Recommandations concernant l’alcool….

Dix recommandations concernant l’alcool, formulées par un groupe de médecins.

Le CNPERT en ajoute d’autres.

Pr. Jean Costentin

Des médecins* de différentes disciplines ont signé récemment un ensemble de recommandations, destinées au législateur, qui visent à réduire les effets désastreux de l’alcool sur la santé d’un grand nombre de nos compatriotes

Rappelons : que 4 à 5 millions de français sont incapables de se priver complètement de boisson alcoolique un jour par semaine ; que nous sommes les champions de la consommation de vin en Europe ; que 6% des alcoolo-dépendants absorbent à eux seuls la moitié de l’alcool consommé en France (ce sont les « alcooliques », terme dénué de connotation péjorative, car il s’agit de grands malades, victimes des insuffisances de la prévention et des subterfuges des alcooliers.

L’abus de l’alcool à un haut niveau en fait une drogue dure, très dure même, au point qu’un sevrage brutal mettrait en jeu le pronostic vital (ce n’est pas le cas de l’héroïne).

L’alcool tue chaque année 49.000 Français. Il est la cause de nombreux handicaps, qui ne se résument pas aux cirrhoses hépatiques. Il est à l’origine de multiples dégâts sociaux ; l’intempérance per gravidique est à l’origine du syndrome d’alcoolisation fœtale (S.A.F., qui n’a rien de safe) chez un nouveau-né sur 1000 ; ce risque est annoncé par un pictogramme, en fait quasi illisible.

Les recommandations émises par ce collectif de médecins empruntent à l’Académie de médecine beaucoup de celles qu’elle a exprimées de longue date. C’est dire notre complète adhésion à celles-ci.

Elles correspondent à la demande :
1 – d’une indication claire, lisible, contrastée, sur les flacons de la quantité en gramme d’alcool (beaucoup plus explicite que le degré°) et de sucre, ainsi que de la quantité de calories qu’ils apportent. Un pictogramme bien visible et lisible indiquant la contre-indication de la consommation de boissons alcooliques pour la femme enceinte ;
2 – du remplacement de la mention « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé » par celle « L’alcool est dangereux pour la santé » ;
3 – de la suppression de la mention «  à consommer avec modération » ;
4 – d’interdiction de la publicité des boissons alcooliques, sur tous supports ;
5 – de la très large diffusion de la recommandation de ne pas consommer plus de dix verres standards de boisson alcoolique (apportant chacun 10 grammes d’alcool) par semaine et pas plus de deux verres standards par jour ;
6 – d’une taxation au prorata du contenu en grammes d’alcool de chaque flacon beaucoup plus explicite que le degré° ;
7 – d’un prix minimum de vente par unité d’alcool, pour toutes les formes de boissons alcooliques.

8 – que les taxes perçues servent au financement de programmes de repérage précoce de l’intempérance alcoolique, ainsi qu’au soutien apporté aux recherches sur cette drogue, pour qu’elles soient indépendantes des lobbies alcooliers.

Le CNPERT salue, sans réserve, ce manifeste qui appuie opportunément les efforts déployés dans le passé par l’Académie de Médecine. Il espère que certains de ces signataires, qui mesurent les dégâts provoqués par le statut licite de l’alcool, seront bientôt aussi clairs dans leurs expressions sur le cannabis.

Aux recommandations précédentes le CNPERT en ajoute cinq :

1 – L’interdiction de vente des « premix » ou « alcopops » destinés à piéger enfants et adolescents à l’alcool, cachant sa saveur, initialement peu agréable à leur palais, derrière le sucre, les bulles du gaz carbonique, les saveurs et arômes de fruits.
2 – L’application à dissocier dans l’esprit des jeunes la notion de vraies fêtes et la consommation d’alcool. Des boissons comme le Champomy conditionnent dès l’enfance à une telle association d’idées. Sa dénomination de « boisson sans alcool » doit être remplacée par « boisson dont le titre alcoolique est réduit »
3 – La répression de l’ivresse publique des mineurs en impliquant la responsabilité parentale, traduite par une amende.
4 – Une mise en garde, très médiatisée sur les dangers du « binge drinking » / « biture expresse » / « alcoolisation aiguë », dont la pratique se développe d’une façon inquiétante.
5 – L’exigence d’une alcoolémie nulle chez les jeunes titulaires de permis, afin de créer le stéréotype « Boire ou conduire, il faut choisir ».

* parmi les 20 signataires on relève les noms de A. Benyamina, M. Reynaud ; I.
Frachon, A. Grimaldi….

 

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