FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le crack est une drogue particulièrement addictive, explique le conseiller LR de Paris Rudolph Granier. Par conséquent, les mesures d’éloignement géographique et d’enfermement sont selon lui des mesures efficaces.


  • Rudolph Granier est conseiller Les Républicains du XVIIIe arrondissement de Paris.

Le FIGARO. – Quel regard portez-vous sur la décision d’édifier un mur entre Paris et Pantin pour empêcher les «crackers » de circuler ?

Rudolph GRANIER. – Le préfet de police a expliqué très clairement que le tunnel, occupé auparavant par des mineurs isolés et par des dealers, constituait un obstacle très clair au maintien de la sécurité publique. Il y aurait pu y avoir un incendie. De plus, ce tunnel est sombre, et peu accessible à la police, c’est un endroit dangereux. L’édification de ce mur va donc dans le bon sens.

Comment expliquer que le fléau du crack se cristallise dans la capitale ?

Historiquement, Paris a toujours été une ville où des publics plus ou moins fragiles sont concentrés dans un même arrondissement.

Les socialistes parlent de «quartiers populaires» pour désigner ces territoires. Ce sont des quartiers qui concentrent beaucoup de problèmes: l’intégration, la scolarité, l’emploi, la sécurité, ou même l’environnement. Ce sont les quartiers densifiés, où l’on bétonne de plus en plus. Ces lieux méritent mieux que l’adjectif cache misère de «populaire».

Pourriez-vous établir un profil type du toxicomane de crack à Paris ? Qui sont-ils ?

Les profils sont très variés. Il n’y a pas forcément que des SDF ou des personnes en décrochage économique ou social. Ils ont, pour la plupart, un logement. C’est un public très varié qui rend difficile le travail des forces politiques.

Dans un entretien publié dans nos colonnes, François Diot affirmait que multiplier les salles de shoot ne servait à rien à partir du moment où il n’y avait pas une politique de soin adaptée et cohérente. Partagez-vous ce constat ?

Je partage complètement son avis. Lors d’une réunion qui s’est tenue ce matin [jeudi 30 septembre] en présence de parlementaires, de maires d’arrondissement, de l’Agence régionale de santé, et de la préfecture de police de Paris, le mot «médical» n’a jamais été prononcé, et je n’entends pas par ce terme «aider les gens à se droguer».

Nous demandons la création de lieu de prise en charge globale: médicale, psychiatrique, sociale. Des structures transversales comme celles-ci n’existent toujours pas.Rudolph Granier

Le mot «sevrage» n’est pas assez présent dans le dernier rapport de l’INSERM, au sujet des personnes qui s’injectent de la drogue, et il traite peu du crack. Cette étude se base sur des données de santé publique tirées des salles de shoot. Or, le crack s’injecte très peu, il se fume. Le sevrage n’est donc jamais étudié correctement dans ce rapport, qui est un rapport militant.

Les salles de shoot, qui existent dans d’autres pays, répondent à un objectif: la réduction des risques liés à l’injection de drogue (hépatites, VIH, infections…). En France, on a un réseau efficace pour lutter contre ces risques, comme les CAARUD, les Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues. Notre politique sanitaire fait le choix de s’appuyer sur ces CAARUD afin de garder une cohérence juridique car, dans ces centres, on ne pratique pas d’injections. La consommation de drogue et l’aide à la consommation de drogue sont punies par la loi. Nous n’acceptons pas d’aider des personnes à se détruire. Le risque, c’est que les CAARUD soient à terme transformés en salle d’inhalation. Nous souhaitons que ces centres puissent être des endroits où on assiste les personnes pour les soigner.

Par ailleurs, les salles de shoot ne sont d’aucune utilité car le crack est fumé et non pas injecté. Et ces salles de consommation ne proposent pas de soins médicaux ni de soins psychiatriques. À la salle de shoot de Lariboisière, à Paris, il n’y a plus de médecin depuis 18 mois.

Pourquoi ?

Parce qu’un médecin n’est pas fait pour inciter les gens à se tuer. L’ordre des médecins n’est absolument pas favorable aux salles de shoot. En revanche, on peut comprendre que des associations subventionnées par la mairie de Paris le soient…

Je ne comprends pas qu’on puisse à avoir envie d’aider les gens à mourir petit feu, mais c’est ce que préconise la mairie de Paris avec ces salles de shoot. C’est irresponsable. Nous, nous demandons la création de lieux de prise en charge globale: médicale, psychiatrique, et sociale. Des structures transversales comme celles-ci n’existent toujours pas, pourquoi ?

Par ailleurs, je ne comprends pas que la municipalité se pose la question de l’augmentation des capacités d’hébergement des toxicomanes alors que le préfet de police a lui-même dit que les trois quarts des drogués au crack sont déjà logés. L’hébergement n’a rien à voir avec cette problématique-là.

L’éloignement physique est la seule façon, pour certains, de se défaire de l’addiction.Rudolph Granier

Comment l’expliquez-vous ? La mairie de Paris est-elle dans une démarche purement idéologique ?

C’est une démarche purement dogmatique puisque, derrière cette question, se pose la banalisation du cannabis. La maire du XIIIe arrondissement Anne Souyris et les écologistes ne se cachent d’ailleurs pas de plaider en faveur de la dépénalisation du cannabis. Nous refusons de banaliser la consommation de drogue.

Selon vous, faut-il hospitaliser d’office les toxicomanes ?

L’addiction au crack est, immédiate, elle a lieu dès la première injection. Aussi, il s’agit d’une démarche plutôt collective d’où les regroupements auxquels on assiste et le fait que les toxicomanes se rendent rarement dans les salles de shoot pour inhaler du crack).

Il est compliqué de sortir de l’addiction au crack. Par conséquent, les mesures d’éloignement géographique sont très importantes. Quand la justice prononce des interdictions de paraître sur des territoires, cela fonctionne bien. Mais une personne qui a été sevrée pendant 10 ans et qui repasse à l’endroit où elle consommait de la drogue peut replonger instantanément. L’éloignement physique est donc la seule façon, pour certains, de se défaire de l’addiction. Dans d’autres cas, des mesures d’enfermement peuvent également être efficaces.

N’est-ce pas une atteinte au droit de ces personnes ? Pourquoi la mairie de Paris s’y refuse?

Parce que la gauche ne considère pas l’enfermement comme une mesure de soin psychiatrique. L’hospitalisation d’office est une mesure encadrée et parfois demandée par la famille. Quand vous allez voir des crackers, eux-mêmes demandent des mesures d’éloignement.

À l’inverse, aider quelqu’un à prendre du crack, ce n’est pas le soigner. La question à se poser est: «quand les soigne-t-on» ?

Mais Hidalgo crée le chaos pour servir son dogmatisme.

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