Ils demeurent sans réponse quand on leur demande s’ils disposent de traitement pour détacher du cannabis ceux qui en sont devenus dépendants. Il en va de même quand on les questionne sur les effets épigénétiques du cannabis. Ces addictologues égarés par l’idéologie sont les mêmes qui militent pour les salles de shoots. Cette situation s’assombrit encore quand on constate qu’ils ont accédé aux postes de direction d’associations s’efforçant d’apparaître comme les principaux gestionnaires des addictions. Leurs positions très permissives leur valent le soutien des médias. Il est urgent que les structures et administrations médicales qui les appointent, contrôlent enfin leurs activités, s’intéressent à leurs résultats pour les mettre en relation avec leurs coûts pour la collectivité et leur rappellent leur devoir de réserve. Sans leur remise au pas, la prise en charge des addictions continuera d’être un couteux échec
-Un certain nombre d’Etats ont légalisé le cannabis avant nous, ne soyons pas les derniers
Les français entretiennent des relations particulières, et en l’occurrence particulièrement scabreuses, avec les drogues (nous faisant apparaître aux premiers rangs de leur consommation ainsi que de celle de divers psychotropes) expliquant la rigueur affichée par les dispositions légales qui les régissent.
Leur inefficacité évidente est due :
– à leur large méconnaissance, hormis quand il s’agit de les remettre en question ;
– au fait qu’elles ne sont ni expliquées, ni justifiées ;
– au fait encore que leur transgression ne conduit pas aux sanctions prévues par la loi, mais à un classement sans suite ;
– au fait que régulièrement des déclarations médiatiques ou politiciennes annoncent l’imminence d’une légalisation, contribuent ainsi à la banalisation de la drogue.
La France n’a pas intérêt à copier le mauvais exemple de la légalisation du cannabis donné par d’autres Etats, alors qu’elle est en Europe le tout premier Etat consommateur. Ses réticences, son attentisme, lui donnent le temps d’analyser les conséquences de cette disposition chez ceux qui ont franchi le pas. D’autant qu’une telle légalisation, comme celle qui concerne le tabac et l’alcool, aurait un caractère irréversible.
–Chaque individu choisit sa vie, sa drogue aussi, et ça ne regarde pas la société
A cette nuance près que nous vivons en société et que chaque individu dans le besoin sait requérir les secours de la collectivité. Il en va ainsi quand son incurie, liée à sa perdition dans la drogue le prive des moyens de sa survie. Notre société a choisi d’être solidaire, de secourir les nécessiteux ; la contrepartie impose aux individus de ne pas ajouter de demandeurs à la liste des infirmités inévitables (congénitales, ou contractées du fait de maladies ou d’accidents) ; la drogue n’est pas inéluctable et la société doit empêcher ses citoyens d’y succomber.
Si un individu peut disposer du droit de s’autodétruire, il n’a pas celui d’altérer, par un mécanisme épigénétique, la santé physique et mentale des enfants qu’il pourrait concevoir. Or on sait désormais qu’exposer ses gamètes (spermatozoïdes masculins ; ovules féminins) ou pour la femme enceinte exposer son fœtus au THC du cannabis, imprime des marques épigénétiques qui affecteront durant toute l’existence de l’enfant conçu l’expression de certains de ses gènes, et donc de certains de ses caractères.
Cela pourra se traduire par des malformations, une vulnérabilité à l’autisme, à la schizophrénie, aux toxicomanies à l’adolescence, à des altérations des capacités cognitives ou encore à des dépressions de l’immunité. Ces marques épigénétiques peuvent également avoir des conséquences pour le consommateur lui-même, en accroissant par exemple son appétence pour certaines drogues (support de l’escalade qui est désormais avérée) .
-Restaurer l’autorité c’est faire en sorte que la loi ne soit pas systématiquement transgressée par de nombreux citoyens. Pour y parvenir, loin d’abroger la loi de 1970, il importe de la faire appliquer, sans faiblesse, et de faire taire ses détracteurs, pour le bien commun.
Pour le ministre de l’intérieur (G. Darmanin) « la légalisation du cannabis serait une faute morale » (Août 2021) ajoutons que ce serait aussi une faute sanitaire, sociale et sociétale.
présidé par François Mitterrand, déclare en avril 1982 :
« 55 % des personnes présentées au parquet de Paris sont de jeunes drogués
Cette situation ne peut absolument pas se prolonger.
