L’insupportable coût social de l’alcool et du tabac

Dans une récente allocution destinée à défendre son choix d’introduire le paquet de cigarette neutre en France dans le cadre de la lutte contre le tabagisme, Marisol Touraine avait estimé le cout social du tabac à 47,5 milliards d’euros. Elle était loin du compte.

En effet, le 11 septembre 2015, l’économiste Pierre Kopp, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris-I), et Philippe Fenoglio, Maître de conférences à l’université de Nancy I, ont publié les conclusions de leur étude financée par la Direction générale de la santé et par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies : cette étude révèle que le tabac coûte chaque année à la communauté française 120 milliards d’euros, autant d’ailleurs que l’alcool. Par ailleurs les drogues illicites coutent elles 8,7 milliards d’euros. Ce sont donc 250 milliards d’euros qui sont gaspillés chaque année par la communauté afin de laisser à chacun la liberté de fumer et de boire à sa guise. Peut-on continuer ainsi? Les français souhaitent-ils continuer à financer impunément les firmes américaines et anglaise du tabac et les industriels de l’alcool?

Pour mener ses calculs, Pierre Kopp a tenu compte du coût des vies perdues (80 000 morts liés au tabac et 50 000 à l’alcool), des baisses de production et de productivité, de la réduction de la qualité de la vie des personnes souffrant des conséquences des intoxications actives ou passives (672 000 malades chroniques du tabac, 1,2 million de l’alcool), ainsi que du montant des dépenses de soins (26 milliards pour le tabac et 8,5 pour l’alcool -ne coût social des accidents liés à l’alcool serait à ajouter), et pour les drogues dures de la répression. Il y a soustrait le montant des recettes liées à l’achat légal de l’alcool et du tabac (14 milliard d’euros) et des économies représentées par les retraites non versées aux personnes décédées prématurément de pathologies liées à l’alcool et au tabac.

Plus personne ne pourra insinuer que le manque d’application de l’Etat français à réduire la consommation de tabac et d’alcool est uniquement lié à la volonté d’amasser les profits réalisés par leurs ventes ; selon Pierre Kopp, « La taxation sur les alcools ne représente que 37 % du coût des soins des maladies engendrées par l’alcool », écrit l’économiste. Il y a surement d’autres raisons à l’inaction de l’Etat et du ministère de la santé, mais ce n’est pas l’objet du rapport de Pierre Kopp.

Un groupe de députés avait présenté en octobre 2014 un amendement, depuis oublié, qui réclamait que le prix du tabac soit « fixé de manière à compenser le coût sanitaire et social, minoré des recettes liées au tabac ». Il est peut-être temps d’y revenir? Il faudrait alors multiplier par 10 les recettes fiscales du tabac et donc du paquet de cigarette ce qui rejoint une étude publiée par des scientifiques espagnols ils y a quelques années estimant que pour compenser le coût sanitaire, un paquet de cigarette devrait être vendu 100 euros (voir article Docbuzz). Ce vendredi pourrait marquer le 11 septembre du tabac.

Source

Le coût social des drogues licites (alcool et tabac) et illicites en France
Pierre Kopp et Philippe Fenoglio
Vendredi 11 septembre 2015

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