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“Un joint de cannabis peut être aussi dangereux qu’une dose de cocaïne”

 
	Panneau interdisant de fumer du canabis. © iStock
Panneau interdisant de fumer du cannabis. © iStock

Régulièrement, l’hypothèse d’une légalisation du cannabis revient dans le débat public en France,

Le neurologue Grégoire Hinzelin rappelle les effets du cannabis sur le cerveau.

Quand quelqu’un fume du cannabis, quels sont les effets sur son cerveau ?

Lorsqu’on fume un joint, le psychotrope absorbé provoque une accélération du fonctionnement électrique du cerveau, et donc un effet d’anxiolyse, c’est-à-dire réduisant l’anxiété. Cela produit une désinhibition, exactement comme l’alcool. L’anxiolyse et l’euphorie qui en découle sont parmi les mécanismes qui provoquent la dépendance.

Une consommation très épisodique n’aura pas particulièrement de conséquence à long terme, à part en ce qui concerne les accidents qui peuvent se dérouler à l’occasion de la période où le consommateur est sous l’emprise du cannabis. Exactement comme l’alcool, une énorme cuite n’aura en général aucun impact à long terme sur la santé, contrairement à une consommation trop fréquente.

Et sur le long terme, qu’observe-t-on dans le cerveau des consommateurs de cannabis ?

Une dégradation se manifeste de diverses façons. De manière générale, le principal aspect est l’augmentation du trouble de la mémoire, de la concentration, et parfois – plus grave – une augmentation des troubles psychiatriques. Apparaissent des crises de démence d’origine vasculaire (désorientation permanente, incapacité à ordonner ses pensées…) ou des démences cortico-souscorticales, c’est-à-dire des problèmes de mémoire graves, qui s’apparentent à un léger Alzheimer prématuré qui se manifeste parfois dès 40 ans.

Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie.

Il y a aussi un risque très important de bouffées délirantes aiguës, qui arrivent à des consommateurs qui souvent n’ont jamais connu de troubles psychiques avant et qui se mettent à adopter des comportements incohérents et irrationnels le temps de la crise. Dans de nombreux cas, la consommation régulière de cannabis peut développer une schizophrénie. En revanche, il y a débat dans la communauté scientifique entre ceux qui affirment que le cannabis ne fait que dévoiler et rendre active une schizophrénie préexistante et ceux qui défendent l’idée que le cannabis crée la schizophrénie sans que le consommateur n’y soit prédisposé. La question est là : la schizophrénie provoquée par le cannabis est-elle innée ou acquise ? Il nous faudra encore 10 ou 15 ans pour le savoir.

Il faut en outre distinguer les troubles liés à la consommation et à la drogue elle-même. La consommation de cannabis à long terme peut être un facteur d’isolement social, et la dépression peut découler de cette dépendance et de ses effets indirects.

Y a-t-il une évolution du contenu de ce que fument le consommateurs de cannabis au fil des ans ?

Les joints qui étaient fumés en mai 1968 présentaient déjà un risque et contenaient 2 à 3% de THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance active du cannabis). Aujourd’hui, une boulette de résine en contient bien plus, montant parfois jusqu’à 40% de THC ! Une telle dose dans un joint est encore plus puissante qu’un rail de cocaïne. C’est tout l’ennui : quand un consommateur va se procurer du cannabis, il ne sait pas quelle dose de THC il s’apprête à consommer, et c’est souvent énorme. C’est comme si vous vouliez acheter de l’alcool dans un magasin, et que vous ne saviez pas si vous venez acheter une bouteille de cidre ou trois bouteilles de whisky. Et quand on s’habitue à de telles doses de cannabis, on glisse vite sur la pente qui mène à la consommation de drogues dites « plus dures », comme la cocaïne.

Drogues douces, drogues dures… en ce qui concerne les effets neurologiques, la distinction est justifiée ?

Non, sauf à parler aussi d’alcool dur et d’alcool doux. En terme de dangerosité, comme je l’ai déjà dit, le cannabis peut parfois valoir la cocaïne. En plus de cela, il y a une continuité entre la consommation de cannabis et des autres drogues : 10 à 20 % des patients qui consommaient du cannabis ont fini par basculer vers une consommation plus dangereuse et fréquente, en devenant par exemple accros au crack.

L’accoutumance au cannabis, l’habitude toxique qui est prise, facilite grandement la montée de la toxicomanie. La question n’est pas la nature de la drogue – certaines considérées comme très dangereuses et d’autres comme modérément dangereuses –, mais le taux de substance nocive, en occurrence le THC. Les défenseurs d’une dépénalisation du cannabis invoquent souvent l’argument qu’elle permettrait de contrôler la qualité de ce que fument les consommateurs, mais l’expérience ne confirme pas cette idée…

Le Colorado (États-Unis), qui a légalisé le cannabis, a certes connu un boom économique dans un premier temps, mais en plus de l’augmentation du risque pour la santé des citoyens, l’État doit toujours faire face à un marché noir du cannabis, et le taux de THC n’a pas diminué.

Pour l’aspect thérapeutique du cannabis, aucune étude n’a démontré son efficacité.

Est-ce qu’on peut soigner les dégâts faits par le cannabis au cerveau ? À l’inverse, le cannabis n’a-t-il pas lui-même des vertus thérapeutiques ?

Pour l’aspect thérapeutique du cannabis, il faut être clair : aucune étude n’a démontré son efficacité. Certaines personnes sont très sensibles à ce « remède », mais rien n’a été prouvé dans ce sens de manière générale. On n’a que des expériences personnelles et individuelles.

Quant à soigner les lésions causées par le cannabis au cerveau, malheureusement, dans l’état actuel des choses, c’est impossible. Il s’agit de lésions dégénératives, il faudrait donc re-stimuler le tissu cérébral et la science ne le permet pas… Pour les cinq années à venir du moins, c’est encore inimaginable.

Source

Usage et trafic de cannabis : existe-t-il vraiment une répression ? 

JOURNAL INTERNATIONAL DE MEDECINE

Le 27 juin 2019
Les partisans de cette légalisation ne cessent d’affirmer que nous avons une des politiques les plus répressives depuis plus de 40 ans, mais que c’est un échec cuisant. Il est vrai que la loi française semble répressive, mais celle-ci n’est pas du tout appliquée tant pour l’usage simple que pour le trafic, comme le montre l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) dans son rapport publié en 2017.

Il révèle que les peines d’emprisonnement prévues pour l’offre d’un kilogramme (1 kg) d’héroïne ou de cannabis varient de manière considérable parmi les 25 pays ayant participé à cette enquête. Ainsi, en Grèce, pays où les sanctions infligées sont les plus lourdes, l’offre d’un kg d’héroïne conduit à une peine médiane de 20 ans de prison
et l’offre d’un kg de cannabis conduit à une peine médiane de 10 ans de prison.

