Par le Professeur Jean Costentin
Les Français ont-ils changé de regard sur les drogues en un quart de siècle ? C’est ce que révèle la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). La perception des risques liés à l’alcool et au tabac progresse. Mais le cannabis et la cocaïne apparaissent de moins en moins inquiétants aux yeux du public.
La bonne nouvelle c’est que les Français voient aujourd’hui des risques plus importants à consommer du tabac et de l’alcool ; la mauvaise nouvelle c’est que le cannabis et la cocaïne leur semblent moins dangereux qu’auparavant.
Nos concitoyens voient (enin) d’une façon plus négative, plus péjorative, l’alcool et le tabac. Les 42.000 et 75.000 décès qui leurs sont respectivement impartis chaque année commencent à marquer les esprits, expliquant la diminution modeste mais signiicative de leurs consommations. D’autant qu’à ces chires erayants (comparés aux accidents de la route qui ne font plus que 3.500 morts) liés à leur licéité, s’ajoutent leurs méfaits physiques, ainsi que les méfaits psychiques de l’alcool.
On a enin cessé de croire qu’elles sont d’un apport substantiel au budget de la Nation, puisqu’elles qu’elles lui coûtent deux fois plus qu’elles ne lui rapportent. Mais hélas le rôle économique de l’alcool très important : puisqu’il assure la subsistance (toutes catégories d’intervenants confondus) de plus de 500.000 concitoyens et que ses exportations
Des manifestants, en 2017, lors de la 16e Marche mondiale du cannabis, pour réclamer la légalisation du cannabis. © ALAIN JOCARD / AFP Addictions Toxicomanies : une bonne et une mauvaise nouvelle Les Français ont-ils changé de regard sur les drogues en un quart de siècle ?
C’est ce que révèle la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). La perception des risques liés à l’alcool et au tabac progresse. Mais le cannabis et la cocaïne apparaissent de moins en moins inquiétants aux yeux du public. réduisent opportunément l’inquiétant déicit chronique de notre balance commerciale.
De plus son rôle social est manifeste ; de très longue date est installée la notion qu’il ne peut y avoir de fêtes sans alcool. Des nombreux voyages organisés auxquels j’ai participé, un seul, en Iran, il y a huit ans, n’a pas connu les interactions courtoises, amicales, qui prévalaient dans tous les autres voyages ; les repas rigoureusement sans boissons alcooliques étaient mornes, muets, comportant surtout des critiques peu amènes adressées aux guides.
N’est-on pas sur la bonne voie pour la réduction du tabagisme ? Une « dénormalisation » du tabac commence à s’opérer, visant à l’avènement en 2032 de la « première génération sans tabac ». Pourtant, la discrétion et la lenteur de mise en œuvre des dispositions arrêtées à cette in font craindre une date (beaucoup) plus tardive. D’autant que s’active simultanément le lobby du tabac.
Il a conçu l’ajout de méthyle-nicotine dans le tabac et dans les recharges de e-cigarettes pour accroître leur pouvoir addictif déjà considérable, du fait de chromones ou d’autres substances dont les produits de combustion inhibent l’enzyme qui inactive de la dopamine (le médiateur du plaisir). Elles intensiient le plaisir éprouvé qui, lorsqu’il retombe, en chute libre, rend urgent de griller une autre cigarette.
Dans les recharges des cigarettes électroniques l’ajout d’un édulcorant – le néotame10.000 fois plus sucrant que le saccharose (H.C. Erythropel et coll., JAMA, Juin 2025) accroit l’appétence pour la nicotine. Même question que la précédente mais sur l’alcool maintenant ? Les alcooliers ne sont pas en reste. Après avoir conçu les « Premix », les voilà avec la « Vody », qui poursuivent leur assaut de la jeunesse.
Elle associe, dans des canettes aux couleurs vives, de l’alcool type Vodka, avec un degré alcoolique de 20°, du sucre et deux substances « énergisantes » la caféine et la taurine. Si la caféine protège du coma alcoolique que provoque des consommations intenses, du type « biture expresse/binge drinking, elle ne prévient pas les troubles délirants et hallucinatoires de l’alcool ; le consommateur excessif, n’étant pas eondré dans un état semi-comateux, sur le banc public le plus proche, il peut alors vivre son délire, avec des prises de risques et/ou une agressivité dirigée contre lui ou autrui…
Mais ça n’est pas tout, et ça ne le sera d’ailleurs jamais, eu égard à la voracité de ces alcooliers sans foi ni loi. Ils veulent maintenant ajouter à l’alcool du cannabis et son tétrahydrocannabinol / THC. La bière brassée avec du chanvre textile est connue depuis l’antiquité ; parée de justiications religieuses et surtout thérapeutiques.
