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« Tu sais pourquoi la tortue vit cent ans ? »

Parce qu’elle ne met pas le nez dans les affaires des autres ! Â»

Il est grand temps de cesser de tenir un discours aseptisé sur les problèmes de drogue.

L’adolescent qui s’installe confortablement sur un canapé avec ses copines et ses copains pour fumer un joint après la classe doit savoir que, pour que la dose consommée parvienne jusqu’à lui, il s’est produit quelque part dans le monde des actes d’une violence inouïe.

Bien sĂ»r, il le sait, direz-vous… Certes, mais il ne suffit pas de savoir, il ne suffit pas de regarder des sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es sur le sujet en machouillant du chewing gum : il faut le rĂ©aliser, prendre conscience, se rendre compte et tĂ©moigner de la barbarie au quotidien.


C’est tout le mĂ©rite de l’étude d’Adèle BLASQUEZ publiĂ©e aux Ă©ditions du CNRS sous le titre «  l’aube s’est levĂ©e sur un mort Â», et sous-titrĂ©e « violence armĂ©e et culture du pavot au Mexique Â».appelons les chiffres tout d’abord tels que les reporte Romain BUSNEL dans sa recension de l’ouvrage .

Au Mexique, la guerre contre le narcotrafic a fait près de 300 000 morts et 100 000 disparus entre 2006 et 2021.

À contre-courant des récits romancés sur le trafic de drogues et ses barons,

Adèle Blazquez, anthropologue chercheuse dépeint les conditions de vie dans une commune rurale en proie à la violence armée.


Il s’agit de Badiguarato, une commune rurale du nord du Mexique, prĂ©sentĂ©e par les mĂ©dias, les milieux politiques et l’industrie culturelle comme le « berceau du narcotrafic Â».

Dans les chansons, films et sĂ©ries – dont la cĂ©lèbre « Narcos Â», diffusĂ©e sur Netflix – l’histoire de Badiguarato est ancrĂ©e dans celles des personnalitĂ©s locales du narcotrafic, souvent prĂ©sentĂ©s comme des bandits sociaux poursuivis par l’Agence antidrogues Ă©tasunienne (DEA) et Ă  la tĂŞte de cartels se disputant l’ensemble du territoire et ses habitant·es.

À rebours de ce mythe, l’anthropologue analyse la violence non pas comme capricieuse, éruptive ou mise au service d’une guerre entre cartels, mais comme profondément ancrée dans sa société locale.

TirĂ© d’une thèse d’anthropologie soutenue en 2020 et aujourd’hui Ă©ditĂ© dans la nouvelle collection « Logiques du dĂ©sordre Â» de CNRS Éditions, l’ouvrage d’Adèle Blazquez livre un regard aussi original que nĂ©cessaire sur l’envers du narcotrafic et de la violence armĂ©e au Mexique.

Mais cette monographie prĂ©sente des caractĂ©ristiques qui sont universelles dans les pays dits « du Sud Â», que ce soit en AmĂ©rique latine ou ailleurs.
L’enquĂŞte suit divers habitant·es de Badiguarato dans leurs activitĂ©s quotidiennes (« voyager Â», « ĂŞtre lĂ  Â», « s’en sortir Â»), leurs perceptions d’actes commis (« voler une femme Â», « tuer Â») ou leur travail Ă  la mairie
(« administrer Â»).

Dès le premier chapitre, Adèle Blazquez met en exergue les contraintes qui pèsent sur les habitant.es dans leurs dĂ©placements entre le chef-lieu et les diffĂ©rents hameaux. « Savoir se mouvoir Â» et ne pas se montrer « exposĂ© Â» revient alors non seulement Ă  identifier les conflits qui Ă©maillent les diffĂ©rents
lieux de la Sierra, mais surtout à connaître des personnes à même de pouvoir assurer une protection ou se porter garantes pour un trajet.

« Se faire des relations Â» et « faire attention Â» Ă  celles-ci devient dès lors une condition sine qua non pour exister et « ĂŞtre lĂ  Â». Les relations de prĂ©dation normalisĂ©es se reflètent dans le rapport des habitant·es Ă  l’État, dont la prĂ©sence reste avant tout matĂ©rialisĂ©e par l’armĂ©e et la rĂ©pression de la culture de pavot.

L’auteure étudie la structuration économique et sociale qui découle de cette monoculture. Un détour historique montre comment certaines familles de la commune ont su tirer profit de l’enclavement de la région pour se positionner au croisement d’activités commerciales et politiques à partir de la moitié du XX e siècle.

Ces intermédiaires, communément appelés pesados (littéralement ceux qui pèsent dans la vie des gens), tirent ainsi aujourd’hui la plus-value du commerce et de la transformation du pavot. De leur côté, les paysans se contentent de cultiver précairement les fleurs et d’en extraire le latex pour le revendre immédiatement, sous risque de se le faire extorquer par la police ou l’armée.

Derrière ces rapports de domination liés à l’économie de la drogue, un usage accru de la violence s’est superposé en réponse à la répression du narcotrafic à partir les années 1980.


L’auteure montre ensuite comment la mise Ă  mort s’inscrit Ă©galement dans une logique de reproduction sociale. IllĂ©gitime et jugĂ© irrationnel lorsqu’il est exercĂ© par les « indigents Â» (p. 224), les personnes « de hameaux Â» (p. 232), « sans culture Â» (p. 232), le meurtre trouve un sens auprès de la sociĂ©tĂ© locale lorsqu’il est utilisĂ© par les puissants pour sanctionner des comportements jugĂ©s dĂ©viants.

Face Ă  cette inertie, l’action de la mairie est « rĂ©glĂ©e comme du papier Ă  musique dans un village empreint Ă  l’incertitude Â» (p.290). Meurtres et violences domestiques sont Ă©ludĂ©s au profit d’inaugurations en grande pompe, de travaux urbains et de mise Ă  l’agenda de problèmes solubles, comme la sĂ©curitĂ© routière.

Paradoxalement, en agissant comme si de rien n’était et en attribuant la violence à un phénomène largement extérieur à la politique, les élus locaux jouissent d’une forte visibilité nationale.


Pour conclure nous citerons un un proverbe qu’Adèle BLASQUEZ a entendu de la bouche d’un paysan : « tu sais pourquoi la tortue vit cent ans ? Parce qu’elle ne met pas le nez dans les affaires des autres ! Â».


Nous avons encore la chance au CNPERT de vivre dans un pays où nous pouvons librement dénoncer les méfaits des drogues et de la toxicomanie sans être menacés physiquement.
Profitons de ce luxe qui nous est permis.

Tous n’ont pas cette chance !

 Emmanuel le Tallandier

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Place du cannabis et de ses dĂ©rivĂ©s en onco-hĂ©matologie aux Etats Unis : le « Far-West » en 2022.

DOCTEUR JOËLLE GUILHOT

Jill Sederstrom : Growing Marijuana Use – ASH Clinical News, vol.8 n° 10, August 2022 (John
Wiley & Sons on behalf of the American Society of Hematology).


Cet article résume certains aspects de l’utilisation du cannabis et de ses dérivés en onco-hématologie sur la base de réflexions orales ou écrites de spécialistes de cette discipline.
La légalisation de ces produits aux Etats Unis, à des fins médicales ou récréatives, est en augmentation.