A l’autre extrémité de l’échelle, se trouvent les deux pays les plus tolérants, les Pays-Bas et la France pour lesquels l’offre d’un kg d’héroïne conduit à une peine médiane respective de 1 an et de 2 ans de prison.

Quant à l’offre d’un kg de cannabis, la peine pouvant être suspendue dans ces deux pays, elle n’est pas représentée sur la figure de l’OEDT. En France, le cadre de la politique de lutte contre les drogues illicites a été initialement fixé par la loi de 1970 (loi n°70-1320 du 31 décembre 1970, relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses).

En réalité, cette loi n’est pas appliquée comme le montre l’OEDT ; on ne peut donc pas utiliser cet argument pour proposer de légaliser l’usage récréatif du cannabis.
De plus, cette loi a été profondément assouplie par la loi Taubira et ses décrets d’application.
Ainsi, la loi de 2014 (loi n°2014-896 du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales) apporte de nouvelles dispositions comme le recours à l’aménagement des peines, selon les circonstances de l’infraction, la personnalité l’auteur, sa situation matérielle, familiale et sociale.

Un décret d’application de cette loi, publié en octobre 2015, a instauré la transaction pénale pour les petits délits passibles d’un an d’emprisonnement maximum, parmi lesquels figure l’usage simple de stupéfiants. Après accord préalable du Procureur, elle consiste au paiement immédiat d’une amende qui éteint l’action publique. La loi de 1970 n’était pas appliquée pour l’usage simple de cannabis et la loi de 2014
avec son décret d’application de 2015 l’a rendue définitivement inopérante.

C’est pourtant l’inefficacité de la loi répressive de 1970 selon certains, qui serait responsable de l’échec de la politique sur les drogues illicites dans notre pays et en particulier de la très forte consommation de cannabis. C’est du moins l’argument systématiquement mis en avant pour réclamer la dépénalisation/légalisation de cette drogue, voire de toutes les drogues.

Pr. Jean-Pierre Goullé – CNPERT 

Commentaire

Il est interdit d’interdire

Le 27 juin 2019
Tout à fait d’accord avec le Pr Goullé : parler de politique répressive en France à propos de cannabis relève de la pure imagination. C’est un argument totalement fallacieux.

La vérité est que notre société dérive vers le fameux « il est interdit d’interdire » cher aux ex soixante-huitards.
A côté de l’argument business qui n’en est pas un (certes plus de recettes pour l’état mais qui va payer les soins médicaux aux intoxiqués ?), on voit bien que c’est la philosophie libertaire qui dirige le pays. Tout est permis, rien n’est interdit.

Pas la peine d’être Einstein pour savoir comment cela va se terminer. Il suffit de lire quelques livres d’histoire. 
Dr Franck Boutault

Cannabis : des dommages irréversibles sur le cerveau des adolescents

Source 

Alors que de plus en plus d’États tendent à le légaliser, le cannabis peut s’avérer très dangereux chez les adolescents. Cette drogue provoque des dégâts irréversibles sur le cerveau, trop souvent sous-estimés.

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Comment l’alcool en excès endommage le corps

Comment l’alcool en excès endommage le corps

Plus de 200 maladies sont imputables à l’alcool consommé en excès. Soit directement, soit parce qu’il est un facteur de risque.

Certaines pathologies sont directement imputables à l’alcool en excès comme la cirrhose alcoolique ou le syndrome de Korsakoff. Pour d’autres, il reste un facteur de risque. C’est le cas de plusieurs cancers (bouche, pharynx, larynx, œsophage, foie, sein, cancer colorectal) en raison du passage de l’alcool à travers la muqueuse buccale et l’œsophage, puis de façon plus massive, par l’estomac et les intestins. Selon les estimations, il serait responsable de 11 % des cancers des hommes et 4,5 % de ceux des femmes.

» LIRE AUSSI – L’alcool, grand oublié du plan addiction 2018-2022

Le foie, première victime

Le foie est la principale cible de l’alcool, puisque c’est là qu’il s’accumule pour être dégradé. D’après une étude française, seulement 11 % des consommateurs excessifs examinés dans le cadre d’une hospitalisation présentent un foie normal: près de la moitié ont une stéatose (accumulation de lipides dans le sang pouvant évoluer vers la cirrhose), un tiers une cirrhose alcoolique (inflammation grave du foie et destruction progressive de celui-ci) et 9 % une hépatite alcoolique aiguë (mort brutale des cellules du foie).

Il s’agit de pathologies graves: en cas de cirrhose et/ou d’hépatite alcoolique sévère, l’espérance de vie à cinq ans varie de 20 à 60 %. L’abstinence d’alcool peut améliorer la situation à n’importe quel stade de la maladie, mais plus le stade est avancé, plus les risques de complications et de mortalité sont élevés. La greffe de foie est souvent la seule solution. Environ 200 000 personnes vivent avec une cirrhose en France.

L’alcool est également un gros pourvoyeur de maladies cardio-vasculaires: hypertension artérielle, cardiopathie ischémique. Ces risques s’expliquent par la toxicité de l’alcool. «Il est dégradé en intermédiaires très agressifs pour les protéines et l’ADN. Il entraîne des dommages irréversibles sur les cellules avec lesquelles il entre en contact», clarifie Mickael Naassila, directeur de recherche Inserm et président de la société française d’alcoologie.

» LIRE AUSSI – Cirrhose: quand l’alcool détruit le foie

Du foie au cerveau

Le cerveau est également une cible de choix pour l’alcool, de par sa toxicité, mais aussi du fait de la présence de récepteurs à l’éthanol. «À forte dose, leur activation provoque l’extinction de signaux neuronaux et déprime l’activité cérébrale», explique Mickael Naassila.

Plus de la moitié des personnes dépendantes présentent des troubles cognitifs: troubles de l’attention, de la concentration, de la mémoire, de contrôle des mouvements, etc. Ces effets sont lentement réversibles en cas de sevrage. L’alcool modifie également la libération de sérotonine ou encore de dopamine d’où le risque accru de dépression et de dépendance.

Enfin, la consommation excessive d’alcool est associée à un triplement du risque de démence et à un doublement du risque de maladie d’Alzheimer. Parmi les démences directement imputables à l’alcool, on trouve le syndrome de Korsakoff associé à une carence en thiamine (vitamine B1) dans le cerveau imputable aussi à l’alcool. Cette démence se caractérise par une altération massive et irréversible de la mémoire et par une tendance à fabuler pour compenser les oublis.

