par le professeur Tillement

La promesse

On a longtemps voulu croire au récit séduisant de la légalisation. Celui d’un État qui, en ouvrant les portes du marché,fermerait celles du crime. Celui d’une société où l’offre légale, transparente, taxable, assécherait les filières clandestines.

Celuid’une jeunesse qui, face à la banalisation,tournerait le dos aux joints. Mais la promesse n’a pas tenu. « La légalisation n’est pas une baguette magique, c’est un miroir : elle reflète nos contradictions. »

Le Canada, vitrine fissurée

Au Canada, laboratoire mondial depuis 2018, le marché légal a conquis l’essentiel des dépenses.

Près de 80 % des achats passentpar des circuits régulés, avec emballagesofficiels et taxes à l’appui. Et pourtant, un quart du commerce reste encore dans l’ombre. Pourquoi ? Parce que l’illégal va plus vite, vend moins cher, s’adapte aux goûts des consommateurs.

Parce que la demande, elle,ne baisse pas : en 2024, plus d’un quart des Canadiens déclaraient avoir consommé dans l’année, davantage qu’avant la réforme. «Légal ou pas, le désir ne se dissout pas dans l’encre de la loi. »

La Californie, empire paradoxal De l’autre côté de la frontière, la Californie incarne ce paradoxe. Premier marché légalde la planète, avec ses dispensaires ultramodernes et ses campagnes de communication.

Mais derrière les vitrines, le constat est implacable : la majorité de la consommation reste hors de contrôle. Les taxes écrasent le légal, les maires refusent l’installation de points de vente, les trafiquants continuent d’inonder les quartiers.

Résultat : jusqu’à 75 % du marché demeurent clandestins. « Quand le légal est trop cher, c’est le marché
noir qui prospère. »

L’Uruguay, pionnier contrarié

On a salué l’Uruguay, premier pays à briser le tabou dès 2013. Mais l’expérience tourne court : obligation d’enregistrement des usagers, plafonds de THC, distribution limitée aux seules pharmacies. Trop d’entraves, pas assez de liberté. Une moitié des consommateurs continue donc d’acheter ailleurs, discrètement, fidèlement, hors du système.

« Quand l’État distribue au compte-gouttes, le marché noir abreuve à flots. »