L’Académie de médecine s’oppose (à nouveau) à la légalisation du cannabis récréatif
Quentin Haroche | 10 Avril 2025
« La légalisation de l’usage récréatif du cannabis causerait de graves problèmes en termes de santé publique » affirme l’Académie de médecine dans un communiqué particulièrement incisif.
Ce n’était évidemment pas le but recherché mais l’examen par le Parlement de la proposition de loi sur le narcotrafic, qui vise à renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants et les violences qui y sont liés, a relancé le très ancien débat sur l’opportunité de légaliser le cannabis récréatif. Le 17 février dernier, deux députés ont ainsi déposé un rapport préconisant cette légalisation et les débats ont rapidement dérivé sur ce sujet lors de l’examen de la proposition de loi sur le narcotrafic à l’Assemblée Nationale.
Une ambiance libérale qui déplait quelque peu à l’Académie de médecine. La vénérable institution s’est en effet toujours opposée à la légalisation du cannabis récréatif (et n’est pas non plus très ouverte à l’idée de légaliser le cannabis thérapeutique). Sentant venir un vent mauvais, les académiciens ont donc décidé de remettre les points sur les i en rappelant leur opposition à toute dépénalisation du cannabis thérapeutique dans un communiqué publié ce mercredi.
Le mauvais exemple des pays qui ont légalisé le cannabis récréatif
Dans son communiqué, l’Académie rappelle qu’elle avait déjà exprimé son opposition à la légalisation dans des avis de 2021 et de 2023. Or, selon elle, les données récentes publiées depuis ces précédents avis n’ont fait que confirmer « les problèmes survenus dans les pays ayant procédé à une telle légalisation ». Citant plusieurs études réalisées dans les différents pays du monde qui ont légalisé ces dernières années le cannabis récréatif (Canada, certains Etats américains et Uruguay notamment), les académiciens listent les nombreux méfaits de la légalisation.
En premier lieu, la légalisation aurait de nombreux effets néfastes en matière de santé publique. Les hospitalisations dues au cannabis auraient ainsi augmenté de 10 pourcents dans l’Ontario et les hospitalisations d’enfants pour intoxication au cannabis ont été multipliés par trois au Canada depuis la légalisation selon l’Académie. Les auteurs du communiqué pointent également du doigt une multiplication par deux des accidents de la circulation liés au cannabis, par trois des cas de schizophrénie liées au cannabis et par onze des troubles psychotiques chez les adolescents au Canada. Les académiciens en profitent pour tacler le rapport parlementaire du 17 février qui évoquait un meilleur accès au traitement de substitution du cannabis en cas de légalisation…alors que ce traitement n’existe pas.
L’Académie de Médecine tient également à s’inscrire en faux par rapport « aux autres allégations des promoteurs de la légalisation ». Selon les académiciens, la légalisation ne conduirait pas à une baisse de la consommation et à un épuisement du marché noir, bien au contraire. « Aux Etats-Unis, où l’on dispose déjà d’un assez grand recul, le nombre de consommateurs a été multipliée par 20, passant de 0,9 million en 1992, avant la légalisation, à 17,7 millions après sa légalisation dans de nombreux États » souligne ainsi l’Académie de Médecine, qui ajoute que « dans les pays où le cannabis a été légalisé, le marché noir n’a pas disparu » car « le cannabis légal sera toujours plus cher que l’illégal, dénué de toute taxe ».
Une prise de position qui ne fait pas l’unanimité
L’Académie de médecine n’est pas non plus convaincue par l’idée que légaliser le cannabis permettrait de contrôler le taux de THC et donc de proposer un cannabis moins dangereux aux consommateurs. « En Uruguay, le taux du cannabis légal est passé de 2 % lors de la légalisation à 15 % aujourd’hui : comment faire consommer du cannabis faiblement dosé à des utilisateurs habitués à des taux de 15 ou 20 % ? » souligne l’Académie.
En tout état de cause, l’Académie estime qu’il est « paradoxal de proposer une légalisation pour faire de la prévention et même la financer » comme le préconise les partisans de la légalisation. Elle recommande donc de « maintenir l’interdiction en France de la vente et de la consommation du cannabis » et de « poursuivre et d’amplifier les programmes de prévention et d’information sur la toxicité de cette drogue, dès le plus jeune âge, afin de faire diminuer l’importante consommation en France ».
L’avis très tranché de l’Académie de Médecine sur la question ne fait évidemment pas l’unanimité dans le monde médical. Ce mercredi, le Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD), qui regroupe notamment diverses associations médicales (Fédération addiction, SOS Addictions, Médecins du Monde…) a ainsi publié un communiqué dénonçant « l’approche exclusivement répressive de la question des drogues » en vigueur dans notre pays. Les membres du collectif appellent donc à « investir dans une approche sanitaire et sociale qui abandonne les discours stigmatisants vis-à-vis des consommateurs » et à « explorer sans délai les modèles alternatifs de régulation des stupéfiants, déjà expérimentés dans plusieurs pays ». Une prise de position totalement à l’opposé de celle de l’Académie de Médecine donc.
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