In memoriam : Éloge du professeur Claude Giudicelli
C’est avec une immense tristesse que nous vous faisons part du décès de notre très cher Ami, membre du conseil d’administration du CNPERT, le médecin général Claude-Pierre Giudicelli.
Né le 10 juin 1934 à Paris, le professeur Claude-Pierre GIUDICELLI a fait une carrière exemplaire de médecin militaire associant ses compétences scientifiques à l’exercice d’importantes responsabilités. Docteur en médecine en 1960, il est nommé successivement assistant (1967) puis médecin des hôpitaux des armées(1971).
Sa carrière est intimement liée au Val-de-Grâce. Comme chef de service de néphrologie pendant plus de 10 ans ; comme enseignant : professeur agrégé en 1976, il est élu titulaire de la chaire d’hygiène, écologie et ergonomie en 1985 et nommé directeur adjoint de l’École d’application du Val-de-Grâce en 1989.
Vingt-cinq ans plus tard, scandalisé par l’annonce de la fermeture programmée de cet hôpital de prestige, il tentera de l’orienter vers la prise en charge des grands blessés civils et militaires. L’échec de ce projet restera pour lui une déception profonde.
Mais le parcours de Claude Giudicelli ne s’arrête pas au Val-de-Grâce :pour le Service de santé des armées, Il a accompli plusieurs missions humanitaires : lors du séisme de 1970 au Pérou, en 1975 aux Comores. Il représente le ministre de la Défense à la Croix Rouge Française entre 1990 et 1992.En 1990, il est nommé directeur adjoint du Service de santé des armées, puis inspecteur général en 1992.
Elu membre correspondant de l’Académie nationale de médecine en 1990, il accède au titulariat en 2009 et estnommé membre émérite en 2014. Responsable du dictionnaire de l’Académie de médecine, il s’engage résolument dans ce travail de bénédictin, jamais terminé ; constituant une équipe à laquelle il avait su insuffler un puissant esprit d’amitié et de travail.Sensibilisé aux effets bénéfiques de l’activité sportive et du sport sur la santé, il a été l’un des acteurs majeurs du développement de ces réflexions au sein de l’académie.
Membre actif de plusieurs sociétés savantes tant militaires que civiles, il était commandeur dans l’ordre national de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite et commandeur de l’ordre des Palmes académiques. Il était membre du conseil d’administration de notre CNPERT.
A son Épouse, à ses enfants et petits-enfants, avec les membres du CNPERT, nous présentons, avec une grande émotion, nos vives condoléances.
Prs J. Costentin, J.-P. Goullé, J.-P. Tillement
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Les vœux du nouveau président du CNPERT pour la nouvelle année
Pr. Jean-Pierre Goullé
Chers membres du CNPERT, Chers Amis,
Adhérent de longue date au CNPERT, je mesure l’honneur qui m’est fait du succéder à deux de mes maîtres à la faculté de Rouen, le professeur Roger Boulu et le professeur Jean Costentin. La tâche est immense dans le champ des toxicomanies, car dans le domaine de la prévention, la France a pris un retard considérable qu’il convient de combler au plus vite et je m’associe à l’alerte lancée par notre ministre de la Santé et de la prévention, au mois de septembre dernier à Chamonix « Notre système de santé ne tiendra pas si on ne prend pas ce virage » avait-il déclaré. Il est patent que le déficit d’information en matière de santé, dès l’école, constitue une carence.
Dans le champ des drogues par exemple, je rappelle que l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies a décerné à la France, il y a peu, le bonnet d’âne de la classe en Europe, en raison de l’absence d’enseignements fléchés dans nos programmes pédagogiques.
Aussi, je souhaite rappeler que pour tenter de combler cette lacune, depuis 2019, à l’initiative du regretté Doyen Claude Dreux, l’Académie nationale de médecine organise chaque année une séance intitulée « La jeune académie ». Elle a pour but de sélectionner des classes d’élèves volontaires et d’aborder avec eux les problèmes de santé qui les intéressent directement.
L’objectif est de mieux appréhender la connaissance qu’ils ont de leur état de santé et la perception des risques qui les entourent, mais surtout de les impliquer, afin d’élaborer les pistes de prévention les mieux ciblées.A l’instar d’une « véritable commission » de l’Académie, ces classes mènent leurs travaux portant sur un thème de leur choix, sous la direction d’un professeur, en relation avec des académiciens : nutrition, activité physique, sommeil, conduites à risque, dépendance aux écrans ou aux drogues, par exemple.Le travail de chaque classe comporte un sondage à l’aide d’un questionnaire diffusé à l’ensemble des élèves de leur établissement.