Il s’agit, quelles que soient les mesures du plan de rigueur, de consacrer les sommes nécessaires à cette lutte contre la drogue et Monsieur le Président de la République a demandé à Monsieur le Premier Ministrede faire de cette lutte une priorité.
En un mot, dans cette bataille contre la drogue, il faut se fâcher, il y va de l’avenir d’une partie importante de notre jeunesse »
Imaginez un instant : vous êtes un médecin français.
Vous avez fait vos 10 ans d’études de médecine et maintenant vous travaillez dans un grand hôpital public dans l’agglomération marseillaise…
Et un beau jour, vous recevez un jeune garçon de 14 ans. Il n’est pas tombé en trottinette. Non, son corps est déchiqueté par plusieurs balles de Kalachnikov…
Pourtant, vous n’êtes pas médecin militaire ! Vous ne soignez pas des soldats français attaqués par les talibans !
Vous soignez des grand-mères ayant fait une mauvaise chute ou des enfants un peu casse-cou !!!
Cette scène est pourtant une réalité.
Ce jeune garçon de 14 ans s’appelait Rayane et il est décédé des suites de ses blessures.
Depuis le début de l’année à Marseille, il y a déjà eu 15 homicides dont deux adolescents…
Ces 15 homicides sont directement liés au trafic de drogue.
Ce trafic gangrène à peu près toutes les grandes villes françaises, et d’après ce que j’entends, le fléau s’attaque de plus en plus aux plus petites villes de province.
Il y a 10 jours par exemple, à Saint-Malo (!), un homme marocain a été tué de plusieurs coups de couteau sur fond de trafic de drogue.
Un autre article du Monde expliquait récemment comment, en Saône-et-Loire, le trafic de drogue explosait, sous l’impulsion de jeunes venus de banlieue parisienne.
Rien ne semble endiguer l’ampleur du trafic de drogue.
La politique de la ville déverse 10 milliards d’euros par an, les effectifs de police ont été augmentés. Plusieurs stratégies ont été essayées : amendes forfaitaires, politique du chiffre, etc…
Enfin, les partis au pouvoir se sont eux aussi succédé. Mais avez-vous vu des résultats ? Les choses ont-elles changé à votre avis ?
Devant tant de ratés, la France insoumise ou Europe Écologie Les Verts proposent même la légalisation pure et simple du cannabis.
Quel signal de défaite envoyé aux délinquants ce serait ! Quel signal d’abandon moral et sanitaire envoyé aux consommateurs !
Pourtant, il y a une solution qui n’a pas été essayée depuis 50 ans.
Depuis presque 50 ans maintenant, on a accusé cette solution d’être rétrograde, de ne pas être assez compréhensive.
On a dit qu’il fallait plutôt être en faveur de la réinsertion. On a dit que la prison était l’école du crime…
Cette solution… C’est une Justice répressive.
Car c’est justement une Justice répressive qui permet aux délinquants de comprendre la gravité de leurs actes.
C’est une Justice répressive qui parle à l’inconscient collectif d’une société et qui trace la ligne entre ce qui est permis et ce qui ne l’est PAS.
C’est une Justice répressive qui déclare la guerre à l’insécurité et la combat vraiment.
C’est une Justice répressive qui neutralise les délinquants et criminels et les empêche d’agir.
L’Institut pour la Justice se bat depuis maintenant 14 ans pour cette Justice ferme. 14 ans que nous sommes traînés dans la boue par les médias ou les juges laxistes (un de mes prédécesseurs était affiché sur le Mur des cons, vous vous en souvenez ?).
Pour rétablir une Justice répressive, il faut : -instituer un arsenal pénal vraiment dissuasif en rétablissant les peines planchers et en supprimant l’aménagement des peines.
-redonner du sens aux condamnations en rétablissant la peine de perpétuité réelle.
-vider le réservoir à délinquants qu’est la France en expulsant systématiquement les étrangers condamnés en France.
-redonner des moyens à la Justice en construisant 40 000 places de prison.Êtes-vous d’accord avec ces propositions ?
Alors il faut vous faire entendre et partager cet email à vos amis, votre famille et tous ceux qui pourraient vous rejoindre et rejoindre l’Institut pour la Justice dans ce combat.
Je vous le demande, ni pour moi, ni pour l’Institut pour la Justice, mais pour une certaine idée de la France.
Avec tout mon dévouement,
Pierre-Marie Sève Directeur de l’Institut pour la Justice
Ps : Emmanuel Macron va se rendre à Marseille et va très certainement annoncer des mesures. Espérons que certains de ses conseillers lisent nos travaux et s’inspirent de nos propositions. Mais j’en doute.