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Pourquoi la «légalisation contrôlée» du cannabis serait une absurdité

Pourquoi la «légalisation contrôlée» du cannabis serait une absurdité

FIGAROVOX/TRIBUNE – Des députés de différentes obédiences ont déposé une proposition de loi pour instituer une «légalisation contrôlée» du cannabis. Alain Houpert, sénateur et médecin-radiologue, s’insurge contre cette initiative et rappelle les dangers du cannabis.


Alain Houpert est sénateur, membre de la commission des finances, et médecin-radiologue.


Autoriser une vente «contrôlée» du cannabis par les buralistes comme le suggère une proposition de loi ou dépénaliser son usage comme le réclament les signataires d’un appel paru dans l’Obs sont des idées fumeuses. L’imagerie médicale montre le danger du cannabis, en particulier sur les jeunes. Et l’exemple désastreux du Colorado, où la légalisation a fait exploser le nombre d’admission aux urgences et facilité paradoxalement le marché noir, devrait nous inciter à la plus grande prudence.

Riche idée que celle du député ex-marcheur François-Michel Lambert et d’une poignée de ses collègues: proposer la vente par les buralistes d’un cannabis dont la qualité sera contrôlée par l’État (on a hâte de connaître les critères de recrutement des testeurs), vendu par la République française via une société nationale pour empêcher toute dérive (à voir comment l’État est capable de brader une société comme ADP dès que les caisses sont vides, on peut craindre le pire).

Il suffit pourtant d’observer l’exemple du Colorado, où le cannabis est en vente libre depuis 2014, pour se rendre compte de l’absurdité de ce calcul.

Cette légalisation qui n’ose pas dire son nom, associée aux efforts des tenants du cannabis thérapeutique, sera à mon sens le cheval de Troie de la dépénalisation. C’est d’ailleurs le sens de l’appel de 70 parlementaires, médecins, députés européens, économistes… paru dans le magazine «l’Obs». Cette dépénalisation serait pourtant une profonde erreur.

Veut-on faciliter le marché noir?

C’est l’argument n°1 des tenants de la légalisation: dépénaliser aurait comme vertu première de démanteler les réseaux mafieux existants, en proposant dans des officines autorisées des substances contrôlées… tout en produisant une plus-value substantielle pour l’État, toujours à la recherche d’un nouveau moyen de remplir ses caisses. Il suffit pourtant d’observer l’exemple du Colorado, où le cannabis est en vente libre depuis 2014, pour se rendre compte de l’absurdité de ce calcul.

La drogue «légale», au coût alourdi par les taxes, pousse assez vite les consommateurs réguliers à se tourner vers leurs anciens dealers qui font fi de la législation sur le volume de leur production et peuvent afficher des prix concurrentiels.

Pire: des trafiquants, dont certains liés à des cartels de Cuba ou du Mexique, profitent de la loi pour blanchir leur trafic, produisant légalement au Colorado pour alimenter les réseaux mafieux des États voisins, où le cannabis peut être vendu avec des profits plus importants.

Le Colorado est en train de revoir sa législation sur le volume «autorisé» de plants mais le mal est fait et la DEA (la police anti-drogue) passe désormais trois fois plus de son temps à régler des trafics de cannabis depuis la légalisation… La France a-t-elle pour vocation d’accueillir et de subventionner des plantations «d’herbe» qui iront grossir la fortune d’organisations criminelles en Europe et dans le monde?

Danger pour les jeunes!

Le cannabis sur des cerveaux encore immatures provoque des dégâts considérables.

Faciliter l’usage du cannabis c’est risquer sa banalisation parmi les populations les plus vulnérables, c’est-à-dire les jeunes. Au Colorado encore, les urgences médicales ont vu en quelques années tripler l’admission d’usagers ayant sous-estimé les effets du cannabis, consommé inhalé ou aussi (l’imagination des officines étant sans limites) par voie orale sous forme de bonbons ou de biscuits contenant du THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance psychotrope de la plante).

Car l’imagerie médicale, ainsi que toute une littérature scientifique, le prouvent sans appel: le cannabis sur des cerveaux encore immatures provoque des dégâts considérables, occasionnant des troubles cognitifs et des complications neuro-vasculaires indéniables. La totale réversibilité des effets est discutée notamment chez la personne dont le développement cérébral n’est pas achevé au moment de la consommation (fœtus, adolescent).

Le rôle du cannabis est régulièrement rapporté comme à l’origine d’AVC ischémiques, de syndromes de vasoconstriction «réversible» (SVCR): certes, les rétrécissements vasculaires sont réversibles mais leurs conséquences neurologiques pas toujours. L’usage du cannabis multiplie par deux les risques d’accidents de la route, augmente les niveaux de stress, l’irritabilité.

Consommé chroniquement, il endommage la capacité de concentration et d’apprentissage. La France a-t-elle pour vocation de créer une jeunesse déclassée, une armée de «zombies» faciles à contrôler? L’appât d’un gain sur lesquels certains ont déjà commencé de spéculer (on parle de près de deux milliards par an!) justifie-t-il de gâcher les promesses d’avenir de ce pays?

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Le cannabis n’est pas un médicament

Conférence du Professeur Costentin à Rabat

Pourquoi le cannabis, tout comme son principal constituant psychotrope, le tétrahydrocannabinol, ne devraient prétendre, d’un point de vue pharmacologique, à la dignité de médicament

Jean Costentin

Docteur en médecine, pharmacien, docteur ès sciences, professeur émérite de pharmacologie, directeur de l’unité de neuropsychopharmacologie du C.N.R.S. (1984-2008) ; ancien membre de la pharmacopée, membre titulaire de l’académie nationale de Médecine et de sa commission « addictions » ; membre titulaire de l’académie nationale de pharmacie et de sa commission « agents stupéfiants et dopants »

En France, une imprudente et hâtive décision ministérielle a légalisé, par arrêté, « le cannabis thérapeutique » et a autorisé, aussitôt après, la mise sur le marché (A.M.M.) d’un mélange de THC et de cannabinol (Sativex®). Cinq ans plus tard ce « médicament » n’est toujours pas disponible dans les pharmacies françaises ; la « commission de transparence » de l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ayant estimé que le service médical rendu était négligeable, que son prix était prohibitif et ne pourrait prétendre à un remboursement sécurité sociale que de 15%.

Ces dispositions ont été prises en rupture avec la plupart des principes et critères qui fondent la dignité de médicament. Cette bulle a éclaté au cœur d’une campagne menée par plusieurs lobbies qui militent pour la dépénalisation et même la légalisation du cannabis à des fins récréatives, certains d’entre eux proposant même la légalisation de toutes les autres drogues. Tous les pays qui ont légalisé le cannabis à des fins récréatives l’ont préalablement adoubé comme médicament.