Après la rédaction d’un rapport, ils présentent leurs résultats dans la salle des séances de l’Académie, sous forme d’une communication orale, assortie de recommandations, suivie d’échanges avec tous les élèves, leurs enseignants et les académiciens.Leurs propositions sont ensuite soumises à un véritable scrutin académique à leurs camarades présents. Il s’agit donc d’éduquer pour mieux prévenir.
Le CNPERT doit continuer à développer ses actions d’information sur toutes les drogues, en particulier à destination des plus jeunes, en rappelant que 60% des élèves de terminale ont expérimenté le tabac et qu’ils sont déjà près de 50% à avoir consommé de l’alcool dès la classe de sixième.
Voilà le vœu que je formule pour cette année 2024, dont je souhaite qu’elle vous apporte, paix, joie, bonheur et santé.
Les pères fument du cannabis, les enfants trinquent ?
Boris Chaumette, MD PhD, Maitre de conférences des Universités – Praticien Hospitalier (MCU-PH), Université Paris Cité, GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.
Le cannabis est la drogue illicite la plus largement consommée dans les pays développés et ses effets délétères sur la santé, notamment psychique, sont désormais bien connus. Cependant, de nouveaux résultats scientifiques laissent penser que les perturbations biologiques qui découlent de sa consommation pourraient affecter les générations suivantes par des mécanismes épigénétiques mis récemment en évidence. Des résultats qui incitent à tirer la sonnette d’alarme !
Le cannabis exerce son action biologique par la modulation du système endocannabinoïde. Ce système est présent dans le cerveau humain, expliquant les effets psychiques de la consommation de cannabis. Mais il joue également un rôle dans la reproduction, influençant la fabrication des spermatozoïdes chez l’homme et la maturation des ovules chez la femme. Il intervient dans la fécondation, le développement embryonnaire et l’accouchement.
Son usage au cours de la grossesse a été associé à un risque accru de trouble du spectre de l’autisme chez les enfants à naitre. Dans une étude réalisée au Canada (Corsi et al. 2020), 2,2% des enfants exposés in utero au cannabis développeraient un autisme contre 1,4% dans la population générale. Les taux de déficience intellectuelle et d’hyperactivité avec déficit de l’attention étaient également plus élevés chez les enfants exposés au cannabis durant la grossesse.
La consommation de cannabis chez les pères pourrait également avoir une influence sur le neurodéveloppement des enfants en raison de modifications épigénétiques dans les spermatozoïdes. La possibilité d’une transmission épigénétique transgénérationnelle reste débattue car l’épigénome est théoriquement reprogrammé après la fécondation.
Cependant, des marques épigénétiques pourraient être conservées et transmises par le père (Tang et al. 2015) soulevant la possibilité d’un impact de l’environnement paternel sur le devenir des futurs enfants (Day et al. 2016). Il serait donc théoriquement possible que la consommation de cannabis chez le futur père modifie la méthylation de l’ADN des spermatozoïdes et entraine des conséquences chez les enfants à venir.
Une étude réalisée sur des modèles animaux a montré que l’exposition de rats mâles au Δ9-THC avant la conception entraîne une modification des synapses cholinergiques dans diverses régions cérébrales chez la descendance (Slotkin et al. 2020).
La descendance de ces rats exposés, bien que non exposée elle-même, montre à l’adolescence des altérations comportementales avec une hyperactivité motrice, des perturbations de l’apprentissage et de la mémoire (test de reconnaissance du nouvel objet et labyrinthe à bras radial) (Holloway et al. 2020) et des capacités attentionnelles (test de détection du signal) (Levin et al. 2019).
Ces résultats sont différents en fonction du délai entre consommation de cannabis et accouplement ; une consommation de cannabis récente serait plus à risque d’induire des modifications comportementales dans la progéniture. Ces résultats suggèrent la présence d’une mémoire épigénétique de la consommation de cannabis au niveau des spermatozoïdes pouvant durer plusieurs jours et être partiellement transmise à la descendance.
Ces études sont évidemment compliquées à réaliser chez l’humain. Toutefois, des analyses de la méthylation de l’ADN ont été conduites dans des petits groupes d’hommes : plus de 6 000 sites CpG ont été identifiés comme différentiellement méthylés entre 12 consommateurs et 12 non consommateurs de cannabis (Murphy et al. 2018). Ces sites étaient notamment présents au niveau de gènes intervenant dans la voie de signalisation Hippo impliquée dans la prolifération cellulaire et l’apoptose.