Par ailleurs, une enquête nationale américaine sur la consommation de drogues et la santé, conduite en 2020, a indiqué que 17,9 % des personnes âgées de 12 ans ou plus (environ 49,6 millions de personnes) ont déclaré avoir consommé du cannabis au cours des 12 mois précédents.


C’est une pratique en augmentation que les hématologues constatent eux même dans leur pratique clinique. Or, on attribue aux cannabis et aux cannabinoïdes le potentiel de réduire la douleur, d’améliorer la qualité de vie, d’aider aux soins palliatifs et d’augmenter l’appétit. L’intérêt de ce type de molécules est donc à discuter dans le domaine de l’onco-hématologie, car de nombreux patients souffrent d’anxiété, de
douleurs chroniques, de nausées et perte d’appétit liées à la maladie ou à son traitement.


De nombreuses études cliniques ont été et sont encore menées mais le rapport bénéfice/risque reste difficile à établir.
Les problèmes soulignés dans cet article sont en effet multiples et relèvent de plusieurs
aspects :
a) L’absence de lois harmonisées d’un état américain à l’autre concernant le nombre de produits autorisés (le « Far-West » selon le Dr Hansra), leur formulation (plus d’une centaine selon le Pr Gupta) et leur distribution : Il est donc difficile de comparer les essais de recherche menés dans un État à un autre, d’élaborer des lignes directrices ou des conclusions uniformes. La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a cependant approuvé deux cannabinoïdes synthétiques : le dronabinol et le nabilone,
afin de traiter les nausées et les vomissements chez les patients qui suivent une chimiothérapie,


b) L’utilisation avouée ou non de drogues illégales, en plus de ce qui a pu être prescrit par le médecin. Toutes formes confondues beaucoup de patients en consomment estime le Dr Curtis. Dans l’une de ses études concernant la drépanocytose, en 2018, 42 % des patients adultes interrogés ont déclaré avoir consommé de la marijuana au cours des deux années précédentes, principalement à des fins «médicales».
Elle a donc décidé de favoriser l’accès légal au cannabis thérapeutique pour limiter au maximum les pratiques illégales chez ses patients, mais elle n’exclut pas que certains puissent cumuler les deux sources d’apport en même temps, augmentant ainsi le risque de toxicité. Elle souligne à quel point la conversation avec les patients concernant leurs habitudes est importante,


c) Le manque de transparence quant à la formulation de certains produits commercialisés. Le Pr Halpern ne prescrit pas de dérivés du cannabis à ses patients.

Elle estime que leur développement industriel n’est pas assez réglementé et que le produit fini fourni est en fait parfois mal connu.
Dans tous les cas la conduite d’essais thérapeutiques est rendue difficile par la complexité de la législation mais aussi parce que les patients, doivent s’engager à renoncer à toute consommation personnelle et étrangère de cannabis pour s’assurer que les résultats de l’étude sont valides.


De fait, les auteurs des études citées ici sont réservés quant aux bénéfices potentiels. Les études observationnelles auxquelles le Dr Curtis a participé concernant la drépanocytose indiquent que les patients qui ont eu du cannabis médical pour traiter leurs symptômes ont signalé une amélioration de la douleur, de l’appétit, et une diminution de l’anxiété avec, pour les formes les moins sévères de la maladie, moins de recours à des consultations médicales.

Mais elle souligne que ces résultats ne sont pas aussi solides que s’ils avaient été issus d’un essai contrôlé randomisé. Le Pr Abrams, lui, a participé à un essai croisé randomisé comparant du cannabis vaporisé (THC et CBD associé) à un produit vaporisé placebo dans la drépanocytose.
Parmi les 23 patients qui ont terminé les deux volets de traitement, les chercheurs n’ont constaté aucune différence significative dans les niveaux de douleur autodéclarés ou les symptômes liés à la maladie.


Le cannabis (CBD et THC) a aussi été proposé pour traiter la réaction du greffon contre l’hôte lors de greffe, notamment de cellules souches hématopoïétiques. Le Pr Shore a participé à une étude qui en a montré l’intérêt. Pour autant, elle préfère ne proposer le cannabis que lorsque les patients ne répondent pas aux autre traitements connus.


Le Dr Hansra, tant en hématologie qu’en cancérologie, note un intérêt dans sa pratique courante pour le dronabinol avec amélioration importante de l’appétit, des niveaux d’anxiété et des mesures de la qualité de vie. Mais il estime lui aussi que les études en cours manquent de qualité.
Par ailleurs les risques potentiels du cannabis et des cannabinoïdes ne sont pas négligeables :

  • Majoration de sentiments de dĂ©sorientation, d’anxiĂ©tĂ©, de vomissements ou de nausĂ©es et de fatigue Ă  court terme, chez certains patients et non rĂ©duction de ces symptĂ´mes comme escomptĂ©.
  • Majoration de syndrome dĂ©pressif : le Pr Franson note que mĂŞme si Ă  court terme ce symptĂ´me Ă  Ă©tĂ© objectivement rĂ©duit, il peut paradoxalement, se majorer Ă  plus long terme.
  • Infections fongiques locales et pulmonaires :
    Toutes pathologies confondues, une étude observationnelle utilisant les données d’une vaste base de données sur les demandes de règlement d’assurance-maladie a indiqué que les patients qui fumaient du cannabis étaient 3,5 fois plus susceptibles de développer une infection fongique que ceux qui n’en consommaient pas.
  • Les spores fongiques sont apportĂ©es par la plante. A fortiori, les patients traitĂ©s spĂ©cifiquement pour des hĂ©mopathies malignes (leucĂ©mies, syndrome myĂ©lodysplasiques …) sont donc particulièrement Ă  risque de dĂ©velopper ces infections fongiques car ils sont immunodĂ©primĂ©s comme le souligne le
    Dr Halpern.
  • Il dĂ©conseille donc les formes inhalĂ©es ou vaporisĂ©es, tout comme le Dr Curtis, mĂŞme si certains comme le Pr Abrams dĂ©clare que ces dernières contrĂ´lent mieux l’apparition, la profondeur et la durĂ©e de l’effet thĂ©rapeutique.

Enfin, le Dr Hansra déclare que la recherche sur les interactions possibles du cannabis avec la chimiothérapie est limitée et on ne sait pas encore si cela pourrait nuire à son efficacité ou non.

Les formes orales sont en effet métabolisées par le foie.


En conclusion,

Il y a encore de nombreuses et importantes questions sans réponses au sujet du cannabis médical, de son efficacité et des populations de patients qui pourraient en bénéficier en onco-hématologie.

Du tabac dans les joints de cannabis : une rĂ©alitĂ© ignorĂ©e.

Ci dessous , la traduction de ce texte

Publié en 2015 par le Centre Européen de Traitement des Données de Consommation de Drogues et Dépendance


Traduction de Background


Contexte 
L’analyse des données recueillies pour l’ensemble des populations de l’UE montrent que :

a) le cannabis y est la drogue la plus consommĂ©e : 14,6 millions d’europĂ©ens de 15-34 ans dont 8,8 millions de 125-24 ans ;

b) 1% des adultes en consomme quotidiennement ;

c) le cannabis est la drogue la plus fréquemment à l’origine de demande de traitement pour dépendance (addiction).

