Cette substance désinhibe celui qui l’ingère et décuple sa brutalité. Elle aurait été utilisée par les terroristes du 13 novembre.
| Plusieurs survivants du Bataclan évoquent le comportement « mécanique, déshumanisé » des terroristes. Un témoin qui les a croisés juste avant leur attaque note leurs « têtes de morts-vivants ».
Leur -fanatisme religieux et leur passage dans des camps d’entraînement au djihad en vue de devenir de parfaits bourreaux ou kamikazes n’expliqueraient pas tout : des substances décupleraient leur sauvagerie. Pourtant proscrite par le Coran – comme le suicide –, la drogue -faci-literait le passage à l’acte des terroristes. En juin dernier, en -Tunisie, des rescapés rapportent que le djihadiste qui a -massacré trente-huit touristes à Sousse « -rigolait et prenait des photos des victimes ». Selon le Daily Mail, qui s’appuie sur les résultats de son -autopsie, des « stimulants » ont été décelés dans son organisme. D’autres médias -citent le Captagon, nom commercial de la -fénéthylline, de la famille des amphétamines (comme l’ecstasy). Produites dans des laboratoires clandestins au Liban et en Syrie, les pilules sont vendues entre 5 et 20 dollars et consommées à des fins « récréatives » au Moyen-Orient, où l’alcool est proscrit. En 2010, en Arabie saoudite, 7 tonnes ont été saisies. En Syrie, selon -Ramzi Haddad, un psychiatre libanais interviewé par Reuters en 2014, les combattants de Daech, du front al-Nosra et l’armée de -Bachar el-Assad en consomment, notamment pour les « missions » longues ou nocturnes. Des civils en avalent aussi pour lutter contre le stress -engendré par le conflit. Synthétisée en 1961, cette molécule a un temps été utilisée en médecine pour traiter la dépression, la -narcolepsie et l’hyperactivité. Mais elle a vite été détournée de son usage d’origine, notamment par des toxicomanes et des -cyclistes. Dès 1986, le Captagon est classé par l’OMS comme stupéfiant, en raison de l’addiction qu’il -entraîne et de ses graves effets secondaires, telles des -lésions cardiaques. Il est -interdit en France depuis 1993. Le neurobiologiste Jean-Pol Tassin -explique à VSD que cette drogue est « hélas idéale » pour des combattants : « L’amphétamine augmente la force musculaire et diminue l’angoisse. Le sujet ne ressent plus la -fatigue et a l’impression que rien ne peut l’arrêter. L’effet dure une heure. Des otages du Bataclan ont remarqué qu’au bout d’une heure le comportement des terroristes a -changé, ils sont devenus plus nerveux. » Le Pr Tassin précise que les amphétamines -accroissent l’agressivité : « Lors des premiers tests sur des animaux, les souris s’étaient -entretuées. Il n’y a aucun problème pour en trouver en Europe. Ce sont les mêmes clandestins qui, notamment en Belgique et aux Pays-Bas, fabriquent l’ecstasy. » Des seringues ont été retrouvées dans les chambres d’hôtel louées à Alfortville (Val-de-Marne) loué par Salah Abdeslam, le chef présumé du commando (en fuite à l’heure où nous imprimons). Jean-Pol Tassin s’en étonne : « Je doute qu’ils s’en soient injecté en intraveineuse. L’effet est quasiment immédiat, il aurait été plus logique qu’ils -avalent des pilules un peu avant de -passer à l’action. Peut-être se sont-ils administré des opiacés la veille pour -réduire leur angoisse ? » Les résultats des autopsies -devraient éclaircir ce point. Le mot « assassin » viendrait du mot « hachichin », une secte de tueurs de l’Orient médiéval qui -fumaient du cannabis avant de sévir. Dans les tranchées de 14–18, l’état-major distribuait aux poilus de grandes quantités de gnôle, surnommée le « monte-à-l’assaut ». Et, pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats allemands étaient -dopés au Pervitin, une amphétamine qu’ils appelaient « Panzer-schokolade ». – Enrôlé dans la Wehrmacht, l’écrivain Heinrich Böll (1917–1985) parlait de « pilules miracle » qui rendaient « froid, sans réaction ». Ce sont d’ailleurs des médecins nazis qui ont inventé la méthadone, un substitut à l’héroïne. Cette -dernière fut -largement consommée par les GI au Vietnam et par l’armée Rouge en Afghanistan. Aujourd’hui encore, en Afrique, les chefs de guerre en donnent souvent aux -enfants-soldats. -Droguer des soldats pour en faire des -robots n’a donc rien nouveau. |
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