Des comparaisons entre des spermatozoïdes de rats exposés ou non exposés au cannabis ont aussi montré des modifications de la méthylation de l’ADN au niveau de la même voie biologique Hippo. Dix gènes ont été retrouvés en commun chez l’Homme et le rat (APC2, GDF6, LLGL1, TCF7L1, BMP7, BMP6, FGF12, PRKACA, GNG7, GNB2). APC2 a également été rapporté comme dysméthylé dans le sperme d’hommes ayant fumé du tabac (Jenkins et al. 2017), ce qui suggère que les modifications observées pour ce gène sous l’effet du cannabis ne sont pas spécifiques.
Parmi les multiples gènes identifiés par leur étude, les auteurs ont ensuite sélectionné DLGAP2 pour une analyse plus fine (Schrott et al. 2019). Ce gène code une protéine membranaire située sur les neurones postsynaptiques, impliquée dans la signalisation neuronale et l’organisation des synapses.
Il s’agissait donc d’un bon gène candidat pour poursuivre les investigations. Les auteurs ont réalisé une deuxième technique en utilisant les mêmes prélèvements de spermatozoïdes et ont confirmé une hypo méthylation de 10 CpGs présents dans un intron du gène. L’étude de 28 échantillons de cerveaux issus d’interruption volontaire de grossesse a montré une bonne corrélation entre le niveau de méthylation de cette région et l’expression du gène, suggérant un effet biologique de cette dysméthylation. Poursuivant leurs analyses à l’aide d’un modèle animal, les auteurs ont trouvé qu’une autre région du gène DLGAP2 était hypométhylée dans les spermatozoïdes de rats exposés au cannabis.
Une CpG de cette région a été également retrouvée comme hypométhylée dans le nucleus accumbens de la progéniture de ces rats. En revanche, dans l’hippocampe, une seule CpG de cette région était retrouvée comme déméthylée dans la progéniture bien que n’apparaissant pas dans la liste de celles hypométhylées dans les spermatozoïdes du géniteur.
Une autre étude s’est intéressée aux différences de méthylation de l’ADN dans les spermatozoïdes de pères ayant eu ou non des enfants autistes (Garrido et al. 2021). La comparaison de ces deux groupes de 13 pères chacun ont montré des différences deméthylationdans des gènes connus pour être associés à l’autisme dont ce même gène DLGAP2.
La méthylation de l’ADN est stable en raison de la présence de méthyltransférases qui maintiennent ces marques épigénétiques au cours des divisions cellulaires. Cependant, arrêter le cannabis diminuerait progressivement certaines différences épigénétiques constatées au niveau du sperme suggérant une réversibilité au moins partielle.
Ainsi, certaines modifications de méthylation étaient atténuées après 11 semaines d’arrêt du cannabis soit un cycle de spermatogénèse (Schrott et al. 2021). Toutefois, certaines anomalies persistaient voire apparaissaient après la période sans cannabis.
En outre, l’étude d’un modèle animal a également montré que des anomalies épigénétiques pouvaient potentiellement se transmettre sur plusieurs générations : les modifications de méthylation dans le gène PXYLP1 ont ainsi été retrouvées à la fois dans le sperme des rats mâles exposés au cannabis et dans celui de leurs descendants n’ayant jamais été exposés à cette drogue (Schrott et al. 2022).
Ces études préliminaires portent sur de faibles échantillons et proviennent du travail d’une seule équipe basée à l’Université Duke (Durham – USA). Il est donc nécessaire de répliquer de manière indépendante ces résultats pour les confirmer et obtenir des conclusions scientifiques fiables.
Cependant, ces résultats suggèrent que la consommation de cannabis chez les futurs pères peut entrainer des conséquences néfastes pour sa future descendance, en particulier pour le neurodéveloppement. Consommer du cannabis ne serait donc plus une prise de risque individuelle mais familiale, ce qui invite à la prudence et devrait conduire à informer la population de ces effets potentiels.
Le principe de précaution voudrait que les consommateurs masculins soient incités, au même titre que les femmes, à arrêter le cannabis plusieurs mois avant un projet de grossesse pour préserver l’épigénome de leurs spermatozoïdes. Précaution d’autant plus nécessaire que le cannabis a un effet négatif sur la fertilité masculine (Hamed, Ekundina, and Akhigbe 2023).
Références
Corsi, Daniel J., Jessy Donelle, Ewa Sucha, Steven Hawken, Helen Hsu, Darine El-Chaâr, Lise Bisnaire, Deshayne Fell, Shi Wu Wen, and Mark Walker. 2020. ‘Maternal Cannabis Use in Pregnancy and Child Neurodevelopmental Outcomes’. Nature Medicine 26 (10): 1536–40. https://doi.org/10.1038/s41591-020-1002-5.