Traduction de The European smoking pattern


Consommation du cannabis : un mode propre Ă  Europe
Alors qu’en dehors de l’Europe le cannabis « pur Â», sans substance ajoutĂ©e, est le mode courant de consommation, le consommateur europĂ©en fume un mĂ©lange de cannabis (sous forme de plante ou de rĂ©sine) et de tabac, ce dernier facilitant la combustion,

Ce fait semble ignoré des épidémiologistes, chercheurs et autres professionnels du traitement des données en Europe puisque la grande majorité de leurs questionnaires de surveillance de consommation portent sur la prise de cannabis ou sur celle de tabac et non sur leur usage mixte.

Les données européennes recensant leur usage associé sont donc très limitées et par conséquent leur valeur informative n’est pas significative.

Traduction de Implications for research and interventions


Implications pour la recherche et ses applications pratiques
Négliger le co-usage cannabis-tabac n’est pas sans conséquences en termes de recherche. En Pharmaco-toxicologie par exemple, l’étude des interactions entre médicaments pris simultanément permet d’identifier par quels mécanismes les propriétés de l’un (activité, toxicité…) peuvent être modifiées par le co-usage de l’autre et d’en tirer les conséquences en thérapeutique.

On dispose bien de quelques études récentes sur la nicotine montrant que le système endocannabinoïde intervient dans l’activation des circuits de récompense, renforcement et motivation, mais en ne prenant pas en compte le mode européen de fumer, les questionnaires d’évaluation ne recueillent pas les données nécessaires pour analyser le rôle de la nicotine dans l’induction et le développement d’une dépendance au cannabis.

La pertinence de l’utilisation de tests psychométriques pour l’évaluation de la dépendance au cannabis chez le fumeur européen pose donc question puisqu’il n’est pas tenu compte de l’effet propre à la nicotine.

Lequel s’ajoute Ă  celui du cannabis (synergie additive ?, potentialisation ?…).
En pratique, la présence de tabac dans l’évolution de la dépendance au cannabis n’est pas prise en compte par les outils d’évaluation européens.
Et même il est clair que tout comportement de dépendance est multifactoriel, y compris dans le cas du cannabis, en pratique il n’est pas d’usage en Europe de conseiller à ses consommateurs d’utiliser des substituts de la nicotine ou de la supprimer.


Conclusion
Les protocoles de surveillance et de dépistage de la dépendance au cannabis doivent être rectifiés en tenant compte de l’association cannabis-nicotine afin de recueillir des données pertinentes pour des applications efficaces chez les consommateurs européens.

Source

Drogues illicites en soins intensifs


Source Le Quotidien du MĂ©decin – 24-09-2022

Soins intensifs cardiologiques : 9 fois plus de risque de décès ou d’urgence vitale chez les consommateurs de stupéfiants


L’étude ADDICT-ICCU, prĂ©sentĂ©e par l’équipe de l’hĂ´pital Lariboisière, recensait le pourcentage de patients consommant des drogues, parmi les 1 500 admis en UnitĂ© de soins intensifs cardiologiques pour infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque aiguĂ«, arythmie, myocardite et embolie pulmonaire.

D’après le prélèvement des urines, 10 % consommaient des drogues (12 % d’hommes, 8 % de femmes), pour au moins une substance (9 % pour le cannabis, 2,1 % les opioïdes, 1,7 % la cocaïne, 0,7 % les amphétamines et 0,6 % la MDMA).

Cette consommation est sous-estimée puisque 43,5 % seulement déclaraient ne pas en utiliser.

Elle Ă©tait associĂ©e Ă  une probabilitĂ© d’Ă©vĂ©nements indĂ©sirables majeurs (dĂ©cès, arrĂŞt cardiaque, choc
cardiogénique) près de neuf fois supérieure, après ajustement sur les comorbidités.


Le risque de complications graves était multiplié par trois pour le cannabis et par cinq pour la cocaïne, après ajustement sur l’âge et le sexe.

Il augmentait encore avec la consommation de plusieurs substances.

Qu’est-ce que le « soberversary », la nouvelle tendance en ligne qui promeut le « sans alcool » ?

Par Eva LERAY

Boire de l’alcool n’est plus tendance, ou du moins c’est ce que tente de mettre en place, le « soberversary Â». Sur les rĂ©seaux sociaux, anonymes ou pas, les gens n’hĂ©sitent plus Ă  cĂ©lĂ©brer publiquement leur sobriĂ©tĂ©. Explications avec Catherine Simon, psychiatre addictologue.

Le Â« sans alcool Â» devient tendance et ce n’est pas pour dĂ©plaire aux professionnels de santĂ©. Depuis plusieurs mois, sur les rĂ©seaux sociaux de nombreux internautes partagent et affichent publiquement leur sobriĂ©tĂ© vis-Ă -vis de l’alcool. Et cette nouvelle tendance Ă  un nom : le « soberversary Â». Venu des États-Unis, ce terme est la contraction de deux mots anglais : « sober Â» et « anniversary Â». Soit un mot qu’on peut traduire en français par anniversaire de la sobriĂ©tĂ©. Anonymes ou cĂ©lĂ©britĂ©s, sur Instagram, TikTok et Twitter, les tĂ©moignages de personnes sobres se multiplient pour exprimer leurs fiertĂ©s de ne plus boire d’alcool, rapporte le quotidien rĂ©gional La DĂ©pĂŞche du Midi .

Chrissy Teigen, mannequin et présentatrice de télévision américaine a partagé sa première année de sobriété dans un post Instagram publié le 18 juillet 2022. « Pas une goutte d’alcool en 365 jours ! Ça me manque parfois de me sentir légère et insouciante, mais pour être honnête vers la fin, je ne ressentais plus ces choses-là. Je buvais pour mettre fin à mon anxiété. »

« Sur le principe ce n’est pas nouveau »

Sur Twitter, une internaute a partagĂ© le tatouage de son soberversary. Son post a reçu plus de 700 messages, pour la plupart encourageants et positifs. Une tendance plutĂ´t bien accueillie par les professionnels de santĂ© comme Catherine Simon, psychiatre addictologue., mais avant, fĂŞter sa sobriĂ©tĂ© ça se faisait en petit comitĂ© souvent dans le cercle des Alcooliques anonymes, maintenant c’est rendu public et c’est important que ça le soit Â», souligne-t-elle pour l’édition du soir.

« Les gens qui arrĂŞtent l’alcool sont fiers et ils ont raison de le revendiquer, ça participe Ă  la dĂ©normalisation de la consommation d’alcool Â», appuie Bernard Basset, mĂ©decin et prĂ©sident d’Addiction France, association nationale de prĂ©vention, d’accompagnement et de formation sur les addictions.

Si le soberversary revient mettre en avant un certain retrait de la consommation d’alcool, dès 2013, le « dry january » ou défi de janvier, en français, avait déjà remis en question la consommation d’alcool. Alcohol Change UK, organisme de bienfaisance britannique dont le but est de réduire les dommages causés par l’alcool avait lancé une campagne annuelle pour inciter des millions de personnes à ne pas boire d’alcool en janvier. Depuis, il est repris tous les ans à l’international. « Le défi de janvier peut convenir à tout le monde même à ceux qui n’ont pas de dépendance à l’alcool, assure à l’édition du soir, Bernard Basset. Et pour ces personnes-là on a aussi intérêt à réduire sa consommation. »

« La dénormalisation de l’alcool ne va pas assez vite »,

Si le soberversary et le défi de janvier permettent de prendre conscience des effets nocifs de l’alcool sur notre santé et de réguler notre consommation, « la dénormalisation de l’alcool ne va pas assez vite », regrette Catherine Simon.

