Pourquoi la «légalisation contrôlée» du cannabis serait une absurdité

Pourquoi la «légalisation contrôlée» du cannabis serait une absurdité

FIGAROVOX/TRIBUNE – Des députés de différentes obédiences ont déposé une proposition de loi pour instituer une «légalisation contrôlée» du cannabis. Alain Houpert, sénateur et médecin-radiologue, s’insurge contre cette initiative et rappelle les dangers du cannabis.


Alain Houpert est sénateur, membre de la commission des finances, et médecin-radiologue.


Autoriser une vente «contrôlée» du cannabis par les buralistes comme le suggère une proposition de loi ou dépénaliser son usage comme le réclament les signataires d’un appel paru dans l’Obs sont des idées fumeuses. L’imagerie médicale montre le danger du cannabis, en particulier sur les jeunes. Et l’exemple désastreux du Colorado, où la légalisation a fait exploser le nombre d’admission aux urgences et facilité paradoxalement le marché noir, devrait nous inciter à la plus grande prudence.

Riche idée que celle du député ex-marcheur François-Michel Lambert et d’une poignée de ses collègues: proposer la vente par les buralistes d’un cannabis dont la qualité sera contrôlée par l’État (on a hâte de connaître les critères de recrutement des testeurs), vendu par la République française via une société nationale pour empêcher toute dérive (à voir comment l’État est capable de brader une société comme ADP dès que les caisses sont vides, on peut craindre le pire).

Il suffit pourtant d’observer l’exemple du Colorado, où le cannabis est en vente libre depuis 2014, pour se rendre compte de l’absurdité de ce calcul.

Cette légalisation qui n’ose pas dire son nom, associée aux efforts des tenants du cannabis thérapeutique, sera à mon sens le cheval de Troie de la dépénalisation. C’est d’ailleurs le sens de l’appel de 70 parlementaires, médecins, députés européens, économistes… paru dans le magazine «l’Obs». Cette dépénalisation serait pourtant une profonde erreur.

Veut-on faciliter le marché noir?

C’est l’argument n°1 des tenants de la légalisation: dépénaliser aurait comme vertu première de démanteler les réseaux mafieux existants, en proposant dans des officines autorisées des substances contrôlées… tout en produisant une plus-value substantielle pour l’État, toujours à la recherche d’un nouveau moyen de remplir ses caisses. Il suffit pourtant d’observer l’exemple du Colorado, où le cannabis est en vente libre depuis 2014, pour se rendre compte de l’absurdité de ce calcul.

La drogue «légale», au coût alourdi par les taxes, pousse assez vite les consommateurs réguliers à se tourner vers leurs anciens dealers qui font fi de la législation sur le volume de leur production et peuvent afficher des prix concurrentiels.

Pire: des trafiquants, dont certains liés à des cartels de Cuba ou du Mexique, profitent de la loi pour blanchir leur trafic, produisant légalement au Colorado pour alimenter les réseaux mafieux des États voisins, où le cannabis peut être vendu avec des profits plus importants.

Le Colorado est en train de revoir sa législation sur le volume «autorisé» de plants mais le mal est fait et la DEA (la police anti-drogue) passe désormais trois fois plus de son temps à régler des trafics de cannabis depuis la légalisation… La France a-t-elle pour vocation d’accueillir et de subventionner des plantations «d’herbe» qui iront grossir la fortune d’organisations criminelles en Europe et dans le monde?

Danger pour les jeunes!

Le cannabis sur des cerveaux encore immatures provoque des dégâts considérables.

Faciliter l’usage du cannabis c’est risquer sa banalisation parmi les populations les plus vulnérables, c’est-à-dire les jeunes. Au Colorado encore, les urgences médicales ont vu en quelques années tripler l’admission d’usagers ayant sous-estimé les effets du cannabis, consommé inhalé ou aussi (l’imagination des officines étant sans limites) par voie orale sous forme de bonbons ou de biscuits contenant du THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance psychotrope de la plante).

Car l’imagerie médicale, ainsi que toute une littérature scientifique, le prouvent sans appel: le cannabis sur des cerveaux encore immatures provoque des dégâts considérables, occasionnant des troubles cognitifs et des complications neuro-vasculaires indéniables. La totale réversibilité des effets est discutée notamment chez la personne dont le développement cérébral n’est pas achevé au moment de la consommation (fœtus, adolescent).

Le rôle du cannabis est régulièrement rapporté comme à l’origine d’AVC ischémiques, de syndromes de vasoconstriction «réversible» (SVCR): certes, les rétrécissements vasculaires sont réversibles mais leurs conséquences neurologiques pas toujours. L’usage du cannabis multiplie par deux les risques d’accidents de la route, augmente les niveaux de stress, l’irritabilité.

Consommé chroniquement, il endommage la capacité de concentration et d’apprentissage. La France a-t-elle pour vocation de créer une jeunesse déclassée, une armée de «zombies» faciles à contrôler? L’appât d’un gain sur lesquels certains ont déjà commencé de spéculer (on parle de près de deux milliards par an!) justifie-t-il de gâcher les promesses d’avenir de ce pays?

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