Day, Jonathan, Soham Savani, Benjamin D Krempley, Matthew Nguyen, and Joanna B Kitlinska. 2016. ‘Influence of Paternal Preconception Exposures on Their Offspring: Through Epigenetics to Phenotype’. American Journal of Stem Cells 5 (1): 11–18.
Garrido, Nicolás, Fabio Cruz, Rocio Rivera Egea, Carlos Simon, Ingrid Sadler-Riggleman, Daniel Beck, Eric Nilsson, Millissia Ben Maamar, and Michael K. Skinner. 2021. ‘Sperm DNA Methylation Epimutation Biomarker for Paternal Offspring Autism Susceptibility’. Clinical Epigenetics 13 (1): 6. https://doi.org/10.1186/s13148-020-00995-2.
Hamed, Moses Agbomhere, Victor Olukayode Ekundina, and Roland Eghoghosoa Akhigbe. 2023. ‘Psychoactive Drugs and Male Fertility: Impacts and Mechanisms’. Reproductive Biology and Endocrinology: RB&E 21 (1): 69. https://doi.org/10.1186/s12958-023-01098-2.
Holloway, Zade R., Andrew B. Hawkey, Erica Pippin, Hannah White, Corinne Wells, Bruny Kenou, Amir H. Rezvani, Susan K. Murphy, and Edward D. Levin. 2020. ‘Paternal Factors in Neurodevelopmental Toxicology: THC Exposure of Male Rats Causes Long-Lasting Neurobehavioral Effects in Their Offspring’. Neurotoxicology 78 (May): 57–63. https://doi.org/10.1016/j.neuro.2020.01.009.
Jenkins, TG, ER James, DF Alonso, JR Hoidal, PJ Murphy, JM Hotaling, BR Cairns, DT Carrell, and KI Aston. 2017. ‘Cigarette Smoking Significantly Alters Sperm DNA Methylation Patterns’. Andrology 5 (6): 1089–99. https://doi.org/10.1111/andr.12416.
Levin, Edward D., Andrew B. Hawkey, Brandon J. Hall, Marty Cauley, Susan Slade, Elisa Yazdani, Bruny Kenou, et al. 2019. ‘Paternal THC Exposure in Rats Causes Long-Lasting Neurobehavioral Effects in the Offspring’. Neurotoxicology and Teratology 74 (July): 106806. https://doi.org/10.1016/j.ntt.2019.04.003.
Murphy, Susan K., Nilda Itchon-Ramos, Zachary Visco, Zhiqing Huang, Carole Grenier, Rose Schrott, Kelly Acharya, et al. 2018. ‘Cannabinoid Exposure and Altered DNA Methylation in Rat and Human Sperm’. Epigenetics 13 (12): 1208–21. https://doi.org/10.1080/15592294.2018.1554521.
Schrott, Rose, Kelly Acharya, Nilda Itchon-Ramos, Andrew B. Hawkey, Erica Pippen, John T. Mitchell, Scott H. Kollins, Edward D. Levin, and Susan K. Murphy. 2019. ‘Cannabis Use Is Associated with Potentially Heritable Widespread Changes in Autism Candidate Gene DLGAP2 DNA Methylation in Sperm’. Epigenetics 15 (1–2): 161–73. https://doi.org/10.1080/15592294.2019.1656158.
Schrott, Rose, Jennifer L. Modliszewski, Andrew B. Hawkey, Carole Grenier, Zade Holloway, Janequia Evans, Erica Pippen, David L. Corcoran, Edward D. Levin, and Susan K. Murphy. 2022. ‘Sperm DNA Methylation Alterations from Cannabis Extract Exposure Are Evident in Offspring’. Epigenetics & Chromatin 15 (September): 33. https://doi.org/10.1186/s13072-022-00466-3.
Schrott, Rose, Susan K Murphy, Jennifer L Modliszewski, Dillon E King, Bendu Hill, Nilda Itchon-Ramos, Douglas Raburn, et al. 2021. ‘Refraining from Use Diminishes Cannabis-Associated Epigenetic Changes in Human Sperm’. Environmental Epigenetics 7 (1): dvab009. https://doi.org/10.1093/eep/dvab009.
Slotkin, Theodore A., Samantha Skavicus, Edward D. Levin, and Frederic J. Seidler. 2020. ‘Paternal Δ9-Tetrahydrocannabinol Exposure Prior to Mating Elicits Deficits in Cholinergic Synaptic Function in the Offspring’. Toxicological Sciences: An Official Journal of the Society of Toxicology 174 (2): 210–17. https://doi.org/10.1093/toxsci/kfaa004.
