AddictionPsychiatrie Par Elodie Vaz| Publié le: 24 février 2026|
Une étude révèle que la consommation de cannabis chez les adolescents est associée à un risque deux fois plus élevé de troubles psychotiques et bipolaires à l’âge adulte. Décryptage.

C’est une alerte qui tombe au moment où le cannabis n’a jamais été aussi présent dans le débat public. Selon une étude publiée le 20 février dans la revue scientifique JAMA Health Forum, les adolescents qui déclarent avoir consommé du cannabis au cours de l’année écoulée présentent, quelques années plus tard, un risque deux fois plus élevé de développer des troubles psychotiques ou bipolaires.
Derrière ces chiffres, un travail de grande ampleur : 463 396 jeunes âgés de 13 à 17 ans ont été suivis jusqu’à leurs 26 ans. Les chercheurs ont analysé les données issues de consultations pédiatriques de routine réalisées entre 2016 et 2023, en s’appuyant sur les dossiers médicaux électroniques. Un suivi dans le temps, qui permet d’observer l’enchaînement des événements.
Lire aussiConsommation de cannabis : un risque avéré pour la santé cardiovasculaire<br>
Et la continuité est frappante. Dans la majorité des cas, la consommation de cannabis précède les diagnostics psychiatriques de 1,7 à 2,3 ans. Autrement dit, l’usage du produit intervient avant l’apparition des troubles.
Des troubles graves concernés
Les résultats sont sans ambiguïté. Les adolescents ayant déclaré une consommation de cannabis dans l’année présentent :
- un risque doublé de troubles psychotiques ;
- un risque doublé de troubles bipolaires ;
- un risque accru de dépression ;
- un risque accru d’anxiété.
Ces pathologies sont lourdes, et peuvent bouleverser durablement une vie. « Alors que le cannabis devient plus puissant et fait l’objet d’un marketing plus agressif, cette étude indique que sa consommation chez les adolescents est associée à un risque deux fois plus élevé de développer des troubles psychotiques et bipolaires, deux des affections mentales les plus graves », souligne dans un communiqué de presse, Lynn Silver, MD, directrice du programme « Bien démarrer » de l’Institut de santé publique et co-auteure de l’étude.
« Les données probantes soulignent de plus en plus la nécessité d’une réponse urgente en matière de santé publique : réduire la puissance des produits, privilégier la prévention, limiter l’exposition des jeunes et le marketing, et considérer la consommation de cannabis chez les adolescents comme un problème de santé publique majeur, et non comme un comportement anodin », ajoute-t-elle.
Lire aussiLe cannabis, facteur de risque majeur d’insomnie chez les étudiants français ?
Pas seulement les “gros consommateurs”
L’un des points forts de cette recherche tient à sa méthode. Contrairement à de nombreuses études précédentes, elle ne s’est pas limitée aux jeunes les plus dépendants ou à ceux déjà diagnostiqués avec un trouble lié à l’usage de cannabis. Elle a pris en compte toute consommation autodéclarée au cours de l’année précédente, dans le cadre d’un dépistage systématique lors des soins pédiatriques classiques.
Même en tenant compte des antécédents psychiatriques et de la consommation d’autres substances, le lien persiste. « Les adolescents ayant déclaré consommer du cannabis présentaient un risque considérablement plus élevé de développer des troubles psychiatriques, notamment des troubles psychotiques et bipolaires », précise Kelly Young-Wolff, docteure en psychologie, auteure principale de l’étude et chercheuse principale à la Division de la recherche de Kaiser Permanente.
Elle ajoute que « cette étude vient s’ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses que la consommation de cannabis à l’adolescence pourrait avoir des effets néfastes à long terme sur la santé. Il est essentiel que les parents et leurs enfants disposent d’informations exactes, fiables et fondées sur des données probantes concernant les risques liés à la consommation de cannabis chez les adolescents. »
Une consommation qui progresse avec l’âge
Le cannabis reste aujourd’hui la drogue illicite la plus consommée chez les adolescents américains. L’étude « Monitoring the Future » montre que l’usage grimpe au fil de la scolarité : environ 8 % des élèves en quatrième déclarent en consommer, contre 26 % en terminale. Selon l’Enquête nationale de 2024 sur la consommation de drogues et la santé, plus de 10 % des 12-17 ans disent en avoir consommé au cours de l’année précédente.
Dans le même temps, les produits ont gagné en puissance. En Californie, le taux moyen de THC – la principale substance psychoactive du cannabis – dans les fleurs dépasse désormais 20 %, bien au-dessus des niveaux observés il y a quelques décennies. Les concentrés peuvent, eux, franchir la barre des 95 %.
Un enjeu social aussi
L’étude met également en lumière un autre facteur préoccupant : la consommation est plus fréquente chez les adolescents inscrits à Medicaid et chez ceux vivant dans des quartiers socio-économiquement défavorisés. Pour les auteurs, l’expansion de la commercialisation du cannabis pourrait ainsi accentuer des inégalités déjà présentes en matière de santé mentale. Les jeunes les plus fragiles socialement seraient aussi les plus exposés aux risques.
Financée par l’Institut national américain sur l’abus de drogues, cette étude apporte un éclairage supplémentaire dans un contexte de banalisation croissante du cannabis.
Sources
– Adolescent Cannabis Use and Risk of Psychotic, Bipolar, Depressive, and Anxiety Disorders. jamanetwork.com. Consulté le 23 février 2026.
– Adolescent cannabis use linked to doubling risk of psychotic and bipolar disorders. www.eurekalert.org. Consulté le .
Ecrire un commentaire