Elle poursuit : « Le défi de janvier est soutenu par des collectifs et des associations mais pas par des instances gouvernementales qui soutiennent le mois sans tabac par exemple. » Pour rappel, cette opération de santé publique est menée chaque novembre en France pour encourager les fumeurs à s’arrêter.

En attendant, pour l’alcool, il faudra continuer de revendiquer sa sobriété assure la psychiatre addictologue : « Il faut oser dire qu’on a arrêté de boire, surtout quand on l’a bien vécu. »

Source

Pourquoi il faut interdire l’alcool Ă  la chasse

Par Laurent Bègue-Shankland* pour The Conversation France – Il y a 7 h

Le SĂ©nat vient de publier un rapport d’information proposant « d’interdire l’alcool et les stupĂ©fiants lors de la chasse » et de prendre des mesures similaires à celles appliquĂ©es pour la conduite. Cette idĂ©e a Ă©tĂ© fustigĂ©e par le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration nationale des chasseurs Willy Schraen, lequel n’a pas manquĂ© de rĂ©torquer qu’« un mec bourrĂ© sur un vĂ©lo, c’est dangereux aussi », oubliant que les règles qui s’appliquent aux automobilistes en matière d’Ă©briĂ©té valent aussi pour les cyclistes.

L’argument vĂ©hĂ©ment du patron de la chasse française ne semble pas rĂ©sister Ă  la comparaison internationale, quand dans d’autres pays, les organisations de chasseurs recommandent l’abstention d’alcool. Prenons le site officiel d’une agence amĂ©ricaine d’Ă©ducation Ă  la chasse : il y est rappelĂ© que « consommer de l’alcool avant ou pendant la chasse augmente les risques d’accident en affectant la coordination, l’audition, la vision, la communication et le jugement Â».

Cette prĂ©conisation de bon sens n’est pas superflue, puisque l’alcool semble faire encore partie du monde cynĂ©gĂ©tique, en France comme Ă  l’Ă©tranger.

L’alcool fortement accidentogène

Ainsi, aux Ă‰tats-Unis (oĂą la consommation d’alcool moyenne est de 20 % infĂ©rieure Ă  la nĂ´tre dans la population gĂ©nĂ©rale), une rĂ©cente enquĂŞte menĂ©e sur un Ă©chantillon reprĂ©sentatif de 2 349 jeunes adultes indiquait que 23 % des chasseurs de sexe masculin avaient dĂ©jĂ  pratiquĂ© leur loisir en Ă©tat d’ivresse.

Et en France ? MalgrĂ© l’absence de donnĂ©es chiffrĂ©es, le rapport sĂ©natorial se hasarde Ă  parler d’une « petite minorité » de personnes qui chasseraient en Ă©tant ivres. Concernant les dĂ©cès et incidents graves, les sĂ©nateurs sont plus prĂ©cis : 9 % d’entre eux sont imputables Ă  l’Ă©briĂ©tĂ© d’un chasseur

Ce rapport très hexagonal ignore malheureusement la plupart des donnĂ©es internationales disponibles sur le sujet. Il omet de mentionner qu’aux États-Unis, l’Ă©briĂ©tĂ© est prĂ©sente dans 15 % des accidents de chasse. Est Ă©galement passĂ©e sous silence cette vaste Ă©tude danoise auprès de 1 800 chasseurs qui montre que le risque d’accident impliquant une arme Ă  feu croĂ®t directement avec l’alcoolĂ©mie.

Le rĂ©cent rapport du SĂ©nat ne prend pas non plus la peine de clarifier en quoi l’alcool s’avère fortement accidentogène. On peut pourtant repĂ©rer trois consĂ©quences de l’Ă©briĂ©tĂ© qui y contribuent.

Des mouvements moins assurés

Une Ă©tude menĂ©e en Suisse dans un service d’urgence hospitalière indiquait qu’un tiers des blessures occasionnĂ©es Ă  la chasse rĂ©sultaient de chutes, par exemple quand un tireur dĂ©gringole de son mirador. L’alcool favorise ce type d’incident notamment par son action perturbatrice sur l’oreille interne, qui rĂ©gule l’Ă©quilibre, ainsi que sur le cervelet. L’anticipation et la coordination du mouvement sont touchĂ©es.

Par exemple, une recherche menĂ©e par Judith Hegeman dans un laboratoire de recherche d’Amsterdam montrait que lorsque des personnes Ă©voluent sur un tapis roulant, mĂŞme Ă  de faibles concentrations d’alcool, leur temps de rĂ©action pour l’Ă©vitement d’obstacles est fortement majorĂ©.

Une moins bonne vision

L’alcool dĂ©tĂ©riore aussi la vision pĂ©riphĂ©rique, ce qui peut affecter l’apprĂ©ciation et le respect des angles de tir. Il est responsable de la fameuse diplopie (vue dĂ©doublĂ©e) et de la vision floue en perturbant l’action des muscles ciliaires qui commandent le focus visuel.

Il favorise Ă©galement l’Ă©blouissement, car les muscles sphincters qui exĂ©cutent l’ouverture et la fermeture de la pupille selon la luminositĂ© ambiante sont ralentis.

Ă€ long terme, une alcoolisation Ă©levĂ©e altère la perception des couleurs, provoque des pathologies chroniques comme la cataracte et favorise la dĂ©gĂ©nĂ©rescence maculaire liĂ©e Ă  l’âge (DMLA) : affection se traduisant par une dĂ©gradation de la partie centrale de la rĂ©tine.

Ajoutons enfin que l’alcool brouille aussi l’audition. Dans une Ă©tude, un chercheur d’une universitĂ© corĂ©enne a alcoolisĂ© plusieurs dizaines de participants (0,5 gramme, soit deux verres standards), puis les a soumis Ă  une batterie de tests incluant des tâches de dĂ©tections de tonalitĂ©, des exercices de reconnaissance de mots ou de comprĂ©hension de paroles dans le bruit. Par rapport aux rĂ©sultats Ă  jeun, les capacitĂ©s auditives des participants Ă©taient dĂ©ficientes.

Erreurs de jugement

Lorsque l’on prend conscience de l’Ă©tendue des effets de l’alcool sur la vision et l’audition, on comprend mieux certains faits qui Ă©maillent la presse rĂ©gionale, comme l’incident de ce chasseur ivre, qui, visant un lièvre, criblait de plomb son acolyte.

Pourtant, accorder un grand poids explicatif Ă  ces altĂ©rations perceptuelles serait faire fausse route. En effet, selon l’Office français de la biodiversitĂ© (OFB), les accidents de chasse rĂ©sultent frĂ©quemment de manques de prudence et d’erreurs de jugement, comme le fait de tirer sans identifier sa cible, le non-respect de l’angle de 30 degrĂ©s (interdiction de tirs dans les secteurs angulaires de 30 degrĂ©s Ă  gauche et Ă  droite) ou les tirs en direction d’habitations.

Comme le rappelle l’OFB, les projectiles utilisĂ©s peuvent parcourir une distance allant jusqu’Ă  cinq kilomètres. Ivre ou sobre, quand une cible est Ă©loignĂ©e, voire mouvante, comment garantir que les balles ne toucheront pas plutĂ´t un VVTiste, une fillette de dix ans qui joue au bord d’une rivière ou une jeune randonneuse ?