Nous allons évoquer les aspects pharmaco-thérapeutiques du cannabis, sous une forme condensée, énumérative, afin de présenter les principaux arguments qui s’inscrivent, en l’état des connaissances actuelles, contre l’usage du cannabis ou de son THC comme médicaments.

  • Le décret ministériel, paru au J.O. de la république française, qui « autorise l’usage du cannabis et de ses dérivés» ; il a été rédigé par un administratif pressé, ignorant qu’une plante, le cannabis, n’a pas de dérivés. ll voulait vraisemblablement parler de constituants, tel le THC ou le cannabidiol….mais à ne pas les nommer il les validait tous ; ils sont au nombre de près d’une centaine dans la plante…
  • Depuis plus de trente ans, il n’est plus jamais fait usage en thérapeutique, de cigarettes médicamenteuses ; sachant les méfaits, pour l’appareil broncho-respiratoire, de tout ce qui se fume
  • Le cannabis fumé produit 6 à 8 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du tabac. La combustion du cannabis (marijuana) ou de sa résine (haschisch ou shit) s’opère à une température de 200°C supérieure à celle du tabac, poussant ainsi plus loin la décomposition thermique (pyrolyse) et formant davantage de goudrons.
  • Cette température de combustion, plus élevée, génère au moins cinq fois plus d’oxyde de carbone (CO) ; ce gaz toxique qui se fixe à l’hémoglobine du sang ; ce qui diminue sa capacité de transport de l’oxygène, depuis les poumons qui le captent, jusqu’aux tissus (muscles en particulier) qui le consomment.
  • La toxicité du THC, le constituant principal du cannabis, est manifeste pour le corps : Accélération du rythme cardiaque ; vasodilatation dans certains territoires ; déclenchement d’artérites des membres inférieurs, pouvant survenir chez le sujet jeune (donc beaucoup plus précoces que celles induites par le tabac) ; dans la même registre, et avec la même précocité, induction d’accidents vasculaires cérébraux ;… Le THC est dépresseur de l’immunité ; il diminue la résistance que l’individu peut opposer aux agresseurs microbiens.
  • Le THC perturbe la croissance ; à 20 ans, la taille serait en moyenne de 10 cm et le poids de 4 Kg inférieurs à ce qui est constaté chez les adolescents qui n’ont pas fumé de cannabis.
  • Le THC se concentre dans les testicules, réduisant la sécrétion de l’hormone mâle, la testostérone, ce qui détermine au long cours, une baisse de la libido, un certain degré de régression des caractères sexuels masculins, ainsi qu’une diminution des spermatozoïdes dans le liquide séminale. De plus, le cannabis est incriminé dans la survenue d’une variété agressive de cancer du testicule (le germinome non séminome).
  • Le cannabis fait mauvais ménage avec la grossesse ; trois femmes sur quatre qui le consomment sont incapables alors de s’en abstenir. Cela abrège la durée de la gestation et fait naitre des bébés de plus petit poids que ne le ferait la seule prématurité. Le risque de mort subite inexpliquée est plus important chez ces « bébés cannabis », leur développement psycho-moteur est retardé durant toute l’enfance ; la fréquence de développement d’une hyperactivité avec déficit de l’attention est accrue, tout comme l’incidence ces toxicomanies à l’adolescence.

 

Les méfaits du cannabis, en particulier par son THC, sont encore plus importants et graves, au niveau cérébral :

  • Le THC induit une addiction (ou pharmacodépendance), qui concerne près de 20% de ceux qui l’ont expérimenté (en France on dénombre 1.400.000 usagers réguliers ; dont 650.000 usagers quotidiens et multi quotidiens.
  • Le THC persiste dans le cerveau et les lipides de l’organisme durant des jours et même des semaines, ainsi ses effets sont très persistants ; c’est « une drogue très lente ».
  • Il perturbe l’éveil, l’attention, la mémoire à court terme (sans laquelle ne peut se former une mémoire à long terme) ; ce qui est à l’origine de graves perturbations cognitives et éducatives.
  • Il produit une ivresse, assez comparables à celle due à l’alcool, avec lequel il donne lieu à une potentialisation mutuelle ; ainsi, la rencontre du cannabis et de l’alcool multiplie par 14 le risque d’avoir un accident mortel de la route.
  • Il induit des troubles délirants et hallucinatoires, tels ceux vécus au cours de la folie (schizophrénie).
  • Il est à l’origine, en aigue, de possibles crises d’angoisse, mais plus souvent d’un effet anxiolytique incitant l’anxieux à en user et bientôt à en abuser, développant une tolérance, qui fait réapparaître alors une anxiété plus intense qu’elle n’était primitivement.
  • Le THC est perçu lors des premiers usages par un sujet dépressif comme anti dépresseur, ce qui l’incite à en user, puis à en abuser, jusqu’à ce que l’effet disparaisse et fasse réapparaître une dépression intense, avec en embuscade son risque suicidaire.
  • Au rythme où les effets du THC s’atténuent le cannabinophile y ajoute souvent d’autres drogues ; instaurant une poly toxicomanie
  • Le THC peut déclencher une psychose cannabique, qui ne régresse que sous un traitement antipsychotique ; elle ne réapparaîtra pas si le sujet ne consomme plus jamais de cannabis

10   Le THC peut décompenser une vulnérabilité à la schizophrénie, et ainsi déclencher   l’apparition de cette affection grave, dont on ne guérit jamais.

11   Des études récentes (Y. Hurd, N.Y., U.S.A.) montrent que le THC, consommé par des personnes en âge de procréer, par un mécanisme épigénétique, leur fait transmettre à leur progéniture une vulnérabilité aux drogues et toxicomanies, qui se manifestera à l’adolescence. On savait que les enfants de parents toxicomanes étaient eux-mêmes victimes de celles-ci ; on pensait que c’était la seule conséquence des mauvais exemples parentaux, on sait maintenant que cette vulnérabilité est soutendue par des modifications héritées de l’expression de certaine gènes.

Ces méfaits principaux et souvent graves étant évoqués, considérons maintenant les effets pharmacologiques induits par le THC, que certains voudraient recruter à des fins thérapeutiques.

Les effets du THC sont multiples, en raison du grand nombre de récepteurs cérébraux sur lesquels il agit (les récepteurs CB1 = cannabinoïdes de type 1) et de leur caractère ubiquistes (présents dans toutes les structures cérébrales), de là ses effets multiples, sans préjuger de leur intensité. Citons pêle-mêle : des effets sédatifs, tranquillisants, analgésiques, myorelaxants, de diminution de la pression intra-oculaire (en cas de glaucome), amnésiants, de diminution du seuil épileptogène, d’augmentation de l’appétit (orexigène) ; de diminution des vomissements (anti-émétique), d’induction de troubles de l’équilibre et de la coordination des mouvements…

Depuis Claude Bernard, à la suite de son maitre François Magendie (i.e. depuis plus d’un siècle), la thérapeutique répugne à administrer des soupes végétales associant dans des proportions non définies des principes actifs divers et variés dont les effets peuvent s’épauler ou se contredire. Voilà déjà qui invalide cannabis.

