Boire ou conduire, trop de Français ne choisissent pas

La stratégie du « conducteur désigné », celui qui ne boit pas lors d’une soirée, gagne cependant du terrain, et pas seulement chez les jeunes.

Qui dit soirée « festive » dit alcool. C’est du moins ce que pensent et légitiment une grande majorité de Français. Selon l’enquête publiée vendredi 12 décembre par les associations Prévention routière etAssureurs prévention, 83 % des Français qui se rendent à une soirée – fête, dîner entre amis ou au restaurant – y consomment de l’alcool. Les trois-quarts y voient une habitude culturelle française.

Sauf qu’une fois la soirée finie, il faut bien rentrer à la maison. Ce que 78 % des Français réalisent à l’aide d’une voiture ou d’un deux-roues, la moitié en conduisant et les 28 % restants en tant que passagers. Sont-ils certains dans ce cas de ne pas dépasser le taux légal d’alcoolémie fixé aujourd’hui à 0,5 g par litre de sang, soit 0,25 mg d’alcool par litre d’air expiré ?

Près de 57 % des conducteurs jurent ne jamais prendre le volant dans ces conditions. Mais ils sont près de 29 % à reconnaître avoir déjà conduit avec un taux d’alcoolémie probablement supérieur au taux légal.« 3 % DES AUTOMOBILISTES CIRCULENT AVEC UN TAUX D’ALCOOLÉMIE NON CONFORME »

« Ce résultat est inquiétant, estime Jean-Yves Salaün, directeur général de la Prévention routière. Sachant par ailleurs que la moitié des personnes interrogées affirment ne pas connaître le taux légal d’alcoolémie, cela démontre qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. » « C’est un pourcentage important, renchérit le psychologue Jean-Pascal Assailly, chercheur à l’Ifsttar et spécialiste des comportements de conduite. Je ne pense pas que les Français seraient aussi nombreux à assumer un risque de cet ordre dans un autre domaine. »

Car risque il y a. « En moyenne, on estime que 3 % des automobilistes circulent avec un taux d’alcoolémie non conforme, assure Jean-Pascal Assailly. Mais ceux-ci sont concernés par 30 % des accidents mortels sur route, une différence qui prouve à quel point l’alcool altère la conduite ».

Pis, en cas d’ivresse, la probabilité d’être tué est plus importante que celle d’être blessé. « La présence d’alcool génère essentiellement des accidents mortels car elle est souvent associée à une vitesse excessive, des stupéfiants ou l’absence de ceinture de sécurité », note l’observatoire national interministériel de la sécurité routière.

« UNE CAUSE DIFFICILE À FAIRE ÉVOLUER »

Alors que la mortalité routière due à la vitesse a régressé ces dernières années, le facteur « alcool », lui, reste stable depuis vingt ans. « C’est la cause d’insécurité routière que l’on arrive le moins à faire évoluer »,constate Jean-Yves Salaün. En cause, la diversité des pratiques, du jeune qui sort de boîte à l’alcoolo-dépendant récidiviste.

« Surtout, on n’a pas trouvé en la matière de moyens de contrôle et de sanction équivalents aux radars pour la vitesse », rappelle Jean-Pascal Assailly. La quasi-certitude d’être verbalisé a eu un effet direct sur la baisse des vitesses moyennes pratiquées sur les routes de France ces dix dernières années. Or un automobiliste sera soumis une fois tous les cinq ans en moyenne à un contrôle d’alcoolémie.

« La propension à respecter une réglementation progresse avec la probabilité d’être contrôlé, reconnait Jean-Pascal Assailly. C’est ce que l’on appelle communément la peur du gendarme. »

LE MÉCANISME DU DÉNI

D’autres facteurs psychologiques interviennent dans le fait de prendre le volant après une soirée bien arrosée et en connaissance cause. « Les gens savent très bien qu’ils font quelque chose de répréhensible, poursuit Jean-Pascal Assailly. Pour éviter de se culpabiliser, ils entrent dans le mécanisme bien connu du déni. Soit en contestant la légitimité de la norme, soit en considérant qu’elle n’est pas adaptée à leur cas personnel. »

L’enquête de la Prévention routière et d’Assureurs prévention montre quand même une évolution positive. Désigner au préalable la personne qui ne boira pas et sera chargée de raccompagner les autres est la première mesure envisagée pour éviter l’accident de la route lié à l’alcoolémie.

Déjà très répandu chez les jeunes – selon une enquête précédente de la Prévention routière –, ce réflexe tendrait à se généraliser à l’ensemble de la population. « C’est une très bonne chose qui est le fruit des campagnes que nous menons avec les pouvoirs publics depuis quinze ans », se félicite Jean-Yves Salaün.

Reste à convaincre les 41 % de Français interrogés qui, questionnés sur la solution à adopter en cas d’alcoolisation excessive, indiquent au moins une fois une mauvaise option. Par exemple, boire de l’eau ou du café, ou circuler sur de petites routes peu empruntées, alors même que deux accidents mortels sur trois avec présence d’alcool se produisent sur des routes secondaires.

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