Dr Yohann Bohbot | 01 Avril 2025
La consommation de cannabis augmente partout dans le monde, portée par une légalisation de plus en plus répandue et une acceptation sociale grandissante. Souvent perçu comme une substance récréative ou ayant des bienfaits thérapeutiques, ses effets sur le cœur restent encore mal connus. Une étude récente, présentée au congrès de l’American College of Cardiology 2025 et publiée dans JACC: Advances, apporte un nouvel éclairage en montrant un lien clair entre l’usage du cannabis et un risque accru d’infarctus du myocarde, en particulier chez les jeunes adultes en bonne santé (1).
Une étude rétrospective à partir des données du TriNeTx
Cette étude a analysé les données de plus de 4,6 millions de sujets de moins de 50 ans disponibles sur un réseau mondial de données de recherche en santé, afin de comparer les consommateurs de cannabis à des non-utilisateurs, tous exempts de comorbidités significatives à l’inclusion. Grâce à une méthodologie d’appariement par score de propension, les auteurs ont limité les biais potentiels liés aux facteurs de risque cardiovasculaires classiques tels que l’hypertension, le diabète ou le tabagisme.
Les résultats sont sans appel : les consommateurs de cannabis présentent un risque d’infarctus du myocarde multiplié par six par rapport aux non-utilisateurs. De plus, la consommation de cannabis est associée à des taux plus élevés d’événements cardiovasculaires majeurs, d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques et d’insuffisance cardiaque, avec une mortalité globale également accrue (risque relatif multiplié par 7 !).
Un lien fort entre cannabis et maladies cardiovasculaires
L’étude suggère ainsi un lien fort entre consommation de cannabis et atteintes cardiovasculaires. Elle rejoint d’autres travaux (2, 3) qui ont montré que le cannabis peut entrainer un stress oxydatif, favoriser l’inflammation vasculaire et la dysfonction endothéliale, autant de mécanismes pouvant précipiter un événement coronarien aigu.
La principale limite de l’étude réside dans le manque de précisions sur la quantité consommée, la fréquence et le mode de consommation du cannabis. De plus, les données étant issues de dossiers médicaux électroniques, il existe un risque d’erreurs de classification entre consommateurs et non-consommateurs, ce qui pourrait influencer les résultats.
Avec la légalisation qui progresse dans de nombreux pays, il devient essentiel d’informer les consommateurs sur les dangers notamment au niveau cardiovasculaire. Des études supplémentaires seront indispensables pour mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués et évaluer l’impact des différentes formes de cannabis, qu’il soit naturel ou synthétique.
En attendant, cette étude rappelle une réalité : même une substance d’origine naturelle peut avoir des effets graves sur la santé, et sa consommation ne devrait pas être banalisée !
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