La cocaïne est-elle plus addictive qu’avant ? Comment lutter contre le chemsex ? Deux spécialistes en addictologie, Raphaël Serreau et Amine Benyamina, alertent sur les dangers des nouvelles formes de consommation et l’évolution des addictions en France.
Cannabis : entre usage médical et consommation problématique
Le débat sur le cannabis est relancé avec l’intervention du docteur Raphaël Serreau, addictologue au CHU d’Orléans, et de Stéphanie, une auditrice du secteur médical. Si le cannabis thérapeutique est autorisé sous strict contrôle pour certaines maladies comme la sclérose en plaques, sa consommation récréative pose un véritable problème de santé publique.
Aujourd’hui, 1,4 million de Français consomment régulièrement du cannabis, et plus d’un adulte sur deux l’a déjà expérimenté. Le docteur Serrault met en garde : les produits actuels sont bien plus concentrés en THC qu’il y a 50 ans, atteignant parfois 60 % de substance active. Cette puissance accrue rend le sevrage difficile et peut favoriser des troubles psychiatriques graves, notamment chez les jeunes consommateurs.
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Le CBD, souvent présenté comme une alternative inoffensive, n’est pas non plus sans risques. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que cette molécule peut interagir avec certains traitements et provoquer des effets secondaires.
Cocaïne : une explosion de la consommation en France
Si le cannabis reste la drogue la plus consommée, la cocaïne connaît une augmentation fulgurante. Selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), plus d’1,2 million de Français en consomment.
Moins chère et plus accessible, la cocaïne est pourtant extrêmement dangereuse. Le docteur Serrault rappelle que même une seule prise peut multiplier par 29 le risque d’infarctus du myocarde. Son effet addictif est puissant et rapide, provoquant un « craving » (envie irrépressible de consommer) qui piège rapidement les usagers.
Le psychiatre Amine Benyamina, également invité de l’émission, insiste sur l’importance d’une approche équilibrée entre répression et prévention. La seule répression ne suffit pas à enrayer le phénomène : une politique efficace doit inclure un volet éducatif pour sensibiliser les consommateurs aux dangers des substances psychoactives.
Chemsex, ecstasy, alcool, tabac : des addictions sous-estimées
Autre sujet abordé : le chemsex, une pratique qui combine consommation de drogues stimulantes et relations sexuelles prolongées. Popularisé par l’affaire Pierre Palmade, ce phénomène reste encore tabou en France. Le docteur Serreau explique qu’il s’agit d’une consommation spécifique visant à accroître le plaisir et l’endurance, mais qui comporte des risques importants : troubles psychiatriques, dépendance sévère et infections.
Parmi les autres drogues dites « festives », l’ecstasy (MDMA) est également pointée du doigt. Son usage en soirée peut provoquer des dommages neurologiques et cardiovasculaires graves.
Enfin, l’alcool et le tabac, bien que légaux, sont responsables de 110 000 décès par an en France, soit l’écrasante majorité des morts liées aux addictions. Pourtant, ces substances restent largement accessibles.
Comment se sortir de l’addiction ?
Le docteur Serreau rappelle que l’accompagnement des patients repose sur la motivation. 90 % des personnes dépendantes ne consultent jamais, mais pour celles qui franchissent le pas, un suivi personnalisé est mis en place. La prise en charge combine entretiens médicaux, accompagnement psychologique et traitements adaptés, parfois en optant pour une réduction progressive de la consommation plutôt qu’un sevrage brutal.
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