Editorial : Salle de drogue, qu’injecte-t-on ?

Les salles d’injection pour les toxicomanes dits injecteurs sont proposées dans un double but, sécuriser les injections individuelles des drogues et supprimer les désordres qu’entrainent les injections « sauvages » dans les endroits publics. D’où l’idée de proposer et de réserver un endroit spécifique pour pratiquer ces injections. Cet endroit, cette salle, pourrait recevoir les drogués dans un cadre sécurisé proposant un minimum d’hygiène, désinfectant, seringue à usage unique, solvant et un matériel propre.

Ces salles veulent répondre à une double mission, l’obligation de venir en aide au toxicomane, personne fragilisée et en danger (d’empoisonnement, de surdosage ou à l’opposé de syndrome de privation) et d’assurer la tranquillité des riverains. Cette double mission est partagée par les tenants et les opposants de l’ouverture de ces salles. A ce stade, tout le monde est d’accord et l’on comprend la tentation d’un  élu local d’ouvrir rapidement une de ces salles. Pourtant, d’autre structures d’accueil et de soins existent déjà, ont démontré leur efficacité et leur existence n’est, semble t’il, pas prise en compte dans ce projet.

Il n’est pas acceptable par les professionnels de santé dont la mission est de soigner, de guérir si possible mais certainement pas d’entretenir une toxicomanie qui reste une maladie dont la plupart des patients veulent se défaire. Il convient de rappeler un grand principe médical : on ne soigne jamais une addiction par la substance qui en est à l’origine (alcool,….). Nous avons déjà développé ces arguments, c’est au plan technique, les fautes médicales et pharmaceutiques majeures dans la conception de ces salles que nous voulons souligner ici.

La première est que la drogue injectée n’est pas identifiée. Le visiteur de ces salles apporte sa propre drogue, le plus souvent plusieurs. Elles proviennent d’une ou de plusieurs filières non identifiées et évidemment secrètes. Leur fourniture dépend exclusivement des grossistes (narcotrafiquants) et non des revendeurs, « dealers » souvent eux mêmes toxicomanes et servant de simples relais obligés. L’approvisionnement est donc entièrement contrôlé  comme l’est évidemment la fluctuation de ses coûts. Le « dumping » est une bonne façon d’introduire une nouvelle substance sur le marché.

On ne sait donc ni ce que l’on injecte ni à quelle dose (le danger  de surdosage ou à l’opposé celui de privation existe), malheureusement, l’organisation affichée de ces salles n’en tient pas compte. Avec ce produit inconnu, l’utilisateur fabrique lui-même la solution qu’il s’injectera. La façon de procéder a été souvent présentée, cuiller et flamme, la solution utilisée n’est pas stérilisée avant l’emploi. Outre les dangers dus à la présence d’autrs toxiques associés à la drogue ou de surdosage,e risque infectieux individuel demeure.

Au total, on accepte l’injection intraveineuse d’une solution non stérilisée d’un(ou plusieurs produits) que l’on ne connait pas à une dose non précisée. Qui accepterait pour lui-même ou un proche, pareil bricolage ?

Plus grave encore est la méconnaissance des substances injectées. On sait qu’elles « évoluent » et que l’imagination de certains chimistes est telle que l’offre de substances nouvelles est permanente. De source officielle, on signale l’apparition en France d’une nouvelle drogue chaque semaine, c’est dire que cette production atteint un niveau industriel.

Or, toujours par les mêmes sources, on apprend que seules certaines d’entre elles sont ensuite utilisées de façon importante. Il y a donc un déchet, certaines ont été éliminées. A l’évidence,

C’est parce qu’elles n’étaient pas assez actives ce qui suppose qu’elles ont été essayées sans succès. On voit ici le risque d’introduire  des substances non identifiées dans ces salles et d’en faire des bancs d’essais des nouvelles drogues.

La compassion à laquelle on souscrit tous, ne doit pas exclure la raison. On ne peut médicalement et humainement accepter et de fait cautionner de telles injections. Passant outre l’éthique médicale,  ce qui reste hautement discutable, il devrait néanmoins être possible de vérifier la nature du produit injecté et stériliser sa solution. Impossible techniquement, dira- t-on ? Non, que ce soit l’identification d’une substance ou la stérilisation d’une solution, ces techniques sont courantes et réalisables à l’hôpital. C’est dans ce cadre et avec ces moyens qu’il faut accueillir les toxicomanes injecteurs.

L’argument le plus souvent opposé est qu’ils ne veulent pas d’un accueil hospitalier. Il a pourtant de nombreux avantages, accueil, sécurité, discrétion, prise en charge globale avec la présence de services de réanimation en cas d’accident. A-t-on suffisamment expliqué et diffusé toutes ces possibilités ? Mais, soit, éliminons l’offre hospitalière. Il y a alors beaucoup d’autres structures d’accueil tant publiques que privées. Qui les connait ? CAARUD, CSAPA, CSST, la fédération française d’Addictologie, les associations de parents, etc…..

Une initiative intéressante serait d’en diffuser l’existence (comme il est fait actuellement pour les salles d’injection) et les moyens et, au moins, de les prendre en compte et de les intégrer dans un dispositif global de  réduction des risques et d’offre de soins.

Jean-Paul Tillement

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