Légaliser le cannabis ? Soyons sérieux, pensez-vous que des voyous qui gagnent 100 000 € par jour vont monter une petite échoppe et payer des cotisations ?
La drogue est un poison qui sème la mort et la violence, vouloir légaliser le cannabis est une défaite morale. pic.twitter.com/rqlsGmeSln
D’après le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, à Marseille, il y a « deux fois moins de règlements de comptes aujourd’hui qu’il y a dix ans ».
« Je peux assurer que les moyens sont là, à Marseille, pour lutter contre cette merde qu’est la drogue », a déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, mardi 24 août sur franceinfo. Et s’il « faut sans doute encore davantage de moyens », il y a tout de même « deux fois moins de règlements de comptes aujourd’hui qu’il y a dix ans », affirme-t-il.
Le ministère de l’Intérieur fait « un travail très important à Marseille, et on le fait en lien avec la justice », insiste le ministre. « 300 policiers de plus, deux unités de CRS, des opérations antidrogues avec des saisies extrêmement importantes. C’est vrai qu’il y a des règlements de comptes qui se sont accélérés depuis le mois de juin, mais ce sont d’une part des règlements de comptes liés directement au travail de la police et de la justice, qui ont mis en prison des gros caïds. La guerre de la drogue autour du cannabis, c’est une guerre de territoires. »
À Marseille, il y a parfois des points de deal qui représentent 100 000 euros d’argent liquide par jour, donc évidemment le gâteau est très généreux.Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur
franceinfo
« Ce crime organisé, qui est très violent à Marseille comme ailleurs, essaye de reprendre ses parts », explique Gérald Darmanin.
Quant à la création d’un parquet spécial de lutte contre la drogue à Marseille, réclamée lundi 23 août sur franceinfo par le maire socialiste de la ville, Benoît Payan, Gérald Darmanin affirme lui avoir « dit que son idée est intéressante. Je lui dis aussi de mettre des caméras de vidéoprotection dans sa ville. Marseille est une des villes où il y en a le moins, et je dis que nous sommes prêts à financer une très grande partie de ces caméras, qui pourtant sont la compétence » des maires, a-t-il déclaré.
La légalisation du cannabis, une « défaite morale »
Le ministre de l’Intérieur écarte cependant la légalisation du cannabis comme moyen de lutte contre le trafic de drogue, la qualifiant « d’insulte » et de « défaite morale ». « Là où il y a du cannabis, il y a aussi de la cocaïne et vous n’allez pas légaliser la cocaïne. Ensuite, le cannabis, c’est 500morts sur la route par an. Ce sont des enfants qui sont totalement déscolarisés, des gens qui rentrent dans la dépression. C’est un niveau de THC [le tétrahydrocannabinol est la principale molécule du cannabis] qui n’a rien à voir avec le joint de papa ou de maman il y a 30 ou 40 ans. C’est un poison, et nous devons lutter très fortement contre ce poison qui touche beaucoup de familles françaises », conclut-il.
Pourquoi l’explosion du nombre de morts par overdose avec la pandémie aux Etats-Unis devrait nous inquiéter aussi ? Interview du Pr. Jean Costentin
Atlantico :
Des dizaines de milliers d’Américains sont morts d’overdose au courant de l’année 2020. La responsabilité de la pandémie est pointée du doigt. Quels sont les facteurs (stress, anxiété, solitude, etc.) qui peuvent avoir entraîné ce lourd bilan ? Les drogues actuellement en circulation peuvent-elles avoir une responsabilité dans cette aggravation ?
Pr. Jean Costentin :
L’an passé aux Etats-Unis, ce sont, à ma connaissance, 80.000 personnes qui seraient mortes par overdoses/surdoses de substances opiacées (i.e. issues de l’opium comme la morphine) ou opioïdes (i.e. de molécules de synthèse chimique mimant les effets des opiacés, tel le fentanyl). Ces décès y sont en nombre bien supérieur à ceux des accidents de la route ajoutés aux victimes des armes à feu, qui défraient pourtant la chronique.
Ces chiffres ne sont pas apparus brutalement, mais sur plus d’une demi douzaine d’années. Ainsi, ils ne sont pas imputables majoritairement aux conséquences de la pandémie de la Covid-19 qui, néanmoins, a pu les majorer. Les molécules en cause sont : pour les unes des médicaments prescrits et utilisés comme tels au départ, et pour les autres des drogues vendues par des dealers telle l’héroïne ou des dérivés chimiques des anilino-pipéridines, les « fentanyls ».
