Par Angélique Négroni

À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les toxicomanies, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publie une photographie des consommations illicites.

Les Français se droguent de plus en plus. Une conclusion sans appel que vient de tirer l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), avec une nouvelle étude publiée mercredi. Alors que les dernières données dataient de 2017, cette enquête, réalisée à partir d’un questionnaire soumis à 12.490 personnes de 18 à 64 ans, livre une juste photographie des consommations illicites en 2023 dans notre pays.

Que ce soient les champignons hallucinogènes, le poppers, le protoxyde d’azote, le LSD, la cocaïne ou l’ecstasy, tous ces produits connaissent une demande croissante. «La consommation des drogues illicites (…), qui avait connu une période de stabilisation entre 2014 et 2017, présente en 2023 des niveaux d’usage en forte augmentation, quelle que soit la substance psychoactive, et notamment pour les stimulants», écrivent les auteurs de l’étude.

10 joints en 30 jours

Dans ce contexte, où la drogue circule davantage, le cannabis détient une place à part. Il reste de loin le produit «phare» : celui qui attire le plus grand nombre de consommateurs. Les chiffres liés à cette substance livrent, en outre, des tendances marquantes. Tout d’abord, le nombre de ceux qui l’ont expérimenté dépasse désormais la barre des 50 % (50,4 %). Un Français sur deux a donc déjà fumé un joint. Le taux atteint même les 60 % chez les 25-44 ans.

En quelques années, l’expérimentation a augmenté. En 1992, elle ne touchait que 12,7 % des Français, rappelle l ‘OFDT. Depuis, la courbe ne cesse de monter : en 2005, le taux était de 28,7 % et, en 2017, il frôlait les 45 %. «Cela signifie que ce produit s’est banalisé. Les représentations qui sont faites du cannabis ont changé aussi. Mais cela s’explique surtout par un effet mécanique : les générations successives de jeunes qui ont consommé à l’adolescence sont parvenues à l’âge adulte, venant grossir la proportion d’expérimentateurs» , souligne Guillaume Airagnes, le directeur de l’OFDT.

Mais l’expérimentation, devenue monnaie courante, ne constitue pas un marchepied systématique vers un usage régulier. Le nombre de consommateurs réguliers de cannabis n’a pas décollé davantage. Le taux, qui était de 11 % en 2017, change à peine, accusant même une très légère baisse en 2023 avec un taux de 10,8 %. Un petit fléchissement est aussi constaté dans la catégorie des «grands» fumeurs , ceux qui ont fumé 10 joints au cours des 30 jours précédant l’enquête. Le taux et passé de 3,6 % à 3,4 %.

Les 18-24 ans consomment moins de cannabis

Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, cette baisse s’explique par un décrochage des jeunes vis-à-vis de ce produit. Il n’empêche, les 18-24 ans restent la catégorie de consommateurs la plus importante. Pour cette tranche d’âge, le taux est de 22,9 % quand il était de 26,9 % en 2017.

Les adultes, au contraire, consomment davantage de cannabis. «C’est parmi les personnes de 55 à 64 ans que cet usage régulier a augmenté, passant de 0,2 % en 2017 à 1,2 % en 2023», peut-on lire dans le rapport. «C’est là encore un pur effet mécanique. Les anciennes générations qui consommaient davantage sont maintenant plus âgées», précise le responsable de l ’OFDT.

Entre 1992 et 2023, l’usage de cocaïne a été multiplié par dix

Pour Guillaume Airagnes, cette nouvelle étude révèle une évolution inquiétante : «le recours aux drogues stimulantes est en augmentation exponentielle», souligne-t-il. «L’usage de drogues illicites autres que le cannabis n’a cessé d’augmenter depuis 2010, et en particulier au cours des neuf dernières années avec une hausse de 2,1 points (passant de 1,8 % en 2014 à 3,9 % en 2023), contre 0,9 point entre 2005 et 2014 (de 1,1 % à 1,8 %), évolution portée par l’augmentation de la consommation de cocaïne et de MDMA», indique l’OFDT.

Sur ces dernières substances, les données du rapport sont édifiantes : «Entre 1992 et 2023, l’usage de cocaïne a été multiplié par dix, passant de 0,3 % à 2,7 %. Depuis sa première mesure en 2000, l’usage de MDMA (ecstasy) a également décuplé, passant de 0,2 % à 1,8 %».

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