Tang, Walfred W.C., Sabine Dietmann, Naoko Irie, Harry G. Leitch, Vasileios I. Floros, Charles R. Bradshaw, Jamie A. Hackett, Patrick F. Chinnery, and M. Azim Surani. 2015. ‘A Unique Gene Regulatory Network Resets the Human Germline Epigenome for Development’. Cell 161 (6): 1453–67. https://doi.org/10.1016/j.cell.2015.04.053.
Retour au bon sens, en appliquant la loi
Emmanuel Le Taillandier
Il est grand temps de revenir à des vérités simples et à des constats de bon sens. Prenons par exemple le cas de la corruption dans un pays : pour que cela se réalise il est évident qu’il faut être au moins deux : le corrupteur et le corrompu. C’est élémentaire ! Ensuite on peut débattre sur le degré de responsabilité de l’un et de l’autre. Le droit du commerce international sanctionne surtout le corrupteur quand des marchés sont passés de façon déloyale. Mais le corrompu s’est-il laissé corrompre ? Ou a-t-il exercé un chantage sur le corrupteur présumé en lui faisant comprendre qu’il fallait passer par le « bakchich » s’il voulait avoir quelque chance de travailler dans le pays ? Dans ce cas la responsabilité est partagée.
Dans le même ordre d’idées un débat vient enfin de s’ouvrir en ce qui concerne le trafic de drogue. Pour que cela marche, là aussi il faut être deux : le trafiquant, nommé aussi « dealer » et son client, le consommateur qui accepte de le payer, contribuant ainsi sciemment au blanchiment d’argent. Dans ce cas également, un débat peut s’ouvrir sur le degré de responsabilité de l’un et de l’autre. En effet le consommateur peut être, selon le jargon utilisé, « récréatif » (sic !) ou « problématique ». On appelle consommateur problématique -le terme est élégant- une personne affectée par l’addiction à une drogue et qui ne peut plus s’en passer ; à moins d’en être sevrée. Le degré de responsabilité du consommateur « problématique » n’est pas le même que celui du consommateur dit « récréatif », même si au départ sa consommation était « récréative ». Il est évident néanmoins que la responsabilité est partagée, voire même renforcée par des tiers qui prétendent vouloir le bien de tous ou par des lobbys dont l’efficacité n’est plus à démontrer.
Ceci dit, quand un Ministre de l’intérieur, quelle que soit sa couleur politique, rappelle publiquement à Nîmes après deux assassinats de jeunes que « « s’il n’y avait pas consommation, il n’y aurait pas d’offres et donc pas de trafiquants », il ne fait qu’énoncer une vérité simple et un constat de bon sens qui devraient faire l’unanimité. Or ses propos font scandale auprès de certains. Pourtant il ne fait que formuler autrement ce qu’écrivait le 24 août dernier le Directeur adjoint des rédactions d’un grand journal populaire « Le Parisien » dans son éditorial sur « Un monde parallèle » :
« Un monde parallèle dont les consommateurs de cannabis, de cocaïne ou de
drogues de synthèse font mine d’ignorer l’existence — car, si on peut souligner l’échec de décennies de politiques de sécurité et débattre des avantages et inconvénients d’une légalisation des drogues « douces », on ne peut passer sous silence la responsabilité des acheteurs qui entretiennent le trafic. Un monde pourtant si proche : Nîmes, Marseille, Besançon, Bobigny, Grenoble, Avignon… »
Nous insistons sur ce point car il est contesté par nombre de ceux-là mêmes qui ont en charge le respect de la législation relative au trafic de drogues. Nous nommons le Syndicat de la magistrature et nous sursautons quand nous entendons sur France INFO (26/06/2023) que ce syndicat fait partie d’un collectif qui a lancé une pétition demandant la suppression des sanctions pénales pour l’usage de drogues. « On veut faire croire que pour lutter contre les trafics, il faut s’attaquer aux consommateurs« , déplore ce groupe de professionnels chargés d’appliquer les lois.
Ce procès d’intention est délibérément maintenu dans le flou pour éviter toute sanction professionnelle : « On » veut faire croire, disent-ils. Qui est donc ce « On » qu’ils ne savent pas désigner ? Qui donc cherche à « faire croire » qu’on « s’attaque aux consommateurs » ? Qui donc est de mauvaise foi ? Quel serait l’intérêt de ceux qui chercheraient à « faire croire » ? Pourquoi en voudrait-on aux consommateurs dans une société réputée libérale ?
La Loi et l’État de droit ne s’attaquent à personne : au contraire « on »cherche à protéger la jeunesse, à protéger les habitants des cités et des quartiers, on cherche à éviter des assassinats, des guerres entre bandes rivales. C’est ce qu’a rappelé la Secrétaire d’État à la Ville le 25 août dernier sur BFM TV : « Je suis absolument contre la légalisation du cannabis ». Elle est sans nuances ;est-ce cela « s’attaquer aux consommateurs » ?