Ce sont les deux voies d’entrée dans cette addiction fatale, l’une « thérapeutique », l’autre « récréative ». A l’origine de cette première voie, il s’agit de patients ayant des douleurs plus ou moins intenses, auxquels leurs médecins, pour être rapidement très efficaces, prescrivent des antalgiques forts, au-delà de l’aspirine, du paracétamol, des anti inflammatoires non stéroïdiens, ou encore des corticoïdes.
C’est alors la codéine ou le tramadol, le dextropropoxyphène = Di-antalvic®, Propofan® ; la France a retiré ce dernier médicament du marché depuis une demi douzaine d’années. Prescrits à des doses et à des fréquences élevées, ils induisent une tolérance, c’est à dire que leur effet diminue quand leur administration se prolonge. Le patient est alors incité à accroître la dose et la fréquence d’administration. Il y a des douleurs dont la cause a pu disparaître ou qui ont pu régresser mais qui, par le développement d’une dépendance, d’une addiction, font croire au patient qu’il a toujours besoin d’être traité. L’effet s’amenuisant, il presse le médecin de lui prescrire un médicament plus efficace.
Aux produits précédents (classés par l’organisation mondiale de la santé/O.M.S. comme produits du palier 2) vont être substitués des produits du palier 3 ; tels la morphine, l’oxycodone, la méthadone, la buprénorphine, la péthidine, le fentanyl… Ces médicaments devraient être réservés (hormis pour une brève durée) aux soins palliatifs, à des patients dont l’espérance de vie est brève.
Sinon l’addiction s’installe, avec le besoin tyrannique de consommer ces médicaments devenus des drogues. Privé de leur consommation le sujet voit ses douleurs s’exacerber, d’autres douleurs apparaissent, tandis que surviennent des manifestations, en fait des troubles, qui sont à l’opposé des effets que développaient ces agents morphiniques : dilatation pupillaire avec intolérance à la lumière, là où le morphinique contractait la pupille ; sudation là ou le morphinique la tarissait ; irritabilité, là où le morphinique rendait plus sociable ; accélération du péristaltisme intestinal là où le morphinique était constipant ; multiplication des passages aux urinoirs alors que le morphinique tendait à induire une rétention d’urine ; humeur triste, dépressive là où le morphinique améliorait l’humeur ; une hypersensibilité à la douleur, à la place de l’analgésie….Bref c’est le passage de Charybde en Silla.
Si les chiffres français ne sont pas connus, peut-on anticiper un phénomène similaire en France ? En a-t-on certains indices ? Les chiffres français sont connus grâce à l’enquête DRAMES ; traduisez : décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances qui, pour l’année 2019, dénombre 503 décès par overdoses, ; ce qui fait de nous les bons élèves de la classe européenne. La crise américaine des opioïdes ne nous affecte donc pas. Les médecins français sont conscient de la forte propension de nos concitoyens à s’adonner aux drogues et à certains psychotropes ; ainsi nous battons des records internationaux en matière de consommation de tabac, d’alcool, de cannabis, d’hypnotiques, de benzodiazépines, d’antidépresseurs.
Cela pourrait être à l’origine de leur plus grande pusillanimité, disons de leur plus grande prudence dans leurs prescriptions que les médecins américains. Toujours prompts à nous inciter à copier les U.S.A. des journalistes nationaux ont reproché au corps médical français d’être avare du recours aux analgésiques puissants, allant jusqu’à lui reprocher d’être insensible aux douleurs des patients. Heureusement la majorité des médecins français a su résister à cette provocation. D’ailleurs, les provocateurs d’hier sont devenus discrets, essayant de faire oublier leurs errements. Incorrigibles, ils vitupèrent maintenant, sans disposer des informations pertinentes pour la légalisation du cannabis dit « thérapeutique ». C’est peut-être aussi parce que les français seraient culturellement plus « résistants à la douleur ». Il est à noter encore que la pression concurrentielle entre praticiens pourrait être en cause. Le déficit des effectifs médicaux en France, qui culmine dans les « déserts médicaux », atténue la démagogie qui pollue aux U.S.A. la pratique médicale pour capter des patients. L’aura médicale, même malmenée par la gratuité croissante des soins, conserve au praticien une certaine autorité, qui lui permet de résister aux sollicitations de plus en plus fortes de sa patientèle. Ce pic constaté en 2020 est il conjoncturel ou doit on s’attendre à ce que la situation continue de s’aggraver post pandémie ? La préservation de notre Nation aux débordements de l’utilisation des antalgiques constatés en Amérique est précaire. Si nous n’y prenons garde nous pourrions, comme en d’autres matières, copier ce mauvais exemple américain. Notre tolérance à la douleur s’amoindrit : « Prendre sur soi » ; supporter ; adhérer au précepte formulé par Albert Camus « un Homme ça s’empêche » ; ne sont plus trop à la mode. Très tôt nous opposons à chacun des maux de nos enfant un médicament, instaurant chez eux le stéréotype : à chaque trouble-une réponse médicamenteuse. Notre prémunition contre les drogues s’érode. Les français, exceptionnellement désinformés, seraient maintenant favorables en majorité au cannabis dit « thérapeutique » ; tandis que s’accroit le nombre de ceux qui souhaitent sa légalisation « à des fins dites récréatives ». Le « jouir sans entrave » soixante-huitard continue, sans faiblir, de contaminer nos comportements.
