Drogue : «Quand je consommais, j’étais un vrai tyran…»

Comme les Alcooliques anonymes, les narcodépendants se rendent à des réunions hebdomadaires pour soigner leur addiction. Nous avons suivi l’une d’entre elles.

Comme leurs grands frères des Alcooliques anonymes, ils sont installés en cercle autour d’une table. Comme eux, ils se présentent par un prénom suivi de la formule : « Bonjour, je suis dépendant », à laquelle les autres répondent en écho. Dans cette salle de l’hôpital européen Georges-Pompidou (Paris XVe), ces hommes et ces femmes (une vingtaine au total) sont membres des Narcotiques anonymes. Les NA, pour faire plus simple. Et ce qui frappe immédiatement lorsqu’ils se mettent à parler, c’est qu’à aucun moment le « produit », source de leur dépendance, n’est nommé. Héroïne, cocaïne, médicaments… on n’en saura rien.

Si l’association existe depuis 1953 aux Etats-Unis, elle n’a vu le jour en France qu’en 1984. Mais elle compte désormais 146 réunions hebdomadaires sur tout le territoire, dont 65 à Paris. Et c’est en France que se tient jusqu’à ce soir à Port-Marly (Yvelines) une convention européenne des NA, accueillant spécialistes des addictions et dépendants en rétablissement venant de toute l’Europe. La seconde chose qui marque chez les NA, c’est leur jeunesse. Beaucoup de trentenaires dans cette salle parisienne. En France, la moyenne d’âge des membres de cette fraternité est de 44 ans. L’âge de raison nécessaire sans doute pour reconnaître qu’on souffre d’« une maladie incurable mais dont on peut arrêter la progression ». C’est Sophie* qui vient de donner cette définition de la dépendance en lisant à haute voix l’une des douze étapes du programme de rétablissement.

Après cet autre rituel, inspiré aussi des Alcooliques anonymes, le modérateur de la réunion souhaite faire parler ses camarades « de l’envie de consommer ». Les mains se lèvent pour prendre la parole. Eric se dit « speed et angoissé ». Il va bientôt déménager à Barcelone, en Espagne, avec femme et enfants. Cela fait plus de vingt ans qu’il vient dans ces salles. « Je suis ravi mais j’ai peur. Barcelone est une ville pleine de tentations… et je bosse avec un mec qui consomme. Je ne dirai pas que j’ai eu une envie de consommer, mais plutôt une petite pensée pour un produit que je n’ai pas pris depuis très, très longtemps. »

38% de femmes

Un autre se lance. Lui a arrêté depuis huit ans. « Je me rends bien compte que j’ai déplacé ma dépendance vers mon travail. Je suis dans un tel état de fatigue que j’ai l’impression d’être défoncé, et je n’aime pas du tout cet état flottant. » Au tour de ce quadra, amateur de musiques électro. « J’ai fait mon premier concert clean, mais j’y suis allé avec ma femme car, comme je le redoutais, j’ai eu très envie de consommer. Quand je consommais, j’étais un vrai tyran domestique. J’ai toute une pile de tabourets cassés à la maison… mais j’en ai recollé deux ce week-end. »

Chez les NA, les femmes sont moins présentes (38 %). Laurence est l’une d’elles. Elle travaille dans un hôpital et raconte la minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat de Nice. « Si j’avais consommé, soit je ne serais pas venue, soit je me serais effondrée en larmes pour que 300 personnes s’occupent de moi. » Fin de l’intervention, silence respectueux. Le modérateur enchaîne, bouleversant. « Je n’arrive pas à vivre avec ça à proximité. J’ai quitté un associé qui consommait, un pote en rechute et là, après quinze ans de mariage, c’est ma femme qui découvre la consommation. Elle trouve ça génial, tout lui réussit, mais moi, comment je gère ça, moi ? Un pote, un associé, on peut arrêter de les voir mais sa femme ? »

* Tous les prénoms ont été changés.

280 000 accros en France

280 000 personnes sont considérées comme des consommateurs problématiques de drogues, parce qu’ils se l’injectent par voie intraveineuse, qu’ils prennent régulièrement des opiacés (héroïne, anti-douleurs à base de codéine ou de morphine), de la cocaïne ou des amphétamines. Plus grande association mondiale d’entraide pour les dépendants aux drogues, Narcotiques anonymes (NA) organise 63 000 réunions par semaine dans 132 pays. Avant de venir, près de 90 % des gens ont tenté d’arrêter seuls et 66,7 % fait des cures de sevrage. Si l’alcool est un sérieux problème pour 88,5 % des membres, la plupart sont polyconsommateurs. Plus de 80 % fument du cannabis, 71,5 % prennent de la cocaïne, 62 % des opiacés, 59 % des anxiolytiques.

D’après une étude de 2014, 43 % des personnes ayant suivi un programme NA n’ont pas rechuté et reconstruisent leur vie. 89 % ont retrouvé des liens sociaux et 79,2 % voient une amélioration des relations familiales. 72,2 % admettent redécouvrir des centres d’intérêt.

Source 

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