La gravité des troubles liés au cannabis est sous-estimée (Le Figaro)

La législation sur le cannabis s’invite dans le débat de la présidentielle. Or les conséquences de cette drogue sur la santé sont mal connues du grand public.

Les méfaits du cannabis sur la santé ne sont plus à démontrer. Outre son impact sur les troubles de la mémoire, les maladies mentales, de nouvelles études indiqueraient qu’il agirait, à l’instar d’autres substances chimiques comme le bisphénol A ou les phtalates, comme un perturbateur endocrinien. Il existe une méconnaissance terrible des troubles liés au cannabis chez les jeunes qui les conduit à fumer sans mesurer les risques qu’ils encourent. «La dépendance au cannabis est une vraie maladie, assure le professeur Michel Lejoyeux (addictologue, hôpital Bichat, Paris).Tout le problème en est le repérage et le traitement.»

Depuis des années, le risque de psychose schizophrénique lié à l’usage du cannabis est évoqué. Pendant longtemps, les psychiatres se sont interrogés pour savoir si le fait de fumer cette drogue était la cause ou la conséquence de la maladie. «Il est certain que le cannabis entraîne une déconnexion du réel et des hallucinations, ce qui lui confère un potentiel d’induction de troubles mentaux supérieur à celui de l’alcool par exemple, ajoute le professeur Lejoyeux. Certaines données permettent de dire aujourd’hui qu’au moins quelques cas de psychose, mais pas la majorité loin de là, seraient induits par le cannabis.»La schizophrénie toucherait partout dans le monde environ 1 % de la population.

Le professeur Jean Costentin (membre de l’Académie de médecine), dans un ouvrage publié en février 2012 aux Éditions Odile Jacob intitulé Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis, citant des études menées en Nouvelle-Zélande estime, lui, qu’il y aurait un risque 2,5  fois plus élevé, chez les fumeurs de cannabis, voire plus en cas de début de consommation précoce. Il évoque une prédisposition génétique qui s’exprimerait dans certains cas sous l’effet de cette drogue.

Fuir les contraintes

L’autre grand problème psychiatrique soulevé par le cannabis est le syndrome amotivationnel. Sous l’effet répété de la fumée d’«herbe», toute stimulation pour le travail scolaire ou professionnel s’évanouit, avec un risque majeur d’échec scolaire ou de décrochage professionnel. C’est un cercle vicieux, puisque les difficultés d’intégration sociale incitent le fumeur à retrouver le plus vite son «joint» pour fuir les contraintes qui s’imposent à lui. Il y a quelques mois des chercheurs de l’université de Bristol ont mis en évidence des perturbations cérébrales majeures chez le rat soumis à des substances de type cannabis: sous l’effet de la drogue, certains circuits neuronaux se déconnectent et l’animal devient incapable de retrouver un chemin qu’il connaissait cinq minutes avant l’administration de la substance.

Outre ses conséquences psychiatriques et cérébrales, des travaux récents ont identifié des complications cardio-vasculaires. Ainsi en mars 2012, une équipe française a découvert que le cannabis était un facteur causal dans les accidents vasculaires cérébraux chez des jeunes. Des travaux publiés dans la revue The Lancet ont conclu que cette substance multiplierait par cinq le risque d’infarctus du myocarde. Enfin des données présentées à l’Assemblée nationale le 28 février 2012 ont avancé que le cannabis agirait comme un perturbateur endocrinien avec des troubles de la sexualité et de la reproduction.


Au volant: plus de contrôles

En 2010, 76.000 contrôles de stupéfiants ont été réalisés sur les routes. 40 % environ de ces dépistages se sont révélés positifs. «Un taux élevé car les contrôles sont ciblés, organisés par exemple la nuit aux abords des boîtes de nuit», indique un spécialiste. Ces données ne détaillent pas la nature de la substance détectée, mais il s’agit bien souvent de cannabis.

Depuis le vote de la loi sur la sécurité intérieure (Loppsi 2) en février dernier, le champ d’application des contrôles de stupéfiants obligatoires a été élargi. Aux accidents mortels s’ajoutent dorénavant les accidents corporels. D’autres contrôles peuvent être organisés à l’initiative de forces de l’ordre en cas de suspicion ou à l’occasion d’une autre infraction, ou encore sur réquisition du procureur. En 2010, le nombre d’accidents impliquant un automobiliste sous l’emprise de drogue a été de 829. Au cours de ces sinistres, 209 personnes avaient trouvé la mort. Cette année, 21.865 conducteurs ont été condamnés par les tribunaux pour prise illégale de drogueParmi eux, 850 avaient aussi pris de l’alcool.

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