Comme patients nous sommes de plus en plus impatients et requérants. Auprès des praticiens le « j’aimerais », devient de plus en plus souvent : « je veux » ; faisant craindre qu’il s’exprime bientôt « j’exige» !
En conclusion, nous ne sommes pas atteints par cette crise des opioïdes mais, si nous n’y veillons pas, nous pourrions le devenir.
Notre collègue, le Professeur Jean-Pierre Goullé est promu ce jour dans l’ordre de la Légion d’Honneur.
Professeur de Toxicologie,pourfendeur inlassable des addictions et de ceux qui les entretiennent, promoteur de ceux qui les soignent, il est en première ligne dans l’opposition constructive à la légalisation du cannabis.
Cette distinction est la juste récompense de son action.
Membre de deux académies nationales, de médecine et de pharmacie, il y a insufflé un rythme nouveau en y apportant de nouvelles preuves scientifiques, médicales mais aussi socio-économiques des méfaits des drogues.
Il les accompagne par son rôle dynamique au sein du CNPERT, par sa lettre et son blog. C’est donc aussi ici que nous savourons cette reconnaissance .
A mes félicitations personnelles, j’apporte celles de Drogaddiction.com. D’autres le feront mieux que moi mais que Jean-Pierre sache ici toute notre joie et notre fierté de voir son travail reconnu et apprécié.
Qu’il y voit aussi un encouragement à poursuivre son combat à travers les institutions académiques et associatives qu’il anime.
Nous lui souhaitons tout le succès à venir qu’il mérite
Jean-Paul Tillement
Cet hommage est si bien exprimé qu’il est inutile d’y ajouter quoique ce soit; hormis d’indiquer à titre personnel l’immense joie que je ressens devant l’annonce de cette très haute distinction décernée à notre parfait Ami
Communiqué de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie nationale de pharmacie[1]
9 juillet 2021
Depuis le lancement de la campagne nationale de vaccination contre la Covid-19, l’Académie nationale de médecine s’est exprimée publiquement à 7 reprises par communiqués de presse.
Elle a notamment rappelé et expliqué que seule une vaccination universelle permettrait de contrôler la pandémie au cours de l’année 2021 (14 décembre 2020) ; et que la mise en œuvre du programme de vaccination devait être accélérée (30 décembre 2020).
L’Académie nationale de médecine a préconisé :
– la vaccination de toute femme enceinte exposée ou porteuse de comorbidité (2 mars 2021) ;
– la vaccination obligatoire contre la Covid-19 chez les professionnels de santé, le personnel des EHPAD et les auxiliaires de vie pour personnes âgées (8 mars 2021) ;
– la nécessité de créer un passe vaccinal plutôt qu’un passe sanitaire (29 avril 2021) ;
– l’obligation vaccinale contre la Covid-19 (25 mai 2021) ;
– la suspension du remboursement des tests RT-PCR et des tests antigéniques pratiqués pour convenances personnelles (23 juin 2021).
Ces prises de position ont devancé un débat qui ne doit plus être évité devant la reprise épidémique attisée par le variant Delta. Le principe d’une vaccination fondée sur le volontariat révèle aujourd’hui ses limites, ce qui compromet l’accès au niveau d’immunité collective indispensable pour éviter une recrudescence épidémique au 4ème trimestre. Les avis de l’Académie nationale de médecine émis depuis le lancement de la stratégie vaccinale sont confortés par l’étude de l’Institut Pasteur présentée le 29 juin 2021, concluant que la vaccination est à ce jour « l’approche la plus efficace pour contrôler l’épidémie ». Le lendemain, la HAS estimait, elle aussi, que « la réflexion sur l’obligation vaccinale pourrait s’étendre à l’ensemble de la population. »
Différentes approches informatives et incitatives ont été développées auprès des personnes encore réticentes au vaccin de la Covid-19, sans résultats concluants. Les autorités sanitaires évoquent à présent l’éventualité d’une législation relative à l’obligation vaccinale.
