L’alcool est très accepté socialement parlant. Pourtant, il est responsable de plus de 200 maladies et de plus de 40 000 morts par an.

Par Martin Leduc Publié le 30 Déc 23
Difficile de dire non à une coupe de champagne lors des réveillons de Noël et du Nouvel An. Papi et mamie pourraient faire la moue car « c’est de tradition ».
Pourtant, l’alcool est un véritable fléau des temps modernes. L’une des drogues les plus insidieuses, qui plus est l’une des plus négligées lorsque l’on en évoque l’addiction. Pourtant, il est la deuxième cause de mortalité prématurée dans notre pays.
L’alcool attaque le corps dans son entièreté
Pourquoi l’alcool est dangereux ? Parce qu’il est profondément admis dans la sphère sociale. « La consommation de boissons alcoolisées est très liée aux pratiques culturelles », écrit-on sur le site Addict’Aide, destiné à tout ce qui concerne les addictions. « Environ un quart des adultes ont toujours une consommation qui dépasse les repères préconisés », note l’Inserm.
La société a parfois tendance à oblitérer les effets néfastes de l’alcool. Pourtant, sa consommation « entraîne des décès et des incapacités relativement tôt dans la vie. Chez les personnes âgées de 20 à 39 ans, environ 13,5 % du nombre total de décès sont attribuables à l’alcool », comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
L’Inserm évoque plus de 200 maladies dont l’alcool est responsable. Et cela, c’est parce que « contrairement aux autres drogues, qui ont des effets plus ciblés, l’alcool s’attaque à tout le corps », explique à actu.fr, Philippe Binder, médecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers, également pilote du groupe de travail addiction au Collège de médecine libérale.
Attention, il ne s’agit en aucun cas de dire que les autres drogues ne sont pas dangereuses. Ce serait faux. Mais si on parle d’alcool, il n’y a qu’à voir la peau d’un alcoolique chronique et la comparer à celle d’un cocaïnomane, par exemple. Celle de celui qui boit de l’alcool est fripée, cuivrée, altérée… C’est parce que l’alcool attaque toutes les cellules. Du foie au cœur, en passant par le cerveau, la peau, les reins…Philippe BinderMédecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers
Au niveau du cerveau aussi, les problèmes peuvent être graves : atteinte de la mémoire, perte de coordination et de la vision, perturbation de l’horloge biologique…
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« L’alcool expose à des dysfonctionnements graves allant jusqu’à priver le concerné de ses capacités cognitives de base », résume l’institut Adios, sur son site internet. Vidéos : en ce moment sur Actu
On commence à comprendre, par ailleurs, que l’alcool est aussi responsable d’un grand nombre de cancers : bouche, gorge, œsophage, foie, sein, colon, rectum, pancréas… « Ce sont des découvertes très récentes, même si l’on s’y attendait un peu. Les complications peuvent commencer à partir d’un verre par jour. »
« Je meurs de l’alcool, mais je n’ai jamais été ivre de ma vie »
C’est aussi en ça que l’alcool est très dangereux. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas le fait de « prendre une cuite » de temps en temps qui est dangereux. Bien que cela ne soit pas recommandé, évidemment.
L’Inserm évoque plusieurs repères à ne pas dépasser pour limiter les risques :
- ne pas consommer plus de 10 verres d’alcool par semaine
- ne pas consommer plus de 2 verres par jour
- ne pas boire d’alcool au moins 2 jours par semaine
À partir de quand est-on alcoolique ?
Difficile de quantifier une telle question. « L’alcoolisme, c’est l’addiction à l’alcool. L’addiction, c’est la maladie du cerveau, de la perte du contrôle du désir, envahi par le besoin. Lorsque vous êtes capable de dire “j’ai le désir de boire du champagne ce soir”, vous en avez le désir. Mais vous ne le faites pas parce que ce n’est pas le moment, vous n’avez pas envie d’être seul à boire, ou autre…. Là, on n’est pas sur de l’addiction. Ça reste du domaine du désir. Quand ça a glissé sur le besoin. Là, vous allez tout faire pour le faire. Une envie de faire pipi, c’est un besoin. On se retient un peu, mais pas longtemps. Car physiologiquement, ce n’est pas possible. C’est là que l’on rentre dans le domaine de l’alcoolisme », récite Philippe Binder.
Mais l’alcool au quotidien, même sans être ivre, attaque également l’organisme. Et ce, contrairement à ce qu’affirme le « french paradox ». Non : même si elle est faible, une consommation régulière entraîne bel et bien des problèmes.
Un de mes premiers patients alcooliques était en train de mourir d’une cirrhose importante, et il m’a dit “je meurs de l’alcool mais je n’ai jamais été ivre.” Je m’en rappellerai toute ma vie.Philippe BinderMédecin généraliste et professeur émérite à l’université de Poitiers, également pilote du groupe de travail addiction au Collège de médecine libérale.
« Un autre, a fait des varices œsophagiennes. Son foie a tellement gonflé qu’un engorgement a eu lieu proche de son œsophage. Ses veines ont lâché et il est mort d’une hémorragie interne. Sans jamais avoir été ivre, encore une fois », raconte Philippe Binder.
Du temps avant une amélioration
Et lorsque les complications se déclarent, cela peut prendre beaucoup de temps avant que le corps humain ne se régénère. Lorsque cela est possible.
« Certains récupèrent très vite, cela dépend des gens », tient tout de même à tempérer Philippe Binder.
C’est au bout de trois mois que l’on peut commencer à sentir des effets positifs. « L’amélioration est rapide au début, puis beaucoup plus lente. Un peu comme quand on commence la musculation », image-t-il.
Lorsque l’on arrête de boire de l’alcool, « le foie prend enfin le temps d’éliminer les toxines accumulées », note l’institut Adios. « L’influx nerveux est d’une meilleure qualité, ce qui optimise la coordination et l’équilibre. »
Des effets notables sur la peau et le poids
De plus, les troubles psychiques liés à l’alcool diminuent, et « les sentiments de sécurité, de confiance et d’estime de soi reprennent leur force ». Des effets au niveau de la peau et du poids sont également notables.
Cependant, certains ne récupèrent jamais vraiment l’ensemble de leurs capacités. C’est « dépendant de plusieurs facteurs tels que l’âge, l’alimentation, l’hygiène de vie et l’état de santé », ajoute l’institut Adios, qui recommande, comme tous les scientifiques à ce sujet, de ne « jamais reporter un sevrage ».
« On est toujours gagnant à interrompre sa consommation d’alcool ou à la modérer », conclut Philippe Binder.
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