L’alcool pousse souvent Ă  choisir l’option la plus risquĂ©e

La dĂ©cision d’appuyer sur la gâchette ou de s’abstenir de tirer implique une troisième dimension psychologique plus complexe : l’apprĂ©ciation de la situation. Selon le rapport du sĂ©nat : « Plus des deux tiers des accidents rĂ©sultent de fautes graves enfreignant les règles Ă©lĂ©mentaires de sĂ©curitĂ©. S’y ajoute une centaine d’incidents par an, c’est-Ă -dire des tirs sur des vĂ©hicules ou des maisons, qui auraient pu avoir des consĂ©quences dramatiques. Â»

L’Ă©valuation du risque et la reprĂ©sentation des consĂ©quences de son acte sont deux modalitĂ©s qui sont notoirement affectĂ©es par l’Ă©briĂ©tĂ©.

Ceci a Ă©tĂ© montrĂ© de manière simplifiĂ©e durant une Ă©tude de 2015 menĂ©e dans un bar et durant laquelle on prĂ©sentait Ă  des hommes et femmes de 18 Ă  43 ans deux bocaux remplis de cartes. On les informait qu’ils pouvaient gagner un prix en choisissant l’une d’elles : dans le bocal de droite, il y avait 50 % de cartes gagnantes, tandis que la probabilitĂ© de gagner Ă©tait inconnue pour celui de gauche. Les rĂ©sultats ont montrĂ© que les hommes ivres (mais non les femmes) choisissaient davantage l’option la plus risquĂ©e. Tirer dans l’incertitude en espĂ©rant faire mouche relève probablement du mĂŞme phĂ©nomène.

L’un des premiers facteurs d’agressivitĂ© humaine

En affectant directement le cortex prĂ©frontal, l’alcool perturbe les fonctions cognitives exĂ©cutives qui sont impliquĂ©es dans la capacitĂ© Ă  envisager ou adopter plusieurs options Ă  un moment donnĂ© pour rĂ©soudre un problème (la flexibilitĂ© cognitive), l’attention, l’inhibition de l’action et les conduites d’agression. Il constitue mĂŞme la substance psychoactive la plus constamment reliĂ©e Ă  l’agression humaine dans le monde.

Certes, ce n’est pas l’alcool, mais des chasseurs qui ont tuĂ© par balle 400 personnes depuis 20 ans en France et blessĂ© des milliers d’autres (l’alcool en a tuĂ© en rĂ©alitĂ© près d’un million au total, mais par d’autres moyens).

Cependant, puisqu’il est clairement identifiĂ© comme un facteur de risque Ă©vitable, il paraĂ®t judicieux d’interdire sa consommation Ă  des personnes qui tirent avec des carabines et des fusils semi-automatiques dans les domaines forestiers frĂ©quentĂ©s par des publics. AlcoolisĂ©s, les chasseurs prĂ©sentent un risque lĂ©tal pour tous, y compris pour eux-mĂŞmes.

De la Syrie Ă  l’Arabie saoudite, sur la route du Captagon, la drogue qui menace la jeunesse

Par Georges Malbrunot

ENQUĂŠTE – 250 millions de pilules de cette amphĂ©tamine ont Ă©tĂ© saisies depuis janvier Ă  travers le monde. Soumise aux sanctions internationales, la Syrie, qui la produit, est devenue un État narcotrafiquant.

Bachir, 26 ans, est «accro» au Captagon depuis qu’il a quittĂ© le lycĂ©e, il y a huit ans. Â«Mes amis me rĂ©pĂ©taient que ça me rendrait heureux, et effectivement, j’étais euphorique, je me sentais plein d’énergie», raconte ce Jordanien, rencontrĂ© dans un centre antidrogue du quartier de Jabal Hussein, Ă  Amman, la capitale, oĂą 70 autres jeunes sont soignĂ©s. Bachir a ensuite ouvert une Ă©choppe. Â«Je prenais deux comprimĂ©s chaque jour, dit-il d’une voix timide. Cela ne me coĂ»tait que 5 dinars (7 euros environ).» En 2016, quand ses parents ont appris que leur fils se droguait, ils ont contactĂ© le centre, oĂą Bachir a suivi un premier traitement de plusieurs mois, avant d’en sortir et de rechuter. Â«Mes amis prenaient tous du Captagon, j’aurais dĂ» m’en Ă©carter.»

Aujourd’hui, Bachir veut rompre avec ce cercle vicieux. Dans la société traditionnelle jordanienne, les drogués sont stigmatisés. «Personne, dit-il, ne veut se marier avec mes sœurs, dès que leurs prétendants apprennent que leur frère prend du Captagon.» Pour ne pas les exposer davantage, leurs noms ne sont pas divulgués par le centre antidrogue ; et s’ils viennent eux-mêmes se faire soigner, ils n’encourent aucune poursuite judiciaire, alors que la loi punit de trois années de prison le consommateur ou le détenteur de drogue. «Le Captagon est à la fois meilleur marché et plus facile à acquérir que les autres drogues», explique Abdelrhamane Abdelkader, psychiatre au centre antidrogue de Jabal Hussein, qui souligne: «La consommation se diffuse à l’université, mais les trafiquants proposent aussi du Captagon dans la rue.»

Ă€ bas bruit, le Captagon fait dĂ©jĂ  des ravages au Moyen-Orient et au-delĂ , 250 millions de pilules ayant Ă©tĂ© saisies dans le monde au cours des huit premiers mois de cette annĂ©e. Une drogue de synthèse de la famille des amphĂ©tamines, vendue sous la forme d’un petit comprimĂ© blanc estampillĂ© d’un logo reprĂ©sentant deux demi-lunes. Ă€ l’origine, un mĂ©dicament commercialisĂ© en Allemagne Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1960, et interdit depuis. La Syrie en est le principal producteur, l’Arabie saoudite le principal consommateur, et la Jordanie et le Liban, les pays de transit. De la Bekaa libanaise aux confins de la frontière syrienne jusqu’au port saoudien de Djedda, Le Figaro a remontĂ© le trafic de cette drogue, qui menace la jeunesse du Moyen-Orient.

«Captagon contre djihadistes»

Le premier rendez-vous est avec un homme d’affaires syrien, proche du pouvoir, rencontré au Liban. «On doit bien survivre, le monde entier nous impose des sanctions!», se défend-il, en référence aux très sévères mesures adoptées par l’Occident pour punir Bachar el-Assad de la répression sanglante de ses opposants, depuis 2011. «Pendant toutes ces années de révolte, l’Arabie saoudite et le Qatar nous ont envoyé des djihadistes dans l’espoir de faire tomber Assad, constate l’homme d’affaires. Maintenant, on leur envoie du Captagon, sourit-il. Nous avons une belle arme contre eux. C’est donnant-donnant.»

L’homme livre quelques dĂ©tails sur l’origine du Captagon en Syrie. Â«On a commencĂ© Ă  partir des annĂ©es 2013-2014. On envoyait la matière première aux djihadistes, qui en fabriquaient. Ă€ cette Ă©poque, j’ai vu un jeune dans un hĂ´pital militaire de Damas avec une fracture ouverte au genou. Il rigolait, il avait pris tellement de pilules qu’il ne se rendait plus compte qu’il avait mal. Après, on a commencĂ© Ă  en fabriquer et Ă  les envoyer» dans le Golfe, via la Jordanie.

