Mercredi 21 janvier 2026

Provenant du podcast La Revue de presse internationale

Baisse des ventes de bière en Allemagne mais aussi de whisky, de bourbon, de cognac et de tequila dans le monde : le secteur des alcools est confronté à une baisse de la consommation mais aussi aux droits de douane imposés par l’administration Trump qui déstabilisent les marchés.

En Allemagne, la plus ancienne brasserie monastique du monde va être vendue : c’est la conséquence de la chute des ventes de bière allemande ; un secteur en crise, alerte le magazine Der Spiegel, alors que c’est une tradition allemande plus que millénaire. « Les Bénédictins furent des pionniers parmi les moines brasseurs », fabriquant de la bière « pour leur propre consommation, mais aussi pour recevoir des invités et pour la vente dès le VIe siècle », explique Der Spiegel. La brasserie monastique de Weltenburg, en Bavière, appartenait jusqu’à présent à une fondation du diocèse de Ratisbonne. Mais à partir de l’an prochain, les brasseurs seront employés par l’entreprise munichoise Schneider Weisse, dans une « tentative de consolider le secteur » pour répondre à la baisse de la consommation de bière, analyse la Frankfurter Allgemeine Zeitung, et ils pourraient même brasser de la bière Bichofshof : la brasserie de Ratisbonne va fermer ses portes à la fin de l’année. 56 emplois supprimés : « ces chiffres symbolisent une tendance qui menace toute une industrie en Allemagne », souligne Der Spieg

Ces quinze dernières années, le marché allemand de la bière a perdu un quart de ses ventes et le rythme semble s’accélérer : l’an dernier, les ventes de bière en Allemagne ont chuté de cinq millions d’hectolitres, soit la plus forte baisse en 75 ans, précisent Der Spiegel et le Guardian. Pour le journal britannique, qui a également constaté la fermeture d’une centaine de brasseries en Grande-Bretagne, ce phénomène s’explique par un problème d’image de la bière, considérée comme démodée et puis la bière sans alcool fait aussi une percée, ajoute Der Spiegel. Si 1 500 petites et moyennes brasseries dans les régions allemandes tentent de résister à l’effondrement du marché de la bière, aux côtés d’une dizaine de grandes marques qui s’exportent à l’international, Der Spiegel note aussi un déclassement de l’Allemagne : plus aucune des dix premières brasseries mondiales n’est allemande.

La baisse de la consommation d’alcool et les tarifs douaniers de l’administration Trump affectent aussi le secteur des spiritueux

Trop de stocks invendus, là encore en raison de la baisse de la demande à l’échelle mondiale, si bien que certains producteurs de whisky, de bourbon, de cognac et de tequila interrompent leur production et baissent leurs prix pour écouler les bouteilles qui s’accumulent dans les entrepôts, indique le Financial Times. Des spiritueux, pour un équivalent de 22 milliards de dollars, sont « en train de vieillir dans les fûts de grands producteurs d’alcool tels que Diageo, Pernod Ricard, Campari, Brown Forman et Rémy Cointreau », énumère le quotidien économique britannique. Du jamais vu depuis plus de dix ans, ajoute le Financial Times. Le journal mexicain El Economista parle d’un « lac de tequila » au Mexique : « un surtockage de 500 millions de litres dans les entrepôts, conjugué à une chute du prix de l’agave » dont dépendent des milliers de familles notamment dans l’État de Jalisco, précise La Jornada. Les exportations de tequila représentent des revenus annuels d’environ 4 milliards de dollars pour le Mexique.

Les réserves ont commencé à s’accumuler après la pandémie de Covid-19 qui a vu une explosion de la consommation d’alcool au fil des différents confinements : les fabricants ont ensuite augmenté leur production mais l’inflation a ramené le secteur à la réalité, rapportent Forbes et le Financial Times. Depuis, les consommateurs portent une attention plus grande, également, à la santé, au bien-être en général et donc aux méfaits de l’alcool qui augmente le risque de cancer chez les hommes et chez les femmes, alertent le New York Times et CNN. Sur le plan économique, la volatilité du marché des spiritueux représente un défi de taille pour les producteurs de cognac, par exemple, qui doivent décider combien de litres d’eau-de-vie, verser dans des fûts pour les deux, quatre, dix ou douze années à venir – les principales mentions de vieillissement du cognac, rappelle le Financial Times830 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été perdus en quatre ans, indique Forbes, pour les principaux producteurs de bière, de vin et de spiritueux.

Les tarifs douaniers imposés tous azimuts pénalisent aussi la vente de spiritueux : ils coûtent « près de 20 millions de livres sterling par mois en pertes de vente de whisky écossais », s’indigne la Scotch Whisky Association dans les colonnes du Guardian : un millier d’emplois seraient sur la sellette. Les récentes menaces de Donald ‌Trump d’imposer des droits de douane aux pays européens qui s’opposent à son projet de prise de contrôle du Groenland « affecteront encore plus les petites entreprises écossaises, notamment dans le whisky, craint le quotidien écossais The National. Johnnie Walker, Talisker et Lagavulin ont réduit la production de certaines distilleries pour s’adapter à la baisse de la demande actuelle, énumère le Guardian. Réajustement aussi dans le sud de l’Irlande, sur le site de Midleton qui produit le Jameson, au point que l’Irish Farmers Journal craint « une baisse de revenus des exploitations céréalières. »

Aux États-Unis, la principale distillerie de bourbon Jim Beam dans le Kentucky a fermé ses portes pour toute l’année 2026, annoncent PBSThe Hill et Fox News. « C’est l’une des plus importantes nouvelles en provenance du Kentucky depuis longtemps, car Jim Beam est l’une des marques de bourbon les plus emblématiques », « on ignore si les droits de douane porteront un coup fatal à un secteur déjà en difficulté », estiment plusieurs expertes interrogées par Fox News, la chaîne télévisée pro-Trump forcée de constater les dégâts de la politique de la Maison-Blanche de sa guerre commerciale et des velléités de faire du Canada le 51e État des Etats-Unis.

Les consommateurs canadiens et les législateurs se sont unis derrière un mouvement pour « Acheter canadien », assorti d’un boycott des produits venus des Etats-Unis : leurs exportations de bourbon ont baisse de 60%, au profit notamment du whisky canadien, précise CBC, le média public canadien. Sur Radio-Canada Info, Isabelle Dufour, l’une des dirigeantes de la Société des alcools du Québec (SAQ) explique que « c’est une décision politique de retirer les produits américains des tablettes de la SAQ. Le gouvernement a décidé, pour pouvoir s’opposer aux tarifs américains donc nous on s’est exécuté.

Les produits attendent. Il y a une certaine partie de ventes qu’on perd, en effet, mais le client a migré  sa consommation vers autre chose, dont d’ailleurs les produits québécois qui voient une hausse fulgurante de leurs ventes ». Mais polémique : la Société des alcools du Québec a conclu un accord avec Uber Eats pour faire livrer de l’alcool à domicile. Pour Radio-Canada Info, il est « incohérent » de faire appel à une société états-unienne, mais les affaires sont les affaires, répond la représente de la Société des alcools du Québec

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