La « tranq » est un cocktail de drogues qui ravage la peau de ceux qui la consomment.

Publié le 21/06/2023
Ce nouveau mélange de drogues qui provoque des dégâts sur la peau et complique les overdoses a envahi les rues américaines. Dans les colonnes de La Voix du Nord, on découvre le témoignage de Martin, dépendant aux opioïdes depuis plusieurs années. Le quarantenaire est actuellement à New York et subit les effets du « tranq ».
Des plaies parfois profondes
« Ce n’est pas une bonne expérience, ça vous fait des trous dans le corps, dans la peau », souffle Martin, la voix parfois tremblante, lors d’une visite à St. Ann’s Corner of Harm Reduction, une association d’aide et d’échange de seringues ouverte, depuis 1990 dans l’arrondissement du Bronx.
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Il garde lui-même des traces de plaies sur les jambes ou les bras. Signe qu’il a pu s’injecter à son insu de la xylazine, aussi appelée « tranq », et dont les blessures, qui peuvent ronger la peau et noircir, apparaissent ailleurs que dans la zone d’injection. « Ça mange la chair, comme un crocodile », lâche Martin, qui ne souhaite pas donner son nom.
Souvent couplée au fentanyl
La xylazine, un sédatif pour animaux, n’est pas autorisée pour un usage humain par l’Agence américaine des médicaments (FDA), mais elle a pénétré le marché américain des drogues illégales, volatil et dominé par les produits de synthèse. Jusqu’à être désignée « menace émergente » par la Maison Blanche en avril dernier.
Accessible facilement sur internet, elle est très souvent couplée au fentanyl, l’opioïde de synthèse 50 fois plus puissant que l’héroïne, qui a fait grimper en flèche le nombre d’overdoses mortelles dans le pays, à près de 110.000 en 2022, un record.

Selon des données des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), l’estimation du nombre d’overdoses mortelles dans lesquelles la xylazine est impliquée est passée de 260 en 2018 à 3 480 en 2021 aux États-Unis. Si Philadelphie fait figure d’épicentre de la « tranq », New York n’est pas épargnée : 19 % des overdoses aux opioïdes, soit 419 décès, impliquaient aussi de la xylazine en 2021, selon la ville.
Une amputation parfois nécessaire
Martin cherche à éviter ce cocktail, car « ça vous met K.O . » pendant des heures. « C’est dur, mais qu’est-ce que vous voulez faire quand vous êtes accro ? », lâche-t-il.

Les blessures, les soignants de St Ann’s Corner of Harm Reduction en voient de plus en plus souvent quand ils sortent avec leur camionnette dans les rues du Bronx pour apporter du matériel de soin, des seringues propres, des tests de détection du fentanyl, de la nourriture, ou juste quelques conseils et mots de réconfort à des personnes en extrême difficulté.
Sur une photo qu’une infirmière a prise sur le terrain, la peau d’un patient présente de nombreuses plaies, parfois profondes. « Les blessures peuvent s’aggraver, jusqu’à l’os (…) Parfois, les gens ont besoin d’une amputation ou d’une greffe de peau », ajoute-t-elle.
Une mission compliquée pour les enquêteurs
Les États-Unis sont déjà submergés par la crise des opioïdes. La ville de New York et les associations mettent le paquet sur la naloxone, un spray nasal qui sert d’antidote en cas d’overdose au fentanyl. Mais en ralentissant la respiration et le rythme cardiaque, la xylazine complique encore la situation.
Autorisé pour les animaux, le produit n’a pas le statut de « substance contrôlée » au niveau fédéral, comme le sont les drogues dures, ce qui complique la tâche des enquêteurs, selon la procureure spéciale chargée des stupéfiants à New York, Bridget Brennan.
Des initiatives à St Ann’s
« Nous pouvons garder un œil dessus. Mais même si nous en trouvions une grande quantité, nous ne pourrions pas poursuivre quelqu’un pour cela » et donc « pas remonter à la source », explique-t-elle.
À St Ann’s, on pense plutôt que l’apparition de nouveaux mélanges découle de politiques criminalisant les toxicomanes. Le centre participe à un programme de la ville de New York, qui permet aux consommateurs de tester leur drogue pour connaître les risques. L’initiative doit aussi permettre aux services de santé de la ville de suivre en temps réel les évolutions du marché illégal.
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