Direction le nord du royaume hachĂ©mite, frontalier de la Syrie. 375 kilomètres de frontière, dans le dĂ©sert parfois. Une zone de tout temps propice aux trafics en tout genre. Mais depuis qu’en 2018 Bachar el-Assad a repris le contrĂ´le du sud de son pays, les trafics Ă  travers cette frontière poreuse ont changĂ© de nature. Â«Nous sommes dĂ©sormais en guerre. Nous ne sommes plus confrontĂ©s Ă  des trafiquants individuels mais Ă  une vĂ©ritable organisation», affirme au Figaro un haut responsable jordanien.

Le Captagon est caché dans l’arête de peignes qui sont expédiés aux barbiers en Jordanie ou en Arabie, dans des bouteilles d’huile d’olive maquillées d’un faux cul, ou dans des auberginesUn responsable jordanien

Le royaume n’est plus seulement un pays de transit: 20% environ de la drogue y parvenant est désormais consommée localement. La lutte contre le Captagon est devenue un enjeu de santé publique et de sécurité nationale.

De janvier Ă  mai 2022, 19 millions de pilules de Captagon ont Ă©tĂ© saisies sur cette frontière. C’est autant qu’au cours de toute l’annĂ©e 2021. Chaque jour, en moyenne, 13 opĂ©rations d’infiltration sont dĂ©jouĂ©es par l’armĂ©e jordanienne. Et il y a toutes celles qui ne le sont pas. Des opĂ©rations quasi militaires, de plus en plus sophistiquĂ©es. ÉquipĂ©s de lunettes de vision nocturne, les passeurs, agressifs et nombreux, recourent Ă  des drones et parfois aux roquettes RPG.

Le 27 janvier au matin, un Ă©pais brouillard enveloppait la frontière, rendant les camĂ©ras de surveillance inopĂ©rantes. Du pain bĂ©nit: 160 assaillants dispersĂ©s en trois Ă©quipes sur une portion de 73 km le long de la frontière tentèrent de s’infiltrer lors d’une opĂ©ration minutieusement coordonnĂ©e. L’armĂ©e jordanienne en tua 27. D’autres furent blessĂ©s, tandis que d’autres encore rĂ©ussirent Ă  fuir en Syrie.

https://static.lefigaro.fr/eidos-infographies/WEBinter_202237_CL_syrie_liban_moyen-orient_captagon/html/WEBinter_202237_CL_syrie_liban_moyen-orient_captagon.html

«Tuez les passeurs!»

Quelques semaines après, le roi Abdallah se rendit Ă  la frontière et ordonna Ă  ses hommes de changer les règles du jeu face aux passeurs: Â«Ă‰liminez-les!», y compris en pĂ©nĂ©trant en Syrie, autorisa le roi, après la mort d’un officier dans des combats face aux trafiquants.

«Les passeurs sont devenus très créatifs», constate le responsable jordanien, en montrant des images de saisies de Captagon. Ils peuvent tout aussi bien dissimuler leurs pilules dans des camions franchissant la frontière par les points de passage officiels qu’à travers le désert, où se fait l’essentiel du trafic. «Ils en cachent dans l’arête de peignes qui sont expédiés aux barbiers en Jordanie ou en Arabie, dans des bouteilles d’huile d’olive maquillées d’un faux cul, dans des aubergines, à l’intérieur de blocs de béton destinés à la construction qu’il est difficile de détecter, même au laser. On en a aussi découvert dans l’arrière de la cabine des camions, et dernièrement dans des matelas. Le chauffeur de ces camions n’est pas toujours au courant», ajoute la source.

Les passages en force dans le dĂ©sert sont plus dangereux. Â«Notre armĂ©e engage alors le feu», explique un officier, photo Ă  l’appui. On y voit un petit camion qui a fendu les grillages le long de la frontière, l’arrière recouvert d’une bâche de camouflage couleur sable, avec Ă  l’intĂ©rieur des comprimĂ©s, mais aussi des armes. Â«Cette fois, prĂ©cise l’officier, c’était du Tremadal», une autre pilule d’amphĂ©tamines, dĂ©rivĂ©e du Captagon.

Nous avons des noms de trafiquants et de passeurs, issus de telle ou telle tribu, mais les gens qu’on arrête ne savent pas qui sont leurs vrais patronsUn officier jordanien

Ă€ partir de la rĂ©gion de Daraa, dans le Sud syrien, les passeurs descendent vers les villages de Bershya et d’Arabshaem, avant de franchir la frontière. Â«Ce sont les mĂŞmes tribus de part et d’autre», explique l’officier. Une deuxième route part de la rĂ©gion druze de Sweida et la troisième, plus Ă  l’est, du dĂ©sert syrien de Badia et de la poche montagneuse de Lahja, oĂą des BĂ©douins participent Ă  la contrebande. Certains passeurs sont eux-mĂŞmes sous l’emprise du Captagon. Â«On a arrĂŞtĂ© un Syrien qui Ă©tait très agressif, se souvient l’officier jordanien. Il a fallu trois jours pour qu’il rĂ©cupère.»

À LIRE AUSSITrafic de drogue: comment la France s’est couverte de points de deal

Le 11 juin a eu lieu la dernière grande saisie: près de 900.000 pilules de Captagon et 150 blocs de marijuana. BlessĂ©s, deux des passeurs ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s par les forces de sĂ©curitĂ© jordaniennes. Les passeurs capturĂ©s finissent par parler. Â«Nous avons des noms de trafiquants et de passeurs, issus de telle ou telle tribu, mais les gens qu’on arrĂŞte ne savent pas qui sont leurs vrais patrons», ajoute l’officier.

Les grandes oreilles jordaniennes, elles, le savent: la 4e division de l’armĂ©e syrienne, les services de renseignements militaires syriens et le Hezbollah (leur alliĂ© libanais) sont les principaux acteurs du trafic de Captagon Ă  partir de la Syrie, auxquels s’ajoutent des hommes d’affaires de mèche avec eux.

50% des jeunes Jordaniens sont au chĂ´mage

La 4e division est dirigée par Mahel el-Assad, le frère du président Assad. Elle est proche de l’Iran, qui dépêcha en Syrie des factions alliées pour sauver Assad à partir de 2013. «Il faut un appareil d’État pour coordonner ces attaques et produire autant de Captagon», souligne le haut responsable jordanien. «Les ateliers de production sont au-delà de notre frontière», ajoute-t-il, en dépliant une carte du sud syrien et une autre de la Syrie. Elles sont éloquentes.

La première montre la localisation des laboratoires de fabrication de Captagon, ceux de crystal meth – un autre psychostimulant en augmentation en Jordanie – et ceux enfin de production de marijuana. Ces ateliers de petite taille, installĂ©s dans des villas vides ou des hangars, seraient au total une cinquantaine, dont une majoritĂ© destinĂ©e Ă  la production de Captagon dans la rĂ©gion rurale autour de Damas, dans le secteur montagneux du Qalamoun, le long de la frontière libanaise, autour de la ville de Homs et dans le pays alaouite, d’oĂą est originaire la famille Assad. Un autre laboratoire est repĂ©rĂ© près de Raqqa, l’ex-fief de Daech, et trois derniers près d’Alep, dans le Nord, non loin de la frontière turque.

Amman dispose d’images montrant des passeurs s’abritant dans des commissariats de police et se dĂ©plaçant Ă  bord de vĂ©hicules aux mains de Â«certains Ă©lĂ©ments de l’armĂ©e syrienne». Sous-entendu: la 4e division de Maher el-Assad.