Ne prenons pas parti pour ou contre un ministre ou une Secrétaire d’État en fonction de son étiquette politique, mais attaquons-nous à ceux qui attentent à la Santé Publique, estimant que c’est notre devoir, sur la base de données scientifiquement et médicalement démontrées.
En vulgarisant ces données et ces arguments nous espérons que les magistrats syndicalistes prendront le temps de nous lire…et, surtout, qu’ils n’auront plus à condamner de jeunes assassins.
Extraits de l’article : « Cinq ans de légalisation du cannabis au Canada ; quel bilan ? » De la revue Newsweed (revue qui milite depuis 2015, pour la légalisation du cannabis)
« La légalisation du cannabis au Canada fête ses 5 ans. Elle n’est pas remise en question par l’État fédéral mais amène son lot d’inquiétudes pour les entreprises qui y prennent part et de nouveaux enjeux de santé et de société. Quel est le bilan de ces 5 années de cannabis légal »
« Assez mécaniquement, le nombre d’affaires judiciaires liées au cannabis a diminué de 73% pour les femmes et de 83% pour les hommes. Les infractions liées au cannabis signalées par la police sont passées de 99 pour 100 000 habitants en 2018, année de la légalisation, à 28 pour 100 000 habitants cinq ans plus tard ».
« Si la légalisation du cannabis a ouvert de nouvelles portes aux consommateurs récréatifs, elle a également soulevé des préoccupations en matière de santé. Une étude menée en Ontario et en Alberta a fait état d’une augmentation inquiétante de 20% des cas d’intoxication et de troubles d’usage liés au cannabis. Une autre étude menée en Ontario a révélé que le nombre d’admissions aux urgences avait été multiplié par treize en raison du syndrome d’hyperémèse cannabinoïde, souvent dû à des consommations importantes et répétées.
Le nombre de femmes enceintes exposant leur fœtus au cannabis pendant la grossesse a doublé, et les visites à l’hôpital pour des enfants ayant ingéré du cannabis ont triplé. En outre, l’incidence des victimes d’accidents de voiture ayant du THC dans le sang a doublé, passant de 3,8% à 8,5%
Le gouvernement fédéral du Canada est le principal bénéficiaire de la légalisation du cannabis. L’industrie légale du cannabis a contribué à hauteur de 30 milliards d’euros au produit intérieur brut du Canada depuis la légalisation, le marché récréatif évoluant autour des 3 milliards d’euros annuels. Néanmoins, les entreprises du cannabis peinent à être rentables. Seuls 20% environ des cultivateurs de cannabis auraient actuellement des flux de trésorerie positifs, ce qui témoigne des difficultés économiques du secteur ».
Remarques exprimées par le Pr. Jean Costentin :
Ce bilan, pour le moins négatif, fait l’impasse sur beaucoup de points importants. exit : les troubles psychiatriques, la toxicité physique (supérieure à celle du tabac), la crétinisation, la baisse du Quotient Intellectuel, la démotivation, l’aboulie, le « j’menfoutisme », les effets épigénétiques que le consommateur peut transmettre à sa progéniture (malformations, autisme, schizophrénie, vulnérabilité aux toxicomanies, retard du développement psychomoteur, vulnérabilité à l’anxiété, aux troubles dépressifs, aux déficits cognitifs, à certains cancers. S’agissant des 30 milliards d’augmentation du PIB, dont 3 pour le marché « récréatif », d’où viennent les 27 autres ? Confusion du chanvre textile et de ses graines, avec le chanvre indien ?
COMMUNIQUÉ de l’Académie nationale de médecine, (octobre 2023)
La légalisation del’usage « récréatif » du cannabis serait une grave erreur sanitaire.
Dans un précédent communiqué, les Académies de médecine et de pharmacie s’étaient émues d’une consultation citoyenne portant sur le « cannabis récréatif » aux items orientés (1). Cette démarche s’inscrivait dans un mouvement idéologique visant à adouber au préalable un usage médical afin de donner à cette drogue des lettres de noblesse « thérapeutiques ».
Or, comme il vient d’être rappelé dans une méta-analyse récente : « La plupart des résultats associés aux cannabinoïdes ne sont étayés que par des preuves faibles (études observationnelles), avec une certitude faible à très faible (essais contrôlés randomisés) ou qui ne sont pas significatifs (études observationnelles, essai contrôlés randomisés) » (2).
