Publiée dans la revue Nature Communication, cette étude a permis d’identifier une nouvelle région clé du cerveau qui entre en jeu dans la dépendance aux drogues. De quoi ouvrir la porte à de nouvelles voies thérapeutiques.
Définie comme un “trouble chronique récurrent caractérisé par la recherche et la prise compulsive de drogues malgré les conséquences néfastes”, la dépendance aux drogues provoque chaque année presque 12 millions de morts dans le monde. Aux États-Unis, c’est même la première cause de décès chez les 18-45 ans.
Conduite par Alban de Kerchove d’Exaerde, chercheur en Faculté de Médecine, Université libre de Bruxelles et ULB Neuroscience Institute (UNI), investigateur Welbio au WEL Research Institute, une équipe vient de faire une découverte qualifiée de “majeure” dans la dépendance aux drogues.
On savait jusqu’ici que “le premier moteur de l’addiction est l’augmentation ‘artificielle’, suite à la prise de drogues, de la concentration de dopamine, le neurotransmetteur associé au système de la récompense, dans la région principale de ce système, le striatum ventral, rappellent les chercheurs. Cette augmentation artificielle piège ainsi le système de la récompense et induit des modifications dans le cerveau conduisant à l’addiction”.
On sait aussi que cette maladie psychiatrique est due à des facteurs génétiques et environnementaux, la composante génétique de la vulnérabilité d’une personne à l’addiction étant de 40 à 60 %. Celle-ci implique des gènes spécifiques liés aux neurotransmetteurs et à leurs actions, tels que la dopamine, les récepteurs opioïdes, nicotiniques et cannabinoïdes.
Le thalamus paraventriculaire
Dans une étude précédente, l’équipe de l’ULB avait démontré, grâce à des modèles murins, le rôle central d’un gène insoupçonné dans la dépendance à la cocaïne : Maged1. “Son inactivation dans l’ensemble du cerveau des souris rendait en effet celles-ci totalement insensibles à l’effet de la cocaïne”, précisent les chercheurs qui ont poursuivi leurs travaux.
Ainsi, dans une nouvelle publication qui vient de paraître dans Nature Communication, ils ont réussi à démontrer que “la région du cerveau où ce gène joue son rôle essentiel dans l’addiction était en réalité située en dehors du circuit de la récompense, ce qui était complètement inattendu”. Suite à l’identification de cette nouvelle région clé – le thalamus paraventriculaire -, les mécanismes qui sous-tendent les effets majeurs du gène Maged1 dans la dépendance à la cocaïne ont été mis à jour.
”Les mécanismes identifiés sont tout aussi nouveaux que le thalamus paraventriculaire dans le phénomène de l’addiction, expliquent les auteurs de la recherche. Ils impliquent en effet des modifications épigénétiques spécifiques, soit des modifications de la structure de l’ADN et non pas des mutations”.
Quant à démontrer la pertinence chez l’homme de ces mécanismes identifiés et découverts chez la souris, en collaboration avec une équipe de psychiatres de l’Université de Paris Cité, les chercheurs ont réalisé une étude chez des patients dépendants à la cocaïne.
Elle a démontré que des modifications génétiques spécifiques des gènes Maged1 et USP7 sont associées à des conséquences très significatives sur des comportements directement liés à l’addiction à la cocaïne. De quoi laisser entrevoir de nouvelles stratégies thérapeutiques.
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