La multiplicité des effets développés par le seul THC s’inscrit contre la notion de médicament. Un médicament doit développer un effet principal, majeur, éventuellement un ou deux effets latéraux que l’on peut parfois mettre à profit, mais surtout pas plus. Avec le THC on redécouvre la panacée, la thériaque ; c’est un retour de plus d’un siècle en arrière. Si on sollicite par exemple une analgésie, non seulement on n’a pas besoin, mais on va être gêné par beaucoup des autres effets servis simultanément, « en prime » ; tels une ivresse, un appétit aiguisé, un état de sédation, des troubles de la coordination motrice, des troubles délirants, des hallucinations, une dépendance rendant bientôt cette utilisation indispensable pour échapper au mal être de la privation ….autant d’effets qui, bien plus que latéraux, pourront être manifestement adverses.

Les effets que l’on voudrait solliciter sont, individuellement, d’une intensité qui n’a rien d’exceptionnelle, alors que l’on dispose, pour chacun des effets que développe le THC, d’authentiques médicaments, ayant une efficacité  souvent meilleure, et surtout une bonne spécificité d’action. Par exemple, pour traiter le glaucome on dispose d’au moins 6 classes de médicaments différents d’efficacité avérée. Pour agir sur les vomissements, on trouve dans la famille des sétrons, des molécules beaucoup plus actives que le THC.

Ce qui qualifie avant tout un médicament, au point d’être consubstantiel à cette qualité, c’est le rapport bénéfices/risques. Quels bénéfices peut-on espérer que le patient en retirera et quels risques encourra-t-il à utiliser ce médicament. Ce rapport est spécialement mauvais pour le THC. On a fait disparaître récemment du marché une benzodiazépine myorelaxante, très efficace, pour bien moins de motifs d’incrimination.

Nous devrions considérer aussi le devenir du THC dans l’organisme, dans ses interactions avec différents médicaments et surtout au travers de son exceptionnelle persistance, avec une imprévisible durée d’action.

Tout cela étant considéré, on peut affirmer aujourd’hui que le cannabis, en tant que tel, ainsi que son constituant psychotrope essentiel, le THC, qui est le substrat de tous les appétits, ne devraient pas être acceptés en tant que médicament, dans les indications proposées ou anticipées.

Le chercheur pharmacologue soussigné, n’exclue évidemment pas que l’on puisse découvrir parmi les dizaines de cannabinoïdes que recèle le chanvre indien, un ou plusieurs d’entre eux, qui développeraient d’intéressantes propriétés pharmacologiques, sans effets adverses manifestes. Le cannabidiol, substance non psychotrope, pourrait être un candidat sérieux ; cependant, en l’absence d’informations robustes, cette assertion est actuellement tout à fait prématurée.

Pr. Jean Costentin

 

Drogue et alcool: 400 hospitalisations et 10 décès par jour au Canada

La Presse canadienne – Ottawa

Plus de 400 Canadiens sont hospitalisés chaque jour en raison de maux liés à la consommation de substances et dix personnes en décèdent tous les jours, selon un nouveau rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

Les données de l’ICIS ont été recueillies en 2017-2018, notamment afin de mesurer le fardeau de la consommation de drogue ou d’alcool sur le système de santé. Les chiffres ont toutefois été prélevés avant la légalisation du cannabis à des fins récréatives, en octobre 2018.

Selon le rapport, les hospitalisations relatives à la consommation de substances sont plus nombreuses que celles liées à des crises cardiaques ou à des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

La consommation d’alcool serait particulièrement dévastatrice : parmi les dix décès par jour, 7,5 sont liés à cette substance. En général, l’alcool est responsable de la moitié des séjours à l’hôpital.

La mortalité est probablement plus élevée en réalité, puisque l’ICIS n’a pas tenu compte des décès survenus à l’extérieur des hôpitaux – comme cela arrive pour plusieurs personnes qui succombent à des surdoses d’opioïdes.

Parmi les Canadiens hospitalisés pour des méfaits liés aux substances, deux sur trois sont des hommes.

Le portrait est très différent chez les plus jeunes, âgés de 10 à 19 ans. Les filles sont plus nombreuses à être hospitalisées que les garçons, et leurs problèmes sont plus souvent causés par la consommation de cannabis.

« Chez les femmes, le taux de méfaits atteint un sommet à la mi-vingtaine, puis redescend à mesure qu’elles avancent en âge », précise-t-on dans le rapport.

Par ailleurs, les gens vivant dans des quartiers défavorisés seraient trois fois plus susceptibles de se retrouver à l’hôpital pour ces raisons.

Le Québec dépasse la moyenne

Les données entre les provinces varient beaucoup, et le Québec dépasse légèrement la moyenne canadienne. Le taux d’hospitalisation par 100 000 habitants était de 477 au Canada, et il s’élevait à 507 au Québec.

Le Québec se situe toutefois bien loin des sommets constatés dans les territoires. Aux Territoires du Nord-Ouest, le taux d’hospitalisation atteint 2015, et il est de 1022 au Yukon. Au Nunavut, il y avait eu 870 hospitalisations par 100 000 habitants.

C’est à Terre-Neuve-et-Labrador que l’on retrouve le taux d’hospitalisation le plus bas, avec un taux de 373 hospitalisations sur 100 000.

Troubles de santé mentale

L’ICIS note par ailleurs que plusieurs de ces Canadiens hospitalisés présentent des problèmes de santé mentale – quatre patients sur dix étaient atteints de troubles comme l’anxiété, la dépression et la schizophrénie.

« Un lien complexe unit les problèmes de santé mentale et la toxicomanie. En effet, les problèmes non maîtrisés de santé mentale peuvent mener à la consommation d’alcool ou de drogues sous forme d’automédication, alors que l’usage chronique de substances peut entraîner des problèmes de santé mentale comme l’anxiété, la dépression ou la psychose », explique l’organisation dans son rapport.

D’ailleurs, ces patients sont plus susceptibles de passer plus de jours à l’hôpital par rapport aux autres, selon l’ICIS.

Source

Thierry Ardisson : Faut il enfin légaliser le cannabis ?