Un passeur peut gagner 1000 Ă  2000 dollars par opĂ©rationUn haut responsable jordanien

La seconde carte, du Sud syrien, zoome sur 73 points de production, de rassemblement et de contrebande. Vaste toile d’araignĂ©e couvrant la quasi-totalitĂ© de la rĂ©gion frontalière de la Jordanie, oĂą 160 rĂ©seaux de trafiquants sĂ©vissent, selon Amman. Â«Face aux risques de plus en plus grands, avertit un diplomate arabe en Jordanie, les passeurs demandent de plus en plus d’argent: un passeur peut gagner 1000 Ă  2000 dollars par opĂ©ration», dit-il, tout en s’interrogeant sur les contraintes qui entravent l’action des autoritĂ©s jordaniennes.

«Les passeurs bĂ©nĂ©ficient de complicitĂ©s au sein des tribus jordaniennes, affirme ce diplomate, qui suit de près le dossier. Et dans le gouvernement jordanien, des tensions existent aussi, ajoute-t-il. Il ne faut pas trop serrer la vis sur des tribus auxquelles l’État ne peut fournir de jobs.» Quelque 50% des jeunes Jordaniens sont au chĂ´mage.

MĂŞme si des agents des renseignements, soupçonnĂ©s de «toucher» sur les trafics, sont rĂ©gulièrement arrĂŞtĂ©s, l’État est, parfois, contraint Ă  un certain laxisme. Issus de puissantes tribus, un dĂ©putĂ© de Naour, au sud d’Amman, plante de la marijuana, au vu et au su de tout le monde ou presque, tandis qu’un autre originaire de Ramtha, dans le Nord, aux confins de l’Irak et de la Syrie, est notoirement connu comme trafiquant.

Laboratoires clandestins

«Des tribus bédouines en profitent», confirme un ancien du palais royal à Amman, qui raconte la mésaventure survenue il y a une dizaine d’années à son cousin, agent des renseignements militaires. «Il avait eu l’information qu’un chef de tribu du nord de la Jordanie allait recevoir de la drogue chez lui. Il envoya deux de ses hommes planquer en face de sa maison, pendant la nuit. Mais à l’aube, le cheikh, qui savait qu’ils étaient là grâce à ses contacts dans les renseignements, envoya un de ses gars auprès des deux espions. Il déplia devant eux un tapis de prière. Ce genre de message dans notre coutume est clair: “Vous êtes morts si vous recommencez!” Les agents ne sont plus revenus.»

La main sur le cĹ“ur, Cheikh Hachem Saffiedine, le numĂ©ro deux du Hezbollah, le jure depuis son bureau ultra-sĂ©curisĂ© de la banlieue sud de Beyrouth: Â«Le Captagon, c’est haraam (interdit) dans notre religion.» Le turban noir des seyyed – les descendants du Prophète – sur la tĂŞte, celui qui fait figure de successeur potentiel de Hassan Nasrallah, l’actuel secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du mouvement chiite pro-iranien, dĂ©ment les rumeurs persistantes sur l’implication du Hezbollah dans la production et le trafic de Captagon au Liban.

Pourtant, jusqu’au dĂ©but de l’annĂ©e dernière, des laboratoires de fabrication – une vingtaine environ – existaient bel et bien dans la plaine de la Bekaa et le Hermel, deux rĂ©gions oĂą la milice chiite est puissante. Cultiver la drogue est une activitĂ© ancienne dans ces zones limitrophes de la Syrie. Â«Bien sĂ»r qu’il y en a, confie un habitant du Hermel, rencontrĂ© Ă  Beyrouth. Le relief montagneux est propice et les tribus surveillent les trafiquants. Mais il s’agit surtout de pilules de silvya, produites Ă  base de feuilles de mloukhiyĂ© assĂ©chĂ©es auxquelles est ajoutĂ© un mĂ©dicament. Ça sort en comprimĂ©, ce n’est pas cher.»

Durant la guerre, le Hezbollah et d’autres groupes ont pris le contrôle de certaines infrastructures de l’industrie pharmaceutique syrienne, leur permettant de produire le CaptagonUne source au sein d’un service de renseignement au Moyen-Orient

En 2015, le gĂ©nĂ©ral Adel Machmouchi, Ă  la tĂŞte des unitĂ©s antidrogue des Forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure libanaises (FSI), a dĂ©mantelĂ© un laboratoire de fabrication de Captagon Ă  Choueifat, un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Â«On est remontĂ©s jusqu’à un dĂ©putĂ© du Hezbollah», confie-t-il. Â«Mais aujourd’hui, je n’ai pas de preuves de leur implication directe au Liban», ajoute-t-il prudemment.

La donne a changé au printemps 2021. Après les pressions exercées par l’Arabie saoudite, qui a suspendu les importations de fruits et légumes en provenance du Liban après avoir saisi plus de 5 millions de comprimés de Captagon dissimulés dans des cargaisons de fruits, Beyrouth a accru la pression sur les trafiquants. Des arrestations emblématiques ont eu lieu, notamment celle de Hassan Dekko, le «roi du Captagon», dans son village de Tfayl, peuplé de Libanais mais en territoire syrien, à cheval sur la frontière. Des pressions qui, par ricochet, ont rendu la frontière syro-jordanienne plus attrayante pour les trafiquants.

Au Liban, le Hezbollah est gĂŞnĂ© aux entournures par la drogue. L’ancien ministre de l’IntĂ©rieur Ziad Baroud raconte: Â«En 2009, des responsables du Hezbollah sont venus me voir en me disant que les Forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure devaient ĂŞtre plus prĂ©sentes dans la banlieue sud car, me confièrent-ils, nous avons des problèmes de stupĂ©fiants. J’ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris par ce changement de mentalitĂ© de la part du Hezbollah. Il faut dire que leur environnement direct est Ă©galement touché» par la drogue. D’oĂą l’exercice d’équilibriste auquel la formation chiite pro-iranienne se livre au Liban: Â«Le Hezbollah laisse faire les opĂ©rations des FSI ou de l’armĂ©e contre des trafiquants qu’il ne contrĂ´le pas, notamment les grandes tribus de la Bekaa et du Hermel qui sont souvent aussi ses adversaires», affirme un intellectuel chiite. Selon cette source familière du Hezbollah, Â«celui-ci n’a pas les moyens d’arrĂŞter tous les gangs liĂ©s au trafic au Liban».

Depuis l’an dernier, la plupart des laboratoires libanais auraient Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s de l’autre cĂ´tĂ© de la frontière syrienne, rĂ©gions oĂą le Hezbollah est maĂ®tre du terrain avec la 4e division de Maher el-Assad.

Jeunes Saoudiens accros

En Syrie, en revanche, l’implication de la formation chiite est claire. Â«Durant la guerre, le Hezbollah et d’autres groupes ont pris le contrĂ´le de certaines infrastructures de l’industrie pharmaceutique syrienne, leur permettant, grâce aux machines saisies, de produire le Captagon», confie une source au sein d’un service de renseignement au Moyen-Orient. RĂ©sultat: en 2021, le trafic de Captagon a rapportĂ© Ă  ses promoteurs syriens et libanais plus de 5,1 milliards d’euros – et encore, sur la seule base des saisies Ă  grande Ă©chelle, affirme un rapport du think-tank New Lines Institute -, contre 3,1 milliards en 2020.

La majoritĂ© de la contrebande est Ă©coulĂ©e dans la très pieuse Arabie saoudite, oĂą la jeunesse – 60% de la population – s’ennuie. Mais elle jouit dĂ©sormais de divertissements, grâce Ă  la politique d’ouverture du prince hĂ©ritier et homme fort du royaume, Mohammed Ben Salman.

