14 avril 2025 La rédaction Santé publique, Une 0

Marine Le Pen affirme qu’une consommation raisonnable d’alcool ne pose pas de problème pour la santé. Pourtant, les données scientifiques vont à l’encontre de cette déclaration.
Alors que les débats parlementaires autour du projet de loi contre le narcotrafic approchent de leur conclusion, une vive controverse a émergé à l’Assemblée nationale. En cause : une déclaration de Marine Le Pen, députée du Rassemblement national, qui affirme que « boire raisonnablement de l’alcool n’a aucun impact sur la santé ». Une affirmation contredite par la recherche médicale et les autorités sanitaires.
Une substance à risque dès le premier verre
Contrairement aux idées reçues, la science est formelle : il n’existe pas de seuil de consommation d’alcool totalement sûr pour la santé. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a publié en 2021 un rapport sans équivoque. « Toute consommation d’alcool est nuisible », peut-on y lire. Les chercheurs y soulignent qu’aucun effet protecteur ne peut être revendiqué, contrairement aux discours qui ont longtemps vanté les bienfaits supposés d’un verre de vin par jour.
L’alcool est également classé comme une drogue, au sens scientifique du terme. Le docteur Bernard Basset, président de l’association Addiction France, rappelle que l’éthanol est une substance psychoactive : il modifie le fonctionnement du cerveau, peut induire une dépendance, et provoque des effets néfastes sur la santé dès les plus faibles doses.
Un facteur majeur de mortalité
Les conséquences sanitaires de l’alcool sont lourdes. Selon les données les plus récentes citées dans le rapport de l’Inserm, l’alcool est responsable de 41 000 décès chaque année en France. Cela représente environ 11 % des décès chez les hommes de plus de 15 ans, et 4 % chez les femmes du même âge. Parmi ces décès, 16 000 sont liés à des cancers (notamment ceux de l’œsophage, du foie ou du sein), et près de 10 000 à des maladies cardiovasculaires.
Les femmes, en particulier, sont exposées à des risques accrus dès une consommation très modérée. Dès un à un verre et demi par jour, le risque de développer un cancer du sein augmente de manière significative. Ces seuils sont même inférieurs aux recommandations actuelles de Santé publique France, qui conseillent de ne pas dépasser deux verres par jour, et pas tous les jours.
Un coût économique et social élevé
Au-delà des enjeux de santé publique, la consommation d’alcool représente également un lourd fardeau économique. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a évalué à 102 milliards d’euros le coût total de l’alcool pour la société française en 2019. Cette estimation inclut les dépenses médicales, les coûts de la répression, les pertes de productivité et la valeur économique des vies perdues.
Ces chiffres illustrent le paradoxe de l’alcool : bien qu’il soit légal et largement toléré, son impact global sur la santé publique et l’économie est supérieur à celui de nombreuses drogues illicites. C’est d’ailleurs cet argument qu’a avancé le député Antoine Léaument (La France insoumise) en suggérant, au cours du débat parlementaire, une légalisation encadrée du cannabis sur le modèle de l’alcool. Une comparaison rejetée catégoriquement par Marine Le Pen, qui nie que l’alcool puisse être considéré comme une drogue.
Un enjeu de santé publique
La position de Marine Le Pen s’oppose ainsi à un large consensus médical. Minimiser les risques liés à la consommation d’alcool, même modérée, va à l’encontre des messages de prévention portés par les professionnels de santé. Loin d’être anodine, cette prise de position politique contribue à entretenir des idées reçues qui nuisent à la lutte contre les addictions.
À l’heure où les politiques de santé publique tentent de réduire la consommation d’alcool à travers des campagnes de sensibilisation et des recommandations strictes, les propos tenus dans l’hémicycle soulignent l’écart persistant entre discours politiques et réalité scientifique.
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