Paris, le mardi 12 décembre 2023
Après plusieurs années de tension, les addictologues demandent au gouvernement de soutenir le prochain « Dry January » et de relancer la lutte contre l’alcoolisme.
Quatre ans après, les addictologues n’ont toujours pas digéré le coup. En novembre 2019, après plusieurs mois de préparation en commun entre Santé Publique Française (SPF), les addictologues et les différentes associations de lutte contre l’alcoolisme, le Président de la République avait décidé sans coup férir de retirer le soutien de l’Etat au « Dry January » ou « Défi de Janvier ».
Cette opération de mobilisation sociale importée du Royaume-Uni et visant à promouvoir la modération en incitant les Français à ne pas boire d’alcool tout au long du mois de janvier n’était pas du gout du chef de l’Etat, qui ne cache pas son amour du vin. Pour ses quatre premières éditions, le Dry January à la française aura donc été mené par les médecins et les associations seuls, sans soutien des autorités.
Deux campagnes anti-alcool abandonnées par le gouvernement
Quatre ans après cette rupture entre le gouvernement et les addictologues, ces derniers tendent de nouveau la main. Dans une lettre ouverte au ministre de la Santé publiée ce lundi par le journal Le Parisien, 48 addictologues demandent à Aurélien Rousseau de revenir sur la décision de 2019 et de soutenir officiellement la 5ème édition du Dry January, qui commence dans trois semaines.
« La confiance envers le gouvernement pour mener une politique cohérente et résolue est sérieusement altérée » débutent les médecins. « La restauration de cette confiance ne peut passer que par des gestes forts, aussi bien en termes de contenu que de portée symbolique. Soutenir l’opération de mobilisation sociale connue en France sous le nom de Défi de Janvier nous semble être une opportunité de choix ».
Ces derniers mois, les relations entre les addictologues et le gouvernement n’ont fait que se tendre. La faute notamment à l’abandon de deux campagnes de santé publique contre l’alcool. D’abord en janvier, lorsqu’après une première série de diffusion, une campagne dont le slogan « ce n’est pas un peu absurde de se souhaiter bonne santé avec de l’alcool » interrogeait sur la place de l’alcool dans notre société, n’a plus été rediffusée.
Puis à l’automne dernier, quand une campagne intitulée « ne laissez pas l’alcool vous mettre KO » et censée être diffusée à l’occasion de la coupe du monde de rugby, a finalement été abandonnée du jour au lendemain. A la place, le ministère de la Santé a diffusé des messages appelant les jeunes à…boire de l’eau et à manger quand ils boivent trop d’alcool.
Une campagne qui a divisé les addictologues, certains considérant qu’elle participait d’un mouvement de banalisation de la consommation excessive d’alcool, mais d’autres jugeant qu’elle s’inscrivait dans une démarche positive de réduction des risques.
Le gouvernement est-il dans la main du lobby du vin ?
Derrière le retrait du soutien de l’Etat au Dry January et l’abandon des différentes campagnes de santé publique, certains ont vu l’influence du lobby de l’alcool et notamment du vin. C’était d’ailleurs le syndicat des vignerons de la Champagne qui avait annoncé en 2019 le retrait du soutien de l’Etat au Dry January.
Vin & Société, principal lobby du vin en France, ne s’est pas non plus caché d’avoir demandé le retrait de la campagne anti-alcool de janvier dernier.
Une influence grandement surestimée assure le Dr François Braun, ancien ministre de la Santé : « J’ai décidé d’arrêter ces campagnes car je les trouvais nulles, c’était ma décision, leur message trop négatif ne collait pas avec l’idée de la prévention que j’en avais, je n’ai jamais subi aucune pression des lobbys » explique l’ancien ministre au Parisien.
Car au-delà d’une éventuelle (voire probable) pression des lobbys et du poids du vin dans la culture et l’économie française, la politique de lutte contre l’alcool est également freinée par des hésitations sur la marche à suivre. Faut-il prôner l’abstinence, au risque d’adopter une position trop moralisatrice, ou plutôt miser sur la réduction des risques ?
Avec le Dry January, les addictologues croient avoir trouver le bon équilibre. « Il ne s’agit pas d’une ligue anti-alcool, seulement d’une pause sous forme de défi, la question c’est : puis-je me passer d’alcool ou non ? » explique le Pr Olivier Cottencin, addictologue à Lille.
Ils ont donc bon espoir qu’Aurélien Rousseau reviendra sur les positions des précédents ministres de la Santé et soutiendra le Dry January. Pour le moment, le ministre a simplement fait savoir qu’il était « déterminé à s’engager sur une politique générale contre l’alcool ».
Quentin Haroche

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