«Quand je passe près de concerts de musique Ă  Riyad, je vois tous ces jeunes Ă©lectrisĂ©s après s’être droguĂ©s», s’étonne un diplomate dans la capitale saoudienne. Mais, ici aussi, le sujet a longtemps Ă©tĂ© tabou. Â«Personne ne veut en parler, renchĂ©rit un Ă©tranger Ă  Djedda, le port sur la mer Rouge. Pourtant, on dit que les centres de rĂ©habilitation sont pleins, mais ils ne sont pas uniquement dĂ©diĂ©s au Captagon, sinon les autoritĂ©s devraient admettre qu’il y a un problème.»

Face au danger grandissant – 600 millions de pilules de Captagon interceptĂ©es au cours des six dernières annĂ©es -, le pouvoir saoudien commence pourtant Ă  sortir du bois, comme le montre une vidĂ©o diffusĂ©e en mars dernier intitulĂ©e War on Drugs, oĂą l’on voit sur fond de musique guerrière des hommes en armes luttant contre les trafiquants. Le mois dernier, les autoritĂ©s ont annoncĂ© la saisie de 47 millions de pilules d’amphĂ©tamines, dissimulĂ©es dans une cargaison de farine, au port sec de Riyad, la capitale, tandis que six Syriens et deux Pakistanais Ă©taient arrĂŞtĂ©s.

Ici aussi, le combat contre la drogue n’est pas récent, et il touche même des princes issus de la famille royale. En 2015, le prince Abdel Mohsen Ben Walid était arrêté à l’aéroport de Beyrouth avec 2 tonnes de Captagon dissimulées dans 32 paquets et huit valises, cachés dans son jet privé en partance pour Riyad. Il croupit toujours en prison. Il y a une quinzaine d’années, un hôpital pour princes «accros» à la drogue a été discrètement construit en Arabie saoudite, confie au Figaro l’ancien du palais royal à Amman. Mais depuis que MBS a de facto pris le pouvoir, les princes saoudiens ne peuvent plus rentrer incognito au pays. Leurs jets sont désormais fouillés par les douanes du royaume. Face à la drogue, l’heure n’est plus au déni.

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HHC : vendu sur internet, un nouveau dérivé du cannabis inquiète les experts

Ludivine Maurice Journaliste

Publié le 16/09/2022  en collaboration avec Dr Joachim Müllner (Psychiatre)

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Depuis quelque temps, un nouveau dĂ©rivĂ© du cannabis connaĂ®t un rĂ©el engouement. Vendu sur Internet, le HHC profite d’un vide juridique pour se rĂ©pandre, alors qu’on en sait peu sur ces rĂ©els effets sur la santĂ©. Doctissimo fait le point avec le Dr Joachim MĂĽllner. psychiatre.

Sommaire

  1. HHC : de quoi parle-t-on ?
  2. Des effets similaires au THC ?
  3. Le HHC est-il dangereux pour la santé ?
  4. HHC : est-ce une drogue ?
  5. HHC : légal ou illégal ?

ClĂ©ment vient de commander sur un site amĂ©ricain des cartouches de HHC, un dĂ©rivĂ© du cannabis. Il sait qu’il recevra d’ici quelques jours ce e-liquide pour sa vapoteuse rechargeable. De plus en plus d’experts s’inquiètent sur cette nouvelle mode autour d’un composĂ© encore peu connu.

HHC : de quoi parle-t-on ?

Le HHC un acronyme pour « hexahydrocannabinol », correspond Ă  une molĂ©cule prĂ©sente dans le chanvre. Il s’agit d’un cannabinoĂŻde tout comme le CBD ou encore le THC.

« Contrairement au THC (tĂ©trahydrocannabinol) et au CBD (cannabidiol) qui sont des composants chimiques retrouvĂ©s naturellement dans la fleur de cannabis, le HHC est une molĂ©cule fabriquĂ©e en laboratoire Ă  partir de THC naturel (par hydrogĂ©nation d’une molĂ©cule de THC). Il s’agit donc d’une molĂ©cule de synthèse », explique le Dr Joachim MĂĽllner, psychiatre Ă  l’hĂ´pital HĂ´tel Dieu (Paris).

Des effets similaires au THC ?

Le HHC est consommĂ© sous forme d’huile fumĂ©e ou de e-liquide vapotĂ©. A cause d’un manque d’études scientifiques, il est difficile de dire avec prĂ©cisions les effets psychodysleptiques (d’altĂ©ration des capacitĂ©s cognitives) du HHC, selon notre expert.

« Il semblerait que le HHC possède des effets communs au CBD et THC en terme d’effet orexigène (augmente l’appĂ©tit), d’effet anxiolytique, d’effet sĂ©datif, et d’Ă©lation de l’humeur (Ă©tat d’excitation euphorique)« , ajoute l’expert.

En somme, l’expert ajoute que certains consommateurs de ce produit dĂ©clarent que l’effet du HHC est beaucoup plus fort que le THC, d’autres le trouvent moindre.

Le HHC est-il dangereux pour la santé ?

Cette molĂ©cule est-elle dangereuse pour la santĂ© ? Faute d’une Ă©valuation scientifique rigoureuse, il est difficile de rĂ©pondre Ă  cette question. Cependant, comme souligne l’expert, « de mĂŞme que pour tous les psychotropes, cela dĂ©pend de la voie d’administration, du mode de consommation et du fait que notre organisme y soit dĂ©pendant ou pas. Comme le THC par exemple, l’effet est très diffĂ©rent en fonction du type de produit consommĂ©, de son mode de fabrication, de la personne qui le consomme, et en fonction de l’Ă©tat dans lequel la personne se trouve au moment de la consommation ».

« S’il s’avĂ©rait que le HHC, comme le THC, Ă©tait un « psychodysleptique » c’est-Ă -dire un perturbateur du traitement des informations par le cerveau, il serait alors clairement considĂ©rĂ© comme « dangereux pour la santĂ© »« , note le Dr Joachim MĂĽllner.

HHC : est-ce une drogue ?

DĂ©finir le HHC comme une drogue est assez complexe d’après l’expert : « Cela dĂ©pend de la dĂ©finition du mot « drogue » que l’on utilise. Si on entend par « drogue » une « substance psychoactive » donc un « psychotrope », oui le HHC est une drogue, de mĂŞme que le THC ou le CBD. Par contre, si on entend « drogue » dans le sens « inducteur de dĂ©pendance », alors les Ă©tudes manquent pour le moment pour pouvoir l’affirmer mais les rares Ă©tudes existantes comparent les effets du HHC Ă  celui du THC. Donc en ce sens on peut imaginer que, comme le THC, le HHC induit une dĂ©pendance. Si l’on comprend le terme « drogue » dans le sens « mauvais pour la santĂ© », alors cela dĂ©pend du mode de consommation du produit (fumer est par exemple clairement mauvais, l’ingĂ©rer l’est moins), et cela dĂ©pend Ă©galement des effets psychotropes ».

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Des programmes « argent contre dĂ©pistage » pour lutter contre les addictions aux drogues

Dans le Connecticut, aux États-Unis, la lutte contre les addictions aux opiacés se fait de plus en plus sans médicaments, notamment grâce à de nouvelles techniques impliquant des jeux qui permettent aux personnes intoxiquées de gagner de l’argent et des chèques cadeaux.

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