Jean Costentin participe à l’émission de Thierry Ardisson sur le cannabis

Pour voir la vidéo de l’émission (les 20 premières minutes après les publicités)

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Autopsie d’un « débat » télévisé sur la légalisation du cannabis

Professeur Jean Costentin

               Il n’est pas plaisant de revenir sur ce qu’on a ingéré sans plaisir, mais conscient des leçons à en tirer, je me suis livré à cette régurgitation.

Samedi 27 avril, 19h30, sur la chaine C 8 de la télévision, l’émission « Salut les terriens » de T. Ardisson, était intitulée « Va-t-on enfin légaliser le cannabis ». Ce titre, par son « enfin » exprimait déjà la conclusion à laquelle elle voulait aboutir.

Les participants :

– Thierry Ardisson, animateur de l’émission qui, hors antenne, déclara être, de longue date, consommateur de cannabis ;

– William Lowenstein, médecin addictologue qui, peut-être, par mimétisme de ses patients, consommateurs de cannabis, a adopté leur mimique ainsi qu’une élocution un peu traînante ; il dissimule certains jours son militantisme pour la légalisation de toutes les drogues, en se présentant comme le président d’une association intitulée, tenez-vous bien  « S.O.S. addictions » ;

– un « humoriste », ou en tout cas présenté comme tel, procannabique en diable, dont j’ai oublié le nom ;

– Laurent Baffie, auteur, acteur multimédia, qui, au moins dans l’enregistrement initial, fit l’apologie du cannabis, qui l’aurait aidé pour sa création artistique… ;

– Yann Moix, un écrivain, qui estimera que la légalisation était de fait.

Devant ces cinq procannabis se trouvaient deux anticannabis :

– Gérald Kierzek, un médecin urgentiste, jeune, sympathique, familier des médias,  convaincu des méfaits de cette drogue ;

– et moi, le papy grognon, l’empêcheur de consommer du « chichon ».

Ces deux derniers n’étaient dopés que par l’absence, depuis toujours, de toute consommation de cannabis.  Il s’agissait donc d’un match à 5 contre 2.

Ce n’était pas du direct, l’enregistrement dura près d’une heure ; il devait comporter des amputations, pour couvrir au final quelques 25 minutes d’émission. Ces coupures me créaient quelques inquiétudes qui s’avérèrent justifiées. Néanmoins, au sortir de l’enregistrement, en dépit de ce que j’avais entendu, je n’étais pas accablé.

Mon camp avait été très épaulé par le talent de communicateur de G. Kierzek et j’avais pu exprimer nombre de points qu’il me paraissait très important de porter à la connaissance du public.

Dix jours plus tard, le samedi 27 avril, à 19h30, je ne pus me libérer pour regarder l’émission, mais dès le lendemain la plus jeune de mes sœurs m’envoya le lien me permettant de la voir. Ma déconvenue fut vive !

Plusieurs de mes formules condensées avaient été reprises (« la fumette ça rend bête ; le chichon ça rend con » ; « pétard du matin-poil dans la main ; pétard du soir-trou de mémoire » ; «la  drogue de la crétinisation » ; mais pour être percutantes il aurait fallu y adjoindre la sauce d’une démonstration, or elle avait disparue.

Mais, surtout, cinq points au moins, que je tiens pour extrêmement importants, n’ont pas survécu à la coupe. Il s’agissait de :

– l’accroissement, au cours des 25 dernières années, du taux de THC dans les produits en circulation, d’un facteur 6,5 :

– l’extraordinaire persistance du THC dans l’organisme, et en particulier dans  le cerveau, près d’une semaine après un joint et environ deux mois après de nombreux joints ; « ce n’est pas une drogue douce, c’est une drogue très lente » ;

-les relations, devenues irréfragables, entre la consommation du cannabis et le développement de la schizophrénie ; ce risque étant majoré par la précocité des premiers usages, la durée de la consommation et les doses utilisées ; auxquels s’ajoutent des facteurs de vulnérabilité individuels ; une étude récente établit que 20% des schizophrénies sont imputables au cannabis ;

– les relations avec les troubles anxieux et dépressifs qui comportent, en embuscade, des risques suicidaires ;

– et encore, je dirais et surtout, car cette observation majeure n’arrive pas à franchir la barrière des médias : les effets épigénétiques du THC. En bref, la consommation de cannabis / THC par des individus (hommes et femmes) en âge de procréer,  leur fait transmettre à leurs enfants une vive appétence pour les drogues, qui s’exprime dès l’adolescence. J’avais illustré ce grave effet par une formule (inspirée d’ une phrase du livre d’Ezéchiel : «Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés ».

Si ces cinq éléments vous paraissent superfétatoires, les « caviardeurs » ont bien fait de les faire disparaître du « débat ». Si par contre ils vous paraissent, comme à moi, très importants, il y a alors incompétence ou, pire, malversation.

Un débat à cinq contre deux , qui occulte des données majeures, loin d’éclairer le citoyen électeur, prompt à juger très vite et de tout, est un mode commun de manipulation de l’opinion et, disons même, de désinformation.

A l’opposé du « castigat ridendo mores » (de l’utilisation du rire pour corriger les mœurs), il a été fait appel au rire grasseyant, au rire bête, en un mot au rire cannabique, pour banaliser davantage cette sale drogue et dissimuler le drame qu’elle représente pour une génération et pour notre société.

Ajoutons à cela quelques frustrations mineures :

A l’issue de la séquence filmée de « l’humoriste », qui avait suscité des rires polis j’avais déclaré « sitôt qu’on vient de se forcer à rire, on devrait en pleurer » (passé à la trappe)

Quand W. Lowenstein a laissé espérer que « la légalisation du cannabis en France créerait 200.000 emplois » ; j’avais ajouté « sans doute dans les hôpitaux psychiatriques » ; (ce fut coupé ou inaudible).

Il y a certes beaucoup plus à tailler chez les gros que chez les maigres. L’embonpoint de mon propos a payé un lourd tribut aux facilités que se sont accordés mes censeurs.

Jean Costentin : « La fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! »

Vous pouvez écouter la conférence en cliquant ci dessous sur la flèche rouge

Vous pouvez lire la conférence ci dessous

Le professeur Jean Costentin était l’invité de l’association pornichétine ECLAT le samedi 23 mars, pour évoquer ses différents livres sur le fléau des drogues. Jean Costentin est docteur en médecine, pharmacien, docteur ès sciences, professeur émérite de pharmacologie à la Faculté de médecine et pharmacie de Rouen. Il a dirigé pendant 24 ans une unité de recherche associée au CNRS centrée sur la neurobiologie et la psychopharmacologie. Il promeut la devise du Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT) qu’il préside : « S’il est important de nous préoccuper de l’état de la planète que nous léguerons à nos enfants, il l’est plus encore de nous préoccuper de l’état des enfants que nous léguerons à notre planète ».

