Buvant « cul sec », il met en bière le conseil de modération.

Pr. Jean Costentin

Broutilles et billevesées détournent l’attention de l’essentiel. Pourtant, comme elles enflamment la médiasphère et que le sujet s’inscrit dans nos préoccupations soyons excusés de nous y arrêter.
Dans les vestiaires, à l’issue du match de rugby Toulouse-La Rochelle, le Président de la
République, tout à l’ambiance du moment, s’est enfilé, d’un seul trait, « et glou, et glou, et glou »
une bouteille entière de bière.
Arrêt sur cette vidéo, en nous gardant d’être pisse froid ou néphalien.

  • N’était-ce pas une bière sans alcool, type Tourtel ou Bruckner, i.e. avec un degré alcoolique inférieur à 1°5 ?
  • Son degré alcoolique était-il voisin de 5°5, devenu l’étiage pour les bières du commerce, que des crues régulières envolent vers des titres extravagants (la Rochefort 10, est à 11°3)
  • S’agissait-il d’un demi (250 mL) ou d’une bouteille de 33 cL ?
  • Après tant de gaz ingérés a t’il roté d’abondance comme Dupont accoudé au zinc ?
    Trêve de prosaïsme, ce comportement ostentatoire, d’un être doué et premier représentant de l’Etat, rodé depuis 6 ans aux vicissitudes de sa fonction et sachant aligner ses comportements au cordeau de la bienséance, vaut d’être analysé.

  • Cette démonstration met à mal le concept qu’on s’applique à promouvoir, que la fête et l’ivresse alcoolique n’ont pas inéluctablement partie liée.
    Ce « cul sec » peut être assimilé à une apologie du « binge drinking », de cette « biture expresse », qui se répand dans la jeune génération, avec ses divers risques associés.
  • Dans le dictionnaire des synonymes on trouve les expressions « boire à plein gosier, à tire-larigot, au goulot, comme un grenadier, comme un plant de courge, comme un polonais, comme un pompier, comme un sonneur, comme un suisse, comme un templier, comme un tonneau, comme un trou, comme un troupier, comme une éponge ».
  • Ce « dico » devra t il s’enrichir de l’expression « comme un Président ».
    Cette ingurgitation ne permet ni de goûter, ni d’apprécier ce que l’on boit ; elle a pour unique objet une ascension brutale de l’alcoolémie, sorte de « shoot », pour un abaissement subit de l’écluse dopaminergique du noyau accumbens (pour l’exprimer en des termes neurobiologiques).
  • Ainsi, dans ses fonctions de représentation, d’exemplarité, nous ne pouvons que déplorer cette séquence peu présidentielle.
    La psychanalyse (habituée à dire tant de choses sur des riens) dépasse l’auteur de ce billet, autant que les roueries politiciennes, aussi se contentera-t-il de conclure, en détournant le titre du livre de G. Davet et F. Lhomme qui concernait F. Hollande : « un Président ne devrait pas boire ostensiblement comme cela ».
    « Le bonheur, c’est le plaisir sans remord » disait Socrate
    A votre bonne santé monsieur le président, à celle des rugbymen; et passons vite à autre
    chose.