Le journal britannique “The Guardian” se fait l’écho de la lettre d’une cinquantaine d’addictologues appelant le gouvernement à soutenir l’initiative “Dry January”. Une idée à laquelle la classe politique française ne s’est pas convertie, en particulier le président.

Publié aujourd’hui à 15h43 

Le président français au Salon de l’Agriculture à Paris, en 2020.
Le président français au Salon de l’Agriculture à Paris, en 2020. CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP

“Controverse en France où le gouvernement est réticent à soutenir le Dry January”, titre The GuardianLe journal britannique cite la lettre adressée au ministère de la Santé par 48 addictologues, révélée le 11 décembre, demandant au gouvernement de promouvoir ce mois d’abstinence sans alcool, également baptisé “Défi de janvier” dans l’Hexagone.

Lancé outre-Manche il y a plus de dix ans, puis en 2020 en France à l’initiative d’associations, “il a gagné en popularité”, explique le journal britannique, “mais l’appareil d’État français ne l’a pas promu et les politiciens sont réticents à monter dans le wagon”.

À commencer par Emmanuel Macron, “vu en France comme le président le plus pro-alcool depuis la Seconde Guerre mondiale, qui déclare boire chaque jour, au déjeuner et le soir, et juge ‘un peu triste’ un repas sans vin”.

Inadapté à la culture française ?

Dans un pays qui est, après les États-Unis, “le second consommateur de vin au monde”, “le puissant lobby hexagonal de l’alcool fait valoir que la France est une nation qui boit traditionnellement avec modération, de sorte que le Dry January à la britannique serait en décalage avec sa culture et mieux adapté aux buveurs excessifs du nord de l’Europe”.

Interrogée par The Guardian, Krystel Lepresle, du lobby Vin et Société, rappelle que la consommation d’alcool en France a baissé de 60 % en 60 ans.

Il y aurait néanmoins 42 000 décès par an en France liés à l’alcool, souligne Amine Benyamina, chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul-Brousse et président de la Fédération française d’addictologie. “Nous ne voulons pas un pays sans alcool, nous voulons un pays qui énonce très nettement les risques”, lesquels “ne sont pas présentés en France”, affirme-t-il.

“Un bon et un mauvais alcool”

Dans un article de janvier 2023 sur le sujet, The Washington Post rappelait que “le gouvernement français a flirté brièvement avec l’idée de lancer une campagne Dry January en 2020, qui aurait été en ligne avec son soutien au Mois sans tabac de novembre. Cependant, les autorités ont abandonné ce projet sous la pression des viticulteurs.”

“Depuis peu ou prou deux siècles, il y a dans la culture française une croyance largement partagée mais fausse […] à savoir ‘qu’il y aurait un bon alcool et un mauvais alcool, et que le bon alcool se trouverait dans le vin’”, déclarait au journal l’historienne Kolleen Marie Guy.

Les perceptions seraient toutefois en train d’évoluer, poursuit le quotidien d’outre-Atlantique, notamment chez les jeunes, plus curieux des versions non alcoolisées du vin ou des cocktails. “Le Défi de janvier est perçu sous un jour de plus en plus positif, déclare au Guardian Bernard Basset, à la tête de l’Association Addictions France. La classe politique n’a pas compris que l’opinion publique voulait du changement.”

Source Courrier international