« Le désastre des toxicomanies en France » de Jean Costentin est publié aux Éditions Docis.

Kernews : 70% des jeunes reconnaissent avoir consommé de la drogue, certains uniquement le temps d’une soirée, d’autres d’une manière plus régulière. Peut-on considérer que, pour la plupart, ce sera une expérience sans lendemain, ou doit-on craindre que cela ne constitue le début d’un processus d’addiction pour une majorité d’entre eux ?

Jean Costentin : L’expérimentation n’est évidemment pas un drame en soi, mais c’est une prise de risque car nul ne se connaît tant qu’il n’a pas essayé et cela peut l’amener à y renoncer à tout jamais, ou à devenir un usager très erratique, ou bien à être accroché très vite. Il y a des drogues, comme la cocaïne, qui accrochent très vite car deux ou trois usages peuvent se transformer en une dépendance dont on est incapable de se débarrasser. Le cannabis est la première drogue illicite qui apparaît sur la liste et il faut savoir que 20% de ceux qui l’essaient vont s’y accrocher et deviendront dépendants. Mais regardons aussi cette drogue licite qu’est le tabac, qui a pris 13 millions de nos concitoyens dans les mailles de son filet. Le tabac est à l’origine de 79 000 morts chaque année, c’est-à-dire 216 morts par jour.

Je vous interroge sur la drogue et vous bifurquez sur le tabac…

Mais le tabac est une drogue ! Ce n’est pas parce qu’elle est licite que ce n’est pas une drogue. Un sujet qui consomme du tabac devient accro et perd toute indépendance vis-à-vis de sa capacité d’en prendre ou non. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue et même une drogue très dure. Si un sujet alcoolique – cela concerne un million de personnes en France – veut arrêter subitement sa consommation d’alcool, ses jours seront en danger. Relisez Zola, Gervaise, Coupeau, l’alambic… Le jour où il est incarcéré, n’ayant plus son alcool, il fait un delirium tremens dont il va mourir. Il y a des usages de l’alcool qui en font une drogue très dure et, si le sujet arrête brutalement sa consommation, par le jeu de crises d’épilepsie qui se soudent les unes aux autres, on en arrive à mourir. C’est pour cela que l’arrêt de l’alcool doit être géré en milieu hospitalier.

Certes, il ne s’agit pas de nier la dangerosité du tabac et d’encourager sa consommation mais, par rapport à l’héroïne ou au cannabis, ses effets sur le cerveau ne sont pas les mêmes car la personne reste productive sur le plan intellectuel…

Je suis d’accord avec vous, il n’y a pas de toxicité psychique du tabac, il y a une toxicité physique. Pour l’alcool, il y a une toxicité psychique et physique. Mais on ne peut pas défendre le tabac, car on appelle drogue douce une drogue qui fait quand même 79 000 morts par an ! Il y a les morts et toutes les pathologies qui vont pourrir la vie des individus. Le tabac est la première cause de mort évitable.

On observe que le comportement des usagers de cannabis change progressivement, que leur manière de raisonner n’est plus la même et cela a des conséquences sur leur vie professionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Les jeunes Français sont les premiers consommateurs de cannabis dans l’Union européenne. C’est grave, parce qu’il y a une toxicité physique qui n’est pas négligeable. Pourquoi la France, qui est parmi le pays au monde qui consacre le plus de moyens à l’éducation de ses enfants, est-elle très mal payée en retour lors des concours internationaux comme le classement Pisa ? J’affirme que si l’on parvenait à éradiquer le cannabis de tout l’espace éducatif, mécaniquement, nous gagnerons au moins 15 rangs au classement Pisa, où nous sommes actuellement vingt-sixième… En clair, la fumette, ça rend bête, le chichon ça rend con, pétard du matin, poil dans la main, pétard du soir, trou de mémoire ! Le cannabis est un très grand perturbateur de la faculté d’apprendre et de retenir. On dira la même chose pour l’alcool et il n’est pas facile d’apprendre lorsque l’on est dans un état d’imprégnation alcoolique. Quand on a bu de l’alcool, l’alcool disparaît en quelques heures. Or, lorsque l’on fume du cannabis, il faut des jours et des jours pour que son effet disparaisse. Même chez un consommateur régulier de cannabis, lorsqu’il arrête subitement sa consommation, on en retrouve encore au bout de huit semaines dans ses urines. Le cannabis est une drogue longue qui s’accumule pendant des semaines dans les graisses de l’organisme et du cerveau, qui est un organe extrêmement riche en graisses.

Pourquoi cherche-t-on à entraîner la société française vers ce phénomène de crétinisation généralisée ?

Je ne sais pas si on le cherche, mais on le trouve ! L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies vient d’adresser un carton rouge à la France pour l’absence criante de toute pédagogie à cet égard. Le seul débat, c’est sur la dépénalisation ! Avant d’aborder ce genre de questions, il faudrait peut-être armer les jeunes Français et leurs parents, la société civile dans son ensemble, sur les méfaits de cette drogue. On engage un débat sur la légalisation, alors que l’on n’a pas encore posé les problèmes de la dangerosité ! Il y a un pays qui est exemplaire à cet égard, c’est la Suède, qui a découvert les méfaits du cannabis dans les années 70 et qui montre sa responsabilité dans cette pathologie psychiatrique majeure et irréversible qu’est la schizophrénie. Face à cela, la Suède s’est dotée d’une législation, qui est aussi sévère que la nôtre. Mais, la différence, c’est qu’elle est respectée. En France, cette loi n’a pas été justifiée, alors qu’une loi a besoin d’une justification. Là où il y a une pédagogie, il y a la possibilité d’agir, mais cette pédagogie n’existe pas en France.

Tout le monde sait que le cannabis est destructeur pour la santé mentale, qu’il fait perdre de la mémoire et qu’il a des effets délétères en termes de productivité intellectuelle… Est-ce par rejet de l’autorité que l’on n’écoute pas les experts ?

Il y a de cela. Actuellement, on cultive la mise en cause de ce qu’annonce la science et on voit des campagnes contre les vaccinations qui vont à l’opposé de toutes les données dont on dispose. Dostoïevski disait que « Dieu est mort, tout est permis », or même la science est en train d’être mise en doute… Ceux qui ont fait l’effort d’en apprendre plus que d’autres pour essayer d’aider les autres à savoir sont tenus en dérision. Il est beaucoup plus facile de rejeter d’un revers de main ce qui dérange, que de s’appliquer à apprendre et comprendre. Je crains que ce ne soit un phénomène qui se développe de façon importante, en France en tout cas.