Ce chanvre textile, pas totalement dépourvu de THC, peut comporter des taux notables de CBD. Par contre, la marijuana/herbe/beuh du chanvre indien est riche en THC et en CBD. C’est elle qui à l’étranger participe déjà à plusieurs bières aux teneurs très diérentes en THC et en CBD. L’alcool ainsi que le THC sont inébriants et sédatifs, leurs eets se potentialisent, accroissant en particulier les risques routiers et professionnels.
Vous évoquiez la mauvaise nouvelle de la banalisation relative du cannabis, vous pourriez commenter ? C’est eectivement une mauvaise nouvelle que cette banalisation du cannabis dans la perception qu’en a le public. Elle survient alors que se sont accumulées, à un niveau exceptionnel, les connaissances de ses méfaits physiques (supérieurs à ceux du tabac, quand il est fumé), sur ses méfaits psychiques nombreux et graves, dus à son THC, ainsi que ses eets épigénétiques que le consommateur peut transmettre à sa progéniture.
Alors qu’en 1999, 54% des personnes interrogées jugeaient que le cannabis était dangereux dès la première consommation ; 25 ans plus tard ce chire tombe à 38%. Une explication avancée serait que pendant cette période le nombre de ses consommateurs s’étant accru, celui qui a consommé ou qui connait un consommateur, a une opinion plus positive de la drogue que celui qui n’en a pas du tout consommé.
Mais il y en a une autre, peu évoquée, qui est je le crois plus importante, à savoir le forcing des médias, épaulés par des politiques et des addictologues en faveur de sa légalisation. Un ex-député socialiste passé à la REM (Olivier Véran), avant d’être promu ministre de la Santé, a initié à l’Assemblée nationale une commission visant à la légalisation de la drogue.
Ce saucisson cannabique, dur à faire avaler d’un seul coup, a été découpé en trois rondelles : le cannabis « thérapeutique » ; le cannabis « de confort » et le cannabis « récréatif ». Le cannabis « thérapeutique » a été ainsi dénommé d’emblée pour forcer son destin, quand il s’agissait a priori d’évaluer son intérêt potentiel comme médicament.
Pour eectuer cette démonstration a été nommé un psychiatre qui, pour des opportunités universitaires, s’était converti à la pharmacologie (N. Authier). Non spécialiste des essais cliniques il élabora un protocole pour faire la démonstration commandée. Son protocole fut jugé si hétérodoxe par les spécialistes des essais cliniques qu’il dû le rétrocéder au rang de simple expérimentation. Mais qu’importe, dans la communication, en forme de publicité à peine déguisée, le cannabis devenait dans l’esprit du public un médicament. La deuxième rondelle concernait le cannabis « de confort », pour justiier des bienfaits du cannabidiol / CBD.
Une publicité débridée, permise par le fait qu’il ne revendiquait pas le statut de médicament, a permis d’en faire une thériaque, un sirop Typhon (de la chanson de R. Antony « universelle panacée »), bon pour tout, bon pour tous ; ce qui aurait fait dire à mon grand-père « Prenez-en pendant que ça guérit ».
D’ailleurs ce temps commence a être dépassé puisque la pharmacovigilance met désormais en garde contre ses eets hépatiques et ses interactions avec certains médicaments. Enin, la troisième rondelle du saucisson cannabique concerne le cannabis « récréatif », euphémisme délibéré, s’agissant de la drogue, de ses eets toxicomaniaques/addictifs.
Pour obtenir sa légalisation, ses thuriféraires, au nombre desquels O. Veran, C. Janvier, D. Reda, L. Mendes, J.-B. Moreau (dont 4 d’entre eux n’ont pas été réélus), au cœur de la COVID ont organisé une consultation nationale, qui fut un « vrai bide. Ne se le tenant pas pour dit et toujours avec le même sens de l’à-propos ils ont imaginé alors d’organiser un référendum, semblant ignorer que ce type exceptionnel de consultation nationale est réservé à des sujets non moins exceptionnels.
Familiarisant ainsi le public avec le cannabis, apaisant ses craintes, toutes ces attentions, disons ces « manipes » ont été relayées complaisamment par le Monde, Le Nouvel-Obs, Challenge, Libération et divers autres médias radio et TV de la même obédience radio et TV…
Sommet de l’aberration, des « addictologues » véhéments, dont la Fédération « Addiction », muets sur la prévention et démunis quand il s’agit de détacher du cannabis ses victimes qui se sont fait piéger à défaut d’avoir bénéicié d’une prévention digne de ce nom, prônent la légalisation de la drogue.
Avant que l’irréversible légalisation soit commise et que l’importance des méfaits du cannabis irtent avec et même dépassent ceux de l’alcool et du tabac, nous devons réagir et annihiler les menées de ceux qui y poussent. Vous n’avez pas parlé de la cocaïne…
Le sujet est à la fois si vaste et si important qu’il justiiera un développement spéciique, si vous m’y conviez Jean Costentin précise que ses propos ne sauraient engager aucune des institutions dont il est ou a été membre.
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