Vendue comme une drogue « fun », la MDMA gagne du terrain et tue parfois

À l’occasion de la 30e journée mondiale de lutte contre l’abus et le trafic de drogues, franceinfo fait le point sur la MDMA, une drogue de synthèse de plus en plus consommée. Synonyme de « fun », elle représente pourtant un vrai danger pour le consommateur.

(HENNING KAISER / DPA)

La MDMA, « fun » et moins dangereuse que les autres drogues ? Pas si sûr. À l’occasion de la trentième journée mondiale de lutte contre l’abus et le trafic de drogues, franceinfo fait le point sur la MDMA, une drogue de synthèse de plus en plus consommée.

Vendue comme une drogue « fun », la MDMA gagne du terrain et tue parfois

Composée de la même molécule que l’ecstasy, la MDMA est un type d’amphétamine, présentée en caillou que l’on écrase en poudre, laquelle est ensuite emballée en dans un petit sac fabriqué avec feuille à rouler qui se gobe (un « parachute »), ou diluée dans un liquide, ou, plus rarement, sniffée. La MDMA provoque une désinhibition, un sentiment de bien-être, d’énergie retrouvée et d’euphorie. Les consommateurs l’appellent même la drogue de l’amour.

La cocaïne et la MDMA ont gagné du terrain

Après le pic des années 1990, le nombre de décès par overdose a beaucoup diminué en France, notamment grâce aux traitements de substitution à l’héroïne. D’autres drogues ont parallèlement gagné du terrain comme la cocaïne… et la MDMA. Ce week-end, ont ainsi été saisis quelque 157 kilos de cette drogue dans un camion néerlandais à Calais. Un record.

Et si les drogues ont changé, le consommateur, lui aussi, a pris un nouveau visage. Loin de l’image du marginal dans un squat, le consommateur de cocaïne ou de MDMA est inséré, et on le retrouvera dans tous les milieux, à tous les âges. De 15 à plus de 50 ans. Le produit, lui, est particulièrement disponible et s’en procurer est très facile. Ainsi, Jules, 25 ans, directeur artistique, passe ses commandes de MDMA par SMS. Il alterne entre trois dealers qui, dans un marché devenu très concurrentiel à Paris, cajolent leurs clients.

« C’est comme Deliveroo : il suffit de demander et puis c’est parti !« 

« C’est comme Deliveroo, explique Jules. Il suffit de demander et puis c’est parti ! Après, une fois que vous êtes dans le fichier « clients », ce sont eux qui te relancent avec même parfois des offres promotionnelles : ‘deux grammes achetés, une bouteille de vodka offerte’ ou ‘un gramme acheté, un ecstasy offert’, des prix dégressifs aussi. C’est une entreprise, c’est du marketing comme pour une entreprise. Le gramme oscille entre 50 et 70 euros. Cela fait à peu près une dizaine de doses. C’est moins cher que l’alcool, avec un effet plus long et plus intense. »

Ces prix très bas ont contribué à démocratiser ces drogues. 5,5% des Français ont testé une fois au moins la cocaïne et 4,5% la MDMA, selon les derniers chiffres de l’Observatoire des Drogues et toxicomanies.

Synonymes de soirées festives et d’amusement

Faciles d’accès, peu coûteux, ces produits ont aussi la particularité d’être quasi toujours associés à la fête, synonymes de soirées et d’amusement. C’est là que se révèle le piège, selon Jean-Pierre Couteron, addictologue, président de la fédération Addiction : « Il y a des produits qui ont un grand succès parce qu’ils ne ressemblent presque pas à une drogue. C’est le cas de la MDMA avec des présentations « sympas » sous forme de gélules ou en petits parachutes. »

Des échantillons de MDMA et autres amphétamines saisis par la brigade des stupéfiants à Paris.
Des échantillons de MDMA et autres amphétamines saisis par la brigade des stupéfiants à Paris. (MATHILDE LEMAIRE / RADIO FRANCE)

« En plus, poursuit l’addictologue, ils ont un effet cool, planant, euphorisant. Ils ont une forte attractivité pour un public qui sort beaucoup, qui prend ce produit en soirées. Ils ne le prennent même pas à chacune de leur sortie, ce qui leur donne l’impression que c’est moins grave. Ils prennent cela parfois deux fois par mois et en complément d’autres drogues légales comme l’alcool. Ils ont vraiment ce sentiment que tout cela n’est pas d’une dangerosité extrême, que c’est juste l’ingrédient d’une fête réussie. Et bien sûr, ça n’est pas ça. »

Les accidents ont parfois une issue fatale

En effet, ces drogues ne sont pas anodines : les cas d’hyperthermie, de dépressions respiratoires, d’embolies pulmonaires, de crises cardiaques sont de plus en plus fréquents. Sans parler de la dépendance psychologique. Les accidents ont parfois une issue fatale : les consommateurs ne sont pas égaux face à ces substances chimiques. Une personne peut consommer dix fois de la MDMA sans problème et la onzième fois ne pas le supporter. Parfois l’accident tourne au drame. Comme le constatent à Paris les policiers du groupe OD pour « overdose » créé il y a 25 ans au sein de la brigade des stupéfiants. De jour comme de nuit, ils sont saisis, se rendent sur place dès qu’un décès lié à une consommation de drogue est constaté à Paris. Dans trois quart des cas, c’est aujourd’hui la cocaïne ou la MDMA qui tuent.

Les consommateurs pas égaux face aux substances

« Pour nous, le terme exact, c’est ‘intoxication aigüe’ à des produits stupéfiants. On n’utilise peu voire plus le terme ‘overdose’ car cela ne veut plus rien dire, explique le chef de cette unité, le commandant Patrick C. On découvre de plus en plus de gens qui meurent après avoir avalé un quart de gramme. Ce n’est pas une surdose. »

Le policier se souvient ainsi d’un jeune homme de 20 ans qui fête son anniversaire. « Ils se retrouvent à trois copains, trois étudiants, se souvient Patrick. Ils décident d’acheter de la MDMA. Ils consomment tous les trois la même dose. L’un des trois, celui qui fêtait son anniversaire, est mort, pas les deux autres. Il n’y a aucune règle en la matière. C’est là que se trouve la dangerosité du produit. »

Six ans ferme pour le dealer

Surveillance, écoutes téléphoniques, les policiers de ce groupe remontent les filières : sur les quatorze décès survenus à cause de la drogue à Paris depuis le début de l’année, le groupe OD en a élucidé quatre. « Ce qui nous intéresse, c’est identifier clairement celui qui a pu remettre la dose mortelle à la victime. C’est lui qui sera le plus souvent poursuivi pour trafic de stupéfiants mais surtout homicide involontaire. »

Derrière celui qui a livré le produit, une quasi centrale d’appel : « C’est comme un réseau, une centrale auprès de laquelle arrivent tous les SMS et appels de commande des clients. La centrale diffuse ensuite toutes ces commandes à ses petits livreurs le plus souvent à scooter. » 

Les dossiers sont complexes à traiter

Ces derniers effectuent les livraisons au domicile des consommateurs, voire sur les lieux de travail. Ces dossiers, pour les autorités, sont difficiles à traiter : les livreurs sont payés à la journée et changent souvent. « Cela rend les choses compliquées, relativise Patrick C., mais on arrive quand même à faire tomber des réseaux. » Au tribunal, les juges sont souvent plus sévères avec les dealers quand l’affaire concerne la mort d’un consommateur. Récemment un homme interpellé par le groupe OD a ainsi écopé de 6 ans de prison ferme.

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