Alors que le gouvernement a récemment annoncé la hausse du prix du tabac, pour endiguer les risques, l’alcool ne bénéficie pas des mêmes mesures de santé publique. Pourquoi ?

magasin rosé
En supermarchés, nombreuses sont les bouteilles vendues quelques euros. (©ML / actu.fr)

Par Léa Giandomenico Publié le 22 Déc 23

Chaque année, en janvier, c’est la même rengaine : le prix du paquet de cigarettes prend quelques centimes. Fin novembre 2023, l’ex-ministre de la Santé Aurélien Rousseau lançait son plan anti-tabac, annonçant même que le prix des cigarettes allait passer à 12 euros en 2025 et 13 euros en 2026. Des mesures fortes, donc, pour aller vers « le sans-tabac », selon les mots du ministre.

Mais quid du prix de l’alcool alors, qui ne bénéficie pas d’évolution de prix de la sorte de la part du gouvernement ? 

Car le tabac, « c’est 200 morts par jour », avait rappelé Aurélien Rousseau, à l’annonce de ses mesures. « Mais l’alcool, en France, c’est 41 000 morts par an liés à une consommation excessive. Et un quart de la population consomme de l’alcool de façon excessive », commente Indra Seebarun, chargée de plaidoyer chez Association Addictions France, contactée par actu.fr.

Avoir un prix minimum par unité d’alcool

Contrairement au tabac, associations et pouvoirs publics ne demandent pas l’arrêt complet de la consommation d’alcool. « On prône le sans-tabac, alors qu’il n’y a pas de volonté de faire arrêter complètement la consommation d’alcool. Et c’est la raison pour laquelle il n’y aura jamais de politique d’augmentation forte des prix, comme pour les paquets de cigarettes, pour lesquels un prix minimum est fixé. »

Mais selon cette association, « moins c’est cher, plus c’est accessible et plus on pousse les gens à consommer de l’alcool ». Sans être prohibitionniste, elle défend une politique d’augmentation des prix, avec l’idée de réguler le prix minimum des bouteilles par unité d’alcool, qui ne devrait pas descendre en dessous de 50 centimes pour 10 grammes d’alcool pur, sans compter l’inflation.

Or, nombreux sont les vins vendus quelques euros la bouteille, et les bières pas chères. « Le vin rosé pamplemousse, vendu à moins de deux euros la bouteille, a été imaginé à la base pour les adolescents. Les industriels et les lobbys ont créé toute une logique de produits pas chers pour inciter à consommer. »

Une politique d’augmentation des prix ferait partie des mesures de prévention des mortalités évitables. Car aujourd’hui, 8% de la population consomme la moitié de l’alcool commercialisé en France, et 30% en consomment 90%.Indra SeebarunChargée de plaidoyer chez Associations Addictions France

Augmenter les prix, une fausse bonne idée ?

Les associations de prévention plaident donc pour que le gouvernement inclue dans les textes de loi ce prix minimum. Une idée fermement combattue par les professionnels de l’alcool, et notamment la filière du vin.

« Augmenter le prix de l’alcool serait une fausse bonne idée, car cela reviendrait à imposer une taxe déguisée pour le consommateur, à piocher dans les poches des français, et notamment de ceux qui n’ont pas de problème de consommation excessive », affirme Stéphanie Piot, déléguée générale adjointe de Vin et Société, fédération qui regroupe 500 000 acteurs du vin et de la vigne en France. 

Et les professionnels de l’alcool justifient cette position en pointant que la consommation d’alcool « a baissé de 60% en 60 ans ».