Évoquons maintenant la cocaïne, la drogue des puissants et des riches, celle des avocats, celle des politiques, celle des artistes… Il y a même eu un président de la République qui en prenait régulièrement et qui en avait besoin ! Comment peut-on concilier l’exercice de très hautes fonctions avec la consommation de cocaïne ?

J’avoue que cela m’inquiète énormément d’imaginer, si j’adhère à ce que vous évoquez, que l’on puisse avoir la maîtrise du bouton nucléaire et que l’on soit par ailleurs accro ! À un certain âge, on a besoin d’une façon quasi quotidienne de la cocaïne et il est tout à fait inquiétant d’imaginer les perturbations psychiques que cela peut engendrer. Cette cocaïne est de plus en plus inquiétante. Les pays de la Cordillère des Andes ont une production croissante, l’Amérique est en train de mieux étanchéifier ses frontières et cette drogue part maintenant vers l’Afrique, elle nous arrive avec une abondance redoublée. Il y a une forme de cocaïne qui n’est plus le chlorhydrate qui se sniffe, qui se boit ou qui s’injecte, mais qui se fume : c’est le crack, qui coûte moins cher et qui met cette cocaïne à la portée des gamins. Dans ma région de Rouen, un addictologue suit une cohorte de 50 gamins de 12 à 15 ans qui se sont déjà fait piéger avec du crack. Ce crack arrive au niveau du poumon, passe rapidement dans le sang, arrive au cerveau et déclenche une forme de shoot qui ressemble à ce que ressent celui qui s’injecte de l’héroïne par voie intraveineuse. Cette cocaïne est devenue moins chère et celui qui essaie deux à trois fois le crack peut être irrémédiablement prisonnier de cette drogue. Actuellement, nous ne disposons d’aucun moyen de faire rompre un sujet dépendant à la cocaïne.

Le crack, c’est la cocaïne du pauvre, mais évoquons la cocaïne du riche, celle qui est consommée par des politiques ou des grands patrons. On vous répond toujours que c’est pour tenir et pouvoir travailler de six heures à minuit…

C’est vrai, mais, comme ils sont dépendants, s’ils sont en manque, ils ont une perte énorme de toutes leurs capacités. Mais c’est vrai aussi pour le tabac puisque tel sujet qui voit son taux de nicotine baisser n’a de cesse que de remettre de la nicotine dans le système. Sinon, il entre dans un état de morosité et de ralentissement psychique qui confine à un état de type dépressif. Avec la cocaïne, c’est beaucoup plus net.

L’addition se paie au moment de la vieillesse, avec notamment le développement de la maladie d’Alzheimer…

Absolument, puisque ce sont des drogues psychotoxiques, mais aussi neurotoxiques. On sait également que l’on recrute parmi les alcooliques un nombre d’Alzheimer bien plus important qu’une population qui s’abstient de l’alcool. Il faut aussi  parler des produits de substitution, qui constituent une véritable préoccupation. L’héroïnomane, on essaie de le faire rompre avec son comportement injecteur, alors on lui donne une drogue, la méthadone ou le Subutex, et cela amène le sujet à renoncer aux injections d’héroïne. Mais il est toujours sous l’influence de ces morphiniques ! Il se sent moins bien et il se met à tricher et à s’injecter de la Buprénorphine. Un tiers des sujets à qui le produit est prescrit, pour le faire rompre avec son comportement injecteur, s’injecte de la Buprénorphine. En plus, en allant voir plusieurs médecins prescripteurs et plusieurs pharmaciens, il va se constituer une provision de produits, ce qui va lui permettre de les revendre à des jeunes Français qui n’avaient pas encore pris le chemin des morphiniques. Avec l’argent qu’il va retirer de cela, il retourne à sa chère héroïne… Donc, sous prétexte de faire de la réduction de risques, on met à sa disposition le Subutex qu’il va détourner en allant le revendre à des jeunes qui découvrent le chemin de l’héroïne. On marche sur la tête et cela coûte extrêmement cher à la collectivité.

Évoquons l’alcool, c’est un produit dont on peut éviter d’être dépendant lorsque l’on boit modérément. Mais quelle est la définition d’une consommation modérée ?

Il y a la consommation festive, avec modération, qui ne doit pas dépasser trois verres de vin dans une même occasion, trois verres chez l’homme et deux verres chez la femme. Avec cet usage, l’alcool est un produit parfaitement acceptable au plan sanitaire. Ce n’est pas comme le tabac, il y a toute une graduation possible. Notre Académie de médecine dit que l’on est dépendant dès que l’on est incapable de se passer de toute boisson alcoolique, y compris le cidre et la bière, un jour par semaine. Dans ce vivier, qui représente quatre à cinq millions d’individus, un million d’entre eux dépassent franchement la mesure. L’alcoolique est un malade qui mérite notre compassion et ce mot ne doit pas recouvrir le moindre caractère péjoratif. Pour certains, c’est du 2 à 6 litres par jour, avec tout un tas de problèmes comme la marginalisation, la rupture familiale ou la rupture professionnelle. Il y a la cirrhose hépatique, les destructions neuronales qui vont avec et une empreinte forte sur la maladie d’Alzheimer.

Pour terminer sur une note optimiste, plusieurs études indiquent qu’après quelques décennies, lorsque l’on arrête totalement de fumer, il n’y a plus aucun effet sur le corps humain. Est-ce la même chose pour l’alcool et les drogues ? Le corps humain a-t-il la faculté de se régénérer ?

Je suis tout à fait d’accord s’agissant de l’alcool. Le fait d’arrêter la consommation de tabac et d’alcool permet de s’éloigner des risques multiples. Pour le cannabis, c’est presque la même chose et un jeune qui arrête complètement sa consommation pendant les grandes vacances va retrouver les aptitudes qui étaient les siennes. Néanmoins, une étude américaine indique que chez un sujet qui a fumé du cannabis pendant une vingtaine d’années, la perte de quotient intellectuel est d’environ 9 points et qu’elle n’est pas récupérable. En plus, si cela a déclenché une schizophrénie, il faut savoir que c’est une maladie dont on ne guérit jamais. Si le sujet schizophrène continue sa consommation de cannabis, il va avoir une résistance au traitement aux anti-psychotiques et cela va aggraver la fréquence des troubles. Avec les morphiniques, il semble que l’on puisse espérer une restitution intégrale, mais il y aura une très grande vulnérabilité à cette drogue. C’est vrai aussi pour le fumeur qui arrête : il ne doit surtout pas se rapprocher du tabac, y compris pour un usage exceptionnel, car le processus peut recommencer. Le sujet qui a eu la chance, ou la force, de se détacher d’une drogue doit en demeurer éloigné sans aucune exception, car il présente une vulnérabilité à retomber dans ses errements.

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