En revanche, la toxicité du principal constituant psychotrope de la drogue, le tétrahydrocannabinol (THC) est parfaitement établie : toxicité physique supérieure à celle du tabac (cancers, infarctus, troubles du rythme cardiaque, AVC, artérites…), toxicité psychique (troubles cognitifs et anxiodépressifs, syndrome amotivationnel, désinhibition, induction ou aggravation de la schizophrénie…), effets sur la grossesse et sur la descendance, modifications épigénétiques (3, 4).
Il est aussi un inducteur de violences familiales, professionnelles, routières (avec 605 morts en 2021). La multiplication par 6 en 25 ans du taux de THC dans sa résine, augmente son pouvoir addictif et, partant, le recrutement des sujets qui en deviennent dépendants après l’avoir expérimenté ; ce qui exacerbe aussi sa toxicité physique et psychique ; on est très loin de la « drogue douce » longtemps présentée (5).
Ceci explique le nombre croissant et la gravité de ses effets indésirables et toxiques, tout particulièrement chez les plus vulnérables, les adolescents et les jeunes adultes. Son « usage problématique », dès l’âge de 17 ans a progressé, étant de 18 % en 2011 et de 25 % en 2017 (5). Plusieurs études ont confirmé ses effets délétères sur la maturation cérébrale, laquelle ne s’achève que vers 25 ans.
Elles montrent que l’usage du THC s’accompagne d’une dépendance et d’une baisse du quotient intellectuel, d’autant plus marquées que sa consommation est plus fréquente et précoce. Chez la femme enceinte, alors que la consommation d’alcool et de tabac a régressé, celle du cannabis a progressé d’une façon préoccupante.
Ses effets délétères ne se limitent pas à l’usager, ils affectent aussi sa descendance. Consommé pendant la grossesse, il agit au niveau du placenta (modifiant l’expression de certains gènes), avec des conséquences sur le fœtus (altérant son développement), mais également sur le nouveau-né (prématurité, petit poids de naissance, risques d’admission en soins intensifs…) et sur le nourrisson (risque accru de mort subite).
Sa consommation par un futur père, peut avoir des conséquences sur le fœtus qu’il engendrerait, qui pourraient aboutir à des troubles du spectre de l’autisme, des troubles psychotiques et intellectuels (6).Alors que la lutte visant à réduire les terribles méfaits sanitaires du tabac et de l’alcool n’est que de peu d’effets, ce serait une faute grave de légaliser une source d’addiction supplémentaire, alors que le Président de la République a fixé commeobjectif l’avènement d’une génération « zéro tabac » en 2032, le cannabis étant portésur les épaules du tabac.
Dans les pays qui ont légalisé son « usage récréatif », il a été montré que cettemesure ne réduit ni son usage, ni ses trafics (7). Quant aux hypothétiques recettesissues des taxes d’État, pour le tabac et pour l’alcool, elles couvrent moins de lamoitié des dépenses sanitaires liées à leur consommation.Aux États-Unis, où plus de 30 états ont légalisé son usage, les dernières données duNational Institute on Drug Abuse montrent que les consommations de cannabis ontatteint en 2022 des sommets historiques, chez les adultes en âge de procréer (tantpour la tranche des 31 à 50 ans, que chez les jeunes adultes âgés de 19 à 30 ans),chez lesquels les consommations ont considérablement augmenté et ce d’une façoncontinue, au cours de ces 5 dernières années (7).
Dans des études antérieures, ilavait été mis en évidence que la consommation de la drogue était plus élevée dansles Etats qui avaient légalisé l’usage récréatif, comparativement aux autres.Ainsi, par méconnaissance de tous ses effets délétères, la légalisation de « l’usagerécréatif » du cannabis constituerait une grave erreur sanitaire.
1-Communiqué bi-académique du 07 avril 2021.2- Solmi M, De Toffol M, Kim JY, Choi MJ, Stubbs B, Thompson T et al. Balancingrisks and benefits of cannabis use: umbrella review of meta-analyses of randomized controlled trials and observational studies. BMJ. 2023 Aug30;382:e072348. doi:10.1136/bmj-2022-072348.3- Cotier P, Mayer C, Etting I, Lorin de la Grandmaison G, Alvarez JC. Evaluation ofthe cardiovascular risk induced by cannabis use from a series of 43 autopsy cases.Int J Legal Med 2023 ;137 :1725-1733. doi: 10.1007/s00414-023-03079-x.4-Costentin J. Les effets épigénétiques du cannabis/tétrahydrocannabinol. Bull AcadNatl Med 2020 ; 204 : 570-576. doi.org/10.1016/j.banm.2020.04.004.5- Goullé JP, Guerbet M. L’usage récréatif du cannabis : des effets aux méfaits.Données épidémiologiques. Bull Acad Natl Med 2020 ;204 : 543-550.doi :10.1016/j.banm.2020.04.001.6- Lo JO, Hedges JC, Metz TD. Cannabis Use and Perinatal Health Research.JAMA. 2023; Aug 17. doi: 10.1001/jama.2023.14697.7- Marijuana and hallucinogen use, binge drinking reached historic highs amongadults 35 to 50. National Institute on Drug Abuse website.https://nida.nih.gov/news-events/news-releases/2023/08/marijuana-and hallucinogen-use-binge-drinking-reached-historic-highs-among-adults-35-to-50August 17, 2023 Accessed September 1, 2023.
