A propos de la cigarette électronique « Vapoteur »,

Sur l’opportunité de réserver sa dispensation en pharmacie

Pr. Jean Costentin, Président du Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)

Evoquons tout d’abord le mal à combattre : Les 73.000 morts provoqués annuellement  en France par le tabac  (soit 200 morts chaque jour ! un fumeur sur deux meurt d’une cause en relation avec son tabagisme) et, au-delà, pour ceux qui y survivent, des troubles multiples, qui peuvent être très handicapants : les artérites des membres inférieurs, leurs douleurs, restrictions de la marche et leurs amputations, l’angine de poitrine, l’infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux, la broncho-pneumopathie chronique obstructive, avec la  sensation d’asphyxie permanente….Au premier rang de cette mortalité figurent les cancers de la sphère O.R.L., des bronches et des poumons, provoqués par les goudrons issus de la combustion du tabac.

Conçue en 2003, par un pharmacien chinois, Hon Lik, (dont le père, fumeur,  serait décédé d’un cancer du poumon), la cigarette électronique /  e-cigarette / vapoteur,  après une lente progression voit ses ventes littéralement exploser. Sur les 13-14 millions de fumeurs en France, un million d’entre eux y recourent déjà. Ces vapoteurs  délivrent lors de chaque aspiration de la nicotine, dont la solution est vaporisée par le chauffage d’une petite résistance, alimentée par une petite batterie rechargeable. Le fumeur, irrépressiblement dépendant à la nicotine, peut plus aisément se détacher de la cigarette, (même si la dépendance au tabac n’est pas exclusivement le fait de la nicotine, dont les effets sont « boostés » par des aldéhydes volatils, qui inhibent une enzyme impliquée dans la dégradation de la dopamine, le neuromédiateur du plaisir). Cet apport de nicotine s’effectue sans combustion de l’élément végétal, génératrice de nombreux toxiques, dont en particulier des goudrons cancérigènes et de l’oxyde de carbone (le gaz des cokeries d’antan, qui était présent dans le gaz domestique, ou encore le gaz des poêles ayant un tirage défectueux) qui est un  poison de l’hémoglobine. Lié à l’hémoglobine des globules rouges, l’oxyde de carbone les empêche de transporter l’oxygène capté par les poumons, à tous les organes qui en ont un impérieux besoin.

Parmi les inconvénients du vapoteur notons : l’entretien de l’addiction à la nicotine,  avec sa toxicité cardio-vasculaire ; la persistance de la gestuelle du fumeur ; ainsi qu’une possible toxicité des éléments de dissolution de la nicotine (polyéthylène glycol dont la combustion engendre des aldéhydes toxiques, formol, acroléïne…). Ces réserves devaient être exprimées, néanmoins elles ne doivent pas être l’arbre cachant la forêt des intérêts de ces vapoteurs, intérêts déjà très perceptibles. Le drame tabagique est tel qu’on doit  marquer de l’intérêt pour tout ce qui peut le réduire. Le vapoteur peut être mis au service de la décroissance des doses de nicotine, pour aboutir à l’abstinence. Il existe en effet des cartouches de nicotine à de nombreux dosages. L’usage du vapoteur n’expose pas au tabagisme passif les personnes situées à proximité de son utilisateur  (ce tabagisme passif serait responsable de 2.000 morts annuelles).

Pour  optimiser l’installation des vapoteurs au sein des autres dispositifs d’aide à l’abstinence tabagique (Zyban®, Champix®, nicotine en patches, gommes à mâcher, sprays…)  je suggère qu’il ne devrait être dispensé qu’en pharmacie (comme les substituts nicotiniques, patches, gommes à mâcher, sprays…), sans ordonnance médicale. J’ai dis dispensé et non pas vendu,  car cette dispensation devrait être l’occasion d’un conseil, exprimé par un pharmacien. Il essaierait d’instaurer un protocole de diminution des doses,  après s’être enquis du niveau de dépendance (par le test de  Fagerstrom) ; il s’enquerrait aussi des retentissements somatiques du tabagisme, pouvant le conduire, dans certains cas, à inciter fortement  à  une consultation médicale. Souvent en effet, quand un fumeur se préoccupe de sa consommation de tabac, c’est que certains signes, encore discrets, l’interpellent confusément.   Dans ce contexte une prise en charge par la sécurité sociale, à un taux à fixer et pour une durée limitée  à préciser (celle du sevrage) pourrait être envisagée.

Il serait malencontreux que le vapoteur soit  vendu par les buralistes. Plus de 60% d’entre eux ne respectent pas l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs. Poussant  la porte de la civette,  l’acheteur serait à chaque fois confronté au choix entre cigarettes ou vapoteur ; les buralistes n’ont aucune raison objective de vouloir  aider à l’arrêt d’une  consommation de nicotine. Cela reviendrait à confier la tentative de résolution de l’addiction au tabac par ceux qui l’ont fait naitre ou entretenue. On peut s’inquiéter du fait que « Imperial Tobacco » viennent  d’acquérir (pour 75 millions d’€uros), l’ensemble des brevets déposés par Hon Lik…Ne serait-ce acheter la concurrence pour l’annihiler ou même l’organiser comme un mode de recrutement?

L’usage des vapoteurs devrait être interdit là où la consommation du tabac est interdite, afin de contribuer à en restreindre la fréquence d’usage et exercer ainsi une pression supplémentaire en direction de l’abstinence.

La vente des vapoteurs aux mineurs devrait être interdite, afin d’éviter qu’ils ne puissent entrer par cette porte dans l’addiction à la nicotine et bientôt au tabac. Par contre,  leurs parents, afin de les aider à rompre avec la cigarette, pourraient les acquérir en leur nom. On devrait interdire l’ajout de parfums (fraise, vanille, havane…), pouvant inciter de jeunes non fumeurs à se faire recruter par le vapoteur avant d’accéder au tabac.

Les pouvoirs publics devront être très attentifs au détournement des vapoteurs pour  la consommation du principe actif stupéfiant du cannabis, le tétrahydrocannabinol (THC) ou d’autres cannabinoïdes de synthèse qui se multiplient sur le marché.

 

Cette dispensation en pharmacie n’est hélas pas la disposition récemment arrêtée par une commission européenne ; aussi des appétits  purement commerciaux, peu soucieux de la santé publique,  s’emparent de ce marché.

 

Ces vapoteurs peuvent constituer un intéressant moyen de réduction de la toxicité tabagique, et même une aide à l’abstinence nicotinique. Leur succès sanitaire dépendra de la gestion qui en sera faite.

 

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