Emmanuel le Taillandier
Les résultats de la récente enquête Harris portant sur la légalisation du cannabis donnent les opinions des personnes sondées de façon précise.
Près d’un français sur deux est favorable à la légalisation du cannabis.
Mais les questions de l’enquête ne portent pas sur les raisons de ces opinions, sur la façon dont elles
se sont formées sur ce sujet et sur leur versatilité.
Nous nous intéresserons aux réponses positives et émettrons des hypothèses sur les raisons que nous soupçonnons. Elles sont évidemment discutables. Encore faut-il les poser pour pouvoir les discuter. Nous les présentons dans un ordre qui est aléatoire sans préjuger du poids que peut représenter chaque point mentionné.
RAISONS POSITIVES :
- L’effet « mouton » : les autres le font, d’autres pays ont légalisé. Donc pourquoi pas nous ?
Nous risquons d’être en retard. Nous sommes ringards si nous ne faisons pas comme les
autres, notamment comme les allemands qui viennent de relancer le débat. - L’effet « vert » : Le merchandising mis en place pour le CBD et le cannabis est très séduisant
car il est construit autour de photos présentant cette plante verte étoilée qui se déploie magnifiquement. L’effet visuel est réussi : le cannabis est une jolie plante. Sa teinte verte suscite inconsciemment des sympathies politiques. Elle est très bien mise en valeur. De ce point de vue le coup joué par les partisans de la légalisation est gagnant même si la faveur dont jouit cette plante n’a rien de rationnel. - L’effet « médias » : Il s’agit d’enquêtes orientées prouvant les bénéfices du cannabis dit « médical » en qualité d’antalgique et soulignant la position retardataire des autorités de Santé qui refuseraient à des patients cette possibilité de soulagement. Mais ce ne serait qu’une question de temps. Les effets sur la santé publique sont délibérément passés sous silence.
- L’effet « justice » : le syndicat de la magistrature demande la dépénalisation et met son poids dans la balance.
- L’effet « munichois » : De toutes façons la guerre contre la drogue est perdue d’avance. Donc il est préférable d’abdiquer et de renoncer à ce combat.
- L’effet « consommateur » : Toutes les personnes souffrant d’addictions, ainsi que les jeunes qui « consomment » ne veulent pas renoncer à cette dépendance et souhaitent au contraire qu’elle soit facilitée. Il s’agit de la masse des consommateurs réguliers qui ne se soucient pas des aspects criminels du trafic. S’ils s’en inquiètent un peu ils trouvent dans la légalisation la justification facile de leur comportement puisque cette mesure, selon eux, permettrait d’assécher les gains des trafiquants.
- Ces raisons positives en faveur de la légalisation sont remises en cause depuis peu de temps en raison de scandales touchant des « people » (affaire Palmade, etc..), des personnes connues dans les médias.
Elles le sont également en raison des assassinats répétés de jeunes trafiquants dans les quartiers de villes, les cités où prévaut l’illégalité et une certaine émotion est perceptible.
Le « collectif » qui s’est constitué en faveur de la légalisation met donc les bouchées doubles. Mais qu’est-ce qu’un collectif sinon une « liste à la Prévert » ?
Un collectif n’a en soi pas plus d’existence légale que de légitimité, si ce n’est qu’il peut bénéficier d’une certaine complaisance médiatique, et même politique. Mais est-ce suffisant pour argumenter de façon valable ?
Emmanuel le Taillandier
Ecrire un commentaire