Dans ce contexte, les arguments éthiques doivent impérativement s’ajouter aux arguments de santé publique.
Si la liberté individuelle doit être respectée, elle est toutefois limitée lorsqu’il y a danger pour autrui.
Face à la Covid-19, la vaccination n’est pas seulement un geste civique, c’est un impératif éthique. Il importe que les décisions politiques arbitrées à la suite de la concertation en cours soient éclairées, soutenues et accompagnées par l’avis de personnalités représentatives des champs de la santé et de l’éthique et des instances représentatives de la démocratie sanitaire.
Pour les soignants et les professionnels en charge des personnes âgées et vulnérables, l’obligation vaccinale contre la Covid-19 s’impose au regard des principes de solidarité et de réciprocité. Elle concerne aussi le personnel hospitalier paramédical et administratif, les ambulanciers, les pompiers, etc. Chaque soignant est tenu de tout mettre en œuvre afin de « surtout ne pas nuire ».
Les médecins et pharmaciens partagent un devoir d’exemplarité vis-à-vis de leurs patients et un rôle majeur dans la promotion de la vaccination. Les principes de bienveillance et de non-malfaisance sont au fondement de l’éthique du soin et de l’accompagnement. Mettre sciemment en péril la vie des personnes vulnérables dont on a la charge brouille le sens de l’effort collectif et compromet son efficacité. La protection des plus fragiles est une exigence démocratique à la base même du plan de lutte contre la pandémie. La morbidité et à la mortalité induites par les Covid-19 nosocomiaux en appellent à la responsabilité individuelle et à l’esprit d’engagement, au respect de la déontologie et des bonnes pratiques. Il devrait en être de même pour d’autres professions exercées dans un contexte qui favorise les risques de contamination.
Surseoir à l’obligation vaccinale des soignants revient à consentir implicitement à de nouvelles contaminations liées aux soins.
Concernant l’ensemble de la population âgée de 12 ans et plus, l’obligation vaccinale contre la Covid-19 constitue la seule option réaliste en termes de responsabilisation personnelle et d’engagement solidaire permettant de préserver sa santé, celle des autres et de parvenir à l’immunité collective. L’obligation s’impose quand une vaccination efficace et bien tolérée peut maîtriser une infection sévère, potentiellement mortelle et incontrôlable par tout autre moyen. Plusieurs maladies ont justifié une telle décision en France : la variole (1902-1984), la diphtérie (1938), le tétanos (1940), la tuberculose (1950-2007), la poliomyélite (1964). Plus récemment, 11 vaccins du nourrisson ont été rendus obligatoires en 2017.
Promouvoir l’obligation vaccinale, c’est reconnaître l’urgence d’une mobilisation de la communauté nationale dans la lutte contre un nouveau flux pandémique lié aux variants du SARS-CoV-2. Cela exige un effort de communication visant les personnes isolées, vulnérables ou exclues, dépourvues de recours à une information pertinente.
L’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie rappellent également notre devoir de solidarité internationale à l’égard des populations démunies du privilège de bénéficier de la vaccination.
Pour l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie :
– la Covid-19 réunit toutes les caractéristiques justifiant l’obligation vaccinale ;
– le « passe vaccinal » devrait pouvoir attester du respect de cette obligation ;
– la mise en œuvre de l’obligation vaccinale devrait s’accompagner d’une campagne nationale de communication favorisant une pédagogie ciblée de la responsabilité partagée, évitant toute stigmatisation, dans le cadre d’un engagement démocratique ;
– la solidarité vaccinale s’impose au plan international.
[1]Communiqué émis par l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie à la suite d’un débat organisé le 8 juillet avec des personnalités représentatives de plusieurs institutions scientifiques, académiques, sanitaires et civiles.
Ce communiqué vise à alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur l’urgence, pleinement justifiée sur les plans éthique et scientifique, de vacciner toute la population au moment où celle-ci commence à prendre conscience de ses droits et de ses devoirs dans la lutte contre la pandémie de Covid-19.