L’appareil cardio-vasculaire n’aime pas le cannabis
On savait la responsabilité du cannabis fumé (avec son oxyde de carbone et son THC) dans la survenue d’infarctus du myocarde (3ième cause), dans celle d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques chez des sujets jeunes, dans celle d’artérites des membres inférieurs. Voilà qu’on lui décrit maintenant une responsabilité dans le développement d’insuffisances cardiaques.
L’étude qui le montre a porté sur 157 000 sujets ayant un âge moyen de 54 ans (61% de femmes). Ils ont été suivis pendant 4 ans. Au cours de cette période d’observation, 2960, soit 2% d’entre eux, ont présenté une insuffisance cardiaque. Après miseen relation de cette cardiopathieavec la consommation quotidienne de cannabis, il a été constaté que cettedernière était à l’origine d’un risque accru de 34% de développer une insuffisance cardiaque, relativement à ceux qui n’en consommaient pas.
Ref. :American Heart Association (AHA) Scientific session 2023,Yakubau Bene-Alhusan et coll. Daily marijuana use is associated with incident heart failure. “All of us” Research Program Nov. 13, 2023
ZERO TABAC AU ROYAUME-UNI ?
L’ancienne colonie inspire l’ancienne métropole. Un an après que la Nouvelle-Zélande a adopté un plan pour une génération sans tabac, le Premier Ministre britannique Rishi Sunak a annoncé, ce mercredi 4 octobre lors du congrès du Parti conservateur à Manchester, vouloir adopter une stratégie similaire. Le plan consiste à relever d’un an chaque année l’âge légal pour acheter du tabac, actuellement fixé à 18 ans au Royaume-Uni.
Ainsi, toutes les personnes nées à partir d’une certaine date, fixée au 1er janvier 2009 en Nouvelle-Zélande, ne pourraient jamais acheter légalement du tabac, tandis que ceux nés avant cette date conserveraient cette possibilité.
« Nous devons essayer d’empêcher les adolescents de commencer à fumer » s’est justifié le chef du gouvernement britannique, qui a rappelé que « que quatre fumeurs sur cinq ont commencé avant d’avoir 20 ans ». « Aucun d’entre nous, même ceux qui fument, ne voulons voir nos enfants devenir fumeurs et ce changement sauvera plus de vies que n’importe quelle autre décision que nous pourrions prendre ». Le leader conservateur a défendu l’idée d’une ligne médiane entre statu quoet prohibition totale du tabac. « Le tabagisme ne sera pas criminalisé et notre approche progressive signifie que toute personne qui peut légalement acheter des cigarettes aujourd’hui ne sera pas empêché de le faire à l’avenir » a expliqué le Premier Ministre.
Les blagounettes de la LXXXVIII
Quand mes amis me manquent, je fais comme pour les échalotes… je les fais revenir avec du vin blanc.
Tu es la levure de ma vie ! C’est-à-dire ? Tu me gonfles !
Ils passent leur journée à dormir, tu ne les vois qu’aux heures des repas. En fait, la seule différence entre un chat et un ado, c’est que le chat ne boit que du lait.
J’ai fait un test de QI, je suis rassuré : il est négatif.
Le gendarme : « Bonsoir, vous avez bu ? « Non » « Soufflez ! » « Où est le gâteau ? »
Je viens de lire un bouquin sur les méfaits de l’alcool, ça fait peur. À partir d’aujourd’hui, j’arrête de lire.
Les gens disent que boire du lait rend plus fort. Buvez 5 verres de lait et essayez de déplacer un mur, vous ne pouvez pas. Maintenant, buvez 5 verres de whisky. Le mur bouge tout seul.
Je bois tellement que si j’étais un super héros, on m’appellerait Barman.
Deux hommes discutent dans un café :
« J’ai lu dans le journal qu’un homme a tué sa femme le lendemain de sa nuit de noces ».L’autre répond « Parfois, la nuit porte conseil »
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